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Full text of "Revue des études juives 1890"

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REVUE 



nus 



ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION THIMESTRlIiLLK 
DR LA. SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME XXI 



N* 41 

JUILLET-SEPTEMBRE 1890. 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE A. DURLACHKR 

83"*, RUE DE I.AFAYETTK 




Toutes les communications concernant la Rédaction cl l' Administra ti on 

doivent cire adressées à la Société des Études juives 

17, rue Saint- Georges, Paris 



La Société des Etudes juives, voulant assurer 
aux Rédacteurs de la Revue une pleine liberté 
scientifique, déclare quelle n'accepte point la 
responsabilité des articles publiés et qu'elle la laisse 
tout entière aux auteurs. 



REVUE 



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ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES 

C E R V ET FILS, IMPRIMEUR S 

59, BUE DUPLESSI?, 59 



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ÉTUDES JUIVES 



PUBLICATION TIUMKSTHIELLE 
DK LA SOCIÉTÉ DKS ÉTUDES JUIVES 



TOME VINGT-ET-UNIEME 




PARIS 
A LA LIBRAIRIE A. DURLACHER 

H] bl % HUE LAFaYEITE 

1890 



101 
t.2l 



LA LITTERATURE DES PAUVRES 

DANS LA BIBLE 



LES PSAUMES (suite 



14. La nature et surtout la symbolique de la nature ; la nature 

inorganique. 

54. La terre, ban /pia, s'étend au-dessus des eaux (les couvre? 
cxxxvi, 6), elle est plus élevée que les mers et les fleuves (xxiv, 
2). Elle est installée solidement par Dieu nDD-o et ne chancelle pas; 
elle est établie sur sa base, sur ses fondements, sur des colonnes 
qui la soutiennent : ban n-noitt ,ynN "hoie /ïT^ia» br yix id^ 
mntt ,tv*my (xi, 3; xvm, 16'; lxxv, 4; lxxviii, 69 ; lxxxii, 5; 
lxxxix, 12; xciii, 1 ; xcvi, 10 ; en, 26 ; civ, 5 ; exix, 90). Cepen- 
dant, lorsque Dieu le veut, la terre oscille, tremble, mugit, luit dans 
l'épouvante: n^n^isn .nttn ,uTan ,b^nn ,win ,win>raMn 
^nn:tt , nnttss , Mïin , ï-skt (xi, 3 ; xvm, 8, 16 ; xlvi, 3-7 ; lx, 4 2 ; 
lxviii, 9 ; lxxv, 4 ; lxxvi, 9 ; lxxvii, 17-19 ; lxxxii, 5 ; xevi, 9 ; 
xcvn, 4; xcix, 1; civ, 7, 32). Ces images sont quelquefois pure- 
ment descriptives et rappellent l'ébranlement de la nature au 
moment des orages, quand le tonnerre gronde et que tous les 
éléments semblent soulevés (Ps. lxxvii, xcvii, civ) ; d'autres fois, 
la terre représente les hommes, qui tremblent devant Dieu quand 
il vient les juger (lxxv, lxxvi, xcvi, xcvii). Dans certains cas, le 
psalmiste semble faire allusion à la scène de Sinaï, aux coramo- 

1 Voyez Bévue des Études juives, t. XX, p. 161. 

5 Ce verset paraît vouloir dire uniquement que les Juifs sont malheureux. 
T. XXI, n° 41. 1 



2 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lions de la nature qui ont accompagné la promulgation de la Loi 
et la marche triomphante des Hébreux à la conquête de la Terre- 
Sainte \\iii,xxix, LXVIH, lxkyii, xcvii; cf. n° 95). Quelquefois 
il semble peindre d'avance les tableaux messianiques, le déchaîne- 
ment de la nature contre les Nations rebelles et l'appareil impo- 
sant au milieu duquel s'accomplira le Jugement final (xi, xvin, 
xi. vi 1 , i.wv, lxxvi, xcvii, xcix). La plupart des passages que 
nous avons cités paraissent condenser un grand nombre d'idées 
et de sentiments divers, ils sont d'un tissu fort compliqué. 

55. Nous ne nous occuperons pas de ce que disent les Psaumes 
sur le ciel et les cieux des cieux (cxlviii, 4), uyrw ,û">73tt, le 
soleil, la lune, les étoiles, les nuages bsn» ,û"03> ,py, les saisons, 
le froid et la chaleur, la pluie, la neige, le tonnerre, les éclairs 
(cf. xxix, cxlvii, 16-17 ; cxlviii, 8). 

56. La terre est grande, vaste, ses limites sont éloignées idbn 
mxp , yiN "nxp , ynN ; là sont probablement les portes du monde 
ûrn» ^nns (xxiv, 7, 9). 

La surface de la terre est remarquable par deux accidents de 
terrain de sens opposé : les montagnes et les abîmes cmn, 
mttittn. Les abîmes de la terre sont quelquefois les abîmes recou- 
verts par la mer, mais nous croyons que dans certains cas ils 
représentent aussi des abîmes cachés sous la terre, des espaces 
souterrains vastes et profonds : y-an mttinn, lxxi, 20; rnnnn 
y-L\n, lxiii, 10; cxxxix, 15 ; rrnrtn VttWJ, lxxxvi, 13; cf. riprai 
y-N, xcv, 4. Le tehom qui échange ses appels avec le tehom, 
xlii, 8, paraît être le profond ravin à travers lequel se précipite 
le torrent, à moins que ce ne soit le tehom supérieur et le tehom 
inférieur où sont en réserve les eaux du ciel et de la terre. Le 
désert semble être comparé au tehom pour sa vaste solitude (à ce 
qu'il semble, lxxviii, 15, et evi, 9). 

57. Les montagnes n'existaient pas d'abord, elles sont nées pro- 
bablement au moment où Dieu a formé les mers (xc,2 ; civ, 8). Elles 
reposent sûr des fondements, leur profil se dessine au loin sur le ciel 
(xvin, 8; xcv, 4). Elles sont les montagnes de Dieu (ou les monta- 
gnes puissantes, éternelles, xxxvi, 7), les t|b« -nnn (l, 10), les rfirt 
t]TJ lxxvi, 5) ; le Basan est la montagne de Dieu, la montagne où 
il réside (lxviii, 16, 23; cf. le verset tronqué et obscur lxxxvii, 1, 
et le vers, xxx, 8). Les forêts qui couvrent les montagnes sont 
aussi les forêts de Dieu (civ, 16, 'ni»*). Les montagnes et les 
forêts dix» ,*!*!, sont peuplées de bêtes nombreuses, les oiseaux y 

l Traduire (vers. 3) : Quand même la terre serait transformée.. . L'allusion mes- 
sianique n'est pas certaine. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 3 

cherchent un refuge (voir l, 10-1] ; xi, 1 ; etc.). La puissance de 
Dieu se manifeste par son action sur les montagnes : il les fait 
trembler sur leur base (xlvi, 3-4), bondir comme des béliers, 
fondre comme la cire (xcvn, 5), flamber et s'évanouir en fumée 
(voir n 03 80 et 93). On sait que ces images sont des souvenirs 
de la proclamation du décalogue sur le Sinaï. Le rôle que le 
Sinaï et la montagne sainte de Sion occupent dans l'histoire a 
donné aux montagnes une place importante dans l'imagination et 
le cœur des poètes hébreux. La montagne de Sion est la montagne 
aimée de Dieu (lxxviii, 68; cxxxn, 13; cf. lxviii, 17 '), elle est 
sans cesse mentionnée et rappelée dans les Psaumes. Le rocher de 
la montagne est le refuge du Pauvre persécuté, la justice de Dieu 
est élevée comme les montagnes (xxxvi, 7), Dieu protège le 
Pauvre comme les montagnes protègent Jérusalem (cxxv, 2), les 
montagnes et les collines msna apporteront la paix au peuple 
(lxxii, 3), et lorsque le Pauvre est trop malheureux, il porte les 
regards vers la montagne, pour voir arriver le messager de salut 
(cxxi, 1). 

58. Le désert nmfc est une terre altérée, fatiguée et sans eau, 
tpli !"p£ yna (lxiii, 2 ; cf. vers. 1, et cvn, 33-35), il est l'image de 
ce monde terrestre/ triste et misérable (n° 32) ; sa solitude est 
effrayante comme celle du tehom (n° 56), le voyageur qui le tra- 
verse erre et s'égare ïwtB'va -irran "\yr\ (cvn, 4) ; les Méchants 
finalement camperont dans le nmm:, désert ravagé par les feux 
du soleil (lxviii, 7). On verra plus loin quelle est, dans les souve- 
nirs historiques des Psalmistes, la place occupée parle désert où 
vécurent les Hébreux après la sortie d'Egypte. Les psalmistes 
n'ont pas oublié que, sur le passage des Hébreux, l'eau a coulé en 
abondance et le désert s'est changé en oasis (par exemple, lxxviii, 
16; cv, 41 ; cvn, 33-35; voir n° 95). Ils sont aussi attirés par le 
charme des petites oasis de la Palestine ; c'est là que le Pauvre, 
quand il est trop malheureux ou trop frappé de la méchanceté 
humaine, voudrait se réfugier et vivre en solitaire (lv, 7-8). 

59. Les eaux, à l'époque du chaos, ont couvert la terre et dé- 
passaient les montagnes (civ, 6-9) ; la terre est fondée sur les 
eaux et les fleuves (xxiv, 2), elle s'étend au-dessus des eaux 
(cxxxvi, 6), et quand elle s'entr'ouvre, on voit apparaître les tor- 
rents (xvin, 16, si toutefois notre interprétation est exacte). 

Dieu a réuni ensuite comme dans une outre les eaux de la mer 
(xxxni, 7), mais il y a aussi les eaux qui sont au-dessus du ciel, 
le mabbul sur lequel Dieu est assis (cxlviii, 4 ; xvin, 12). La mer 

1 Si toutefois cette interprétation du verset est exacte.. 



4 REVUE DES ETUDES JUIVES 

est grande, vaste, elle s'étend à porte de vue jusqu'aux extrémités 
de la terre (civ, 25; i.w, 6; cxxxix, 9, tr n^nns) ; elle est pro- 
fonde ot cache des abîmes (m^Httt, lxviii, 23 ; rra *pwn / ribiatTa , 
i.xix. 15, 16; mttiïin, xxxm, Tf; lxxvii, 17; cvn, 24 ; cxxxv, 6; 
e\i. vin. 7) ; les montagnes ont leurs racines dans le cœur de la 
nier .xi.vi. 3). La justice de Dieu est profonde comme le grand 
tehom (xxxvi, 7). 

11 serait superflu de donner des détails sur ce que disent les 
Psaumes de l'agitation de la mer, du mugissement de ses flots, de 
la puissance de ses vagues. "Une courte, mais saisissante descrip- 
tion de tempête se trouve cvn, 25-30. 

Un monde d'êtres vivants uî*n grouille dans la mer (lxix, 35 ; 
civ, 25; cxlviii, 10), sans compter les grandes bêtes marines, les 
tanninim, le léviatan (n° 69). Les poissons parcourent les routes 
de la mer (vra, 9), et à sa surface les vaisseaux la sillonnent (civ, 
26 ; cvn, 23). 

60. On verra plus loin (n° 68) quelle est la symbolique de la mer 
et de ses abîmes. Autant la mer, avec ses vagues immenses et vio- 
lantes, avec ses profondeurs mystérieuses, inspire de répulsion et 
de terreur aux psalmistes, autant les eaux tranquilles, les cours 
d'eau paisibles, les rivières, les lacs, éveillent en eux des idées 
riantes de paix et de bonheur. 

Le Pauvre est un arbre planté près du ruisseau qui coule (i, 3), 
Dieu le conduit en des demeures verdoyantes, près des eaux pai- 
sibles (xxiii, 2), l'abreuve au fleuve de ses bienfaits (xxxvi, 9), les 
bêtes soupirent après l'eau des rivières (xlii, 2), la vigne, qui sym- 
bolise le peuple juif, envoie ses rejetons jusqu'au fleuve (lxxx, 12), 
les rivières courent entre les montagnes, abreuvent les bêtes des 
champs, calment la soif de l'onagre (civ, 10-11), les beaux cours 
d'eau sont la joie de la ville sainte (xlvi, 5). 

Quand les rivières se transforment en torrents, quand leurs 
eaux sont rapides et dévastatrices, elles deviennent spiB et nbnia, 
et elles sont alors l'image du Méchant (xviii, 5; cxxiv, 4). Le 
bruit de leurs flots atteste la puissance de Dieu (xcm, 4). 

Les sources qui alimentent la rivière sont un bienfait de Dieu 
(civ, 10) ; en Dieu ou près de Dieu est la source de vie, Dieu est 
la source d'Israël (?), toutes les forces vives du Pauvre ont leur 
source en Dieu (xxxvi, 10 ; lxviii, 27 ; lxxxvii, 7). 

La pluie avec toutes ses variétés produit une impression bien- 
faisante sur le psalmiste. « Il (le Roi) descendra comme la pluie 
sur la prairie, comme une ondée qui arrose la terre. » (lxxii, 
6 ; cf. lxviii, 10.) 

L'eau sert à purifier et elle devient le symbole de la pureté 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 5 

morale. « Je lave mes mains, elles deviennent pures » (xxvi, 6 ; 
lxxiii, 13) ; Dieu lave les fautes du pécheur (li, 4). 

Mais l'eau est aussi chose vile, de peu de valeur, qu'on répand 
sans y regarder. Le Pauvre est répandu comme l'eau, son sang a 
été versé comme l'eau (xxn, 15; lxxix, 3); le Méchant sera dé- 
daigné comme l'eau (lviii, 8 »), il boira comme l'eau la malédic- 
tion (cix, 18 2 ). 

61. Le feu se présente presque toujours, dans les Psaumes, 
sous son aspect malfaisant, comme un élément destructeur. Il est 
l'image de la colère de Dieu (xviti, 9), il brûle et dévore les en- 
nemis de Dieu (xxi, 10 ; lxxix, 5; lxxxiii, 15) ; des pluies de feu, 
de soufre, de charbons ardents tomberont sur eux (xi, 6 ; xvjii, 
]3, 14 ; cxx, 4 ; cxl, 11). Le Pauvre aussi est brûlé comme par 
le feu (en, 4), il passe par l'épreuve du feu (lxvi, 12), les chaleurs 
de l'été le consument (xxxn, 4). 

La fumée est le signe du feu, elle indique et trahit la colère de 
Dieu rùV9 ,'pû3> (xviii, 9; lxxx, 5). Elle est aussi l'image de ce 
qui est éphémère et passager (par exemple, xxxvn, 20; eu, 4 3 ). 

62. Le vent est, comme le feu, terrible et rapide. La tempête, 
l'orage, sont les signes et les instruments de la colère de Dieu ,rm 
î-idid / rano ntt ,ïi3>o rm .û^p rm (voir, par exemple, xviii, 43 ; 
xlviii, 8 ; lv, 9 ; lxxxiii, 14-16 ; cvu, 29). Le Méchant s'en va 
comme un tourbillon, le vent l'emporte comme la paille (lxxxiii, 
14). Le vent est aussi un petit souffle, un rien, baïi, image de la 
faiblesse et de la vanité des choses de ce monde (p. ex., xxxix, 6). 
Enfin, il est l'esprit, il est l'âme. Dieu soutient le Pauvre par un 
souffle de bonté (li, 14). 

63. La lumière est le symbole de la vie, les ténèbres sont le 
symbole de la mort; la lumière représente le bonheur, la vie heu- 
reuse et tranquille; les ténèbres sont l'opposé. Quand le Pauvre 
demande à Dieu la vie et le bonheur, il dit, par métaphore, qu'il 
souhaite de voir la lumière et d'être délivré des ténèbres ; la vie 
et la lumière de la vie sont tout un (lvi, 14). « Eclaire mon œil, que 
je ne m'endorme pas du sommeil de la mort (xm, 4); fais briller ma 
lumière et que les ténèbres où je vis soient illuminées (xviii, 29) » ; 
Dieu a semé la lumière pour les çaddihim (xcvn, 11); dans les 
ténèbres, une lumière s'allume pour les iesarim (cxn, 4; cf. Isaïe, 
ix, 1) ; Dieu est la source de vie, dans sa lumière nous voyons la 

1 Ne faudrait- il pas lire ^3)3^, ils s'écouleront ? 

2 Sur tous ces points voir les mots: ,tp , tpHT / Û^ , tTfa " l p' 1 5N /&AK 

•dirtn .trrro'n ,trtt ^ba ,brw t inî ,Tiptt , 'pato ,û^a d iun 

3 Voir aussi, dans la concordance, le mot "H^P, four. 



6 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lumière ixxvi, 10) ; pour l'Oint du Seigneur, Dieu a préparé une 
lumière [cxxxn, L7). Le malheureux et l'opprimé ont perdu la vue 
el Boni comme des aveugles (n° 20). Le Pauvre, quand il est mal- 
heureux, se trouve dans les ténèbres, dans la vallée de l'ombre ara 
mttb» (( m. m. 3; lxxxviii, 7; xxm, 4; xliv, 20; cvir, 10, 14), 
dans les v*ik *3\BrW3 (lxxtv, 20). La route du Méchant, à son tour, 
est ténèbres (xxxv, 6j, parce qu'il sera finalement malheureux, et 
aussi parce que, dans son aveuglement, il refuse de comprendre 
les œuvres de Dieu (lxxxii, 5). L'ombre bs protège contre les ar- 
deurs du soleil, elle est l'asile du Pauvre; elle est aussi image de 
de ce qui passe et disparaît. 

64. L'impression pénible que l'obscurité produit sur le Pauvre 
se montre dans l'anxiété qu'il éprouve à l'approche de la nuit, 
dans l'agitation avec laquelle il se retourne sur son lit, et dans la 
joie qu'il éprouve quand reparaît la lumière du jour. La nuit est 
pour lui remplie d'épouvante (xci, 5), c'est la nuit que la meute 
des chiens aboie contre lui (lix, 7, 15), c'est dans l'obscurité que 
ses ennemis lancent sur lui leurs traits (xi, 2), que la peste (c^est- 
à-dire le Méchant) se promène pour chercher sa proie (xci, 6 ; cf. 
vers. 5, yn, qui prouve qu'il est ici question du Méchant). La nuit, 
le Pauvre est malheureux, sa force l'abandonne (lxxvii, 3), il gé- 
mit (lxxxviii, 2), ses reins le tourmentent (xvi, 7). Étendu sur son 
lit, il pleure, il arrose et submerge sa couche de ses larmes (iv, 5 ; 
vi, 7 ; xlii, 4 ; lxxvii, 3, 7 ; lxxxviii, 2) ; son lit est un lit de dou- 
leurs (xli, 4); même la nuit, le Pauvre veille, il se lève pour im- 
plorer Dieu ou peut-être simplement pour rendre à Dieu ses 
devoirs (i, 2; xlii, 9; lv, 18; lvii, 9; lxxvii, 7; xcn, 3; cvm, 
3; cxix, 55, 62, 148; cxxxiv, 1), et David se refuse le sommeil 
jusqu'à ce qu'il ait accompli son vœu (cxxxn, 4-5). En revanche, 
le matin apporte l'espérance (v, 4), le secours de Dieu et ses fa- 
veurs (xlvi, 6; xc, 14; gxliii, 8); le soir, le Pauvre se couche 
dans les larmes, et le matin, il est dans la joie (xxx, 6). Le Mé- 
chant, sur sa couche, médite ses mauvais coups (xxxvi, 5). 

65. Il y a des endroits où il règne une demi-obscurité, les lieux 
bas *, profonds, encaissés, étroits, la prison, la fosse, l'abîme. Le 
Pauvre y souffre, parce que la lumière y manque, et surtout parce 
qu'il y est privé d'air et de liberté (voir les mots : /«Ma ,rnat /itt 
!-îpii:72 /mua ^p»*»). Le Pauvre est dans un endroit resserré (iv, 
2; xxxi, 10; son ennemi est nafc, ni, 2, etc. ; rnat, xx, 2; natw, 
cxviii, 5; û-n^tt, cxvi, 3), dans la vallée des pleurs (lxxxiv, 7), 
le vallon de l'ombre ntobï &W& (xxm, 4), les défilés glissants 

1 Cf. les mots ^mfiO, 13530 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 7 

(xxxv, 6), dans les profondeurs de la terre, les abîmes delà terre 
frpftyft ,yntfin mEinn ,y-\8 nrnnn ,rvpnnn na (lxiii, 10; lxxi, 
20; lxxxviii, 7; cxxx, 1), dans l'abîme ima (lxxxviii, 12), 
dans les abîmes fictifs comme le bwtti, le nniD "lan et peut-être le 
ïTOm (xviii, 6, etc. ; lv, 24; xciv, 17), sans parler du *ûp ; enfin, 
dans les profondeurs artificielles, la fosse, le fossé, le puits, la ci- 
terne, où il est emprisonné comme un captif, où il est tombé comme 
tombe au piège la bête traquée par le chasseur (;nfittJ /-na /nàn 
t ?miï ",rrrpo et mrPTO, cvn, 20). 

66. Inversement, la plaine, la vallée large et qui s'étend au 
loin, comme aussi les hauteurs, les montagnes, les collines (n°57), 
rappellent des idées de paix, de sécurité et de bonheur. Le Pauvre 
délivré s'écrie que son pied est dans la plaine -nws (xxvi, 12), 
dans la terre de la plaine nïï^ ynN (cxliii, 10), dans une route 
aplanie et sans accidents tw» ma (xxvn, 11), dans les vastes 
espaces, où l'on circule sans difficulté, où il est libre et sans 
entraves : nm», xviii, 20, 37; xxxi, 9; cxviii, 5; cxix, 45; 
t? mmn -iitn, iv, 2. 

67. De la fosse à la tombe, il n'y a pas loin, le comble de l'obs- 
curité est l'obscurité de la mort et il n'y a pas de prison plus sûre 
que le tombeau. Déjà quelques-unes des expressions du numéro 
précédent désignent la tombe et la mort. Effectivement, le Pauvre 
est mort au figuré; il est comme ceux qui descendent dans la 
fosse (xxviii, 1 ; cxliii, 7), comme c^ux qui sont morts pour tou- 
jours (cxliii, 3), comme des morts délivrés de tout souci, qui dor- 
ment dans la tombe, dans la fosse profonde (lxxxviii, 5-7); il est 
oublié comme mort, presque étendu dans le î-wn (xciv, 17), sur le 
bord du biwû (lxxxviii, 4), sur le point de mourir (xm, 4), aux 
portes de la mort(ix, 14). D'autres fois, il est positivement dans 
le scheol (xxx, 4), la demeure des ombres, la tombe, le scheol infé- 
rieur (lxxxvi, 13), la fosse profonde (lxxxviii, 7, 11). Mais que 
l'on se rassure, le Pauvre n'est pas perdu, il est mort par image, 
une image le ressuscitera. 11 ne veut pas mourir, mais vivre et 
raconter les œuvres de Dieu (cxviii, 17), la mort du hasid est 
chose grave aux yeux de Dieu (cxvi, 15) ; comme Job, le Pauvre 
subit les épreuves les plus difficiles, mais jusqu'à la mort exclu- 
sivement (cxviii, 18) ; Dieu le protège contre la mort, le délivre 
de la mort, le ramè'ne des portes de la mort et des profondeurs du 
scheol, le fait remonter de la fosse, le ranime, le fait revivre, lui 
rend la lumière 1 (ix, 14; xm, 4; xvi, 10; xxx, 4; xxxiii, 19; 

1 La croyance à la résurrection ne viendrait-elle pas en partie de ces images et 
expressions figurées : *rnB 13^ , itt3£>3 bNU3?3 n^3>ïl l^^îl , "^nn mttîD 

.■o^n nrozJTa bawrs /Tinte 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

xl, 3; LVI, 14; lxxi, 20; lxxxvi, 13 ; lxxxix,49; cm, 4; cxvi, 8-9, 
15; cxix, 40, 107, 149, 159). Au contraire, les Méchants, qui pa- 
raissent venir duscheol.y retourneront; comme Datan et Abiram, 
ils descendront vivants dans le scheol (ix, 18; lv, 16). On voit, 
par tout ce qui précède, que la mort et la fosse sont, dans la plu- 
part des cas, le symbole de la souffrance du Pauvre. Dans d'autres 
cas, la mort signifie une mort prématurée, qui arrive avant l'âge ; 
c'est contre cette mort que le hasid espère que Dieu le protégera, 
et même contre la mort par faim et inanition (xxxm, 19). Le 
Pauvre ne mourra pas dans la moitié de ses jours (en, 25), il at- 
teindra la vieillesse et comptera de longues années (lxxi, 18; xci, 
16; xcir, 15; en, 25), tandis que la vie du Méchant sera courte et 
qu'il n'atteindra pas la moitié de ses jours (lv, 24 ; cix, 8). Dans 
le Ps. exix, enfin, les mots ypn et î-phn (verset 145) ne sont plus 
qu'une métaphore très affaiblie, comme celle du mot français 
animer, et par laquelle. l'auteur veut dire que la Loi soutient le 
Pauvre et qu'elle est son principe de vie. 

68. La fosse la plus effrayante, c'est le fond de l'eau, l'abîme de 
la mer. Les eaux sont un élément dangereux, elles inondent, em- 
portent, submergent, engloutissent ; les torrents qui débordent 
sont des fléaux; la mer, enfin, pour la puissance, la violence, l'agi- 
tation et le bruit de ses flots, par ses orages et ses tempêtes, sa 
profondeur sans fin, les ténèbres qui y régnent ou sont censées y 
régner 1 , les mystères cachés dans ses flancs, est pour l'homme 
un sujet de frayeur et d'épouvante. C'est une scène toute trouvée 
pour les souffrances du Pauvre. Le Méchant dévastateur est comme 
un torrent, les flots des Méchants sont comme les flots de la mer. 
Les eaux m'ont atteint, s'écrie le Pauvre, j'ai plongé dans la vase 
du fond rvnirtt "j-p (cf. \wi ùna xl, 3), dans la profondeur des 
eaux û^û ip»3>E ; le tourbillon nbaœ m'a submergé, la rhy&n allait 
m'engloutir (lxix, 2, 3, 15, 16); mes ennemis m'enveloppent 
comme les flots (lxxxviii, 18), les torrents des Méchants m'ont 
épouvanté bs^ba *bna (xvm, 5), les eaux m'ont emporté, un tor- 
rent a passé sur nous, les eaux bouillonnantes (d^rr Jrhm 
ûrjfpT!-:, cxxiv, 4, 5) ; nous avons été éprouvés par le feu et l'eau 
(lxvi, 12), toutes les vagues et tous les flots de Dieu ont passé sur 
nous ("pbai 'ynattifc, xlii, 8). Les Nations ennemies mugissent et 
bouillonnent comme la mer et ses flots (lxv, 8 ; cf. xl, 3, et 
lxxiv, 23, qui s'appliquent peut-être aux Méchants, \mï /pwa ma 
^Mp l'îMtS ,ûw). Mais Dieu finira par venir au secours du Pauvre, 
le tirera des eaux profondes (xvm, 17 ; cf. vers. 18, ma), des 

» Cf. xvm, 12. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 9 

abîmes de la mer (lxix, 15), le sauvera des grandes eaux, des 
fils de l'étranger (cxliv, 7), apaisera les flots des Nations qui le 
poursuivent (lxxxix, 10-11), et le débordement des eaux ne l'at- 
teindra pas (dm d^» tpta, xxxn, 6). 

15. Les animaux-, symbolique des animaux. 

69. Les bêtes féroces, sauvages et dangereuses, représentent 
ordinairement le Méchant, quelquefois les Nations. Et d'abord 
le lion et ses analogues, d^aab ,îrab ,t*eo ,bffiû ,rma /n», qui sont 
tous la représentation du Méchant. Le lion déchire le Pauvre et 
en fait sa proie (vu, 3; xvn, 12; xxn, 14, etc.), il attend sa vic- 
time dans une embuscade, la guette- dans l'obscurité (x, 9; xvn, 
12); le Pauvre est entouré de lionceaux dont la dent est acérée 
comme la lance et la flèche, la langue aiguë comme uneépée (lvii, 
5). Le Ps. xxxiv, 11, dit : « Les lionceaux ont faim, tandis que 
ceux qui cherchent Dieu ne manqueront de rien » ; cette opposi- 
tion n'aurait pas de sens si on y prenait les lionceaux au propre ; 
elle est des plus claires si on prena les lionceaux pour les Mé- 
chants. Le Méchant est aussi représenté par les bêtes dont la corne 
est cruelle, les taureaux d*ns, les taureaux du Basan qui envelop- 
pent le Pauvre (xxn, 13), le renne dont la corne est si dangereuse 
(xxn, 22), les chiens dont la meute aboie (xxn, 17, 21 ; lix, 
7, 15). Les Nations sont comparées, à leur tour, au sanglier 
des forêts, aux bêtes des champs, i*pb rT /i* 1 »» *pm (lxxx, 14 1 ), 
aux bêtes en général rm (lxxiv, 19 2 ), à la bête des joncs 3 , aux 
taureaux, aux jeunes génisses, d^s* *bM ^TaN (lxviit, 31); ail- 
leurs, leur troupe malfaisante est comparée à un essaim d'abeilles 
qui enveloppent le Pauvre et le piquent de leurs dards (cxviii, 12). 
Le Méchant affile sa langue comme le serpent ots (cxl, 4), il est 
venimeux comme la vipère av^a:?, comme le serpent et le pithon 
jns; qui se précipitent sur leur proie et n'écoutent plus les for- 
mules de l'enchanteur qui veut les contenir (lviii, 5-6). Enfin, les 
Méchants et les Nations sont comme ces grandes bêtes à moitié 
fabuleuses appelées fm-ib ,&"OTn ,a^n /psn. Dans les Psaumes, les 
noms de ces bêtes ne sont pas très faciles à identifier : au Ps. 
xci, 13, le tannin semble être symétrique à jna et représenterait 
un dragon à queue de serpent ou simplement un serpent ; ou bien 



1 M. Jos. Halévy (Revue, XIX, 8) croit que le sanglier de la forêt désigne les 
Chaldéens (Assyriens et Babyloniens). 

* Il manque probablement un mot après rPft, peut-être le mot ÎTTtlî. 
3 D'après M. Halévy, l. c, la bête des joncs serait le sanglier chaldéen. 



H) REVUE DES KTUDES JUIVES 

il serait à peu près synonyme de TB5, lionceau; les tanninim et 
le léviatan vivent dans la mer (lxxiv, 13;civ, 26), et le passage 
de iaxiv, 13-14, qui semble contenir un souvenir de la sortie 
d'Egypte (ii" 94), autorise à penser que les tanninim sont les 
hippopotames, le léviatan les crocodiles, et que ces deux mots, 
en cet endroit, désignent les Egyptiens ; les tehomot où vivent les 
tanninim (dans Ps. cxlviii, 7) sont donc probablement des abîmes 
marins ,et non terrestres ; au contraire, les tannim de xliv, 20, 
semblent être des bêtes de terre ferme. Le nrn de lxxxix, 11, 
paraît désigner également une espèce de*monstre qui symbolise 
l'Egypte, peut-être aussi le crocodile l . Tous ces animaux sont les 
ennemis du Pauvre, mais ils finiront par être vaincus, et, un peu 
comme dans l'histoire du Paradis, le Pauvre les foulera aux pieds 
et les écrasera (xci, 13). 

70. Le Pauvre, à son tour, trouve son symbole parmi les bêtes. 
D'une manière générale même, il semble qu'il se compare aux 
pauvres bêtes, créatures innocentes, soumises, bornées, sans am- 
bition intellectuelle ni agitation de cœur, ^ùv w>r: ntorra (lxxiii, 
22). L'homme est comme les bêtes, comme un troupeau qui va au 
scheol et dont la mort est le berger (xlix, 13, 15, 21). Le peuple 
des Pauvres est le troupeau des bêtes dociles et inconscientes 
l^iy mn ^mn (lxviii, 11; lxxiv, 19) ; le Pauvre est une brebis 
égarée et que le pasteur cherchera pour la ramener *n« ma (cxix, 
1%) ; les Pauvres (ou peut-être le peuple juif) sont un troupeau 
conduit à l'abattoir, un troupeau qu'on dévore, las ,b3N!o 1N£ 
Piroa (xliv, 12, 23). Mais ce troupeau a pour chef et pour berger 
Dieu lui-même, c'est le troupeau que Dieu conduit au pâtu- 
rage et dont il est le pasteur, m ï&ut ^mrtB û* ^rpj-ifc )H& 
*H3> (lxxiv, 1 ; lxxvii, 21 ; lxxviii, 52 ; lxxix, 13 ; xcv, 7 ; c, 3 ; 
— run, xxm, 1 ; lxxx, 2), et le roi David, à l'image de Dieu, en 
souvenir aussi de ses années de jeunesse, est le pasteur de son 
peuple (lxxviii, 70-71). 

Le Pauvre soupire après Dieu comme la gazelle après l'eau ; il 
souhaite d'avoir le pied rapide du cerf pour atteindre son ennemi 
(nb\N ,b\s; xlii, 2; xvm, 34). 

71. Une des images les plus gracieuses des Psaumes est celle 
qui représente le Pauvre comme un oiseau, créature élégante, 
douce, faible, et dont la seule arme est la fuite devant l'ennemi. 
Le Pauvre est seul comme un oiseau solitaire sur le toit niD2£ 
M by Tnn (en, 8) ; comme l'oiseau, il est entouré des filets de l'oi- 

1 Voir Riehm, Handwôrterbuch des bièliscken Alterthums, article Rahab ; cf. 
plus loin notre n° 151. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 11 

seleur, de rets où il doit se prendre ; à l'heure de la délivrance, le 
filet casse et l'oiseau s'échappe (xci, 3 ; cxxiv, 7 ; cxli, 9). Quand 
le Pauvre est trop malheureux, on lui dit : « Oiseau, envole-toi 
vers la montagne » (xi, 1), ou bien il s'écrie : « Qui me donnera 
des ailes comme la colombe, que je m'enfuie dans le désert » (lv, 
•7) ; le peuple juif est une colombe, la tourterelle de Dieu, fw, 
'pin (lxviii, 14 ; lxxiv, 19) ; l'hirondelle trouve un nid où elle 
abrite ses petits, le Pauvre s'abrite derrière l'autel de Dieu 
(lxxxiv, 4) ; Dieu protège son peuple en le plaçant, comme l'oi- 
seau ses petits, sous sa plume et sous son aile (xvn, 8; xxxvi, 8, 
etc., xci, 4). 

Parmi les oiseaux, les Psaumes nomment aussi la cigogne 
!TPon, qui a son nid dans les cyprès (civ, 17), et le corbeau my, 
qui paraît être considéré comme un des êtres les plus humbles et 
les plus affamés de la création (gxlvii, 9 ; cf. Job, xxxviii, 41). 
L'aigle nraa n'est mentionné qu'une seule fois et semble être, dans 
ce passage, le phénix fabuleux qui renaît de ses cendres (cm, 5). 
Le rrns est, sans doute, un griffon, un être ailé monté par Dieu 
(xviii, 11 f ). Le vent a des ailes, et l'aurore également (xvm, 11 ; 
civ, 3 ; cxxxix, 9). 

72. Dans sa détresse, le Pauvre se compare aux bêtes les plus 
infimes et les plus misérables de la création, au pélican du désert, 
au hibou des ruines mmn ois ,w:a nap (en, 7), et même au ver 
nrbin, et, d'une manière générale, aux reptiles qui rampent dans 
la poussière : « Je suis un ver et non un homme (xxn, 7) ; notre 
corps est étendu sur la terre et notre ventre est couché dans la 
poussière » (xliv, 26 2 ). 

73. Outre les bêtes déjà nommées plus haut, les Psaumes 
mentionnent le taureau et le bœuf, *id ,-nuî (lxix, 32), les moutons, 
le bélier, le bétail, les boucs, d^inr ^pa ^û^n ,ûTi:a (lxvi, 15; 
l, 9, 10, 13); les bœufs, ■wiDib» , tPfibK (vm, 8; cxliv, 14); les 
D'v-û (xxxvn, 20) ; la génisse bw et le ù&n qui sautent (xxix, 6; 
xxn, 22; cf. les béliers et les jeunes brebis qui sautent, cxiv, 4, 
6). Les jeunes nations vigoureuses et légères sont les d">tt2 ib>y 
(lxviii, 31). Les troupeaux sont la fortune de l'homme pieux 
(cxliv, 13-14). 

Le cheval oio et le mulet Tis sont impatients du frein, image 
de l'homme qui ne veut pas obéir aux commandements de Dieu 
(xxxn, 29) ; le cheval est la force des armées, mais une force 
trompeuse, Dieu seul est la vraie force (xx, 8; xxxiii, 17; 

1 Dieu monte également les nuages (civ, 3). 

2 Cf. gxix, 141, Ï1T33Ï 1D3N *py5S, que nous aurions dû citer plus haut, n° 11. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cxlvii, 10; cf. lxxyi, 7). L'une sauvage ira-iB est mentionne* 
en , 11. 

Le chacal dévore les cadavres des Méchants (lxiii, 11), les 
hôtes sauvages et les oiseaux de proie dévorent les cadavres des 
Justes massacrés (lxxix, 2). 

On a encore, dans les Psaumes, les chamois trb:>"> et les lièvres 
tPSDffi (civ, 18), la sauterelle fta^N (cix, 23 ; le Pauvre est secoué 
comme la sauterelle qu'on prend sur une toile et qu'on secoue), le 
mite qui ronge B3J (xxxix, 12), la limace bibn^, qui disparaît 
comme le Méchant (lviii, 9). Voir encore t frîî t Tn* ,tt3pE ,wa 
3>TiBX 7 pb"«, dans les récits des dix plaies d'Egypte (lxxviii, 45-46 ; 
cv, 30-34). 

74. Les auteurs des Psaumes s'intéressent à toutes les espèces 
animales. Ils mentionnent tour à tour les bêtes domestiques rtloïta, 
les bêtes des champs "nia mfcttS (vin, 8), les bêtes sauvages qui 
courent la plaine, qui peuplent la forêt et la montagne, ynN imn 
(lxxix, 2), inio nrnn (civ, 11), nan imn (l, 1.0 ; civ, 20), mfcïia 
S|ba i-ni-n (l, 10) ; les oiseaux d«nM: dans leur nid ou dans les 
arbres du Liban (civ, 17), les oiseaux ailés tps tpa> ,sp5 *n&£ 
(lxxviii, 27 ; cxlviii, 10), l'oiseau de proie qui plane dans le ciel, 
les oiseaux des airs, tnttra ^nsx ,&^atiifi t\i2 (vin, 9 ; lxxix, 2 ; civ, 
12), les oiseaux des montagnes d'nft tpa» (l, 11); enfin les poissons 
des mers (vin, 9 ; civ, 25-26), et, en général, tous les petits êtres 
animés, insectes, reptiles, vers, m*n (cxlviii, 10) et les êtres in- 
nombrables, grands et petits, qui pullulent dans la mer (lxix, 
35 ; civ, 25). 

75. Les psalmistes ont, en général, un grand sentiment de sym- 
pathie pour les bêtes, elles sont réellement, pour eux, les frères 
inférieurs de l'homme, des espèces de Pauvres d'un autre degré. 
Les bêtes sont les créatures de Dieu et sont à Dieu (l, 10) ; Dieu 
pourvoit à leur nourriture comme il pourvoit à celle de l'homme ; 
il fait croître l'herbe pour le bétail (civ, 14), il ouvre sa main et 
rassasie avec bonté tous les êtres vivants (cxlv, 16), toutes les 
créatures tournent les yeux vers lui et lui demandent leur 
pâture (civ, 21, 25-28; cxlv, 15); il est bon pour tous et sa 
miséricorde s'étend sur toutes ses œuvres (cxlv, 9) ; il aide, se- 
court et sauve à la fin l'homme et la bête (xxxvi, 7). Aussi les 
bêtes, comme les hommes, louent Dieu et glorifient son nom ! 
(cxlv, 10; cxlviii, 10-13). Partout éclate le sentiment de frater- 
nité qui unit l'homme à tous les êtres de la création. 

1 Les plantes aussi ; cf. n 05 80 et 94. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 13 



16. La nature organique et la nature en général. 

76. Les végétaux, l'herbe, les fleurs, les feuillages verdoyants, 
sont la joie de l'agriculteur, ils évoquent des idées de bonheur, 
d'abondance, de prospérité (voir les mots yrr»,^ { pT ,Tttft ,Niûn 
*pn ,rna ,aiB3> ,ï"ïb:?). Les psalmistes savent jouir de la nature en 
pleine production et floraison (xxm, 2), ils connaissent le spec- 
tacle de l'agriculteur qui coupe le blé et fait ses gerbes (cxxvi, 
5-6; cxxix, 7), ils voient la plantureuse campagne couverte de 
verdure et d'épis, les vallées revêtues de blé comme d'un man- 
teau forn ,rraat #n /m; lxv, 10-14), les montagnes couvertes d'un 
tapis de verdure (cxl vu, 8; cf. civ, 14). Le Pauvre veut être 
comme l'herbe de la terre (lxxii, 16; cf. cxxxn, 18), et le Mé- 
chant aussi, dans le bonheur passager dont il jouit, est comme 
un pan mTN (xxxvn, 35), il verdoie comme l'herbe (xcn, 8). Mais 
toutes ces plantes sont aussi ou bien plutôt encore l'image de ce 
qu'il y a d'éphémère dans le bonheur de l'homme en général, 
l'image de la fragilité des choses humaines. Le matin, l'homme 
brille comme une fleur ; le soir, il est desséché et coupé (xc, 5-6 ; 
cm, 15-16) ; le Pauvre, dans son malheur, est comme une herbe 
sèche (cir, 5, 12), le Méchant se fanera comme l'herbe (xxxvn, 2), 
comme la mousse des toits (cxxix, 6) ; il sera aussi comme la 
paille et le son, baba ,yn ,»p f que le vent emporte (i, 4 ; xxxv, 5 ; 

LXXXIII, 14 *). 

77. Parmi les végétaux, il faut particulièrement mentionner 
les arbres, dont plusieurs, par la beauté et la fraîcheur de leur 
feuillage, l'abondance de leur fruit, la majesté de leur port, leur 
hauteur et leur puissance, représentent le bonheur qui attend le 
Pauvre quand Dieu le relèvera de son humilité. Le Pauvre sera 
comme im arbre planté au bord d'un ruisseau, qui donne son 
fruit en son temps et dont le feuillage ne se fane pas (i, 3); il 
fleurira comme le palmier n»n, il lèvera la tête comme le cèdre 
du Liban tin (xcii, 13), il se tiendra dans la maison de Dieu 
comme l'olivier verdoyant pan rvn (lu, 10), il sera planté r^binia 
dans le parvis de Dieu (xcn, 14), ses fils seront comme des plants 
d'olivier rangés autour de sa table, comme des plants û'Wa bien 
venus dès leur jeune âge (cxxviii, 3; cxliv, 12) ; même dans sa 
vieillesse, il sera gras et verdoyant fb'Wi ,DtNBi, xcn, 15). Nous 
n'avons rien de spécial à dire sur les autres arbres nommés dans 
les Psaumes, le cyprès û-orn, le figuier, la myrrhe, l'aloès, 

1 Sur le EJîn, voir I e n ° suivant ; la ïwb n'est pas mentionnée dans les Psaumes. 



14 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mbîiH /r:- les d"»ttm (civ, 17 ; xlv, ( .) ; cxx, 4). En général, l'arbre 
et la forôl semblent être, pour le psalmiste, un spectacle agréable 
où il voit la puissance de Dieu et la fécondité de la nature : ya> 
■no les arbres fruitiers (gxlviii, 9), "n ^9 les forêts de Dieu (civ, 
16), -ia>i 13W les arbres de la forêt (xcvi, 12), b« -tin les cèdres de 
Dieu(LXXX, 11), la forêt et ses bêtes (l, 10 ; civ) ; le poète a même 
gardé dans les yeux l'image des saules trmy que ses ancêtres ont 
vus à travers les larmes sur les rives de Babylone (cxxxvn, 2). 
Un arbre mérite avant tous les autres d'être remarqué pour sa 
signification symbolique, c'est la vigne \&$. La vigne, c'est propre-' 
ment le Pauvre, ou, dans un sens plus large, le peuple juif. On 
connaît la célèbre prophétie de la vigne dans Isaïe (chap. v) ; 
pour l'auteur du Ps. lxxx aussi, le peuple juif est une vigne, 
la vigne tirée d'Egypte et plantée par Dieu. Elle étend ses ra- 
cines, remplit la terre, les montagnes sont couvertes de son 
ombre, ses branches couvrent les cèdres puissants, ses pousses 
vont jusqu'à la mer et ses plants jusqu'aux fleuves ; mais Dieu a 
fait une brèche au mur qui la protégeait, et maintenant tous les 
passants l'insultent et la foulent aux pieds. Ailleurs, la femme du 
Pauvre est comparée à une vigne féconde (cxxvm, 3). La belle 
branche tp (xlviii, 3) qui représente le peuple juif ou la ville de 
Jérusalem pourrait être une branche de la vigne, quoique rien ne 
l'indique (cf. Isaïe, nan, xi, 1 ; naia, xiv, 19; lx, 21). 

78. Les matières organiques nommées dans les Psaumes sont : 
le laitage ou la crème ma^n (lv, 22 ; les paroles hypocrites sont 
douces comme la crème) ; l'huile "pia, qui est onctueuse, bonne, 
fraîche "pan (?), grasse (xxm, 5 ; lv, 22 ; xcn, 11 ; cxxxin, 2) ; la 
graisse, "pin ,nbn, qui rassasie (xxxvi, 9 ; lxiii, 6 ; lxxxi, 17 ; 
cxlvii, 14, û^ian nbn). La graisse (ou l'huile) fait reluire la face de 
l'homme bien nourri (civ, 15), les hommes repus sont y-iN wi 
(xxn, 30), l'œil du Méchant heureux est saillant de graisse (lxxiii, 
*7), son cœur est gras de graisse (cxix, 70, ûnb nbra rasa). Ajoutez 
le miel et la cire r^rr ^is ,iD:n. Le miel est nommé xix, 11; 
lxxxi, 17 ; ce qui frappe les psalmistes dans la cire, c'est la faci- 
lité avec laquelle elle fond : devant Dieu, les montagnes fondent 
comme la cire (xcvn, 5 1 ), le cœur du Pauvre s'affaisse et fond 
comme la cire (xxn, 15), le Méchant fondra comme la cire devant 
le feu (lxviii, 3). Parmi les liquides, le vin joue un rôle impor- 
tant. Le vin réjouit le cœur de l'homme (civ, 15), boire le vin 
dans la coupe est évidemment une grande jouissance, puisque 
l'image de la coupe o-o est souvent associée au bonheur du Pauvre 

* Voir n« 57. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 15 

(xvi, 5; xxiii, 5; cxvi, 13); la coupe du Pauvre est abondance et 
celle du Méchant est malheur (xi, 6; lxxv, 9). Le vin enivre et 
égare, il ôte la raison au Méchant (cvn, 27), les buveurs thu) 
nsv se moquent du Pauvre (lxix, 13), le gïbbor pris de vin devient 
insolent (lxxviii, 65). Le vinaigre et l'absinthe, ont /psn, sont la 
boisson amère du Pauvre ; dans son malheur, il chancelle comme 
un homme ivre ïrbsnn yn (lx, 5), mais quand vient la revanche, 
Dieu lui verse une coupe écumante, du vin et du *pft, tandis que 
le Méchant est condamné à boire la lie rmOT (lxxiv, 9). 

79. Parmi les choses méprisables auxquelles le Pauvre se com- 
pare ou avec lesquelles il entre en contact, sont la cendre nsa 
qu'il mange comme du pain (en, 10), la poussière izy et le fumier, 
)ft*i ,mBiZ3N, dans lesquels il est étendu (vu, 6 ; xliv, 26 ; lxxxiii, 
11 ; cxiii, 7), la boue et la vase, yp cra ,mstn sra, dans lesquelles 
il enfonce et se perd. La poussière ns? est emportée par le vent, 
image de ce qui est fragile et passager. 

80. En général, les Psaumes ont un sentiment profond de la 
nature, et les grands spectacles qu'elle présente y sont reproduits 
dans toute leur splendeur. On y trouve des tableaux de bonheur 
tranquille, souriant et reposé, au bord des ruisseaux frais où se 
mirent les arbres verdoyants, sur les prés verts, les eaux paisibles 
(i, 3 ; xxiii, 2); Dieu se souvient de la terre, la féconde et l'enri- 
chit, et la rivière coule à pleins bords ; il arrose les sillons, pétrit 
la glèbe sous les ondées, fait pousser les jeunes plantes et prépare 
le blé ; les sentiers ruissellent de graisse, les oasis du désert ; les 
collines se ceignent de joie, les prés se revêtent de bétail et les 
vallées s'enveloppent de blé (lxv, 10-14). D'autres fois, le poète 
entend le bruit formidable des vagues, l'éternel mugissement 
des flots de la mer, le murmure des eaux, le sifflement des 
torrents et des cascades , les hurlements du vent, le bruit du 
tonnerre ; il voit les éclairs qui sillonnent la nuée, les monta- 
gnes et les forêts frappées de la foudre et qui fument, fondent et 
se consument (xxix, 3-9 ; xlii, 8 ; xlviii, 8 ; lxv, 8 ; lxxxiii, 15; 
xcin, 4 ; xcvi, 11 ; xvm, 8-16 ; cvn, 23-29 ; civ, 32 ; gxliv, 5). Il 
connaît aussi la voix des arbres, le bruissement des feuillages, 
l'hymne de la forêt qui chante et de la rivière qui coule (xcin, 3 ; 
xcvi, 12 ; xcviii, 8 ; cxlviii, 9). Quand il lève les yeux, il voit se 
dessiner dans le lointain le profil des hautes montagnes et leur 
cîme reluire au soleil (xcv, 4), son regard se promène sur le vaste 
horizon (cm, 12 ; cf. l, 1 ; cvn, 3) ou se lève vers le ciel, dont il 
mesure la hauteur (cm, 11). Les cieux sont l'œuvre de Dieu, il a 
fondé la lune et les étoiles, il compte les astres et donne à chacun 
son nom (vm, 4; cxlvii, 4). « Les cieux racontent la gloire de 



16 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Dieu, et le firmament proclame l'œuvre de ses mains ; le jour en 
transmet l'annonce au jour suivant, et la nuit le fait comprendre 
à la nuit. Us (les cieux) n'ont ni mots ni paroles, on n'entend pas 
leur voix. Leur étendue couvre toute la terre, leur voix va aux 
extrémités du monde. Au milieu d'eux le soleil a sa tente, il est 
comme un fiancé qui sort de son dais, il se réjouit comme un 
gibbov de s'élancer dans la carrière ; il part du bout du ciel, re- 
tourne à l'autre bout, et rien n'est à l'abri de ses feux (xix, 2-7). » 
— « Dieu dépêche ses ordres sur la terre, et sur l'instant sa parole 
s'élance, il fait tomber la neige comme des flocons de laine, ré- 
pand le givre comme la cendre, jette les glaçons en morceaux, 
rien ne résiste à son froid. Mais son ordre vient, il les fait fondre ; 
son vent souffle, ils coulent comme de l'eau (cxlvii, 15-18). » En 
fait de descriptions de la nature, le psaume civest une merveille. 
Dans un décor grandiose, où l'on voit le ciel étendu comme un 
tapis, les nuages et les vents courant comme des coursiers ailés, 
la lumière resplendissante, les mers e*" les montagnes, les fleurs, 
les prés, les champs, les arbres et les forêts, le poète évoque tous 
les êtres de la création, les bêtes des champs, les bêtes domes- 
tiques, les bêtes fauves, le lièvre qui terre dans le rocher, l'oiseau 
qui niche dans les arbres, les monstres marins et les myriades 
de créatures qui peuplent la mer. C'est comme le grouillement et 
le pullulement perpétuel de la vie animale ; tout est en mouve- 
ment, de tous les coins de l'horizon s'élèvent des notes qui vont 
se perdre et se confondre dans la grande symphonie de la nature. 
Mais soudain, l'orchestre s'apaise, les voix expirent, la lumière 
s'éteint, et d'un coup de baguette, toute la féerie s'arrête, s'éva- 
nouit, rentre dans le néant, pour reparaître le lendemain, aussi 
jeune et aussi brillante. C'est l'éternel jeu de la nature, à la fois 
joyeux et triste, où la mort et la vie sortent l'une de l'autre, où 
tout finit et tout recommence. 

17. La société humaine, la guerre. 

81. Nous n'avons pas l'intention d'étudier ici ce que contiennent 
les Psaumes sur la famille et la société, nous nous bornons à ren- 
voyer aux mots suivants, qu'il faudra chercher dans la concor- 
dance : û"n:>3 .dmm t &*py* ,d^bbi* .bn»* /jniaN ,na ,m /p ,d« ,n« 
,-tt /nM ,"ia ,jn,dvip ,ïTnsiB ,rra« /m* ,rrpn:» ^-hn ,d^pT ,mbina 
atoin. La femme stérile de cxin, 9, est le peuple juif. Il est entendu 
que l'unité de la famille et de la société est scellée en Dieu même, 
qui est le père des orphelins et le père de ceux qui le craignent 
(lxviii, 6; cm, 13). 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 17 

Voir aussi les mots : d^is ^^ro /pi yû^pî ftpam ,û^bBtë .ù^ia, 
sans parler des rois, des prêtres, des lévites, des prophètes 
(lxxiv, 9 ; cv, 15). Le sens, du ynsa d^Batt) d^'nbtf (lviii, 12) est 
assez obscur; dans lxxxii, 6, le psalmiste semble comparer les 
puissants de la terre à Dieu ou à des dieux, à des fils d'élion, 
et les élohim du verset seraient également ces hommes puis- 
sants et influents, mais il est difficile d'avoir à cet égard, une 
opinion bien arrêtée. Si Ton compare xxix, 1, à lxxxix, 7, on 
sera tenté de. prendre les dr?N ^a non pour des hommes, mais 
pour des anges, à moins que ce ne soient les dieux des Nations. 
Nous avons dit plus haut (n° 15) que, dans les princes et juges de 
la terre du Ps. n, il faut peut-être comprendre aussi les Juifs 
puissants, c'est le verset cxlviii, 11, qui nous a fait émettre cette 
hypothèse, qui, réflexion faite, nous paraît peu justifiée. 

82. En fait de métiers et de professions, les seuls que nous 
nous rappellions d'avoir vus dans les Psaumes sont ceux de gih- 
bor, de potier (nit-p), d'agriculteur (ntt3>tt /lifcip /û^^n, cxxix, 3, 
7), mais nous écrivons ceci de mémoire et il se peut que ces indi- 
cations soient très incomplètes; voir lviii, 5-6. 

83. Les vêtements, étoffes et accessoires mentionnés dans les 
Psaumes sont, par ordre alphabétique : ,11112 ,7n ,idiab ,n3>i"p /wa 
rrobuî ^TOp^i /na* pi? ,b^ ,bvn ; voir aussi les verbes ïtj^ et 
tpy. Le méchant est habillé de malédiction et de honte (cix, 18, 
29) ; le vêtement s'use, on le change quand il est vieux ; de même 
le Méchant se fane et sera rejeté (en, 27). Jeter le soulier sur 
quelqu'un est une action symbolique (lx, 10). 

Nous nommons encore quelques autres produits de l'industrie 
humaine: l'escabeau, ■wnûTJtt, le pot à eau latm ^0 , qui 
servent à d'humbles usages et sont symboles de Nations sou- 
mises; les Nations ennemies seront brisées comme le vase du 
potier nsm ^ba (11, 9) ; le Pauvre est comme un vase fragile 
ïaa ^bd (xxxi, 13), il est sec et sans sève comme un tesson unn 
(xxii, 16). 

84. Le principal objet de ce chapitre est d'étudier une des ma- 
nifestations les plus importantes des sociétés humaines, la guerre, 
anp /ptt3 ,MfcnbE # an. 11 est souvent question de la guerre dans les 
Psaumes, mais à part les cas où elle est un souvenir historique 
ou une prévision messianique, la guerre des psalmistes est une 
guerre symbolique, la lutte et le procès du Pauvre contre le Mé- 
chant. L'arsenal militaire des Psaumes ne comprend, le plus sou- 
vent, que les armes qui servent au Méchant pour attaquer le 
Pauvre ou au Pauvre pour se défendre. Le Méchant a d'abord les 
armes naturelles de l'homme ou celles des bêtes auxquelles il 

T. XXI, n°41. 2 



18 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est comparé : la main (xxxvj, 12), les bras nwit (xxxvn, 17), le 
pied qui ibule (le pied de l'orgueil, xxxvi, 12; cf. xxxi, 21, ^osi 
«•W; xi.vii, 4; lx, 14), le talon qui écrase (xli, 10), la bouche 
qui s'ouvre comme une gueule de bête féroce (xxn, 14 ; xxxv, 21 ; 
cf. lxix, 16, la gueule du *iao), qui dévore et engloutit la victime 
(993,bStt), les dents et les mâchoires 1 (rmnbtt ,ù^ra), la corne 
qui est le signe de l'orgueil et qui blesse. On peut ajouter la lan- 
gue, les lèvres, le gosier, d'où vient la calomnie, venin mortel 
pour le Pauvre. Dans le camp du Méchant comme dans celui du 
Pauvre on emploie, toujours par métaphore, l'épée n-in, l'arc 
ntap, la flèche yn, le carquois ^sujn, la lance man (xxxv, 3 ; lvii, 
5 ; lxiv, 4 ; etc.), la ceinture où se suspendent les armes et qui, 
en se nouant autour du corps, augmente la force du combattant 
(fiTE /ttn /"iTN). La langue qui calomnie est comme une épée et un 
rasoir n*ri ; les fils robustes sont, pour le Pauvre, comme des 
flèches aux mains du gMor ; heureux l'homme qui en a son car- 
quois plein (cxxvn, 4-5) ! Souvent Dieu aussi se sert de quelques- 
unes de ces armes, il lance ses flèches contre le Méchant, les 
foudres sont ses flèches (vu, 14; cxliv, 6); il les lance aussi 
contre le Pauvre, quand il veut le punir (xxxvin, 3) ; le Méchant 
est lui-même l'épée de Dieu (xvn, 13), l'arme dont Dieu se sert 
pour punir son peuple et qui sera ensuite brisée. 

On peut ajouter les chars de cavalerie nsn et les chariots de 
guerre rïfca*. 

Les armes du Pauvre sont surtout défensives. C'est avant tout 
le bouclier, mno fiiïk /psa, et son vrai bouclier est Dieu (n° 97). 
Quand il est serré de trop près, il se réfugie dans des enceintes 
fortifiées, derrière des retranchements, des murs avec portes et 
verrous, dans des forteresses, des tours, ou bien il se cache dans 
la montagne, dans les rochers : ^ra» /issa» / m^in ,*rw /pttn** 
/û^to /mn -p3> .nssnja w ,tw3 ,'mw'n ,n™ott ,01:172 ^on» 
■mat ,3^0 /DTmn (xi, 1 ; xxxi, 22 ; xlviii, 4, 13, 14 ; lv, 11 ; lx, 
11 ; lxi, 4 ; xci, 2 ; cvm, 11 ; cxxn, 7 ; cxxv, 2 ; gxlvii, 13 ; cf. 
cvii, 16, maria mnb^ t bna vmn). 

85. C'est une vraie guerre que les Méchants font au Pauvre, il 
les appelle i:m et^nb (xxxv, 1), l'ennemi ma, et il invoque sans 
cesse contre eux le secours de Dieu ^im ïwi ,12*1 rimn (xliii, 1 ; 
cxix, 154; lxxiv, 22). Les Méchants se réunissent, s'organisent 
en troupes (xxxv, 15 ; xciv, 21, iw), dressent un camp autour 
du Pauvre (xxvn, 3) ; les Pauvres, de leur côté, se forment en 
troupes n-na et en armée bTi (voir aussi maaat, xuv, 10 ; lx, 12 ; 

* Voir aussi le mot ifib ; la joue paraît surtout faite pour recevoir les coups, 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 19 

cviii, 12) ; ils portent, comme signe de ralliement et de victoire, 
le drapeau de Dieu, os (lx, 6 ; cf. brn::, xx, 8). Une des grandes 
craintes des Pauvres, c'est d'être entourés et enveloppés par la 
troupe de leurs ennemis, et cette préoccupation vient de ce que 
leurs ennemis sont plus nombreux qu'eux et probablement aussi 
de ce que le peuple juif était entouré de tous côtés de nations hos- 
tiles. Les ennemis intérieurs et extérieurs sont toujours autour du 
Pauvre mo (cf., par exemple, ni, 7; xn, 9 ; -hv i^p" 1 , xvn, 9; 
xviii, 6 ; wirû, xxn, 13 ; etc.), les Nations Y entourent (cxviii, 
10-12), il appelle son ennemi iao» (cxl, 10), les irnrnao semblent 
être synonymes de in^ia (xxvii, 6; cf. lxxix, 12), la méchanceté 
de ses persécuteurs Y enveloppe (xlix,'6), des paroles de haine 
l'ont enveloppé (cix, 3). En revanche, Dieu enveloppe le Pauvre 
pour le protéger (xxxn, 7), la grâce de Dieu Y enveloppe (xxxn, 
10), Dieu Y entoure comme une enceinte de montagnes (cxxv, 2), 
et pour tous voisins ou. cortège, Dieu a sa fidélité, ^ma^D ^nnEN 
(lxxxix, 9 ; cf. verset 8 et n° 89). 

86. La chasse est une image réduite de la guerre, il va donc 
de soi que le Méchant fait aussi la chasse au Pauvre. Pour cela, 
il se sert d'abord des armes et des ruses ordinairement usitées à 
la guerre, et puis des instruments qui sont particulièrement ap- 
propriés à la chasse et qui sont, dans les Psaumes, les rets, les 
filets, la fosse et le fossé. Il est parfaitement superflu que nous 
donnions ici des citations, tout le monde sait qu'il est constam- 
ment question, dans les Psaumes, des rets, filets, pièges, trappes, 
fosses, préparés par le Méchant et dans lesquels il veut prendre 
le Pauvre (ttpiiï ,m> ,niD") ; cxl, 6, ù^ban ; cxli, 10, "piu^ia ; puis 
ttmta /rn) ; le Méchant est l'oiseleur iaipi qui s'empare du Pauvre 
comme d'un oiseau faible et innocent ; il finira par être pris dans 
ses propres filets, dans la fosse qu'il a creusée pour d'autres. La 
mort est un sinistre oiseleur qui guette sa proie, et le scheol tend 
ses filets où tombe le gibier humain, biaia ^bnn ,mtt:o ^ban ,mtt "napi 
(xviii, 5, 6; cxvi, 3). 

87. La guerre que fait le Méchant et que font les Nations n'est 
pas seulement une guerre contre le Pauvre et contre le peuple 
juif, elle est aussi une guerre contre Dieu, la guerre de l'Impie, la 
guerre des Nations incrédules ; ils insultent et blasphèment tprra, 
ïpaja, comme faisait Goliath contre les Hébreux (I Samuel, xvn, 
10, 26, 45 ; Ps. xliv, 17 ; lxxiv, 22). Voilà pourquoi Dieu est ap- 
pelé à la fois à combattre le combat du Pauvre et son propre com- 
bat (n° précédent). Le Pauvre lui-même, du reste, fait la guerre à 
Dieu (lui résiste, lui désobéit) et le met à l'épreuve, comme on 
l'avait vu dans le désert aux jours de Massa et Meriba (voir 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n° 145), et Dieu à son tour fait la guerre au Pauvre, s'irrite contre 
lut, le punit (cm, 9). Mais avant tout et au premier plan se place 
la guerre du Méchant contre le Pauvre et celle des Nations contre 
les Juifs. Le Méchant soulève des querelles tous les jours (cxl, 3), 
et certaines Nations sont aussi avides de combats (lxviii, 31). La 
guerre du Méchant et celle des Nations se confondent plus ou 
moins, et souvent il est difficile de savoir si c'est de l'une ou de 
l'autre que parlent les Psaumes (par exemple, Ps. xvm 34-36). 
Dans Ps. xxxv, 1-4 et suiv., c'est bien de la guerre du Méchant 
qu'il est question, et sûrement aussi dans xliii, 1 ; cxix, 153-154 ; 
cxl, 8. La guerre du Ps. xliv est une guerre contre les Nations 
(voir verset 5), mais c'est une guerre conduite par Dieu et toute 
spirituelle, comme du reste toutes les autres guerres dont nous 
venons de parler. Le Ps. cxliv enfin, qu'on a pris si longtemps, 
surtout à cause de la suscription, pour un vrai chant de guerre 
dans une guerre véritable, est aussi tout symbolique. Il n'y a là 
d'autre guerre que celle du Méchant et du Pauvre, ni d'autre 
triomphe que celui du Pauvre sur le Méchant. Le psaume, à partir 
du verset 3, n'aurait plus aucun sens si on l'expliquait autrement, 
et toutes ces considérations sur la faiblesse de l'homme, la vanité 
de la vie, les fils de l'étranger (le Méchant) qui ne sont que men- 
songe et fausseté, seraient incompréhensibles. Elles sont, au con- 
traire, parfaitement à leur place et très claires si on donne au 
psaume le sens que nous proposons. Les capitaines, un jour de 
victoire, n'ont pas accoutumé de réfléchir sur la vanité des choses 
de ce monde, et généralement leurs pensées prennent un tout 
autre cours. 

L'espèce d'hymne guerrier de xvm, 30 et suiv., a le même ca- 
ractère que les passages dont nous venons de parler, on le voit' 
assez par la partie précédente du psaume. 

88. La meilleure preuve qu'il n'est point question, dans tous 
ces morceaux, de guerre véritable, c'est que le Pauvre, pour être 
délivré et sauvé de ses ennemis, ne compte absolument que sur 
Dieu et non sur la force matérielle. Il répète sans cesse que ce 
n'est point par les voies humaines ni par les opérations militaires 
qu'il triomphera. « Ceux-ci viennent avec la cavalerie, ceux-là 
avec leurs chevaux ; nous , au contraire , venons au nom de 
Dieu » (xx, 8). « Ce n'est point avec l'épée que nos ancêtres ont 
conquis le pays, et leur bras ne leur a servi de rien; c'est ta main, 
ton bras, la lumière de ta face qui ont vaincu. Je ne me fie pas 
en mon arc, mon épée ne m'a été d'aucun secours, et quand tu ne 
sortais pas avec nos légions, nous succombions (xliv, 4, 6, 10). 
Seconde-nous contre l'oppresseur, car faux est le secours de 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 21 

l'homme (lx, 13). Le roi n'est pas sauvé par la multitude de son 
armée, ni le gibbor par sa force.; le secours du cheval est men- 
songe, les grosses armées ne servent pas (xxxiii, 16-17). Mieux 
vaut se confier en Dieu que de se confier en l'homme (cxviii, 8-9) ; 
sans le secours de Dieu nous étions perdus (cxxiv, 2-3) ; n'ayez 
pas confiance en l'homme, il ne peut vous secourir (cxlvi, 3) ; 
Dieu ne tient compte ni de la force du cheval ni des jambes de 
l'homme (cxlvii, 10), » Il y a, dans ces pensées des Psaumes, 
plus que ce sentiment religieux un peu banal qui rapporte tout à 
Dieu, la victoire et la défaite; plus aussi qu'une simple aversion 
contre toute alliance politique avec les nations puissantes; c'est 
un véritable mépris de la force matérielle et brutale, la conviction 
que la force ne sert à rien et ne fonde rien, la confiance dans l'ac- 
tion triomphante de la vérité et de la justice. 

Le vrai et Tunique guerrier, c'est Dieu ; il est le gilibor de la 
guerre (xxiv, 8). « Il arrive sur les ailes du herub, il vole, le 
ciel tremble, ses flèches partent, je suis tiré du fond des abîmes 
et sauvé de mes ennemis », et tout le reste du magnifique Ps. 
xvin, 8, et suiv. « Dieu est mon bouclier, il me ceint de force, 
c'est lui qui m'enseigne la guerre (xvin, 33-35; cf. cxliv, 1) ; son 
bras est tendu comme un arc d'acier, il élargit la voie sous mes 
pas, je poursuis mes ennemis, je les atteins, je les extermine ; 
Dieu me ceint de force pour la guerre, il prosterne sous moi mes 
adversaires (xvin, 35-40). Dieu tire la lance contre mes ennemis, 
brise leur arc, étourdit les guerriers, paralyse chars et cheval » 
(xxxv, 3; lxxvi, Q-l). 

Et tout de suite après : « Du haut du ciel tu fais entendre tes ar- 
rêts de justice, la terre prend peur et se tient tranquille » (lxxvi, 
9). Les Psaumes, comme d'autres écrits de l'Ancien Testament, 
annoncent la fin des guerres, l'apaisement de toutes les rivalités 
nationales. Les éclairs de l'arc seront brisés, le bouclier, l'épée 
et la guerre ; les combattants ne trouveront plus leur main (lxxvi, 
4, 6, et ce qui suit). Dieu fera cesser les guerres jusqu'aux extré- 
mités de la terre, il brisera l'arc, cassera la lance, brûlera les 
chars (xlvi, 10). C'est comme dans Isaïe, en termes moins écla- 
tants, mais exactement dans le môme sens, l'attente et le rêve de 
la paix universelle. 

18. Dieu, sa force et sa grandeur. 

89. Dieu demeure dans le ciel (xiv, 2, etc.), où il a son n^s, 
trône de roi et siège de juge ; il y retourne quand il a été sur la 



22 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

terre (mi, 8). Il réside à Sion (l, 2), le temple de Jérusalem est sa 
maison, sa tente, le séjour de sa sainteté ; les herubim sur les- 
quels il est assis sont probablement les chérubins de l'arche sainte 
(lxxx, 2; xcix, 1), qu'il ne faut pas confondre avec le kerub qui 
le transporte à travers les airs (xvin, 11). Sa face rayonne de 
lumière (lxxxix, 1G), et quand il marche contre ses ennemis, il 
marche dans la tempête et est précédé d'un feu qui dévore (la 
foudre); le nuage et la nuée l'enveloppent, un feu marche devant 
lui et dévore tout à l'entour ses adversaires, et la tempête gronde 
autour de lui (l, 3; xcvn, 3, 4). Il construit son appartement 
dans les eaux (les eaux du ciel 1 ), les nuages sont sa monture, il 
marche sur l'aile des vents, il galope sur les nuées (civ, 3 ; 
lxviii, 5). 11 demeure à la fois sur les hautes montagnes du Ba- 
san et dans les profondeurs de la mer (lxviii, 23). Il est le Dieu 
des cebaot, il commande à des légions, les légions du ciel (xxxm, 
6), ses anges (cm, 20-21 ; cxlviii, 2). Les anges accomplissent 
ses ordres et remplissent les missions dont ils sont chargés 
(xxxiv, 8; xxxv, 5, 6; xci, 11); symboliquement, les vents sont 
ses anges, le feu est son serviteur (cm, 21 ; civ, 4 2 ) et les plaies 
qu'il envoie aux Égyptiens sont la troupe des anges du mal 
(lxxviii, 49). Dans cm, 20, il semble que les anges ne sont autre 
chose que les gibborim, les vaillants capitaines qui exécutent les 
desseins de Dieu sur la terre ; Dieu lui-même, du reste, est un 
gibbor (xxiv, 8), et le Méchant est quelquefois son épée, instru- 
ment dont il se sert pour châtier les coupables (xvn, 13). Gomme 
nous l'avons dit plus haut (n° 81), nous ne savons si les ^n 
trba sont, ou non, des êtres surnaturels faisant partie d'une cour 
céleste. Les ûiiBTrp saints de xxxiv, 10, sont sûrement les Pau- 
vres ; ceux de lxxxix, 6, 8, pourraient être quelque chose comme 
des anges et faire partie de l'escorte céleste de Dieu 3 Cphwao). 

90. Les noms de Dieu ou les mots par lesquels il est dési- 
gné sont V7iû t yfy 9 ,5-p /ÏT1 ^ prut ^ba ,b«. L'emploi du mot 
trnba dans certains psaumes ou petites collections de psaumes, 

1 Cf. xxix, 10 : Dieu préside au mabbul ou est assis sur le maboul, peut-être. 
Dans lxxvii, 20, il semble qu'il y ait simplement un souvenir historique : lorsque 
les Hébreux traversèrent la mer Rouge, Dieu les précéda pour les conduire, sans que 
l'on vît la trace de ses pas. On pourrait cependant être tenté de prendre ce verset 
pour l'expression d'un fait général : Aussi bien que Dieu demeure dans les eaux 
d'en haut, il habite celles d'en bas ; t ta route est (non pas fut) dans la mer, tes 
sentiers dans les eaux profondes, et tes pas ne laissent pas de traces ». 

i Se rappeler aussi qu'il a, dans le ciel, des chambres où sont recueillies les eaux 
de la mer et d'autres où les vents sont enfermés, des outres où sont les océans 
et au moins une outre où il recueille les larmes de ceux qui souffrent (cxxxv, 7 ; 
xxxm, 7 ; lvi, 9) ; voir plus loin n<> 93. 

* Voir n° 85. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 23 

à la place du mot i-n!rp qui est dominant dans les Psaumes, n'a pas 
grande importance ici et doit être attribué au goût personnel de 
l'auteur ou des copistes. Le nom de )vby mérite d'être noté, les 
Psaumes semblent en donner l'explication : Dieu est élion parce 
que sa demeure est élevée dans le ciel (xci, 9; cxm, 5), parce 
qu'il est le maître de toute la terre et au-dessus de tous les dieux 
(xcvn, 9 1 ). Dieu est éternel mai ûbi3>b (ix, 8), sa royauté est établie 
pour tous les temps et son gouvernement pour toutes les généra- 
tions (cxlv, 13), ses années ne prendront pas fin (en, 28); mille 
ans, à ses yeux, sont comme le jour d'hier, qui a passé, pas plus 
longs qu'une des veillées de la nuit (xc, 4). Personne ni aucun 
dieu ne peut se comparer à Dieu, ni puissance au ciel ni aucun 
des tnbN *iS ne supporte la comparaison avec lui, il n'y a point 
de dieu comme lui, il est unique *pnb, il est plus grand que tous 
les dieux, il est le dieu des dieux et le maître des maîtres (lxxi, 
19; lxxxvi, 8, 10; lxxxix, 7, 9; xcv, 3; xevi, 4; cxxxv, 5; 
cxxxvi, 2, 3). Il est le dieu indigène des Hébreux, les autres dieux 
sont *D3 bja ,11 ba, des dieux étrangers (xliv, 21 ; lxxxi, 10 2 ), 
d'absurdes idoles, un bœuf qui mange de l'herbe (le veau d'or), un 
Baal Peor à qui on offre des sacrifices de mort, des tn© qui de- 
mandent des sacrifices humains (evi, 20, 28, 36-38). Il va sans dire 
que Dieu est le maître de toute la terre, de toutes les nations et de 
tous les hommes ; il est roi, il règne, bttSitt /]btt, et gouverne et est 
ou sera adoré jusqu'au fond, aux extrémités et aux frontières de 
la terre (xxn, 29; xxxiii, 14: xlvii, 3 ; xlviii, 11 ; lix, 14; lxv, 
6, 9 ; xcv, 4, etc., etc.). 

91. La grandeur et la sagesse de Dieu sont sans bornes (cxlv, 
3 ; cxlvii, 5), ses pensées sont profondes (xcn, 6), il voit jusqu'au 
fond des cœurs (xliv, 22), les sonde et les scrute, et il sait tout, 
voit tout, entend tout (cxxxix, 1-4; cf. cxxxviii, 6), il est partout, 
dans le ciel, dans les' entrailles de la terre, aux frontières des 
mers éloignées. Il a la prescience, l'omniscience et l'ubiquité. Son 
œil perce les ténèbres, il n'y a pas de lieu éloigné ou obscur ou 
inconnu où l'on puisse se cacher et se soustraire à ses regards et 
il a déjà vu l'embryon au moment où il se formait dans le mysté- 
rieux laboratoire de la nature (cxxxix, 7-16). 

92. La puissance de Dieu se manifestant par son action sur la 
nature, sur les hommes et dans l'histoire, est un des lieux com- 
muns des Psaumes sur lesquels nous n'avons pas l'intention de 

1 Voir aussi, dans la concordance, les mots &-) et ÛT")to. 

2 Le Méchant, qui s'éloigne de Dieu, lui est infidèle, est appelé SHilî, lxxiii, 
27 (v. n° 14) . 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nous arrêter, nous nous bornons à donner ici la liste de quelques 
mots à L'aide desquels on pourra retrouver, en se servant de la 
concordance et en cherchant toutes les formes de la môme racine, 
un grand nombre de passages des Psaumes où ce thème est indi- 
qué ou développé. Ce sont les mots : 

/Pnom /pon /pmVw /înVw /prmaa ,inToa /miM /tdji ,mtui 
,'n mbjwa t y&yn /n ^bb*» ,^nbi8»:o # *jrvftbïa ^ba ^rrDNbtt 
,^b*E ^»bc ,«bo /nmbib* /jimama tït? /wjwa /pmKbw .«ma /jasrafc 

.inJittn /"jmNsn /jnbïin ,'mbyo ,mb*s 
93. Dieu est l'auteur de la création, les cieux sont l'œuvre de 
ses doigts, il a fondé la lune et les étoiles (vjii, 4) ; par sa parole, 
les cieux ont été créés ; par le souffle de sa bouche, toutes leurs 
légions (xxxui, 6). 11 a fait les cieux avec sagesse, étendu la terre 
au-dessus des eaux (n° 54), formé les grands luminaires, le soleil 
pour gouverner le jour, la lune et les étoiles pour gouverner la 
nuit 4 (cxxxvi, 5-9 ; cf. n°80). C'est grâce à lui que la terre est as- 
sise solidement sur ses fondements et ne vacille pas (xcm, 1 ; 
xcvr, 10; civ, 5; cf. n° 54). A lui est la terre et ce qui la rem- 
plit, le monde et ses habitants; il a fondé les colonnes sur les- 
quelles elle repose (xxiv, 1-2; lxxv, 4; lxxxix, 12; cxix, 90). Il 
assemble comme une outre les flots de la mer, renferme comme 
dans un trésor les abîmes de l'Océan (xxxiii, 7). Les flots, à l'ori- 
gine, couvraient la terre comme un vêtement, les eaux reposaient 
sur le sommet des montagnes ; la voix de Dieu les fait fuir, son 
tonnerre les fait trembler; les montagnes s'élèvent, les vallées 
s'abaissent; une frontière est fixée aux flots, ils ne peuvent la 
franchir ni couvrir de nouveau la terre (civ, 6-9) ; Dieu gouverne 
la mer et apaise le tumulte des flots (lxxxix, 10 ; lxv, 8) ; sa force 
fonde les montagnes (lxv, 7) et inversement, il les fait, quand il 
veut, bondir comme des béliers, fondre comme cire, s'évanouir 
en fumée (xxix, 6 ; cxiv, 4, 5; xcvn, 5 ; civ, 32 ; cxliv, 5). Dieu 
a créé tous les hommes, il a créé les Nations (lxxxvi, 9), il est la 
source de la vie (xxxvi, 10), tous les êtres de la création lui ap- 
partiennent, les bêtes de la forêt, les animaux de la montagne, 
les oiseaux et les fauves (l, 10-11), il est le maître du monde et 
le gouverne (xxxiii, 13-14; lxvi, 7), les extrémités de la terre 
sont dans sa main (xcv, 4). 

94. La puissance de Dieu sur les éléments est décrite, par les 
Psaumes, dans de magnifiques tableaux dont nous citons quel- 
ques-uns. Devant Dieu, la terre chancela, les fondements des 
montagnes tremblèrent, car sa colère s'était allumée. La fumée de 

1 Allusion évidente à la première page de la Genèse. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 25 

sa colère s'éleva, le feu dévorant sortit de sa bouche, des étincelles 
jaillirent de lui, il inclina les cieux, descendit, étendit les nuages 
sous ses pieds ; il vola sur le Ueriib, arriva sur les ailes des vents ; 
il s'enveloppa de ténèbres, s'en entoura comme d'une tente, 
les ténèbres des eaux, l'épaisseur des nuées ; ses nuages passèrent, 
la grêle, la pluie de feu ; le tonnerre gronda dans les cieux, Dieu 
(Vnby) fit entendre sa voix, lança ses flèches, les éclairs ; on 
vit apparaître le lit des eaux, les fondements de la terre, devant 
la colère de Dieu et le souffle de sa bouche (xviii, 8-16). — Tu as, 
par ta puissance, fendu les eaux de la mer, brisé la tête des tan- 
ninim sur les eaux, mis en pièces les têtes de lêmaian et les as 
données à manger aux peuples du désert l . Tu fais jaillir les sources 
et les rivières, tu dessèches les fleuves éternels. A toi est le jour, 
à toi la nuit, tu as installé les luminaires et le soleil, tu as planté 
les frontières de la terre, tu as fait l'été et l'hiver (lxxiv,*13-17). Il 
faut relire, pour la description de l'hiver, le beau psaume cxlvii, 
dont nous avons parlé plus haut (n° 80). Les cieux et les eaux qui 
sont sous les cieux loueront Dieu, car, sur son ordre, ils ont été 
créés; il les a établis pour toujours, par un ordre qu'il a donné 
et qui ne peut être transgressé; les tanninim et les abîmes, le feu, 
la grêle, la neige, la nuée fumante, le vent de tempête qui accom- 
plit ses ordres, les montagnes, les collines, les arbres fruitiers*et 
les cèdres, les bêtes, les animaux, les reptiles et les oiseaux ailés 
loueront Dieu (gxlviii, 6-10 2 ). 

95. Quelques-uns de ces tableaux où se montre la puissance de 
Dieu sur la nature se rattachent à des souvenirs historiques, prin- 
cipalement à la sortie d'Egypte, au passage de la mer Rouge et 
aux miracles accomplis en faveur des Hébreux dans le désert. Une 
des scènes de cette grande épopée nationale paraît avoir été une 
scène d'orage, avec pluie, éclairs, foudres et grondement de ton- 
nerre qu'on peut rattacher au passage de la mer Rouge ou à la 
proclamation du Décalogue sur le Sinaï. Il n'y aurait riqn d'éton-? 
nant à ce que, au moment où les eaux de la mer se referment 
en mugissant sur les Égyptiens, les poètes et les conteurs juifs 
eussent placé une tempête grandiose. Le passage du Ps. xviii que 
nous avons cité dans le paragraphe précédent nous paraît être 
comme une copie et une réminiscence d'un tableau de ce genre. 

1 Allusion à la sortie d'Egypte ? Les tanninim, le Itfviatan, désignent peut-être 
les Égyptiens, leur tête est brisée sur la surface des eaux, leur corps est rejeté par 
la mer et livré en pâlure Ù^lfcb d3>b aux bêtes du désert ; ou bien, une lois les 
Égyptiens comparés aux grandes bêtes aquatiques de leur pays (crocodile, hippo- 
potame), l'image est ensuite prise au propre, ces bêtes, rejetées par la mer, sont dé- 
vorées par les peuplades sauvages du rivage. Cf. plus haut n° 69. 

2 Cf. plus haut n° 75. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le plus souvent, à ce qu'il semble, le poète réunit, en les ampli- 
liant, les événements les plus importants de cet âge héroïque pour 
en composer une seule scène qui est d'un grand effet. Elle se 
composa généralement du passage de la mer Rouge, de l'appari- 
tion de Dieu sur le Sinaï, du tableau des Nations effarées, vain- 
cues. « Tu as délivré (de l'Egypte) ton peuple, les fils de Jacob 
et de Joseph, les eaux (de la mer Rouge) t'ont entrevu et se sont 
agitées, les abîmes ont tremblé, les nuages ont versé leurs eaux, 
la voix des nuées (le tonnerre) s'est fait entendre l , tes flèches 
(la foudre) se sont élancées 2 , les éclairs ont illuminé la terre, la 
terre a tremblé et chancelé (lxxvii, 16-19). — Quand Israël sortit 
d'Egypte, quand la maison de Jacob s'échappa des mains d'un 
peuple barbare, la mer le vit et s'enfuit, le Jourdain retourna 
à sa source, les montagnes bondirent comme des béliers et les 
collines comme de jeunes brebis 3 (exiv, 1-4). — Jacob a été 
choisi par Dieu, Israël est son élu. Tout ce que Dieu veut il 
le fait, dans le ciel et sur la terre, dans les mers et les abîmes. 
Il amène les nuages des extrémités de la terre, les éclairs se 
résolvent en eau, il ouvre les trésors des vents, il a frappé 
les premiers-nés des Égyptiens, etc. 4 (cxxxv, 4-6-8). » Le 
Psaume lxviii est un des plus beaux morceaux de ce genre 5 . 
Malgré les difficultés tout à fait exceptionnelles que présente 
le texte de ce psaume et qui font la joie et le tourment des 
exégètes G , on voit très clairement qu'il rentre dans la série des 

1 A la mer Rouge ou au Sinaï. 

2 Soit au milieu de l'orage et pour compléter le tableau, soit pour combattre les 
ennemis des Hébreux. 

3 A la voix de Dieu, sur son ordre, pour laisser passer les Hébreux ; ou unique- 
ment par épouvante devant Dieu. Les montagnes, au pluriel, sont peut-être ici pour 
le seul Sinaï, qui tremble quand Dieu descend sur la montagne pour proclamer le 
Décalogue. 

4 On peut expliquer, il est vrai comme suit : Dieu est puissant, il commande à 
la nature, il n'est pas étonnant qu'il ait pu frapper les Égyptiens, c'est une nouvelle 
preuve de sa force. 

5 II se pourrait que ce psaume, verset 8 à verset 26 ou 28, fût un ancien morceau 
lyrique qu'un psalmiste se serait borné à encadrer. Les versets 1-7 appartiennent à la 
littérature courante des Psaumes, et les versets 30-36, rattachés par le psalmiste au 
reste du morceau, expriment la pensée ordinaire des Psaumes sur l'attitude des peuples 
à l'époque messianique. Quoi qu'il en soit, dans la pensée du rédacteur définitif, qu'il 
soit le rédacteur unique ou non, le Psaume se compose de trois parties ,que nous 
avons indiquées et qui s'enchaînent comme suit : 1° Dieu rendra justice aux Pau- 
vres et les protégera contre le Méchant et les Nations ; 2° Preuve : Dieu a déjà 
accompli autrefois le même acte de protection en faveur des Hébreux sortis d'Egypte ; 
3° Aussi, les Nations, reconnaissant son invincible puissance, viendront-elles lui 
apporter leurs hommages, ce sera l'Assyrie, si l'on veut (v. 31), ce sera l'Egypte, 
l'Ethiopie, tous les royaumes de la terre. 

6 Nous avons déjà signalé plus haut l'étude intéressante qu'a faite de ce psaume 
M. Joseph Halévy, dans Revue, XIX, 1-16. On sait que le début du passage central 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 27 

compositions que nous étudions ici. Lorsque les Hébreux sortent 
d'Egypte, Dieu les précède (la nuée) et marche devant eux dans 
le désert ; à son arrivée dans ces régions, la terre tremble, les 
cieux deviennent orageux, les nuages versent des torrents, les 
montagnes vacillent 1 (vers. 8-9). C'est exactement ce que nous 
avons déjà vu dans les passages des Psaumes cités plus haut. La 
suite, dans ses traits généraux, nous paraît très claire aussi et 
se rattache étroitement au même sujet. Gomme le Cantique de la 
mer Rouge, notre psaume célèbre, après l'entrée triomphale des 
Hébreux dans le désert, leur victoire sur les peuplades canaa- 
néennes, et laissant de côté la victoire moins importante rempor- 
tée d'abord par les Hébreux sur le roi émorite Sinon 2 , il choisit 
de préférence la victoire qu'ils remportèrent sur Og, le puissant 
roi de Basan 3 , et qui fit tomber ou est censée avoir fait tomber 
entre leurs mains un territoire immense, allant au nord jusqu'au 
Hermon 4 . C'est ce qui explique le rôle que le Hermon et le pays 



du Psaume se retrouve dans le Cantique de Débora, Juges, v, 4-5. Le texte, dans le 
Cantique de Débora, est mieux conservé, sans que nous voulions le moins du monde 
en conclure que le Cantique soit plus ancien ou moins ancien que notre Psaume. Au 
lieu de 1DI33 d^fatt) (vers. 9 du Ps.), il faut probablement un verbe qui fasse pen- 
dant au verbe 115^1 qui précède, peut-être lî^TftS, chancellent; "15Î25 s'explique peut- 
être par une erreur du copiste, qui a confondu avec le 1DU3 qui suit immédiatement 
dans le texte du Cantique. Les mots ^S ÎTT (vers. 9) ne s'expliquent que par une 
interpolation ajoutée au mot Ù'Viïl de Juges, vers. 5, et qui manque dans le Psaume. 
La correction 'plpin au lieu de 'jTl^in (vers. 17), proposée par M. Graetz, paraît 
très bonne ; nous en disons autant de celle qui de }b\13n Ï13 (vers. 15) fait É -|Ï"D 
SblIÎÎTÏ, la montagne de neige, qu'on identifie avec le Hermon (correction et iden- 
tification proposées par M. Halévy et, déjà avant lui, par M. Paul de Lagarde, Pro- 
phète chaldaice, p. xlviii). D'après notre explication du Ps.,le changement de H^tfî 
en "1^5125 (M. Halévy) ne peut pas convenir, le texte nous paraît, du reste, assez 
clair, il désigne soit une nation ennemie qui portait peut-être les cheveux plus longs, 
soit les ennemis d'Israël en général, censés chevelus ou couverts de poils comme 
Esaù. Nos explications sur la symbolique des bêtes rendent très claires et très sim- 
ples les expressions telles que 'frpn pour le peuple juif (vers. 11) et celles de rP)TI 
ï"!jp et Û^û^ "»b^3^ du vers. 31 ; il nous est indifférent que le premier de ces termes 
représente l'Egypte ou l'Assyrie, nous pencherions plutôt pour l'Egypte, parce que 
l'Assyrie n'existait pas au temps des Psaumes ; il n'y a pas opposition entre les 
versets 31 et 32, ils s'enchaînent, au contraire : les peuples seront effrayés, vaincus et 
se soumettront. 

1 Voir le cantique de Débora ; "|bï3 de bb?. 

2 Nombres, xxi, 21-31 ; Deutér., 11, 31-36. 

3 Les Ps. cxxxv et cxxxvi passent, immédiatement aussi, delà sortie d'Egypte à 
la victoire des Hébreux sur les rois canaanéens, mais comme ils ne sont pas obligés 
de concentrer leur pensée dans un tableau, ils n'oublient pas de mentionner Sihon ; 
cf. leurs • grands rois » tués par Dieu avec notre Ps. lxviii, 12. Og était du reste 
aussi prince émorite, et poétiquement il peut représenter tout le pays émorite, y com- 
pris celui de Sihon. Enfin, il avait, par sa taille de géant, plutôt frappé les esprits, et, 
de plus, la conquête des territoires du Nord, toujours convoités et jamais solidement 
acquis par les Hébreux, devait passer, aux yeux du poète et de ses lecteurs, pour 
une bien plus grande preuve de la puissance et de la protection de Dieu. 

4 Nombres, xxi, 33-35 ; Deutér., m, 1-11 ; là le récit sur la taille gigantesque d'Og. 



28 REVUE DES ETUDES JUIVES 

et les montagnes de Basan jouent dans notre psaume, et si, dans 
le verset 17, il y a effectivement llWin au lieu de yninn, on com- 
prend ce que signifie, dans les passages que nous avons cités, 
l'image des montagnes qui bondissent : elles s'enfuient devant 
Dieu comme fuit une troupe ennemie '. On a donc ainsi, dans ces 
différents tableaux, la trilogie naturelle dont les trois tableaux 
sont intitulés : mer Rouge, Sinaï, Basan. Une fois arrivés à ce ré- 
sultat, nous comprendrons mieux un psaume qui semble d'abord 
n'être qu'un tableau descriptif de la nature, mais qui est histo- 
rique ou dont la description contient au moins des dessous et des 
sous-entendus historiques : c'est le Ps. xxix, 2-9. « La voix de 
Dieu résonne sur les eaux, le tonnerre résonne sur les eaux pro- 
fondes ; la voix de Dieu brise les cèdres, brise les cèdres du 
Liban; Dieu (ou sa voix) fait bondir le Liban comme une génisse, 
le Sirion comme un jeune renne ; la voix de Dieu fait trembler le 
désert, fait trembler le désert de Kades. » On peut retrouver ici 
la tempête sur la mer Rouge, les grondements de tonnerre du 
Sinaï, qui étonnent le désert et vont jusqu'à Kades; enfin, le ton- 
nerre qui épouvante les montagnes de Basan, le Sirion qui est 
mentionné dans le récit de la défaite d'Og 2 et donné pour iden- 
tique au Hermon 3 , et enfin le Liban, qui se dresse en face du 
Hermon et assiste à la scène 4 . 



19. Dieu, sa Providence, sa honte. 

96. On se plaît souvent à représenter le Dieu de l'Ancien-Tes- 
tament comme un Dieu terrible, toujours irrité et altéré de ven- 
geance. Ces traits ne manquent pas non plus dans les Psaumes, 
quoique sous une forme adoucie, mais il est incontestable que, 
dans tout ce que dit notre recueil sur les rapports de Dieu avec les 
hommes, la note dominante est celle de l'amour et de Tattendris- 

1 M. Halévy (et avant lui M. Bruston, Un chant de guerre du temps de Josué, Paris, 
1866) a voulu voir dans notre psaume la mise en scène de la victoire remportée par 
les Hébreux sur les rois du Nord au temps de Josué et racontée dans Josué, xi, 1-11, 
mais la seule raison invoquée à l'appui de cette thèse est que dans ce récit de Josué 
il est aussi question, entre autres, du Hermon (vers. 3), et c'est vraiment bien peu. 
On peut ajouter que les taureaux de Basan étant le symbole du Méchant qui persécute 
le Pauvre (xxn, 13), toute cette guerre sur le Basan, dans notre Ps. lxviii, peut re- 
présenter plus ou moins la guerre de Dieu et du Pauvre contre le Méchant. 

* Deutér., m, 9 et iv, 48. 

3 Dans Deut., iv, 48, c'est le mot Sirion qui paraît être original (il est clair qu'il 
faut lire Sirion, non Sion) et le mot Hermon paraît ajouté; le vers, ni, 9, est évi- 
demment interpolé. 

4 11 faut mentionner encore un autre souvenir du désert : Dieu change le rocher 
en lac et la pierre en source d'eau (cxiv, 8 ; cvn, 33-35). 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 29 

sèment. C'est surtout dans ses relations avec le Pauvre et avec le 
peuple juif que Dieu montre sa miséricorde et sa bonté inépui- 
sables. Il est lui-même, du reste, comme le Pauvre, un çaddih et 
un hasid (cxlv, 17), un liadosch comme les fidèles sont des kedo- 
schim. Il est le père des orphelins, il a pitié de ceux qui le crai- 
gnent comme un père a pitié de ses enfants (cm, 13); il est leur 
proche (n° 24) ; il est le pasteur du troupeau des fidèles, du trou- 
peau d'Israël (n° ^O). En sa qualité de roi, il conclut une alliance 
mna avec les Pauvres et avec son peuple ; en sa qualité de maître 
et de juge, il est bienveillant, gracieux, longanime, plein d'in- 
dulgence, non an t frm *pN ,"pan ,tnm (lxxxvi, 15; cm, 8) ; il 
est miséricordieux, pardonne les fautes, ne détruit pas le pé- 
cheur, apaise son ressentiment et n'allume pas toute sa colère 
(lxxviii, 38) ; il est bon et juste et indulgent ,nbD ,-na"> ,a"ica (xxv, 
8; lxxxvi, 5), il guérit ceux qui souffrent, ash, il les aide, les 
sauve et les délivre de leurs misères, b^atta f Tinb ,awia. Une de 
ses grandes vertus et à laquelle les Psaumes attachent une impor- 
tance particulière, c'est qu'il est fidèle à sa parole, il garde sa foi, 
il est le Dieu de vérité ^n»» ,n£« o^ston nafc5 ^roittH ,ri3"ittN ba 
n»N aa(voir, par ex., xxv, 5, 10; xxxi, 24; xxxm, 4; xxxvi, 6; 
liv, 7, etc.). Sur son équité bienveillante fripât, on peut voir le 
chapitre consacré plus loin à la justice de Dieu. 

97. Aussi le Pauvre ne tarit pas dans l'expression de sa con- 
fiance et de son espoir en Dieu. Dieu est sa lumière, son soleil, sa 
force, son soutien, son appui, son secours, son gardien, son pro- 
tecteur, son sauveur et libérateur, sa gloire, son espérance, sa 
coupe, son lot, son héritage, son asile, son refuge, sa tente, son 
abri, l'ombre à laquelle il se repose, sa force, son bouclier, la 
forteresse, la tour, l'a montagne et le rocher où il se met en sû- 
reté, le roc de sa puissance. Voici une liste, par ordre alphabé- 
tique , des principales expressions hébraïques qui, dans les 
Psaumes, se rapportent à ce sujet : 

,"WNDri Vî?n ,*»pTO v-ibis ,^on v6tf ,-Wi t^N ,^nVpN ,"ma 
,^0-d financ ,^£-> Vpbn ppîri ,w rnrt *,"4èw inrnawa rva 
,Ta>fr t ypbn ns» ,oiafe ^orro ^awwa ,)ïï2 ,Ta» bim , irons pTOà 
t pWn ,inarcja ,i©&n to*n?a ,isa> biara ,irrm:a ,iobo7a ,nn na>» 
-ino ,nno /d^ois ^1210 ,ia»bd r îtao /p-HS ^?aiD ,mrno ,naa>tDtt 
bar ^bir , ï-ii-id ,vnïa> ,w ,ïa* r *pâ nno , T'osa nnD ,nbriN 
,onio ,wji yip ,ï*ja mas /"'ta» mat ^is ,!nsar ,-»to bas ,niosa 
^bma T^in t yrx, rserm ,1233310 , bN-nai -iete f-naniû ,pun ïaara 

. TianiBn , dinsa» mpn , impn 

98. La confiance du Pauvre en la bonté de Dieu se montre en- 
core par les prières qu'il adresse à Dieu et les faveurs qu'il lui 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

demande. Le Pauvre espère que Dieu voudra bien l'écouter, l'en- 
tendre, prêter l'oreille à sa prière, le voir, le regarder, tourner 
sa face vers lui, faire luire devant lui la lumière, lui donner la 
lumière de la vie, le guérir, le consoler, faire cesser son deuil, 
l'aider, le secourir, le sauver, le délivrer, le tirer comme des eaux 
(comme Moïse), le mettre à l'abri, l'envelopper comme d'une for- 
teresse, le fortifier, le ceindre de force, le relever, élever sa 
corne, lui montrer le chemin, aplanir la route devant lui, le 
conduire, l'instruire, l'éclairer, sonder son cœur, l'examiner, le 
juger, lui pardonner, effacer ses fautes, le rapprocher et le rame- 
ner à lui, le bénir et le rendre heureux. Nous donnons ici, par 
ordre alphabétique des racines, un tableau analogue à celui du 
paragraphe précédent et qui ne contient qu'une faible partie 
des expressions qu'on pourrait, sur ce sujet, relever dans les 
Psaumes ; si l'on aspirait à être complet, tout le Psautier y pas- 
serait l : 

,n:pîHn -hen ,*ia tnd ,-w î-man ,iab nap ,*ps t»îi 
,ijMn roia -r ; im)0«i , ï-n-im ^-îran ,Wi wwwart ,TibBn m^Nn 
,r-n:niûi b^aa ,iabfi« — ; p^at *pari , îanai itob* ,mab ïrra 
i'parn nar , ^dt — pas^wi pambi — pb* *i»a pb* bm ,iabBip 
praaa i-ittbn paasbri /^""nn pam ,iTm tw ji-noin wit*b — 
^ma wn ,nm:ap ^a&osT # w«i pas^Yfri ^shi — pi'nîitu - ; ^an 
/•niffl» la-o papas — ; ^mi ^sb *iizw ,wiwi paa^in hraab 
13^731 / n^sa ï-riabtt , "^tbb nritt — ; "*np a^nsn » nsa^ , pinat "pian 
pawnaS'ttTOn pana pabnari .na^aïi — paiïab ^rnrnN — ;tran û^»n 
j'sbwi / ^aoa j^pas m» ^ba> î-ioa ^aw an ,^3* b^ taanar: 
paaanon paaon — pb t— n?apa fma .dN^: ^Y 1 t**roa panatan panatn 
, ^D^^b mvrt / î-m* — ; wnon , ^jon , ia5»o , ^an^b nnbo 
pon ma* paa* /ira» y^b n»an pantajn "pan , tnïan paw 
paa» pba s-ias prasa i-rtabs pion wbDn ^-non r^bDr* pans 
(lxv, 5) anpn , iBDttnb î-iarpn , ia»iptt , ïiïïip — ; ^ptt nnno , ^aipD 
p* "uiDaa lanmn paatraT pw t^an — j^aTN a^pn # 5Trn»prT 
paasi ,ûan .an-in pb nankin ,t-pan pin paip tann pattavin 
pnbsn 2iïu: , aa-iur» "nasa paa^n paawj p-paa aa^ ^aarci — 

, -mm ^bn — ; ianOT 

1 Quelques unes des expressions de ce tableau sont au passé, au lieu d'être au 
futur ou à l'impératif ; le lecteur comprendra que c'est, pour notre sujet, exactement 
la môme chose : ce que Dieu a accordé autrefois, le fidèle peut espérer qu'il l'accor- 
dera de nouveau. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 31 



20. Dieu nourricier. 

99. Un des attributs les plus importants de Dieu et où se montre 
spécialement sa puissance, c'est de fructifier la terre et de fournir 
leur nourriture à tous les êtres de la création, jusqu'aux plus 
humbles et aux moins dignes. Le Pauvre étant, en ^partie, un af- 
famé par convention, cette nourriture que Dieu lui donne peut 
quelquefois n'être qu'un symbole, représentant la protection de 
Dieu et le bonheur dont jouissent ceux qui lui sont fidèles. C'est 
là le sens de xvn, 15 (Je veux me rassasier, au réveil, en con- 
templant ta face), du ^bnb^i de lv, 23, de lxiii, 6 (Tu rassasies 
mon âme comme avec de la graisse), de lxv, 5 (Nous nous rassa- 
sierons du bien de ta maison, ton temple), de xxxvi, 9, sans doute, 
probablement de xxm, 2, 5, représentant le bonheur des Pauvres 
en face du Méchant, et peut-être aussi de xxv, 12. Le plus souvent 
les paroles des Psaumes sur ce sujet doivent être prises au propre 
et sans aucune figure. La grandeur de Dieu éclate dans sa bonté 
pour ses créatures, dans sa force vivifiante, il apparaît comme 
le père nourricier de tous les êtres, la source de vie, d^n mp», la 
puissance dont le souffle anime la nature. 

100. Voici d'abord ce que Dieu fait pour le Pauvre. Il remplit 
son ventre, ses fils se rassasient et laissent le superflu à leurs 
enfants (xvn, 14) ; les Pauvres mangent et seront rassasiés (xxn, 
27) ; Dieu protège contre la faim ceux qui espèrent en lui (xxxiii, 
19; xxxvn, 19) ; jamais je n'ai vu le çaddik abandonné et sa pos- 
térité privée de pain (xxxvn, 25) ; rien ne manquera à ceux qui 
craignent Dieu, tandis que le Méchant aura faim (xxxiv, 10-11) ; 
Dieu donne la pâture aux Pauvres, à ceux qui le craignent (cxi, 5 ; 
cxxxn, 15; cxlvi, 7). Dieu nourrit aussi les Hébreux dans le désert, 
après la sortie d'Egypte, et dans la Palestine, le pays leur donnera 
en abondance du froment gras, du miel, il sera fertile, le paysan 
mangera le fruit de son travail, ses troupeaux se multiplieront et 
seront prospères (lxxii, 16; lxxxi, 11, 17; lxxxv, 13; cvn, 5,9; 
cxxvm, 2 ; gxliv, 12-14 ; gxlvii, 14 *). Et quand les Gentils seront 
convertis, la terre entière sera fertile et portera ses fruits (lxvii, 
7). En réalité, dès maintenant et en tout temps, il n'y a point 
d'être de la création qui ne reçoive sa nourriture de Dieu. Il donne 

1 Nous énumérons ici, à cause du n° 9 des Dix-huit Bénédictions, qui contient les 
mots ïinitûb riNîn Ï131I5Ï1 nN, les passages des Psaumes où se trouve, dans ce 
sens, le mot 31U; ce sont xxv, 13 ; xxvn, 13 ; xxxi, 20 ; lxv, 5* ; lxxxv, 13; civ, 
28 ; Ps. lxv, 12, a même ^naitt rûtt). 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du pain à toute crdature ; les yeux de toutes les créatures sont 
tournés vers lui, et il leur donne leur nourriture en son temps; il 
ouvre sa main et rassasie avec bonté tout être vivant ; il donne 
à la bcHe sa nourriture, aux jeunes corbeaux qui l'invoquent 

i \\\vi, 25 ; cxlv, 15-10; cxlvii, 9 l ) ; les lionceaux crient pour 
demander à Dieu leur nourriture, tous les êtres qui grouillent dans 
la mer l'implorent, il ouvre sa main et les rassasie (voir n° 75). 
C'est une des grandes fonctions de Dieu d'arroser la terre pour 
qu'elle puisse nourrir ses habitants, et sa ïmaa, dont il est ques- 
tion dans le n° 2 des Dix-huit Bénédictions, consiste justement à 
communiquer au sol la force productrice. Le Ps. lxv, 10-14, con- 
tient une belle description de la puissance fécondante de la pluie •, 

. . . î-jppttm y^N!-; mpto : la terre est abreuvée, les ruisseaux se 
remplissent d'eau, la terre durcie par l'hiver s'amollit, les sillons 
se couvrent de verdure, le froment pousse, l'oasis et les collines 
tressaillent de joie, et toute la nature est en fête 3 . Les mêmes 
faits sont racontés, dans un langage moins magnifique, au Ps. 
cxlvii, 8. Enfin, ils se trouvent encore exprimés dans ce beau 
Psaume civ, 8 et suiv., avec un trait de plus (vers. 30-31) : le 
sommeil de l'hiver est la mort, le réveil de la nature, au prin- 
temps, sous le souffle vivifiant de Dieu, est une résurrection 4 . 



21. Culte rendu à Dieu, prières, synagogues. 

101. Les pratiques religieuses du Pauvre sont conformes aux 
principes préconisés par tous les prophètes, elles sont aussi éloi- 
gnées que possible du matérialisme des premiers âges. C'est à 
peine s'il est question une fois, dans les Psaumes, des cérémonies 
et des fêtes (lxxxi, 4-5), le sabbat même n'est mentionné que 
dans la suscription du Ps. xcii, et quoique la sortie d'Egypte soit 
rappelée sans cesse comme un des souvenirs les plus chers de la 
nation, pas une seule fois les Psaumes ne parlent de la fête de 
Pâque. Le culte de Dieu se manifeste, sans doute, par certaines 
pratiques dont nous parlerons tout à l'heure, mais principalement 
par le chant religieux avec accompagnement d'instruments de 
musique et par la prière. Le chant T\ï5, l'action de chanter, m©, 

1 Cela n'exclut pas un certain traitement moins favorable pour le Méchant. 
* Cf. lxxii, 6. Nous avons déjà parlé plus haut (n<> 80) du Ps. lxv, mais dans un 
autre sens, la répétition que nous faisons ici nous a paru nécessaire. 

3 Le mot ï"H*n} se trouve au verset 7 du psaume, mais nous doutons qu'il se 
rapporte à la fin du psaume, celui-ci nous paraît composé de deux morceaux rap- 
portés. 

4 Cf. avec le n° 2 des Dix-huit Bénédictions. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 33 

^ ^jj Tj e t i a musique sacrée sont mentionnés si souvent dans 
les Psaumes, que nous n'avons pas besoin d'y insister ni de ren- 
voyer au texte ; cela est si connu que, dans l'opinion populaire, le 
psalmiste et sa harpe sont inséparables. On n'a pas la moindre 
preuve que les Psaumes aient été justement destinés à servir de 
texte aux chants liturgiques du temple, et si on peut croire qu'il y 
en a effectivement qui ont été consacrés à cet usage, leur nombre 
doit être relativement restreint. Nous comprendrions, à la ri- 
gueur, que des compagnies privées aient chanté les Psaumes dans 
le temple, si toutefois on le leur permettait, mais la plupart des 
Psaumes expriment des idées si particulières qu'il est impossible 
de croire qu'ils aient pu servir au culte public et officiel. Une 
seule chose est certaine et importante à noter, c'est que le chant 
religieux occupe une grande place dans les Psaumes ; cela ex- 
plique l'importance qui lui est donnée aussi dans le livre des 
Chroniques. Ce livre n'admet que des lévites dans les choeurs qui 
fonctionnent pendant les cérémonies publiques, mais nous sommes 
loin de croire que les Psaumes soient exclusivement de l'inven- 
tion et à l'usage des lévites, et aussi bien que des particuliers 
étaient admis à prier dans les anciens sanctuaires, et même des 
femmes, comme Hanna, mère de Samuel, nous ne voyons pas 
pourquoi des laïques n'auraient pas pu aussi être admis à chanter 
des chants sacrés dans les cours du temple où ils avaient accès. 
Rien ne prouve, du reste, que les chants dont parlent les Psaumes 
aient été toujours exécutés dans le temple, les prophètes avaient 
aussi des chants religieux avec accompagnement d'instruments, 
ils n'étaient pas tous lévites et leurs exercices religieux ou pro- 
phétiques ne s'exécutaient pas dans le temple. 

102. Le temple de Jérusalem, comme lieu de prière, de sacri- 
fices, centre religieux de la nation et demeure de Dieu, a conservé 
tout son prestige pour les psalmistes, et la montagne de Sion, où 
s'élevait le temple, est une montagne sainte (par exemple, n, 6 ; 
ni, 5; etc.), la demeure de Dieu (ix, 12 ; etc ). Le temple est la 
maison de Dieu, son sanctuaire, ^îznp bwi ,'!i ma ^ma (v, 8 1 ; 
xxm, 6 ; etc.), sa tente, 'jbrtN (xv, 1), son séjour et le tabernacle 
de sa gloire et de son nom, pra ^yn (xxvi, 8 ; lxxiv, 7), sa 
cabane roo (xxvn, 4-5), le sanctuaire de sa sainteté "îiaip mm 
(xxviii, 2), son. sanctuaire tznp ,U3*TpE (xx, 3 ; lxiii, 3; lxxiv, *7 ; 
lxxviii, 69 ; xcvi, 6 ; cf. vers. 8). Il ne peut pas y avoir de doute 
que la plupart au moins de ces expressions désignent le temple de 

1 Le v;np b^îl, dans xi, 4, paraît être dans le ciel; cf. xvm, 7, "ibw^îHtï qui 
signifie probablement le ciel. 

T. XXI, n°4I. 3 



34 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Jérusalem. Le Ps. lxxxiv tout entier est consacré à célébrer ce 
sanctuaire, ses parvis mnatn, ses autels mmïfc (cf. xxvi, 6 ; xliii, 
4; cxviii, 27; lxv, 5; xcn, 14; xcvi, 8; c w 4, où sont men- 
tionnées aussi les portes du temple). Le psalmiste se réjouit 
d'aller dans la maison de Dieu (cxxn, 1), les fidèles s'y rendent en 
foule (lv, 15), des processions en fête se dirigent vers la maison 
de Dieu (xlii, 5), on revêt, pour la circonstance, les vêtements de 
cérémonie imp nnin (xxix, 2; xcvi, 9) ; les Serviteurs de Dieu se 
tiennent dans la maison de Dieu pendant les nuits, ils se tiennent 
dans les parvis de la maison de Dieu (cxxxiv, 1 ; cxxxv, 2 l ). Les 
prêtres, qui deviennent plus tard, comme sadducéens, les ennemis 
des Pieux, et qui accomplissent, avec les lévites, tous les services 
du temple et toutes les cérémonies du culte, ont encore toutes les 
sympathies du Pauvre ; Aaron, comme nous le verrons plus tard, 
reste pour les psalmistes une des grandes figures du passé, la 
maison d' Aaron est traitée avec amitié (cxv, 12 ; cxxxv, 19 ; les 
lévites également, cxxxv, 20), les prêtres sont les prêtres de Dieu 
et mis sur le même rang que les Pauvres (cxxxn, 9, 16 2 ), et la 
fonction de prêtre est revêtue d'un éclat presque divin (ex, 4). 
103. A côté du temple et à l'époque des Psaumes, y avait-il 
réellement déjà des synagogues? Gela n'est pas impossible, tous 
les Pauvres n'étaient pas à Jérusalem, sans doute, et les Pauvres 
priaient beaucoup, il n'y a pas de livre biblique où le mot nbsn 
se trouve aussi souvent que dans les Psaumes. La prière des Dix- 
huit Bénédictions, qui n'a probablement pas été rédigée bien long- 
temps après les Psaumes, ne se conçoit pas sans les synagogues 
où on devait la réciter en public. Néanmoins il faut dire qu'il n'y 
a absolument rien dans les Psaumes qui atteste sûrement qu'il y 
ait eu des lieux de prière de ce genre, et la vénération des psal- 
mistes pour le temple de Jérusalem semble exclure l'existence de 
ces temples secondaires, rivaux actuels ou futurs de celui de la 
capitale. La prière du Pauvre est très souvent une prière indivi- 
duelle et isolée, même une prière mentale, une prière du Gœur, 
non une pratique religieuse réglée et faite selon les rites 3 . 
D'autres fois, cependant, et assez souvent, il la fait en commun 

» Cf. n°* 64 et 103. 

8 II est vrai que le ps. parle au futur et peut-être pour les temps messianiques, 
mais comme les prêtres sont liés aux Pauvres dans ces deux versets, on ne saurait, 
dans tous les cas, y voir une intention ironique contre les prêtres contemporains. 
Voir aussi la sympathie pour les prêtres dans lxxviii, 64. 

3 Par exemple, quand il dit qu'il prie soir et matin et après-midi (lv, 18), c'est 
une pure image, qui a pu donner naissance aux trois prières quotidiennes des temps 
rabbiniques, mais qui n'a rien de commun avec ces trois prières. Le Pauvre se lève 
aussi au milieu de la nuit pour louer Dieu (lxxvii/7 ; exix, 62). 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 35 

et en public, avec la foule ou en présence de la foule, et il semble 
même que cette forme de la prière ait à ses yeux une vertu spé- 
ciale et plus grande, mais la question est de savoir où se tenaient 
ces réunions, si elles n'avaient pas lieu dans la cour du temple 
même, ou en pleine place publique, et si elles avaient, en somme, 
rien de commun avec la prière synagogale. Le Pauvre bénit Dieu 
dans les assemblées D^ïiptt ,mbftpfc (xxvi, 12; lxviii, 27), il ra- 
conte la gloire du nom de Dieu devant ses frères, au milieu de 
l'assemblée bnp (xxn, 23), devant une assemblée nombreuse il 
accomplit son vœu ou loue Dieu et proclame sa justice (xxu, 26; 
xxxv, 18; xl, 10, 11 ; cix, 30; cxvi, 14) ; il exalte Dieu devant 
la communauté du peuple d? bnp et l'Assemblée des Anciens 
(cvn, 32), il le remercie de tout son cœur devant le conseil des 
Justes et la communauté rrw ù-n^ "no (cxi, 1). Aucun de ces 
passages n'indique véritablement une réunion pieuse assemblée 
pour la prière en commun ; les deux derniers passages cités, qui 
seraient de nature à faire plutôt impression au premier moment, 
perdent leur importance si on fait attention que celui du Ps. cvn 
est un passage historique se rapportant aux temps anciens, v et que 
dans le Ps. cxi il s'agit, comme du reste dans le Ps. cvn, d'une 
réunion qui a lieu en dehors de tout projet de prière et dont le 
Pauvre profite pour venir proclamer la grandeur de Dieu. Car 
c'est là justement, à ce qu'il nous semble, le sens de tous ces pas- 
sages : le Pauvre croit faire œuvre méritoire en venant édifier la 
foule^ par sa piété et faire de la propagande en faveur de Dieu. 
C'est dans les mêmes termes et le même but à peu près qu'il 
parle si souvent de proclamer Dieu parmi les Nations (par exem- 
ple, lvii, 10; xcvi, 3; cviii, 4). L'analogie entre les deux cas 
est si grande qu'ils ont évidemment la même signification. 

104. Le lecteur m'attend évidemment au fameux passage de 
Ps. lxxiv, 8, qui a été, jusqu'à présent, la seule preuve un peu 
sérieuse de l'existence de synagogues qu'on ait pu trouver dans 
les Psaumes. Les mots y-iaa btt iïzvi bû isnttS prennent, en effet, 
un sens très simple si on traduit par : ils ont brûlé toutes les 
synagogues du pays. Mais outre que le texte n'est pas très sûr 1 , 
et que, d'autre part, il est bien difficile, malgré l'exemple paral- 
lèle de Lamentât., n, G, de donner au mot nsntt, qui signifie réu- 
nion, le sens de lieu de réunion 2 , il faut considérer que toute la 

1 Voir le commentaire de Graetz ; d'après la version grecque on pourrait supposer 
qu'il y avait dans le texte quelque chose comme ceci : dispersons (ou exterminons) 
tous les communautés de Dieu dans le pays. 

* On pourrait même supposer (mais nous avouons que cela demande quelque bonne 
volonté) que le pluriel est ici une exagération poétique et que, malgré bD et le 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

force démonstrative de ce passade vient uniquement de ce que 
Ton suppose que notre psaume a été écrit à l'époque des Maccha- 
bées et décrit les persécutions d'Antiochus. Cette hypothèse a 
d'abord contre elle que plusieurs traits du tableau ne s'accordent 
pas avec les événements qui se sont passés sous Antiochus l . De 
plus, on ne saurait méconnaître la parenté de notre psaume avec 
le psaume lxxix, il nous paraît certain que tous les deux font 
allusion à la destruction du temple par Nabuchodonosor, et l'ana- 
logie de notre psaume avec le chapitre n des Lamentations vient 
à l'appui de cette explication. Les deux psaumes peuvent avoir 
été écrits à une des époques difficiles du second temple, peut-être 
et si Ton veut dans le premier siècle après le retour de l'exil, 
pendant les guerres que les Juifs eurent à soutenir contre les 
peuples voisins, mais, en réalité, pour nous, il est indifférent 
d'en connaître la date précise. Ce ne sont pas des pièces d'ac- 
tualité, ils traitent un des lieux communs des Psaumes, la per- 
sécution du Pauvre ou du peuple juif par les Nations et les 
voisins (voir lxxiv, 19, 21 ; lxxix, 11-12) ; la plus grande cala- 
mité de ce genre subie par les Juifs est la destruction du temple 
par Nabuchodonosor, elle sert de point de départ à la description 
du psalmiste. Mais s'il en est ainsi, il est clair que notre verset 
lxxiv, 8, n'a rien à faire avec les synagogues et c'est tout ce que 
nous voulions prouver 2 . 

22. Culte de Dieu par les sacrifices et les vœux. 

105. Le temple ne va pas sans les sacrifices. Anciennement, 
le sacrifice était le fond du culte, le principal acte par lequel l'is- 

y-|N!3, il ne s'agit, en réalité, dans notre verset, que du temple de Jérusalem ; voir 
TWptt, lxviii, 36 ; btf "Wp», lxxiii, 17, et les pluriels de piDfc si fréquents 
dans les Ps. 

1 Voir l'introduction à notre psaume dans Kurujefasster Kommentar m den Hei- 
ligen Schriften des Alten u. Neuen Testaments, par Slrack et Zôckler, 6 8 partie, 
Psalmen u. Spr&ehe Salomos. 

2 On nous permettra de proposer une explication du verset lxxiv, 5, qui a donné 
tant de difficulté aux commentateurs. Nous croyons que ce verset fait allusion à un 
procédé, probablement très usité en Palestine, servant à faire remonter sur l'eau un 
fer qui est tombé au fond. On tâchait de l'engager dans un réseau de bois V3 "po, 
et une fois qu'il y était, il remontait de lui-même à la surface. C'est le miracle 
d Elisée, II Rois, vi, 4-7. Reste à savoir si le verset est réellement à sa place et si 
le premier mot du verset est bien transmis. Nous ne nous chargeons pas de rattacher 
le verset au contexte; il y faut peut-être quelque tour de force, pas plus étonnant 
que ceux auxquels on a déjà eu recours pour expliquer ce passage. Remarquons 
cependant que le yyp du vers. 5 se retrouve lxxix, 10, et a peut-être un sens ana- 
logue, de sorte qu'on pourrait traduire : « Que le crime des Nations soit révélé comme 
est révélée la hache cachée sous les eaux et ramenée à la surface. » 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 37 

raélite se mettait en relations avec Dieu. Il n'en est plus ainsi 
dans les Psaumes ; chez eux, comme chez les Prophètes, le sacri- 
fice est d'ordre secondaire et ne joue plus qu'un rôle très effacé. 
Cependant les Psaumes, contrairement à l'habitude de certains 
prophètes, ne rejettent pas absolument les sacrifices et ne s'empor- 
tent pas contre ceux qui les .offrent. Dieu reçoit avec plaisir les 
offrandes et les holocaustes ïibi3> ^nsïï, et en tiendra compte 
(xx, 4) ; les haçidim de Dieu contractent alliance avec lui en of- 
frant un mï (l, 5 x ) ; le Pauvre vient dans la maison de Dieu avec 
des holocaustes, des agneaux gras, il fait monter vers le ciel 
l'encens des béliers, des taureaux et des boucs (lxvi, 13, 15) ; 
le peuple en joie attachera la victime m à l'angle de l'autel 
(cxvin, 27) ; enfin l'autel est souvent mentionné avec respect 
par les psalmistes. Mais, d'autre part, Dieu ne tient nullement aux 
sacrifices. « Je ne te punirai pas sur (l'absence de) tes sacrifices, 
ne t'imagine pas que je me préoccupe tout le temps d'avoir tes 
holocaustes; je n'ai pas besoin du taureau de ton étable ni des 
boucs de tes parcs ; car toutes les bêtes de la forêt sont à moi, les 
animaux dans les hautes montagnes, les oiseaux des montagnes 
et les bêtes sauvages des champs; si j'ai ,faim, ce n'est pas à toi 
que je m'adresserai, car à moi est l'univers et tout ce qu'il ren- 
ferme. Penses-tu que je mange la chair des taureaux ou que je 
boive le sang des boucs? Le vrai sacrifice à offrir à Dieu, c'est 
la prière de reconnaissance (l, 8-14). — Tu ne demandes, dit 
le Pauvre à Dieu, ni de mî ni de Mrett, tu ne désires pas de 
ttaam !-ibiy (xl, 7). Tu ne demandes pas de mî, sans cela je le don- 
nerais ; tu ne veux pas d'holocauste ; le vrai mî, c'est un cœur 
brisé et humble (li, 18-19). — La louange plaît mieux à Dieu que 
le sacrifice des o^sfc )~\pft na Tira (lxix, 32). — Ma prière ser- 
vira d'encens; mes mains levées seront la minha du soir (cxli, 
2). » C'est avec une vraie insistance que le Pauvre répète sans 
cesse que le vrai sacrifice est la prière, l'action de grâce ; chaque 
fois qu'il prononce le mot zébah ou un mot analogue, il ajoute 
avec affectation que ce sont des sacrifices des lèvres, du cœur, 
des sacrifices de piété, swtt -<mï .p^it ^mî ,h*nn mî (iv, 6 ; 
xxvn, 6 ; L, 14, 23; cvn, 22; cxvi, 17), ng mma (cxix, 108; cf. 
le rrnn mî de l. 23, et liv, 8, où la nedaba a probablement le 
même sens). Les versets 20 et 21 de Ps. li nous paraissent être 
une addition postérieure destinée uniquement à corriger l'effet du 
passage qui précède et où il est dit que Dieu ne fait aucun cas des 

1 II est vrai qu'ils ne seront pas accueillis avec empressement ; voir la suite de ce 
paragraphe ou du psaume. 



38 REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

sacrifices. L'auteur de l'addition aura été affligé de cette condam- 
nation absolue du sacrifice, et pour l'atténuer, il suppose qu'elle 
ne vaut que pour l'époque où il n'y avait pas de temple 1 , mais une 
fois Sion et Jérusalem reconstruits, les sacrifices et offrandes, 
fins , V:o fîrVï* seront rétablis. Cette addition peut avoir été faite 
dans les premiers temps du retour de l'exil 2 , ou à l'époque des 
Macchabées, après les dévastations d'Antioclius, ou même plus tard, 
après la destruction du temple par les Romains, s'il est possible 
que les Psaumes contiennent de petites additions de cette époque. 
Une seule fois, dans les Psaumes, en dehors de ce passage, l'autel 
est bien l'autel des sacrifices, c'est dans le verset cxviii, 27, déjà 
cité plus haut ; dans les trois autres passages où il est mentionné, 
il est pris au figuré pour le temple ou considéré comme un refuge 
et un lieu de prières, non un lieu de sacrifices (xxvi, 6-7, xliii, 4; 
lxxxiv, 4). Une exception est faite pour les étrangers, les Na- 
tions, qui peuvent, plus légitimement que l'israélite, apporter des 
offrandes à Dieu rrafc ,•»« (lxviii, 30; lxxvi, 12; xcvi, 8), parce 
que ces offrandes seront le symbole de leur conversion, un hom- 
mage inattendu dont le Pauvre est particulièrement fier pour son 
Dieu. Inutile de dire que les sacrifices des Juifs aux dieux étran- 
gers sont une abomination (cvi, 28) et particulièrement, bien en- 
tendu, les odieux sacrifices des enfants dont on est tout étonné de 
retrouver le souvenir encore vivant et poignant dans les Psaumes 
(cvi, 37-38 3 ). 

106. Si les sacrifices sanglants et les offrandes matérielles sont, 
en général, peu recommandés par les Psalmistes, le vœu, au con- 
traire, nira, jouit auprès d'eux d'une faveur particulière et qui 
mérite d'être remarquée. Les sacrifices qu'on doit faire à Dieu 
sont des louanges et l'accomplissement fidèle des vœux (l, 14), le 
Pauvre tiendra le vœu qu'il a fait (lvi, 13 ; lxv, 2), il l'accomplira 
en présence des fidèles et du peuple tout entier (xxn, 26 ; cxvi, 
14), il paiera le vœu que ses lèvres ont prononcé dans la détresse 
(lxvi, 13-14). Ces vœux sont probablement conditionnels comme 
celui de Jacob, et Dieu les exauce (lxi, 6, 9). Les voisins eux- 
mêmes font des vœux à Dieu (lxxvi, 12). En quoi consistaient les 
vœux? Probablement dans des pratiques d'abstinence, comme 

1 Cette hypothèse sur ces deux versets n'est pas nouvelle (voir, par exemple, le 
commentaire d'Olshausen). Cependant la reconstruction de Sion et de Jérusalem pour- 
rait signifier simplement le relèvement futur de la nation juive et l'éclat plus grand 
qu'auront alors Sion et Jérusalem. Dans ce cas, nos deux versets ne seraient pas 
interpolés et feraient partie de la rédaction primitive du psaume. 

2 Remarquer que l'auteur ne dit pas qu'il n'y a point d'autel. 

3 Dans d'autres passages aussi de la Bible le ip3 ùl pourrait faire allusion à ces 
sacrifices. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 39 

celles du nazir ; David jure et fait vœu de ne pas se coucher ni 
dormir jusqu'à ce qu'il ait élevé une demeure pour Dieu (cxxxn, 
1-5). Le vœu devait généralement finir, à ce qu'il semble, par un 
sacrifice, comme on le voit dans le passage cité de Ps. lxvi *, et 
comme il résulte de la législation du Pentateuque, de sorte que 
les Psaumes reviennent pourtant, indirectement, à cette pratique 
du culte pour laquelle ils témoignent de si peu d'enthousiasme. 
Comme nous l'avons déjà dit plus haut, le jeûne de cix, 24, n'est 
point une pratique religieuse ; tout au plus pourrait-on voir 
quelque chose comme une pratique de ce genre dans lxix, 11. 

23. Autres pratiques religieuses. 

107. On serait très curieux de savoir ce que les psalmistes ont 
pensé des prescriptions religieuses contenues dans le Penta- 
teuque, mais les données qu'on peut recueillir dans les Psaumes 
sur ce sujet sont très vagues. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est 
que la Loi {Tora, Pentateuque) était déjà devenue, au moins vers 
les derniers temps des Psaumes, l'objet d'études régulières et, 
pour ainsi dire, classiques. Les Ps. i et cxix parlent de méditer, 
comprendre, approfondir la tora absolument comme le ferait un 
docteur de la mischna ou un talmudiste invétéré. Les noms par 
lesquels la Loi et les commandements de Dieu sont désignés dans 
le seul Ps. cxix sont d'une étonnante variété. En voici la liste : 
/■pmittt /-ppn /yrr-n /-pim ^w ^mr™ t *\yn rmaa ^rvïEN 
f'pmiKa avfl /"fp^ *iïtWn ,^s ^bïûib ^ùsiafc ,'ïi min 
,*pB rrnn ./ ^rrrin /'■pYipB ,\o*b ,*pB nw ,^niiy /^ ^n^ns 

/îi niin 

Des expressions du même genre se trouvent dans d'autres 
Psaumes, par exemple xix, 8-15, qui ressemble beaucoup, pour le 
fond, au Ps. cxix (voir aussi, xl, 9 ; lxxviii, 6, 7, 10 ; lxxxix, 
31-32 ; cv, 45). La sagesse ï-îttBfi consiste à comprendre les voies 
de Dieu, à connaître et à pratiquer ses commandements (cvn, 43 ; 
cxi, 10) ; l'impiété est folie, sottise, pauvreté d'esprit, stupidité 
i-îbos n^n /nbiK. Le Méchant ne sait pas, ne comprend pas, mar- 
che dans les ténèbres (lxxxii, 5) ; la grande affaire pour l'homme 
pieux, c'est d'avoir l'intelligence de la Loi et l'esprit assez ouvert 
pour la comprendre. Pour la connaître, il faut qu'il apprenne, 
qu'il fasse effort et s'applique. Le Sage ûBfi qui cherche à con- 
naître la volonté de Dieu est déjà sur le point de devenir un 
savant, un docteur qui interprète la Loi ; et l'étude des pré- 

* Le contraire pourrait résulter de lvi, 13. 



/iO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ceptes de Dieu prépare déjà l'étude des textes et le Talmud. Il 
faut apprendre pour savoir, et il faut être intelligent pour ap- 
prendre, et la seule chose qu'il faille apprendre et savoir, c'est 
les commandements de Dieu. La quatrième formule des Dix-huit 
Bénédictions résume ces idées dans une prière : diab "pin ttna 
b^lDîn nra ÏW ^nNtt ■OTrt ïi^a uiiSNb nfcbfci nn ; le fidèle de- 
mande, dans cette prière, le don de l'intelligence, parce que c'est 
par l'intelligence qu'on arrive à la pratique de la Loi. Le lan- 
gage des Psalmistes est à peu près le môme, chez eux aussi 
le Pauvre aspire à la ttttSH, au bSŒ, au n3>l et à la n^s, surtout 
dans ie Ps. cxix (^^nn ïtESrr, li, 8* ; pyi ûtn "jftbtt, xciv, 10; 
■piana t iiï*y* t wy* abi W^ «b xxvin, 5; lxxxii, 5; cxix, 34, 
95, 100, 104, ^nbrJi-î ^V^ttiK ,-aiB b^ia ,^3»», xxxn, 8; 
ci, 2; cxi, 10; cxix, 99; mEb rwi ûra ana ,vrab, cxix, 12, 
2*7, 65, etc ). Tous les commentateurs expliquent le i^d twi 
Tiïrpa, cxix, 83, en disant que le Pauvre n'a pas oublié la Loi, 
quoiqu'il ait souffert et se soit ratatiné comme l'outre suspendue 
dans la fumée ; mais c'était l'usage de suspendre dans la fumée 
l'outre remplie, afin de bonifier le vin 2 , et le passage du psaume 
veut dire que le Pauvre a conservé tout ce qu'il a appris de la Loi 
et l'a bonifié comme le vin dans l'outre. C'est peut-être déjà quel- 
que chose comme celte parole de Iohanan b. Zaccaï (dans Abot, 
II, 8), qui, voulant dire qu'Eliézer b. Hyrcanos a une mémoire 
prodigieuse et garde tout ce qu'il apprend, le compare à une 
citerne cimentée, d'où pas une goutte ne s'échappe. 

24. La justice de Dieu, rémunération, monde futur. 

108. Nous avons déjà dit plus haut que le Pauvre ne doute 
pas un instant de la justice de Dieu et que sa confiance est iné- 
branlable ; nous voulons montrer ici comment il concilie ce sen- 
timent avec le spectacle des injustices et des misères qu'il a sous 
les yeux. 

Le Pauvre a sans doute ses heures de découragement et de 
trouble moral, où il se met à envier le sort du Méchant (xxxvn, 
1,7-8; lxxiii, 3 et suiv.) et demande pourquoi Dieu s'est détourné 
de lui, se cache, s'endort et ne vient pas enfin à son secours (vi, 4; 
xiii, 2; xliv, 25; lxxiv, 1 ; lxxvii, 8-10 ; lxxxv, 6, etc.), mais il 
se relève vite de son abattement. Il a, pour comprendre la souf- 
france des Justes et le bonheur insolent des Méchants, plusieurs 

1 La hokhna est une chose rare et secrète, à ce qu'il semble, de là le mot ÙinD3 
de ce verset. 

2 Cf. Riehm, Handwôrterhich des èiblischen Aliertkums, article Schlatich. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE /il 

explications. D'abord, le bonheur du Méchant est grossier, vain 
et toujours menacé. Acquis par des moyens répréhensibles, il ne 
donne aucune sécurité ni aucune joie pure (voir, par ex., Ps. 
xxxvn, lxxiii) ; le Pauvre, au contraire, porte le bonheur dans 
son cœur (iv, 8). Du reste, même le bonheur tout matériel du Mé- 
chant n'est pas complet, il endure aussi beaucoup de misères dont 
rien ne le console, tandis que le Pauvre est soutenu par la grâce 
de Dieu (xxxn, 10). Ensuite, le bonheur du Méchant ne dure pas, 
le Méchant sera puni, maudit par Dieu, exterminé, tandis que le 
Pauvre recevra sa récompense, sera réhabilité, sera heureux. 
Cette idée est tant de fois exprimée dans les Psaumes, qu'il est 
superflu d'y insister. Quand le Pauvre souffre, il se dit qu'il a 
péché envers Dieu, quoiqu'il n'en ait pas eu l'intention et que 
même il n'en sache rien ; il se peut que Dieu le punisse même 
pour des fautes inconscientes (n° 29) ou bien qu'il expie la faute 
de ses ancêtres (xxv, 7; lxxix, 7; cvi, 6 *), quoique Dieu puisse, 
s'il le veut, exempter de cette responsabilité les générations plus 
jeunes et que, suivant le Pauvre, le Méchant seul doive porter la 
faute de ses parents (cix, 14). Le Pauvre est presque capable de 
pécher exprès, envers Dieu seul, il est vrai, afin que les jugements 
de Dieu soient équitables et ses arrêts justifiés (li, 6). La souf- 
france est, du reste, une épreuve, au double sens du mot 2 . Dieu 
éprouve le Pauvre comme on éprouve l'argent (lxvi,10), pour 
voir si sa piété est de bon aloi (cxxxix, 1, par exemple). Il l'é- 
prouve aussi pour le purifier de ses péchés, le régénérer et le 
rendre digne du bonheur qui l'attend. Le Pauvre demande même 
comme une faveur d'être éprouvé, afin de fortifier ou de démon- 
trer sa vertu (xxvi, 2 ; cxxxix, 23). Enfin, quand le Pauvre est à 
bout de raisons, il se dit que les voies de Dieu sont mystérieuses 
et qu'il est téméraire de les sonder. C'est pour cela qu'il reste 
muet (xxxix, 10), toutes les explications sont vaines (lxxiii, 16), 
mieux vaut être un simple qui ne sait rien, accepter comme une 
bête les arrêts de Dieu (lxxiii, 22). En général, du reste, et sans 
parler de cette question de la justice de Dieu, l'œuvre de Dieu 
dépasse l'esprit humain, et le Pauvre ne se flatte pas de la com- 
prendre (cxxxix, 6); son cœur reste humble et il se garde de vou- 
loir pénétrer des mystères qui sont au-dessus de lui; il aime 
mieux ignorer et calmer sa douleur comme fait un enfant sur le 
sein de sa mère (cxxxi, 1,2). 
109. Ce n'est sûrement pas dans un monde futur que les in- 

1 Cf. cxxix, 1, 2. 

* Voir les mots J-JD3 /SHS6 ,^pH / )T1'2. Dieu lui-même a été éprouvé par les an- 
ciens Hébreux (lxxviii, 18, 41, 56 ; xcv, 8-9 ; cvi, 14). 



42 REVUE DES ETUDES JUIVES 

justices de ce monde seront réparées. Nous ne voulons pas étudier 
ici à fond les représentations que se. font les psalmistes de l'état 
de l'homme après la mort, mais nous devons nous demander s'ils 
croyaient à ce qu'on appelle l'immortalité de l'âme. Il faudrait 
d'abord voir s'ils avaient une idée nette de l'âme, telle que nous 
nous la représentons : il semble certain qu'ils ne l'avaient pas. 
Les mots par lesquels les Psaumes paraissent désigner l'âme dé- 
signent simplement et par approximation la personne humaine, 
l'homme vivant ou la vie qui est en lui, sans aucune idée méta- 
physique. On n'a qu'à voir les différents passages où le Pauvre, 
en parlant de lui, emploie les mots itûid ,W1 ,"nz}D5 (sans parler 
de ,te^ ,iab ^rû ,vrT»ri\ etc.), pour se convaincre que par ces 
termes il n'entend pas ce que nous appelons l'âme, une force cen- 
trale bien déterminée et bien définie, mais le plus souvent sa per- 
sonne, ou, quand l'idée est plus raffinée, son être pensant et sen- 
tant. Il ne sait rien de l'immortalité de l'âme, il ne connaît que 
le biNtt, le mn, le rima, le "jr-ina obscur, le ^urn, où vivent les 
ombres ûwdi. Les morts sont libres de tout souci, ils sont couchés 
dans la tombe et Dieu n'a plus une pensée pour eux (lxxxviii, 
6), ils ne savent plus rien et ne peuvent plus comprendre les 
merveilles de la Providence (lxxxviii, 13), ce n'est pas pour 
eux que Dieu gouverne le monde (lxxxviii, 11). Aussi, dans la 
mort, le souvenir de Dieu est perdu, personne ne le louera plus 
(vi, 6) ; ce ne sont pas les morts qui louent Dieu, ni ceux qui 
descendent dans l'empire du silence et de l'oubli (cxv, 17 ; cf. 
lxxxviii, 11, 12) ; le Pauvre veut louer Dieu pendant qu'il est 
encore en vie (lxiii, 5 ; civ, 33; cxix, 175), il ne veut pas mou- 
rir, mais vivre et raconter les exploits de Dieu (cxvm, 17) ; que 
gagnerait Dieu à sa mort, s'il descendait dans la fosse ? Est-ce 
que la poussière peut louer le Seigneur et raconter ses vertus 
(xxx, 10)? L'homme est comme un souffle qui s'en va et ne revient 
plus (lxxviii, 39) ; son souffle le quitte et il retourne à la terre 
dont il est sorti (cxlvi, 4). Les bêtes de même meurent et retour- 
nent à la poussière (civ, 29). On pourrait croire que dans le verset 
suivant il y a quelque allusion à la résurrection des morts, mais 
ce serait sûrement une erreur, le passage s'applique aux animaux 
et personne n'a jamais parlé de la résurrection des animaux. Les 
paroles de ce verset doivent être prises au figuré, elles décrivent 
la reproduction incessante des êtres vivants et le rajeunissement 
éternel de la nature. 

Isidore Loeb. 
[La fin des Psaumes au prochain numéro). 



RECHERCHES BIRLIQUES 



XX 

LA CORRESPONDANCE D'AMÉNOPHIS IV ET LA BIBLE (fin*). 

Villes phénico-palestinîennes. 

Avec le territoire de mat-Nuhashshe = Aram-Çôbâ, nous avons 
atteint la limite septentrionale de la Palestine telle que la conçoit 
l'auteur des Nombres, xxxiv, car, en réalité, la Palestine historique 
n'a pas dépassé la source du Jourdain près de laquelle était située 
la ville de Laïs, occupée par une troupe de Danites au temps des 
Juges. Il faut maintenant retourner sur nos pas, afin de ne tou- 
cher que des points géographiques qui intéressent directement la 
Bible. Je me bornerai donc à relever quelques noms propres de 
villes phénico-palestiniennes dont la présence dans les documents 
babyloniens est de nature à dissiper des incertitudes ou à recti- 
fier quelque idée préconçue. Dans cet examen minutieux, nous 
assisterons à ce fait certainement inattendu, mais pourtant d'une 
réalité matérielle, que, si la Bible demande le plus souvent les 
éclaircissements des inscriptions cunéiformes, celles-ci sont par- 
fois ses obligées et ne peuvent se tirer de l'ambiguïté inhérente 
au système cunéiforme sans être éclairées par la comparaison avec 
les leçons conservées traditionnellement dans la Bible. 

La nomenclature suivante procédera du nord au sud. 

A. Villes du littoral. 

1. Armada (W. 51, r. 18). C'est la ville écrite dans la Bible 
TpN, et cette circonstance montre bien que les Babyloniens eux- 
mêmes prononçaient ce nom Arwada. A côté de cette orthp- 

1 Voyez tome XX, page 199. 



/, i REVUE DES ETUDES JUIVES 

graphe, on trouve quelquefois dans les inscriptions assyriennes la 
forme AriiatU. Les Grecs et les Romains ont laissé tomber le w 
et ont employé la forme "Apa8oî, Aradus, mais la forme indigène a 
survécu dans le nom arabe Ruad. 

2 Çumura (i). Cette ville figure très fréquemment dans les 
lettres babyloniennes, comme ayant été prise par l'armée des 
Héthéens. Dans la Genèse, la forme ethnique "nttï désigne une 
tribu chananéenne habitant cette ville, dont le nom doit avoir été 
nfcfc. Les géographes classiques l'appellent Simmyra; le nom mo- 
derne est Çamr. 

3. Shigata. Ce nom géographique se rencontre très souvent en 
compagnie du précédent avec le déterminatif eru ou alu « ville ». 
En caractères hébreux, on aurait nata ,mo ou npiD, formes pos- 
sibles, mais introuvables dans les livres hébreux. On pourrait, au 
besoin, se consoler avec cette considération que bien d'autres villes 
phéniciennes, mentionnées dans ces documents, ont disparu de la 
littérature postérieure, entre autres les villes à'Ullaza et d'Ambi* ; 
je pense néanmoins que dans ce cas particulier la cause n'est pas 
aussi désespérée, et je ne puis supprimer le sentiment que la forme 
babylonienne, dans ces trois syllabes shi-ga-ta, représente un léger 
déguisement de la localité dont les habitants sont mentionnés dans 
le tableau des tribus chananéennes de la Genèse sous la dénomi- 
nation de "yi?, ce qui suppose un nom de ville pyj (pV) ou 
hjW (anciennement np-i*)- L'association si fréquente de Çumura 
et Shigata dans nos inscriptions rappelle tellement la mention de 
■nç» et de yi^ dans le même groupe ethnique de la Genèse que 
l'idée de leur identité m'a été suggérée au premier regard jeté sur 
les textes. L'unique obstacle qui s'y opposait était la syllabe ini- 
tiale shi dont la valeur ir n'a été dégagée jusqu'ici par aucun assy- 
riologue, et il aurait paru arbitraire de lui assigner cette valeur 
dans ce cas spécial. Heureusement, toute hésitation a disparu par 
la constatation, dans W. 77, 11-12, du couple sus-mentionné écrit: 
er Çu-mu-ra u er Ir-qa-ta dont le dernier nom répond lettre par 
lettre à la forme hébréo-phénicienne tfyys circonstance qui dé- 
montre en même temps la valeur ir pour le signe shi. Voilà un 
cas de plus attestant l'utilité de la Bible pour le déchiffrement 
de récriture cunéiforme. La ville d'Arca subsiste encore aujour- 
d'hui; le Talmud la mentionne sous le nom de ^nb np"tf « Arca 
du Liban ». 



1 Ces noms sont respectivement fe? (ou y\>y) et 352; cette dernière ville est 
homoDyme de la ville judéenne 333> (Josué, xv, 49). 



RECHERCHES BIBLIQUES 45 

4. Gubla. La lecture exacte de ce nom, écrit très souvent du~la, 
est établie au moyen des variantes gu-xib-la (W. 80, 4) et dit 
(=giib)-iib~li. C'est la ville des ù^bnâ qui ont taillé les pierres em- 
ployées dans la construction du temple salomonien (I Rois, v, 32). 
Le nom était en phénicien bas en hébreu bas- l'atténuation d'o en 
i dans les formes dérivées n'est pas rare en hébreu, comparez hÉNf 
et imç», -ihp et "na-p etc. Il ne faut pas confondre cette ville phé- 
nicienne avec le bna mentionné dans le Psaume lxxxiii, 8, avec 
Ammon et Amalec, et qui désigne indubitablement le district mon- 
tagneux de la Judée du sud qui porte, chez les Grecs, le nom 
de « Gabalène ». 

5. Beruta. Aucun doute n'est possible, c'est bien la ville 
nommée encore aujourd'hui Beyrouth, le Berytus des Grecs. 
Dans Ezéchiel, xlvii, 16, figure le nom de ville ïlnins, écrit 
■in'na dans II Samuel, vin, 8, mais appartenant à une localité 
d'Aram Çobâ. La forme de ce nom semble contractée de rn*rôa 
« puits ». Le mot copte barout « airain », ainsi que le bert éthio- 
pien, me semble en connexion avec la ville phénicienne comme lieu 
d'exportation de l'airain sur la côte africaine de la mer Rouge *. 

6. Ziduna, Sidon ; ps, la plus ancienne métropole de la Phé- 
nicie, est personnifiée dans la Genèse en fils aîné de Ghanaan. En 
babylonien, l'échange entre it et t est des plus fréquents. 

7. Acca. Cette forme est tirée de l'adjectif ethnique ahhàu «ha- 
bitant d'Acca », qui figure dans une lettre que nous citerons plus 
loin. C'est la ville d'Acco, que la tribu d'Aser n'a pas pu soumettre 
(Juges, i, 31). En hébreu, ce nom s'écrit constamment îa*, en 
phénicien ^y et "p, d'où en grec Acé, changé plus tard en Pto- 
lémaïs. Pour le sens du vocable, il faut se rapporter à l'arabe 
^y « racine, base, porte », de ^y « serrer » et « fermer la 
porte ». 

8. Yapu ou Yâpu se reconnaît facilement comme la ville de isv 
L'orthographe babylonienne est conforme à celle de l'hébreu. 
L'inscription phénicienne d'Ashmunazar écrit ^D">, avec un i au 
lieu d'un i, et les Grecs ont aussi entendu iôtcyj ; le nom moderne 
est Jaffa. 

B. Villes de l'intérieur. 

Celles-là sont beaucoup plus rarement mentionnées dans les 
textes que j'ai à ma disposition, mais d'après mes informations, il 

1 Je démontrerai plus loin que l'exploitation du fer appartenait également aux in- 
dustries les plus anciennes de la Syro-Phénicie. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

doit s'en trouver d'autres dans les inscriptions encore inédites à 
ce moment. Je vais énumérer celles qui sont parvenues à ma con- 
naissance, en faisant abstraction de l'ordre géographique, impos- 
sible à fixer avec certitude. 

L'inscription W. 73 paraît annoncer, à la ligne 37, la prise im- 
minente par l'ennemi, après celle de la ville de Giibla, c'est-à-dire 
Byblos, d'une autre ville dont le nom est écrit Hiliugutta (hi-Ua- 
gut-ta) ou Hihuguta (le signe gud, gaV se lit aussi gu). J'incline 
beaucoup à y voir un homonyme féminin de la ville de ppn située 
dans le territoire de la tribu de Nephtali (Josué, xix, 34). Dans la 
forme retenue par les Septante, 'ixwx, il y a également un i dans la 
première syllabe. Il est facile de voir combien l'orthographe ba- 
bylonienne est inconséquente dans la manière de rendre les deux 
palatales du nom qu'il eût été impossible de fixer exactement si 
nous n'avions pas pour guide la forme biblique. 

Une ville galiléenne des plus curieuses est mentionnée sous la 
forme Ki-M-in-na-tu-ni dans W. 8. J'y ai déjà fait allusion plus 
haut en parlant du nom de Chanaan, le moment est venu d'en 
étudier la composition et de l'identifier avec une localité biblique. 
Comme elle doit être cherchée aux environs d'Acco ou de Saint- 
Jean-d'Acre, nous avons la certitude que c'est un vocable d'ori- 
gine phénicienne, qu'on pouvait transcrire en caractères hébreux 
•jnsro, mais un tel nom ne se prête à aucune interprétation satis- 
faisante, car l'élément initial, qu'il soit ni ou jrD, n'offre rien 
d'intelligible. La même obscurité resterait si, en regardant le n ba- 
bylonien comme représentant le y phénicien, on se résolvait à 
transcrire ^rùso. Si nous n'avions que cette transcription babylo- 
nienne, la difficulté serait insurmontable, et il faudrait classer ce 
nom géographique parmi les non-valeurs condamnées à tout ja- 
mais. A notre grand plaisir, le rapprochement de cette forme ba- 
bylonienne et d'une forme biblique, inexpliquée jusqu'à présent 
elle-même, me semble être de nature à jeter un nouveau jour sur 
les deux à la fois d'une manière vraiment remarquable. 

Les territoires galiléens qui avoisinaient celui d'Acco du côté 
est et sud-est faisaient partie des possessions des tribus d'Aser et 
de Nephtali. Aucune ville connue d'Aser n'a la moindre ressem- 
blance avec le nom que nous étudions. Par contre, du côté du ter- 
ritoire de Nephtali la tâche de retrouver un homonyme paraît 
moins désespérée. Là, nous rencontrons tout d'abord le nom de 
I'n|ri Hanneton, qui répond lettre pour lettre aux cinq dernières 
syllabes de la forme babylonienne (Ki-)hi-in-na-tu-nà. Mais 
comment expliquer la syllabe initiale ki ? Mon premier mouve- 
ment était de joindre cette syllabe à celle qui précède et de voir 



RECHERCHES BIBLIQUES 47 

dans er hi « "ville de pays » une désignation redondante pour le 
simple er « ville ». On trouve assez souvent dans nos lettres mat 
M et er hi, au lieu de la forme simple mat et er. Après mûre ré- 
flexion, j'hésite à m'y arrêter, par cette raison concluante qu'au- 
cune des lettres de Burnaburiash ne montre pareille orthographe, 
laquelle ne paraît pas avoir été en usage dans la littérature baby- 
lonienne proprement dite. Force nous est donc de prendre la syl- 
labe hi pour partie intégrante du nom propre et de conclure, par 
l'analogie du nom de Iran, que la terminaison in entrait dans la 
formation des noms géographiques de la Palestine. Cette idée est 
confirmée par le nom ï n ?1? qui vient de la racine 3ns 1 . Il s'agit 
seulement d'aplanir la difficulté que présente la partie essentielle 
du nom, et qui ne fournit pas de racine sémitique plausible. Une 
combinaison ayant l'air d'être cherchée trop loin nous fournira 
peut-être le moyen de nous tirer d'embarras. 

La partie radicale du nom que nous étudions montre dans ses 
éléments extrêmes le groupe )"d ou *j-p; or, parmi les villes de la 
tribu de Zabulon, car nous ne devons pas sortir de ce territoire 
afin de ne pas nous éloigner trop de la ville d'Acco, on ne trouve 
que deux villes dont les noms commencent par un s ou un p. Ce 
sont n*bp3 et nup (Josué, xix, 12, 15). Le premier de ces noms 
doit être éliminé, par cette raison incontestable que la troisième 
lettre radicale donne un b au lieu du 3 qu'il nous faut. Reste le 
second nom qui, au premier aspect, participe du même défaut, 
puisque la troisième lettre est un n au lieu d'être un 3. Heureuse- 
ment, cet embarras n'est qu'apparent, car le nom de cette ville 
a été transcrit par les Septante Katavae ; le texte hébreu qu'ils 
avaient sous les yeux portait donc naap, et ce n'est que le texte 
massorétique qui a perdu le a radical. Cette restitution du nom 
géographique nous fournit les moyens d'expliquer les autres sin- 
gularités se rattachant à ce nom. On sait que dans le passage pré- 
cédemment cité, la ville de nap est mentionnée à côté de bbm 

• t '— t -: - * 

Dans Juges, i, 30, il est dit que la tribu de Zabulon n'a pu chasser 
les habitants de ^'^ , ni ceux de b'brii. Comme l'identité de b'brq 
et de bbîiï n'est susceptible du moindre doute, il s'ensuit nécessai- 
rement que l*nap n'est pas différente de nap ou plutôt de nsap 
d'après le texte des Septante. Mais la différence constatée à 
la fin de ce nom dans les deux orthographes présente certaine- 
ment une énigme des plus obscures, et cela d'autant plus que la 
deuxième radicale n'est pas en apparence la même dans la forme 

1 Comparez aussi "jn*l£ et *jmp_, à moins qu'il n'y ait une contraction de 'JTHiÊ 

et W^P. — ûynss e * ûw^p"; cf » tni'T — ^ni^. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

hébraïque et dans la forme babylonienne. Mais cette difficulté dis- 
parait précisément devant la considération émise plus haut qu'une 
racine fnp ou jrD ne présente pas une forme sémitique satisfai- 
sante, et nous sommes ainsi conduits, en nous appuyant sur l'or- 
thographe hébraïque, à transcrire la forme babylonienne ki-ti-in- 
na-tu-na, au lieu de M-hi-in-na-tu-na ; on sait que le caractère 
M a aussi la valeur de 7<= £?. Maintenant, si l'on transcrit la 
forme archaïque babylonienne en caractères hébreux, inaap, on 
voit tout de suite que la variante "p-iap n'est qu'une simple altéra- 
tion de ln[5]up II en résulte, en même temps, que la forme nup 
est raccourcie de fnap, ou plutôt de ^nitap, en y rétablissant le a 
qu'avait encore le texte des Septante. Ainsi la forme babylonienne 
du xv e siècle avant Jésus-Christ nous a fourni des moyens sûrs 
pour rétablir le nom propre primitif si diversement altéré dans 
le texte biblique. Mais il ne faut pas oublier non plus que la Bible 
nous a mis en mesure de transcrire exactement la forme ba- 
bylonienne qui, autrement, serait restée inexpliquée et pouvait 
donner lieu à des hypothèses sans fin. J'ajouterai encore que cette 
ville de *jnrjp me paraît absolument identique avec la ville gali- 
léenne mentionnée dans le Talmud sous la forme de arûLip jcmtspi 
aujourd'hui Qeleina 1 , où la finale ) a entièrement disparu. 



B. — Histoire. 

A ce sujet, nous nous tiendrons aussi dans les limites que nous 
avons fixées pour la géographie et nous ne relèverons que les ren- 
seignements historiques en rapport avec les faits signalés par la 
Bible comme à peu près contemporains de l'Exode ou de la con- 
quête de la Palestine par les Hébreux. Ils formeront une sorte de 
préhistoire du peuple d'Israël, destinée à nous montrer les condi- 
tions sous lesquelles cette nation naissante est parvenue à s'établir 
sur le sol de la Palestine et à développer son génie particulier. Les 
recherches suivantes s'attacheront à apporter quelques éclaircis- 
sements sur la situation politique, l'état religieux, et l'état de 
civilisation où se trouvait la Syro-Palestine à ce moment décisif. 

Situation politique. 

La nombreuse correspondance qui nous est parvenue de plu- 
sieurs fonctionnaires de la Syrie nous montre clairement que 

1 Neubauer, La géographie du Talmud, p. 189. 



RECHERCHES BIBLIQUES /j9 

l'Egypte exerçait le droit de suzeraineté sur tout le vaste terri- 
toire situé entre l'Oronte et le Wad-el-arish, c'est-à-dire la Phéni- 
cie, la Syrie et la Palestine. Partout les Égyptiens plaçaient des 
gouverneurs, surtout dans les villes du littoral plus accessibles par 
voie de mer, mais les villes principales de l'intérieur avaient 
elles aussi des gouverneurs égyptiens, pris soit dans la famille du 
grand roi, soit dans les familles de la noblesse aborigène qui se 
sont distinguées comme auxiliaires ou partisans de la domination 
égyptienne. C'est surtout la Phénicie et la Palestine qui étaient 
plus strictement soumises au régime égyptien. Pour la Phénicie et 
la Philistée nous le voyons bien par le grand nombre des lettres 
qui viennent de ces contrées. Pour la Palestine, en particulier, on 
pourrait concevoir quelques doutes, en faisant valoir la nature 
montagneuse du pays et son peu de ressources. Cependant une 
lettre de Burnaburiash, roi de Babylone, accentue tout particu- 
lièrement ce fait que la Palestine faisait partie intégrante de 
l'Egypte à ce moment, au point que le Pharaon est rendu respon- 
sable des préjudices subis par l'ambassadeur du roi de Babylone 
dans une petite ville de ce pays. Je crois que la teneur de la 
lettre à laquelle je fais allusion ne sera pas sans quelque intérêt 
pour les lecteurs de la Revue. 

Reclo. 

'1 ana Naphururiya. 

2 Shar mat miçrî ahiya Idbima 

3 nmma Burraburiyâsh shar mat Kara[duniyâsh] 

4 ahikama ana yashi shulmu 

5 ana kasha matka bitkz ashshâtiha ablika 

6 nishi rabulika sisika narkabâtiha 

7 dannish lu shulmu 

8 analiu û ahiya itti ahamesh 

9 Habuta niddabub 

I û annita niqtabi 

II umma M abbuni itii ahamish 

12 nînu lu Habanu 

13 inanna tamharûa 

1.4 s ha itti ah Habu tebû 

15 ina mat Kinahhi ana shimati ittaîdû 

16 ultu ah Uâbu ana muhhi ahiya itiqic 

17 ina er Qïtinnatuni sha mat Kinahhi 

18 t-hum-Adda mar Balummé Shutadna mar Sharâlum sha cr 

Akki 

19 nishi shunu hi ishpuru nish iamîiariya 

20 idduku û shulmanu itlabla 

T. XXI, n° 41. /. 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

21 . . . shar ana pani ...M i... 
89 altaprakku shita (?) 

23 ligbakku 

Verso. 

24 mat Kinahhi matka û shar[rishu ardika 

25 ina matka hummuçaku sunikma û 

26 kaspa sha itbalu shullim. . . 

27 û nishi sha nishiya id[ûku) 

28 dukshunutima idmishunu ter 

29 û shumma nishi anmiti ul tadduk 

30 ituruma lu urash (?) attua 

31 û lu nishi mar shiprika idukûma 

32 ina birini shipri ipparas 

33 û ardushu unakkiruka 

34 ana nishi attua Shumadna 

35 shepishu M unakkisu 

36 itushu iktalashu 

37 û nish shanâ 

38 Shutadna akkâu 

39 ina rishi M uhizusu 

40 ana panishu izzaz nishi shashunu 

41 lusannik umma amurma 

42 . . . tushaalma lu tîdi 

43 . . .shulmani i mana abni ukni ushtebilakku 

44 mar shipriya hamutta ma[harka (?)] 

45 ...ma sha ahiya lu idi 

46 . . .mar shipriya la takalla (?) 

47 hamutta littaru (?) 

Recto. 

A Naphururiya, roi d'Egypte, mon frère, il est dit (ceci) : Moi, 
Burraburiyash, roi de Karaduniyâsh, ton frère, je me porte bien et 
je t'envoie mes meilleures salutations, à toi, à ta famille, à tes 
femmes, à tes grands, et mes sincères compliments au sujet de tes 
chevaux et de tes chars. 

Mon frère et moi, nous nous entendons bien et nous nous promet- 
tons de vivre en bonne intelligence, comme nos prédécesseurs. Mes 
agents, qui avaient fait un bon voyage jusque-là, ont été arrêtés su- 
bitement par une mort violente dans le pays de Kinahhi. 

Ils avaient quitté ton bon frère, pour se rendre près de toi, iors- 
qu'en arrivant dans la ville de Kitinatun, du pays de Kinahhi, 
Shumadda, fils de Balumme, et Shutadna, fils de Sharatum, de Acca, 
qui les escortaient, tuèrent mes agents et s'emparèrent des cadeaux 
. . . roi, j'ai envoyé — qu'il te le raconte. 



RECHERCHES BIBLIQUES 51 

Verso. 

Le pays de Kinahhi est ton pays, et ses rois sont tes vassaux. 
C'est dans ton pays qu'un dommage m'a été causé. Fais faire une 
enquête, fais retrouver l'or qui a été enlevé, fais mettre à mort 
les gens qui ont tué mes hommes, et que le sang qu'ils ont versé 
retombe sur eux. 

Si tu ne mets pas à mort ces gens, mes troupes de marche (?) iront 
tuer tes hommes et tes messagers, de sorte que désormais toute 
relation cessera entre nous, et leurs clients te traiteront en en- 
nemi. 

C'est Shum-Adda qui a coupé les pieds de mes hommes et leur a 
arraché les bras. Quant à l'autre, Shutadna d'Acca, il a excité le 
premier à piétiner sur leurs têtes et s'est tenu devant lui. Interroge 
ces hommes, fais des recherches, prends des informations et tu ap- 
prendras la vérité. 

Je t'envoie comme cadeau une mine de uknu. Reçois sans retard 
mon messager pour qu'il ait de tes nouvelles, ne le retiens pas pour 
qu'il revienne promptement. 

Il résulte indubitablement de cette lettre que l'incorporation dé 
la Phénicie et de la Palestine dans les possessions égyptiennes 
était non seulement un fait accompli dans le pays même, mais 
aussi une situation légitimée et reconnue par les rois les plus éloi- 
gnés. Cet état de choses jette d'une façon inespérée le jour le plus 
clair sur un point des plus obscurs de la classification des peuples 
syro-phéniciens systématisée pour la première fois par l'auteur 
du 10 9 chapitre de la Genèse. On s'est souvent demandé pourquoi: 
cet auteur a rangé les Chananéens, ou plutôt leur personnification 
Chanaan, dans la famille hamitique sur la même ligne que Kush, 
Mizraïm et Futh, c'est-à-dire l'Ethiopie, l'Egypte et la Nubie. Cette 
énigme n'est pas difficile à résoudre aujourd'hui. L'auteur de 
l'ethnographie des Noahides a eu égard à la situation politique de 
ces pays, qui formaient alors le grand empire des Pharaons. Les 
peuples qui les habitaient étaient trop séparés les uns des autres 
par des caractères ethniques, comme la langue, la civilisation et 
la manière de vivre, pour qu'il eût pu penser à en faire une seule 
famille. Quant aux Phéniciens-Chananéens, en particulier, il était 
impossible de les confondre entièrement avec les Égyptiens, à 
cause de la grande différence de leur langue. Tout ce qu'il a pu 
faire, c'a été de les représenter par une personnification diffé- 
rente, bien que restant en quelque sorte dans la dépendance de 
l'Egypte et des peuples africains. Dans cette classification, il y a 
donc réellement un motif bien justifié, et on n'a plus besoin de 
recourir à l'explication forcée de jadis, à savoir que l'incorpora- 



S2 ltKVUi: DES ETUDES JUIVES 

tion des Chananéens clans la famille égyptienne était le produit 
soit d'une ignorance des caractères ethniques qui les séparent, 
soit d'un préjugé national des Hébreux auxquels il aurait répugné 
de se reconnaître de la môme race que les Phéniciens. Cette der- 
nière explication, l'auto de mieux, avait été adoptée par moi- 
môme dans l'étude que j'ai consacrée au x c chapitre de la Genèse. 
Aujourd'hui, cette hypothèse n'a plus aucune raison d'être. En 
classant les Syro-Phéniciens dans la iamille africaine, l'ethno- 
graphe de la Genèse a simplement tenu compte de l'état politique 
et réel de son siècle et des siècles antérieurs ; il s'est strictement 
conformé au rapport de la tradition, d'après laquelle le Chanaan, 
dans son sens le plus large, faisait partie inséparable de la domi- 
nation égyptienne. 

Malgré cette annexion politique à l'Egypte, le Chanaan avait 
son individualité propre au point de vue administratif. La plupart 
des préfets qui gouvernaient le pays au nom de l'Egypte étaient 
des princes nationaux jouissant d'une autonomie parfaite dans la 
direction intérieure et n'avaient que rarement des rapports di- 
rects avec la cour suzeraine. Les chefs d'un moindre grade étaient 
soumis au contrôle de leurs supérieurs et formaient ainsi divers 
groupes ayant à leur tête un chef plus haut placé, et ces chefs de 
groupes princiers restaient eux-mêmes sous la surveillance d'un 
gouverneur général, dont les attaches avec la cour d'Egypte 
étaient naturellement des plus étroites. La lettre d'avis dont nous 
parlions plus haut et qui est adressée aux rois de Chanaan dési- 
gnés par l'épithècede co-vassaux (sharrani, ardavd, ahiya « rois, 
serviteurs, mes frères » ) vient précisément du gouverneur gé- 
néral qui était chargé de faire connaître l'ordre émané du roi 
d'Egypte aux divers groupes des rois-vassaux qu'il avait à sur- 
veiller. Après la disparition plus ou moins intermittente du régime 
égyptien, cette hiérarchisation administrative s'est certainement 
continuée sans interruption, car les gouverneurs puissants ne se 
seraient pas résignés à perdre leur suprématie sur les princes 
qui leur étaient soumis antérieurement. Et, en effet, nous trou- 
vons encore dans le fameux récit des Juges, iv, la trace mani- 
feste de cet ordre de choses. Le récit auquel je fais allusion se 
rapporte à la suprématie exercée sur les Israélites par Jabin, roi 
de Chanaan, ayant régné, dit l'auteur, à Iïaçor (p33 *]b» *pn-> 
marna *pn nONj. 

Cette description, malgré sa précision parfaite, a paru suspecte 
à la plupart des critiques qui avaient fait ce raisonnement d'une 
logique en apparence irrésistible : un roi qui règne dans la ville 
unique de Haçor ne peut pas avoir porté le titre beaucoup plus 



RECHERCHES BIBLIQUES 53 

général de roi de Chanaan. Et pour obvier à cette difficulté soi- 
disant insurmontable, ils ont considéré ce récit comme une sou- 
dure de deux pièces appartenant à deux auteurs différents dont 
l'un aurait pris Jabin pour le roi d'une seule ville, tandis que 
l'autre croyait qu'il était roi de Chanaan tout entier. Le vrai 
éclaircissement de ce phénomène nous est donné par les docu- 
ments babyloniens de l'Egypte. Jabin était en même temps roi 
héréditaire de Haçor et gouverneur en chef ou roi titulaire du 
Chanaan tout entier. Les renseignements de l'auteur hébreu sont 
donc des plus conformes à la réalité de l'état politique de la Pa- 
lestine au i cr siècle de l'invasion hébraïque, lorsque les Cha- 
nanéens possédaient encore assez de cohésion pour résister en 
masse aux entreprises des tribus israélites. Le livre de Josué nous 
a conservé un autre exemple de cette administration politique de 
la Palestine qui nous apparaît dans la correspondance d'Améno- 
phis IV. Lorsque les Gabaonites firent la paix avec Israël, ils se 
virent attaqués par une coalition de cinq rois présidés par Adoni- 
zédek, roi de Jérusalem. Celui-ci était très probablement le chef 
reconnu de ce groupe de petites royautés et non pas seulement 
un chef improvisé par le hasard des circonstances. Une autre fois, 
c'est Jabin, roi de Haçor 1 , qui se met à la tête des rois de la Gali- 
lée pour arrêter la marche de l'armée israélite vers le nord (Jos., 
xi). Enfin, un dernier exemple nous est fourni par les Juges, i, 4-8. 
Il s'agit, dans ce passage, du roi de Jérusalem nommé Adoni-, 
bézek, qui commandait les Chananéens et les Phérizéens. Après, 
avoir perdu la bataille qu'il livra aux Israélites dans la localité 
de Bézek, probablement un des faubourgs de la ville basse de Jé- 
rusalem, Adonibézek, pris par les vainqueurs, fut mutilé aux pieds 
et aux mains. Au milieu de ses souffrances, ajoute le narrateur, 
Adonibézek reconnut avoir mérité d'être maltraité de la sorte 
« car, dit-il, 70 rois ayant les mains et les pieds mutilés ramas- 
saient des miettes sous ma table ; comme j'ai fait aux autres, Dieu 
m'a fait à moi (Juges, i, 4-7) ». Naturellement le nombre rond de 
70 est simplement une figure hyperbolique qui fait les délices des 
Orientaux, et le fait, réduit à son expression naturelle, se résume 
en ceci, que Adonibézek retenait chez lui un certain nombre de 
rois vaincus et condamnés à subir des mutilations aux pieds et 
aux mains pour les punir de leur révolte. La réflexion la plus 
simple fait voir que ce n'étaient pas des rois indépendants, soumis 
pour la première fois, mais des vassaux assujettis depuis long- 

1 Vraisemblablement le grand-père du roi homonyme de Haçor, contemporain de 
Débora, précédemment cité. L'usage de donner au petit-fils le nom du grand-père 
était très fréquent chez les Phéniciens. ; 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

temps qui avaient cherché à se révolter contre leur suzerain. Il est 
utile d'ajouter que les mutilations infligées aux adversaires d'A- 
donibézek ont déjà leur modèle dans les mutilations analogues 
qu'ont fait subir aux ambassadeurs de Burnaburiyash dans une 
ville de Palestine les habitants d'Acca, accident dont se plaint le 
roi babylonien dans sa lettre citée plus haut, en demandant qu'il 
soit fait aux meurtriers comme ils ont fait à ses ambassadeurs. 
L'analogie de ces deux cas est vraiment remarquable, et elle nous 
montre clairement que le récit biblique concernant Adonibézek 
convient bien à l'esprit du temps et à la façon cruelle dont la jus- 
tice s'exerçait à ce moment dans les possessions égyptiennes. 

Il y a plus, la plainte de Burnaburiyash nous révèle encore un 
trait de mœurs qui revient dans l'histoire de la conquête de Pales- 
tine. D'après ce passage, l'un des meurtriers aurait foulé aux 
pieds le cadavre de l'ambassadeur et se serait mis debout sur sa 
tête. Cela rappelle le récit de Josué, x, 24, où les officiers de 
l'armée auraient mis leurs pieds sur le cou des rois vaincus. Tout 
cela constitue des façons d'agir qui se retrouvent chez tous les 
peuples et à toutes les époques, il est néanmoins important de 
les signaler dans des documents indépendants se rapportant au 
môme pays et rédigés à des dates peu éloignées l'une de l'autre. 

Il va de soi que le soulèvement, en somme victorieux, des Hé- 
théens a fortement ébranlé la domination égyptienne de la Syrie, 
dont les garnisons se sont successivement retirées dans les villes 
du littoral phénicien, qui avaient une valeur incomparablement 
plus grande à cause de leur commerce. Peu à peu tout l'intérieur 
se dégarnit de troupes égyptiennes, et la tactique des Pharaons 
consista à barrer le chemin aux envahisseurs par l'occupation de 
quelques points stratégiques comme les villes de Qadesh et de Me- 
giddo. Mais pendant que la puissance égyptienne se débattait pé- 
niblement sur les grandes routes qui longent le littoral méditer- 
ranéen, les tribus hébraïques logées sur les confins orientaux de 
l'Egypte, conduites par un chef intelligent et prévoyant, quittèrent 
cette terre pharaonique, devenue pour eux « une maison d'es- 
claves » et, après avoir fait le tour de la mer Morte jusqu'au Jour- 
dain, traversèrent ce fleuve et s'emparèrent du Chanaan oriental. 
Par ce mouvement tournant, ils évitèrent le contact périlleux des 
troupes égyptiennes. Ainsi, l'Exode des Hébreux prend pour nous 
une forme historique et parfaitement- en situation. Le cri de liberté 
poussé par les Héthéens sur les rives de l'Oronte a trouvé un écho 
parmi les Abrahamides de Gosen. Mais n'étant pas assez fort pour 
combattre ses ennemis de front, Israël arriva à ses fins par un 
stratagème et se tailla un beau lot dans les possessions égyp- 



RECHERCHES BIRL1QUES 55 

tiennes, sans que l'Egypte eût le temps de venir au secours de ses 
anciens vassaux. 

État religieux. 

La correspondance des princes syro-chananéens est, en général, 
d'une sobriété extrême en ce qui concerne les idées religieuses, 
lis ont môme l'air de considérer le roi d'Egypte comme le seul et 
réel Dieu sur la terre, et on dirait qu'ils craignaient de lui être 
désagréables en mettant à côté de lui leurs dieux particuliers ou na- 
tionaux. Un seul correspondant montre un zèle remarquable pour 
la divinité de sa ville. C'est le gouverneur de la ville de Byblos, qui 
paraît avoir joui de la renommée d'une ville sacrée, non seulement 
en Phénicie, mais aussi en Egypte, du moins d'après le témoignage 
d'Hérodote, qui a trouvé le mythe égyptien d'Isis et d'Osiris forte- 
ment établi dans le sanctuaire de Byblos. Cette divinité, fait cu- 
rieux à remarquer, était non pas un Dieu, mais une déesse, qui 
portait le titre de Belit sha Giibla, « Dame de Byblos », et qui pou- 
vait avoir un nom propre resté inconnu. Cette déesse nous a été 
dernièrement révélée par l'inscription phénicienne de Byblos où le 
roi Iehawmelec déclare avoir reçu la royauté de sa main (pu 
bu hy rùbn» bas rhvi rû-iir: "jnbJB). 

La découverte de cette inscription n'a pas peu contribué à 
ébranler le système depuis longtemps admis dans une certaine 
école de sémitisants, qui, après avoir dû battre en retraite de- 
vant les nouvelles découvertes dans le domaine de l'antiquité 
sémitique, attestant l'immense variété de la mythologie sémitique 
qu'ils avaient niée, s'était consolée avec l'idée que la mythologie 
sémitique ne reconnaissait pas aux déesses une existence indépen- 
dante de leurs parèdres masculins auxquels elles seraient atta- 
chées comme une sorte d'ombre ou d'hypostase privée de toute 
réalité positive. J'ai combattu à plusieurs reprises cette conception 
étroite du génie natif des Sémites, en faisant appel à l'inscription 
de Byblos, dans laquelle la déesse urbaine occupe la situation su- 
prême comme dispensatrice de tous les biens et se passe de tout 
parèdre masculin 1 . Mais les partisans de l'ancienne théorie ont 
cru trouver un semblant d'appui dans le passage de cette inscrip- 
tion, où le roi demande que la Dame de Byblos lui donne la grâce 
aux yeux des dieux et du peuple du pays (ùj i?bi tiïba l^b *jn 
1 y^iN), d'où ils ont conclu que la déesse ne faisait que l'office de 
médiateur auprès des dieux en faveur des hommes. Il est presque 



1 Voir Mélanges de critique et d'histoire, p. 221-227. 



30 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

superflu de faire remarquer combien cette interprétation est déjà 
elle-même peu soutenable, puisque le texte met sur la môme ligne 
les dieux et les hommes, et qu'il serait absurde de déclarer la 
déesse inférieure à ceux-ci. Aujourd'hui ces échappatoires mêmes 
ne sont plus possibles, car, les documents rédigés pour le moins 
1200 ans avant le règne de Iehawmélec, nous montrent déjà cette 
déesse établie sans parèdre et sans compétiteur dans la ville, en 
qualité de divinité suprême. Et, qui plus est, le correspondant 
du Pharaon invoque le secours de la dame de Byblos afin qu'elle 
donne la puissance à son suzerain égyptien ; le pouvoir de la 
déesse n'était donc pas limité à la ville qui lui servait de siège 
principal, mais s'étendait bien au loin jusqu'aux pays étrangers. 
C'est là une conception remarquable et impliquant en même 
temps le caractère universel des divinités sémitiques, contraire- 
ment à ce que l'école précédemment citée avait affirmé et répandu 
comme résultat scientifique. 

Parmi les autres divinités du Ghanaan on relève le dieu ttï-ï, 
qui, sous la forme abrégée Addu, entre dans la composition du 
nom propre Rïb-Addi, probablement à transcrire iN-a-n « gué- 
rison de Hadad ». La littérature biblique connaît seulement la 
variante tj« au lieu de tj!-j, mais l'abréviation in ou in ne paraît 
pas avoir été en usage chez les Hébreux. 

Un dieu resté jusqu'à présent inconnu semble se cacher dans le 
nom propre Shatadna, en caractères hébreux yintt, groupe que 
j'incline à décomposer en iiN-nia et à traduire « Shut est sei- 
gneur ». Au lieu de la chuintante, il est possible que la forme phé- 
nicienne présentait une simple sifflante : "pa-no « Sut est sei- 
gneur ». Ce nouveau dieu Sut paraît répondre au dieu égyptien 
qu'on prononce ordinairement Set et dont on trouve la variante 
Sutekh. On sait que les Égyptiens attribuaient aux Sémites de la 
Syrie le culte de Sutekh. Dans le traité conclu entre l'Egypte et le 
prince de Khéta, il est fait mention d'un grand nombre de Sutekh 
rattachés à diverses villes. Cela prouve, du moins, la grande ex- 
tension prise chez les peuples sémitiques par le culte de ces dieux 
égyptiens. Il ne faut donc pas s'étonner que le nom de Sut ait 
trouvé accueil dans la composition des noms propres sémitiques 
de l'époque. On sait, d'ailleurs, que le dieu égyptien Amon est 
mentionné avec respect dans les lettres de Dushratta, roi de 
Mitanni, pays situé sur la rive nord de l'Euphrate supérieur. 
L'éclectisme religieux est bien plus ancien qu'on ne le croit et 
toute conclusion d'alliance, soit politique, soit matrimoniale im- 
pliquait la reconnaissance des divinités des deux partis. 
Un autre nom propre de composition purement sémitique ne 



RECHERCHES BIBLIQUES 57 

manque pas non plus d'intérêt. C'est le nom de Abdashirti ou 
Abdashrati. Il est notoire que la Bible mentionne souvent le culte 
de nntûfc à côté de celui de b$z, mais on pouvait hésiter sur le sens 
à attribuer au nom de miON ; les uns voyaient dans ce vocable un 
nom commun signifiant « favorable, propice », les autres, et c'é- 
tait l'infime minorité, y voyaient le nom d'une déesse. Cette der- 
nière opinion est maintenant confirmée par le témoignage du nom 
propre que je viens de citer et qui doit se transcrire en phéni- 
cien trnD»— ra* « serviteur d'Asherat ». 

Comme on voit, la série des divinités qui s'observent jusqu'à 
présent dans la correspondance syro-phénicienne du xv° siècle est 
extrêmement restreinte et les inscriptions encore inédites ne sem- 
blent pas devoir en augmenter beaucoup le nombre. Nous pouvons 
regretter l'insuffisance de nos renseignements sur une matière si 
intéressante, mais, d'un autre côté, cette insuffisance même est 
pour nous une leçon des plus instructives qui nous apprend à ne 
jamais considérer le silence des documents contemporains comme 
un témoignage de la non-existence à ce moment de certains faits 
qui ne nous sont connus que par des récits postérieurs. Il ne suffit 
pas, surtout dans les matières de mythologie et de culte, de 
constater que telles ou telles idées religieuses ne sont pas men- 
tionnées par les écrivains du temps pour en déduire que ces 
idées n'existaient pas encore à ce moment. A quelles erreurs ne 
s'exposerait-on pas en voulant juger de la sorte en ce qui con- 
cerne le cycle mythologique de la Phénicie antébiblique ? Si le 
silence avait un caractère probant, on devrait nier l'authenticité 
de la plupart des divinités phéniciennes dont il est fait mention 
dans la Bible ou chez les auteurs classiques. Et cependant, les 
inscriptions relativement modernes récemment découvertes sur le 
sol de la Phénicie et de ses colonies nous ont révélé un grand 
nombre de ces divinités, qui brillent par leur absence dans les 
documents dont nous nous occupons. Cette leçon doit surtout 
servir à une certaine école de critique biblique, pour laquelle 
l'absence de références à un code religieux prouverait par cela 
seul que ce code n'a pas existé. Non, le témoignage e silentlo est 
toujours le plus insuffisant des témoignages. Pour nier l'existence 
d'une conception religieuse, il ne suffit pas de constater que les 
écrivains du temps ne l'ont pas enregistrée dans leurs composi- 
tions, il faut prouver surtout qu'elle n'a pas pu exister à cette 
époque, qu'elle est contraire à l'esprit général du temps et qu'elle 
porte le cachet d'une conception relativement moderne. Toutes 
les conclusions qui ne sont pas faites dans ces conditions ne peu- 
vent pas être regardées comme ayant une valeur réelle et il est 



38 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du devoir de la critique sérieuse, après les avoir dépouillées de 
l'éclatant vernis par lequel elles cherchent d'ordinaire à s'im- 
poser aux esprits superficiels, d'en mettre en lumière la fragilité 
et de faire ressortir le préjudice qu'elles portent au progrès de la 
science historique. 

Etat de civilisation. 

Un des faits des plus curieux et des moins attendus qui nous 
sont révélés par les inscriptions authentiques que nous étudions 
est, sans conteste, le jour nouveau qu'elles jettent sur l'état de 
civilisation auquel étaient parvenus les peuples de l'Asie anté- 
rieure, au xv° siècle avant notre ère. Ce n'est pas sans un véri- 
table étonnement que nous voyons combien les communications 
internationales étaient fréquentes et relativement faciles à cette 
époque. Non seulement la Syro-Phénicie est en relation constante 
avec l'Egypte, par suite de l'état de dépendance où elle se trouve 
à l'égard de la vallée du Nil, mais les royaumes beaucoup plus loin- 
tains de l'Asie-Mineure, de la Mésopotamie, de l'Assyrie et de la 
Babylonie entretiennent des relations continues avec l'Egypte au 
moyen d'ambassadeurs qu'ils s'envoient mutuellement et surtout 
de présents très précieux échangés entre eux à titre d'hommage 
réciproque 1 . Ces envois continuels et réciproques des objets les 
plus rares dans chaque pays donnaient lieu à un développement 
industriel et artistique qui, s'élevant au-dessus de la médiocrité 
archaïque, cherchait à satisfaire les goûts les plus raffinés et les 
plus exigeants. On ne se contentait plus de donner satisfaction à 
ses propres sentiments; on cherchait même à les imposer aux 
autres peuples par l'élégance de la forme et le fini du travail. 
L'exemple le plus instructif de cette tendance à implanter chez 
les étrangers les œuvres d'art de son pays, nous est fourni par 
l'inventaire si curieux des objets envoyés en Egypte, comme trous- 
seau de sa fille, par le roi Dushrata, qui gouvernait une partie du 
pays qu'on a appelé plus tard la Gappadoce. Ce trousseau se dis- 
tingue aussi bien par la grande quantité d'or et d'argent qui 
entre dans la fabrication des objets qui le composent, que par la 
variété extraordinaire de ces objets, qui ne sont pas seulement 
destinés à fournir le ménage le plus parfait, mais aussi à satis- 
faire aux besoins d'un luxe très exigeant et des plus étonnants 

1 C'est sur ce chapitre qu'éclate spécialement la vanité proverbiale des Pharaons. 
Ceux-ci représentent invariablement comme des prestations de tribut les présents 
qui leur ont été envoyés librement par les princes asiatiques et ne parlent jamais des 
présents qu'ils leur ont envoyés en échange. 



RECHERCHES BIRLIQUES 59 

pour l'époque relativement reculée dont il s'agit. Toutes nos idées 
sur la marche de la civilisation doivent donc être changées de 
point en point. Imbus des idées historiques répandues par les 
auteurs grecs, nous nous demandions si, au xvi e et au xv e siècles 
avant l'ère chrétienne, les peuples sémitiques, ainsi gue les popu- 
lations de l'Asie-Mineure, n'étaient pas encore dans un état de 
tâtonnement primitif voisin de la barbarie. Nous nous disions, 
puisque d'après les auteurs classiques les tribus si policées de 
l'Hellade avaient à peine cessé alors de se nourrir de glands au 
fond de leurs forêts, que les Sémites et les Asiatiques ne de- 
vaient pas avoir atteint un état de civilisation beaucoup supé- 
rieur. Eh bien, sur le témoignage irréfragable des documents 
contemporains, nous sommes obligés de revenir de ce préjugé de 
notre jeunesse. Quelle que soit l'opinion à laquelle on s'arrête, 
en ce qui concerne l'état de la civilisation des Hellènes à ces 
époques reculées, et, pour dire tout de suite mon sentiment, j'in- 
cline plutôt à lui reconnaître un niveau beaucoup plus élevé, il 
est aujourd'hui hors de doute que la civilisation sémitique orien- 
tale, ayant son foyer à Babylone, avait rayonné depuis longtemps 
déjà, non seulement sur le territoire des Sémites proprement dits, 
mais qu'elle avait pénétré aussi au-delà de la rangée du Taurus et 
acquis le droit de bourgeoisie au milieu des nombreuses popula- 
tions allophyles de l'Asie-Mineure, pour lesquelles la langue baby- 
lonienne était aussi devenue la langue littéraire par excellence. 
Les innombrables objets d'art qui figurent dans l'inventaire ma- 
trimonial de la princesse de Mitanni portent tous des noms baby- 
loniens, ou sont indiqués par des idéogrammes dont la lecture 
était supposée connue par les scribes. Quelquefois le nom baby- 
lonien est accompagné d'un nom local, afin d'enlever la dernière 
ombre de doute sur la nature de l'objet; supposition très naturelle 
quand il s'agit d'une langue apprise seulement à l'école ou par des 
maîtres spéciaux et différant totalement de la langue parlée dans 
le pays. Aujourd'hui même dans les ouvrages rédigés en latin, les 
auteurs se voient souvent obligés, dans l'intérêt de la clarté, d'a- 
jouter à l'expression plus ou moins bien formée dans l'idiome de 
Cicéron le mot de la langue moderne qui sert à désigner popu- 
lairement l'objet en question. 

Les matières premières qui servaient à la fabrication des objets 
d'industrie et de luxe que les pays asio-sémitiques importaient en 
Egypte étaient, en premier lieu, les métaux précieux, l'or et l'ar- 
gent. L'or a été exploité en Asie-Mineure et, paraît-il, avec un tel 
succès que le roi de Mitanni, pour mieux engager Aménophis IV 
à accorder la main de sa fille à son frère, qui régnait sur un ter- 



00 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ritoire voisin du sien, a pu affirmer, sans crainte d'être démenti, 
que dans le pays de son frère l'or était aussi abondant que la 
poussière. En réduisant l'hyperbole orientale à son expression la 
plus simple, il en résulte néanmoins que le territoire dont il 
s'agit possédait de riches gisements d'or. Dans tous les cas, on ne 
voit jamais dans les lettres venues d'Asie-Mineure que les princes 
s'adressaient au roi d'Egypte pour le prier de leur envoyer de 
l'or. De pareilles demandes sont, au contraire, des plus fréquentes 
dans les épîtres qui ont pour auteurs les rois de la Mésopotamie. 
Aux siècles plus tardifs, l'exploitation de l'or en Asie-Mineure 
n'est plus mentionnée dans les textes qui sont parvenus à notre 
connaissance, et il se peut que les anciennes mines aient été épui- 
sées. Toutefois l'Asie-Mineure n'a jamais été le vrai pays de l'or, 
et la plus grande partie de ce précieux métal paraît avoir été 
centralisée clans le commerce égyptien ou plutôt entre les mains 
des Pharaons. Les Égyptiens tiraient l'or, en partie, des mines de la 
Nubie et, en plus grande quantité, de l'Arabie et du pays de Punt, 
qui répond au Çomal d'aujourd'hui. L'argent, au contraire, parait 
avoir été exploité encore longtemps en Asie-Mineure, et les 
textes des rois d'Assyrie mentionnent occasionnellement une mon- 
tagne d'argent dans les régions voisines du Taurus et de l'Amanus. 
Parmi les autres métaux, on voit figurer souvent le cuivre, le 
bronze, le plomb, l'étain et le fer. L'inventaire dont il est ques- 
tion ici mentionne assez rarement ce dernier métal, non pas parce 
qu'il n'était pas encore d'un usage général, mais simplement par 
suite de la nature particulière des objets compris dans le trous- 
seau de la princesse, qui excluait les trop lourds ustensiles de 
fer. Des gisements de cuivre très riches ont existé de tout temps 
en Asie-Mineure et y sont encore exploités de nos jours. Le 
plomb paraît avoir été abondant, outre l'Asie-Mineure, dans la 
Haute-Syrie aux environs de Karkemish, s'il est permis de faire 
fond sur l'hypothèse émise par moi dans mes écrits antérieurs, et 
d'après laquelle le nom de OTpsns signifierait « ville de plomb », 
analogue à celui de medinet-er-Ruçâç de la géographie arabe 1 . 
Nous savons maintenant que le Liban possédait des mines plus ou 
moins productives d'étain, métal indispensable à la fabrication 
du bronze. Nous avons déjà fait connaître plus haut l'existence de 
gisements de cuivre dans une région libanique, qui, sans entrer 
dans les limites étroites des territoires assignés aux tribus hé- 
braïques, faisait néanmoins partie intégrante de la Palestine 
sous le règne de David et de Salomon ainsi que de certains rois 

1 Mélanges de critique et d'histoire, p. 437. 



RECHERCHES RlBLIQUES 61 

israélites. Enfin, en ce qui concerne l'exploitation des mines de 
fer, elle s'effectuait, non seulement en Palestine, mais surtout, et 
dès les époques les plus anciennes, dans la Syrie septentrionale, 
où nos inscriptions mentionnent une ville du nom de Buruzillim 
= ûbm « fer ». 

Après les métaux ce sont les pierres précieuses qui occupent 
une place prédominante dans la fabrication des objets et surtout 
des parures et clés bijoux qui formaient la corbeille- de mariage 
de la princesse asiatique. A voir la série interminable des pierres 
précieuses qui s'égrènent successivement dans les inventaires 
précédemment mentionnés, on est saisi par une sorte d'éblouis- 
sement et l'on se demande s'il est possible que tant de matières 
étincelantes et d'un si haut prix aient pu être réunies dans une 
seule main et employées pour la fabrication d'objets appartenant 
à une seule princesse. Il va sans dire que dans l'état de nos 
connaissances, il nous est absolument impossible d'identifier la 
plus grande majorité de ces pierres précieuses sous leurs noms 
babyloniens avec les noms modernes qui leur conviendraient 
d'après une classification rationnelle de la lithologie scientifique. 
Néanmoins, ce qui est impossible en ce moment peut devenir pra- 
ticable dans un prochain avenir, lorsqu'on pourra étudier, l'inven- 
taire à la main, avec un soin beaucoup plus minutieux que jus- 
qu'à présent, les menus objets d'ornement, de parure et toute la 
bimbeloterie de luxe dont on trouve encore de nombreux spéci- 
mens dans les musées d'Egypte et d'Europe. Alors on s'apercevra 
probablement plus d'une fois que certains objets qu'on avait crus 
fabriqués en Egypte y ont été importés de quelques ateliers de 
la Mésopotamie ou de l'Asie-Mineure, et la tâche de l'archéo- 
logue consistera à établir la provenance exacte de chaque objet 
que le hasard seul de l'importation avait classé dans les produc- 
tions égyptiennes. La tâche sera d'autant plus méritoire qu'elle 
sera passablement compliquée, attendu qu'il faudra tenir compte, 
pour le temps dont il s'agit, de cette fabrication cosmopolite qui, 
dans l'intention de contenter tout le monde, imitait tous les styles 
et s'appropriait tous les procédés, sans tendre à créer un genre 
particulier, comme c'était notoirement le cas de l'industrie phé- 
nicienne. 

Ne quittons pas les pierres précieuses sans faire remarquer la 
persistance d'un nom de cette série jusqu'à nos jours, c'est celui 
du jaspe, en grec 'Ha-iç. On a déjà depuis longtemps soupçonné 
l'origine phénicienne de ce nom, qui se trouve en hébreu sous la 
forme SIM)?- Il ne manque cependant pas de philologues arya- 
nistes pour affirmer, au contraire, que l'hébreu a puisé ce r\om 



02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans le lexique des Hellènes. Ils allèguent à l'appui une étymo- 
logie indo-européenne en faveur de laquelle le témoignage du 
mirifique sanscrit serait, paraît-il, de nature à imposer le silence 
aux récalcitrants les plus entêtés. Mais les sémitisants sont des 
gens vraiment inflexibles; non seulement ils ont irrévérencieuse- 
ment souri en entendant parler de la haute antiquité du Véda et 
du sanscrit, mais ils ont fait la découverte du nom en question 
dans les inscriptions assyriennes qui parlent souvent de la pierre 
aspn. Grâce aux correspondants d'Aménophis IV, le dernier scru- 
pule des sémitisants disparaît comme par enchantement. La pro- 
nonciation primitive de ce nom était Iashpu avec une chuintante, 
absolument comme en hébreu, circonstance qui met hors de doute 
l'origine sémitique du vocable grec. 

La fabrication des ustensiles de bois avait aussi pris une grande 
extension à cette époque. Une grande partie des meubles des 
riches était faite en bois d'essence rare et précieuse. Ils étaient 
pourvus d'ornementations sculptées ou ciselées, et souvent plaqués 
de marbre et de diverses autres pierres de couleur, mêlées aux 
dorures et aux émaux. La céramique était aussi cultivée, non 
seulement comme une industrie, mais comme un art véritable. 
Nos textes mentionnent un grand nombre de coupes, de gobelets, 
de cruches et de plats de diverses grandeurs et de formes variées. 
Jusqu'à présent, du moins, le verre ne semble pas être mentionné 
dans nos inscriptions. Il se peut qu'il n'ait pas encore été inventé 
au xv e siècle avant l'ère chrétienne ; mais il se peut aussi que 
son absence de l'inventaire précité soit seulement due à sa grande 
fragilité, qui le rend impropre aux transports éloignés par voie 
de terre. La fabrication de la céramique paraît avoir fleuri en 
Babylonie, pays qui semble avoir exporté la plus grande partie du 
lapis-lazuli qui se trouvait dans le commerce phénicien et qui 
l'importait en Egypte sous son nom babylonien de hezbet. Les 
petits flacons en terre cuite de fabrication babylonienne étaient 
très recherchés en Egypte. Ils étaient destinés à contenir un 
parfum particulier dont l'Egypte avait la spécialité et dans lequel 
entraient les plus fins aromates, expédiés de l'Arabie et de la côte 
africaine. Les rois asiatiques ne manquent jamais dans leurs 
lettres de demander à leurs alliés égyptiens de leur expédier un 
certain nombre de ces flacons, qui portent en babylonien le nom 
de tuki huhitpi. Le premier de ces mots est la désignation ordi- 
naire babylonienne de tout récipient ou vase et paraît se rattacher 
à la racine ■pn « milieu » ; l'autre expression a toute chance 
d'être la contraction de huphupu, mot comparable à l'araméen 
rpnp « sommet de la tête, crâne », de la racine tpp, rps « être 



RECHERCHES BIBLIQUES 63 

courbe, bombé ». La fréquence extraordinaire de ces sortes de 
demandes faites par les princes les plus puissants de l'Asie, afin 
d'obtenir pour leur usage personnel ces précieux flacons, m'a sug- 
géré une conjecture que je présente ici pour ce qu'elle vaut, 
sans beaucoup y insister. D'après le livre des Rois I, 10-22, la 
flotte marchande de Salomon établie à Eçion Gaber, sur le golfe 
d'Akaba, apportait tous les trois ans des pays du Sud de l'or, de 
l'argent, de l'ivoire, de l'ébène (lire û^jaî-n \v au lieu de d^ï-wa, 
cf. Ézéchiel, xxvii, 15), ainsi que des qophim et des tnkiyim, û^spT 
û^m, Jusqu'ici on a pris l'habitude d'entendre sous ces deux 
mots des singes et des paons ; cependant les Septante y ont com- 
pris tout autre chose, car ils traduisent les trois derniers mots 
du verset par xai Xtôwv Topeutfov xai Tre^exsTwv, visiblement parce que, 
en désespoir de cause, ils ont corrigé le texte hébreu trapi trnnnuj 
û"om en û^ai d^ps d^a « des pierres gravées et taillées ». Les 
fautes grossières de cette correction n'ont pas besoin d'être rele- 
vées ; cela suffit toutefois pour montrer l'absence de toute tradi- 
tion relativement à ces objets. Dans de telles conditions, il serait 
peut-être bon de ne pas accorder un crédit trop positif à la tra- 
duction moderne de ces mots, qui est empruntée probablement à 
la paraphrase chaldaïque dite Targum Jonathan, mais qui est peu 
vraisemblable en elle-même. En ce qui concerne tout d'abord les 
singes, il n'est pas facile de croire qu'ils aient jamais formé un 
article d'importation de quelque valeur. Les paons se trouvent 
encore dans une situation moins favorable. Non seulement l'im- 
portation de ces oiseaux ne pouvait constituer une marchandise 
considérable, mais le sens même qui est attribué au mot d"*dn 
est des plus contestables. Le rapprochement du mot tamoul tugei 
pour le paon n'a aucune valeur, si l'on ne prouve pas au préalable 
que la flotte de Salomon, contrairement à toutes les vraisem- 
blances, ait abordé sur la côte de Malabar. En présence de doutes 
aussi bien justifiés relativement à la traduction usuelle qui in- 
troduit les singes et les paons dans la série des objets précieux 
importés en Palestine par le commerce avec les peuples méridio- 
naux du temps de Salomon, une nouvelle tentative d'interpréta- 
tion ne paraîtra pas trop hors de propos. Je me demande donc si 
les mots d^m d">Dp ne sont pas simplement la transcription fidèle, 
quoique dans l'ordre inverse, des tuki huhupi qui figurent si sou- 
vent dans les demandes des princes asiatiques, c'est-à-dire des 
flacons remplis de parfums tirés précisément des aromates de 
l'Arabie méridionale. La concordance extérieure de ces mots ne 
peut pas être facilement contestée, car "on et tuhu se superpo- 
sent entièrement ; quant à la différence entre t|p et kvkupu, qui 



64 REVUE DES KTUDKS JUIVES 

devait donner t]pp, la chute ou la contraction de la syllable ini- 
tiale s'explique parfaitement par sa ressemblance avec la syllabe 
suivante, et cela d'autant plus facilement que ce mot babylonien 
a aussi subi une abréviation analogue en passant en égyptien, 
où le mot kupi, que les Grecs ont transcrit xttyt, a été appliqué, non 
pas aux flacons, mais à l'essence aromatique qu'ils contenaient. 
Chez les Hébreux les trcp et les b^Wi, plus conformément à 
l'usage babylonien, pouvaient désigner, les premiers des flacons 
remplis du précieux xû?i, les seconds, des flacons plus ordinaires 
remplis d'un parfum moins cher. Je crois que l'importation des 
parfums en Palestine pendant le règne fastueux de Salomon est 
beaucoup plus vraisemblable que celle des singes et des paons. 
On sait combien la possession des aromates était recherchée dans 
l'antiquité, et c'est précisément sur la grande quantité des bTODa 
« parfums » que les récits concernant le règne de Salomon diri- 
gent l'attention aussi souvent qu'ils peuvent le faire. 

11 n'échappera à personne combien l'état industriel et luxueux 
auquel les peuples de l'Asie antérieure étaient parvenus au 
xv e siècle avant Jésus-Christ s'accorde entièrement avec l'activité 
déployée par les Israélites pour la construction du tabernacle 
après la sortie d'Egypte, selon les auteurs du Pentateuque, sur- 
tout celui qu'on est habitué de nommer le narrateur sacerdotal. 
Toutes les branches des métiers de l'industrie et des arts ont 
trouvé leur emploi dans les travaux de cette grandiose construc- 
tion, ainsi que dans ceux de la confection des vêtements sacer- 
dotaux. L'or, l'argent et le cuivre étaient employés dans la fabri- 
cation de divers ustensiles du sanctuaire : le couvercle de l'Arche 
sainte était en or pur et orné de deux Chérubins faits du même 
métal, dont était aussi fait le candélabre à sept branches. L'Arche 
sainte, la table et l'autel de l'encens étaient en bois doré. Les 
chevalets du tabernacle étaient faits en partie d'argent et en 
partie de cuivre. Les étoffes les plus précieuses étaient employées 
pour les vêtements des prêtres et se composaient de diverses 
espèces de pourpre et de lin. Le vêtement particulier au grand 
prêtre, qui portait le nom de "jiph, contenait douze pierres pré- 
cieuses sur lesquelles étaient gravés les noms des tribus. Une de 
ces pierres est précisément le jaspe, dont nous avons parlé un 
peu plus haut. Le complément indispensable de tout cet amé- 
nagement luxueux, les parfums et les aromates n'y manquent pas 
non plus. Un tel déploiement de richesses extraordinaires aurait 
pu soulever bien des doutes sur l'antiquité de la tradition recueillie 
par l'auteur sacerdotal du Pentateuque, et l'on se sentirait amené, 
malgré soi, à y voir un trait de mœurs de l'époque perse et même 



RECHERCHES BIBLIQUES 65 

de l'époque grecque, dans lesquelles les rois asiatiques déployaient 
le luxe le plus effréné. Nos inscriptions nous apprennent que les 
habitudes du luxe et la profusion des richesses n'avaient pas at- 
tendu la domination des dynasties perse et grecque, et que le 
commerce international du xv° siècle avant l'ère chrétienne avait 
déjà mis à la portée des riches les matières les plus précieuses 
soit à l'état naturel, soit employées dans la fabrication indus- 
trielle et artistique. Cela prouve du moins que les sources aux- 
quelles l'auteur du code sacerdotal a puisé ses renseignements 
reposaient sur des témoignages dignes de foi et pouvant remonter 
à des souvenirs exacts. 



Appendice. 

La nouveauté du sujet traité m'engage à ajouter quelques ob- 
servations relatives aux données, malheureusement trop maigres, 
que les textes égyptiens contemporains ou à peu près de nos 
documents babyloniens nous fournissent au sujet de la géogra- 
phie de la Syro-Phénicie, que nous avons tenté d'effleurer dans 
cette étude. N'ayant pas de compétence particulière en égypto- 
logie, je me bornerai aux points absolument certains qui semblent 
ressortir des passages qui ne se prêtent pas à une diversité de 
traductions 1 . 

Si je ne me trompe, l'individualité géographique de la Philistée, 
qui apparaît si souvent dans les récits bibliques, était également 
connue des écrivains égyptiens. Comme correspondant exact de 
la notion géographique de nu>bs>, en assyrien Palashia, je crois 
pouvoir signaler l'appellation égyptienne de Kharu. A cet effet, le 
témoignage d'un passage du papyrus Anastasi me paraît con- 
cluant, car il dit formellement que le territoire de Kharu com- 
mence à T'or et va jusqu'à Aup {set en Kharu shaâ em T'or 
er Aup)-. La ville de T'or ayant été notoirement située sur la 
frontière nord-est de l'Egypte, il est. évident que la ville de Aup 
marque la limite opposée, c'est-à-dire septentrionale du pays de 
Kharu. Quant au nom de Aup, il me paraît impossible de le sé- 
parer de celui qui a dans nos textes la forme Yapu, et qui appar- 
tient, comme je l'ai dit précédemment, à la ville de is\ La forme 
égyptienne, prononcée peut-être Yaup, a visiblement donné nais* 

1 I.a plupart des passages égyptiens cités dans cet Appendice sont réunis et dis* 
cutés dans le remarquable ouvrage du P. Cesare A. de Cara, intitulé : Gli Hyksôs c/ 
Pastori di Egitto, Jiicerche di Archtologia Egizio-Biblica (Roma, 1889J. 

* De Cara, Gli Hyhôs, p. 181. 

T. XXI, n°41. 5 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sance à la iôw (io^ca) des Grecs. Eu un mot, le Kharu des Égyp- 
tiens désigne la Philistée, y compris le territoire désert qui s'étend 
depuis le Wadi-el-Arish jusqu'à la frontière d'Egypte, et qui est 
considéré comme appartenant à l'Egypte par les écrivains hé- 
breux, pour lesquels le Wadi-el-Arish est û^Stta brw « le torrent 
de l'Egypte ». 

La Philistée, surtout la partie du nord, paraît aussi avoir porté 
le nom de Tennu ou Denna. Il y avait un Tennu supérieur et un 
Tennu inférieur. Il n'était pas très éloigné du pays d'Alwna que 
Chabas a identifié avec l'Idumée, et où l'on pouvait se rendre de 
l'Egypte aussi bien par voie de terre que par voie de mer, ce qui 
caractérise ce territoire comme situé sur le bord de la mer Mé- 
diterranée, et non pas sur le golfe d'Akaba, comme le croient 
quelques égyptologues, car les communications entre le golfe de 
Suez et celui d'Akaba ont toujours été pénibles à cause des 
vents violents qui soufflent presque l'année entière au sud de la 
péninsule sinaïtique. Un roi de Tennu accueillit un noble Égyp- 
tien fugitif du nom. de Sanéha et lui donna sa fille en mariage 
ainsi que la possession d'une contrée très fertile appelée Aïa, 
dont il est fait la description suivante : « Il y a une terre excel- 
lente, Aïa est son nom; il y a en elle des figues et des raisins ; 
le vin y est en plus grande quantité que l'eau; le miel y abonde ; 
il y a quantité d'olives et de tous les produits des arbres, ainsi 
que du grain et de la farine en abondance et toutes sortes de bes- 
tiaux. » Chabas me paraît avoir trouvé la vérité en plaçant le 
territoire d'Aïa dans le triangle formé par les villes d'Hébron, 
d'Ascalon et de Jaffa 1 . Je pense, toutefois, qu'il faut retirer de 
ces limites le territoire situé au-delà des montagnes de la 
Judée, et, ainsi que le montre le nom Aïa, visiblement identique 
à l'hébreu ifl « île », c'était principalement un district situé sur 
le bord de la mer. Quant au nom de Tennu, il n'y a aucune 
raison pour chercher son origine en dehors de la langue égyp- 
tienne, qui possède un nom commun homophone avec la signi- 
fication de « port de mer ». Je suis même porté à croire que le 
nom de Rotennu que les Égyptiens appliquaient à la Syrie en gé- 
néral est également de formation égyptienne, et peut avoir signifié 
littéralement « porte (= « étendue, large espace ») des ports de 
mer », faisant allusion aux nombreux ports et refuges qui s'éche- 
lonnent sur la côte phénicienne. Cette signification pour Rotennu 
semble, en tout cas, préférable à celle qu'on a proposée jusqu'ici. Je 
ne parle que pour mémoire de la tentative d'identifier les Rotennu 

1 De Gara, Gli Hyksôs, p. 202* 



RECHERCHES BIBLIQUES 67 

avec les pib du mont Séir (Gen., xxxvi, 20), mais de l'étymologie 
qui avait été séparément proposée par M. Brugsch et moi, 
d'après laquelle Rotennu serait la prononciation égyptienne de 
l'assyrien Iltami (pour Ishlanu) « nord ». Une telle interprétation 
conviendrait très bien pour le sens, mais l'emploi de l'élément 
Tennu comme un terme géographique de la même région, nous 
oblige à reconnaître dans Rotennu une composition égyptienne. 
Quant à l'identité du Rotennu et de la Syrie, elle ressort, sans la 
moindre contestation possible, du texte trilingue de Canope, dans 
lequel le grec supîa, rendu dans la version démotique par Asher, 
est exprimé dans la version hiéroglyphique par Rotennu. La 
forme démotique, disons-le en passant, confirme l'idée, admise 
d'ailleurs dans la science, que le nom de Syrie constitue une 
abréviation de Assyrie, rappelant la domination des Assyriens 
dans ce pays. L'usage, relativement moderne, de la forme Asher 
dans les textes égyptiens, pour désigner la Syrie, nous défend de 
penser à la population nommée -nm ou û^ibn, mentionnée dans 
la Genèse comme une peuplade arabe (Gen., xxv, 3). 

Un autre point sur lequel je voudrais attirer l'attention des 
égyptologues en particulier concerne le rôle que me semble avoir 
joué la Palestine méridionale, dite communément JSegeb (355, en 
égyptien Neqebu), pendant la domination des Hyksos. J'ai été con- 
duit à réfléchir sur la possibilité de ces rapports par le passage 
des Nomb., xm, 22, annonçant que la ville palestinienne d'Hé- 
bron a été construite sept ans avant la ville égyptienne de Go'an 
(l?2t). Gomme la ville de Ço'an ou, comme on l'appelle communé- 
ment, Tanis, a été la capitale de la dynastie des Hyksos, et proba- 
blement même une des premières fondations de cette dynastie, il 
y a de grandes chances pour que l'auteur assigne à la cons- 
truction d'Hébron non seulement la même époque, mais aussi 
la même origine. Une nouvelle considération est bientôt venue à 
l'appui de mon sentiment. Le sud de la Judée, dont le territoire 
manque entièrement de ressources, renferme pourtant les villes 
nommées, l'une rnnsnteïi rva, « la maison des chars de guerre », 
l'autre ïid^o isn, « enclos de chevaux » (Jos., xix, 5). La men- 
tion de ces villes comme ayant fait partie du lot échu à la tribu 
de Juda et à celle de Siméon durant le partage de la Palestine 
effectué par Josué, le successeur de Moïse, empêche entière- 
ment de penser à des dépôts de chars et de chevaux qui au- 
raient été faits du temps des rois des Hébreux. Il n'est pas 
aisé non plus d'attribuer l'établissement de ces moyens prin- 
cipaux de la guerre aux rois chananéens. Ceux-ci n'étaient ni 
assez riches, ni assez puissants, pour créer des dépôts de cette 



G8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sorte. Du reste, les rois chanandens auraient gardé leurs che- 
vaux et leurs chars avec eux et ne les auraient pas laissés dans 
une contrée aussi aride et aussi éloignée de leur établissement 
principal. Suivant toutes les vraisemblances, ces dépôts considé- 
rables devaient appartenir à une grande puissance qui avait un in- 
térêt particulier à entretenir dans cette contrée un appareil guer- 
rier assez considérable pour enlever à ses voisins tout désir 
de s'en emparer. Ici, le choix n'étant pas possible, il faut néces- 
sairement admettre que ces dépôts belliqueux étaient fondés par 
des rois égyptiens particulièrement intéressés à éloigner de 
l'Egypte l'invasion de peuples étrangers, en faisant bonne garde 
dans la Palestine méridionale, qui était la route inévitable de 
toute armée se proposant d'envahir l'Egypte. Or, si on réfléchit 
bien, on trouve que c'était précisément la dynastie étrangère 
et usurpatrice des Hyksos qui avait le plus à redouter l'entrée 
en Egypte d'armées étrangères comme alliées des aborigènes du 
pays. Et, en effet, Manéthon nous apprend formellement que les 
rois hyksos ont fortifié la ville d'Avaris, qui est à l'entrée de 
l'Egypte, et y ont mis une très forte garnison, de peur d'être at- 
taqués à l'improviste par les Assyriens. Il est donc naturel de 
penser qu'en même temps qu'ils remettaient en état de défense les 
forteresses frontières de l'Egypte, ces rois cherchèrent à établir, 
non loin de la route par laquelle l'ennemi devait passer, des 
moyens d'attaque assez puissants pour l'arrêter en chemin. En 
continuant mes recherches, j'ai eu la satisfaction de trouver une 
mention formelle de l'opération de l'armée égyptienne dans le sud 
de la Judée, et précisément dans le but de repousser les enva- 
hisseurs de l'Egypte. Conformément aux données explicites des 
textes égyptiens, le roi Aahmes I er , après avoir chassé les Hyksos 
de la dernière forteresse d'Egypte, se vit encore obligé de leur 
livrer bataille près de la citadelle de Sharuhana dans la Pales- 
tine méridionale, et ce n'est que lorsqu'ils furent délogés de leurs 
derniers retranchements qu'ils se décidèrent à quitter définiti- 
vement le voisinage de l'Egypte pour retourner en Syrie. Les 
égyptologues ont -depuis longtemps identifié le Sharuhana de ce 
récit avec la ville de innT«p mentionnée dans Josué, xix, 5, parmi 
les villes de la tribu de Siméon f . Mais le fait important pour nous, 
c'est que cette ville qui a servi de dernier refuge aux Hyksos se 

1 Le verset parallèle (Josué, xv, 30] donne ÙTîb'6 au lieu de *jrn"Y£3 ; l'identité 
de ces variantes me paraissant certaine, je suis amené à voir dans celte dernière la 
prononciation égyptienne du vocable phénicien ûnb^D, ou plutôt "|nb\I3, conformément 
à l'orthographe moabite. Ce l'ait remarquable atteste d'une façon éclatante la haute 
antiquité des listes géographiques du livre de Josué. 



RECHERCHES BIBLIQUES 69 

trouve précisément dans le voisinage des deux villes mentionnées 
plus haut, savoir niasittï-rma et ^dio-i^n dont nous avons rendu 
vraisemblable l'origine hyksos. Sur la base de ces faits, établie 
exclusivement par le témoignage des textes originaux, il sera 
même possible d'aller plus loin et de rechercher l'époque exacte 
à laquelle les rois hyksos se sont efforcés d'assurer leur conquête 
par l'établissement d'une zone militaire dans le sud de la Judée. 
Je ne suis pas loin de penser que cette occupation eut lieu 
pendant le règne des premiers descendants du fondateur de la 
dynastie. J'ai déjà dit plus haut que la donnée de l'auteur des 
Nombres, xm, 22, semble indiquer qu'avant même d'envahir 
l'Egypte, les Hyksos ont stationné dans la Judée du sud où ils 
ont fondé la ville d'Hébron, et que la fondation de leur capitale 
égyptienne, Çoan, n'a été effectuée que sept ans plus tard. Si le 
rapport de Manéthon mérite confiance au sujet des noms des rois 
hyksos et de la durée de leur règne, on pourrait admettre que le 
constructeur d'Hébron était le même que le premier roi hyksos 
qu'il nomme Salatis (var. Saïtis) et auquel il donne dix-neuf ans de 
règne. Son successeur était Bnon, qui régna quarante-quatre ans 
et eut pour successeur Pachnah (Apachnas), ayant régné soixante 
et un ans. Les noms de ces rois (je n'ai pas à m'occuper en ce 
moment des autres) n'ont pas encore été constatés en dehors de 
ce passage de Manéthon. Il parait cependant que la chose serait 
possible pour le troisième nom. Tous les égyptologues ont com- 
menté le récit de Seti I er qui raconte avoir mis en fuite les Shasu 
depuis Tor jusqu'à Tema en Palianana l . Le sens de Tema ne 
laisse place à aucun doute, c'est « lieu fortifié », « ville », « cita- 
delle ». Le sens de Palianana est, au contraire, assez controversé. 
Les uns voient dans ce vocable la désignation de la Palestine et 
traduisent « forteresse du Ghanaan », les autres y voient un ad- 
jectif formé par l'adjonction de l'article pa et traduisent « la ville 
chananéenne ». Il s'agit en tout cas d'une place forte, aux murs 
crénelés et située sur un rocher, vers laquelle, ainsi que le montre 
le dessin égyptien 2 , le peuple effrayé fuyait pour se mettre à l'abri. 
Mais, à mon avis, le vocable Palianana constitue le nom propre 
de la citadelle, et je propose de traduire Tema n Palianana par 
« la citadelle de Palianana ». Il me paraît de plus que ce Palia- 
nana, qui se superpose complètement au nom royal hyksos de 
n«x,vâv, doit son origine à ce même souverain, ce qui revient à dire 
que le troisième roi de la dynastie hyksos a été le fondateur de la 
citadelle de la Palestine méridionale qui porte son nom. Chose 

1 De Cara, Gli Eyksâs, p. 183. 

2 De Gara, Le., p. 186. 



70 REVUE DES KTIIDES JUIVES 

vraiment remarquable, le site de cette ancienne forteresse hyksos, 
qui n'est pas nommée dans la Bible, est marqué aujourd'hui par 
une ruine située au sud d'IIébron et qui porte le nom de Khirbel- 
Kciia'an « ruine de Chanaan ». Cette circonstance achève de dé- 
montrer la connexion de Pakanana-Palihnan avec le nom de 
Ï2>a3 et prouve, de plus, que ce nom royal hyksos signifie au propre 
« celui de Chanaan ». 

Nous pouvons maintenant nous faire une idée assez claire des 
mesures prises par les rois des Hyksos dans le but de sauvegarder 
leur conquête d'Egypte contre les compétitions des puissances 
asiatiques. La construction de nombreuses forteresses sur la fron- 
tière orientale de l'Egypte, d'une part, l'occupation militaire et 
l'établissement de postes fortifiés pourvus d'une cavalerie nom- 
breuse dans le sud de la Palestine, de l'autre, convergeaient au 
môme but, la conservation de leur suprématie sur l'Egypte. Leur 
procédé n'avait qu'un seul point faible : ils n'avaient rien prévu 
pour parer aux attaques des indigènes eux-mêmes ou d'un ennemi 
venant du sud. Mais de ce côté-là la dynastie des Hyksos croyait 
n'avoir rien à redouter. Déjà au début de leur gouvernement sé- 
culaire, les Hyksos s'empressaient de s'assimiler si parfaitement 
aux Égyptiens que ceux-ci ne leur semblaient plus avoir aucune 
raison de leur garder rancune trop longtemps. Quant aux des- 
cendants de l'ancienne dynastie légitime du pays, ils étaient si 
dispersés et discrédités qu'ils ne pouvaient plus, dans leur pensée, 
leur porter le moindre préjudice. Là était leur erreur. Il suffit 
qu'un infime roitelet du sud déployât quelque énergie, sous l'ins- 
piration du clergé, en faveur des droits de l'ancienne dynastie, 
pour que toute l'Egypte se soulevât comme un seul homme contre 
la domination des étrangers. Du reste, la fusion des Hyksos et des 
Égyptiens paraît avoir été entravée par la grande variété des élé- 
ments qui composaient leur armée de mercenaires recrutés visi- 
blement parmi toutes les tribus asiatiques sans distinction, élé- 
ments qui tendaient plutôt à conserver leur propre individualité. 

On peut même soupçonner qu'au moment de leur conquête, 
les Hyksos, loin de former un peuple homogène, se composaient 
de plusieurs éléments ethniques très divers. La proximité de la 
Syrie rend déjà probable d'avance que plusieurs bandes de Sy- 
riens, de Phéniciens et de nomades de l'Arabie-Pétrée concou- 
rurent à la conquête de l'Egypte. Mais ce ne sont ni les seuls 
éléments, ni les plus remarquables. Le noyau des envahisseurs 
paraît s'être formé dans les régions relativement lointaines de la 
Babylonie et avoir accueilli dans ses rangs des hordes de marau- 
deurs des races demi-barbares du Kurdistan. Je déduis cette 



RECHERCHES BIBLIQUES 71 

origine mixte des Hyksos d'un certain nombre d'indices qui 
n'ont pas encore été suffisamment relevés jusqu'à ce jour. Je 
citerai au premier rang le nom môme des Hyksos, que Manéthon 
affirme expressément signifier « rois-pasteurs ». La justesse de 
cette interprétation est aujourd'hui mise hors de doute, mais on 
ignore le motif de cette appellation. On y trouve généralement 
une allusion à l'état nomade dans lequel vivaient les envahis- 
seurs avant d'avoir occupé l'Egypte ; mais cela ne manque pas 
de difficultés. D'abord, il est certain que les Égyptiens ne pou- 
vaient pas connaître le genre de vie mené par la plupart des 
tribus qui ont formé l'armée des Hyksos. Puis, l'assimilation ra- 
pide de la majorité des conquérants avec le peuple vaincu et l'a- 
doption par eux de la religion, des traditions et des arts égyptiens 
semblent convenir fort peu à des hordes nomades, vivant dans 
l'anarchie et ignorant l'organisation de la vie sédentaire. Enfin, et 
c'est suivant moi un argument souverain, si les Égyptiens vou- 
laient caractériser les envahisseurs comme un peuple de vaga- 
bonds et de misérables pasteurs, ils se seraient servis du terme 
« pasteurs » tout seul. L'adjonction du mot « rois » n'a aucun 
sens imaginable dans l'hypothèse que je discute. Il me paraît 
donc forcé de prendre l'expression « rois-pasteurs » comme une 
épithète faisant partie du protocole des conquérants eux-mêmes 
et conservée par les Égyptiens. Mais dès le moment que l'esprit 
est dirigé dans cette voie, le problème se résout d'une façon 
très naturelle et Ton est amené, à penser que la désignation 
« rois-pasteurs » n'est qu'une simple traduction du titre habituel 
des rois babyloniens, sharru rehi « roi pasteur ». On sait que 
le verbe sémitique W signifie à la fois « paître » et « gou- 
verner ». C'est un titre royal qui est resté en Orient en plein usage 
encore de nos jours dans les pays musulmans, où les sujets du 
roi sont nommés reaïa, « troupeaux menés au pâturage ». Cette 
circonstance remarquable paraît indiquer la Babylonie comme le 
berceau du premier fondateur de la dynastie hyksos en Egypte, 
car c'est chez les Babyloniens que ce titre a été usité dès la 
plus haute antiquité. La facilité avec laquelle les conquérants ont 
admis la civilisation et les usages égyptiens s'explique ainsi d'elle- 
même, et il ne s'agit plus de hordes nomades et plongées dans 
la barbarie, mais d'hommes sédentaires, connaissant les avan- 
tages de l'organisation sociale, et imbus d'idées favorables à la 
culture des arts. 

La conjecture que je viens d'émettre me semble, de plus, corro- 
borée par les autres désignations que les Égyptiens appliquaient 
aux envahisseurs hyksos. Les inscriptions de la dix-huitième dy- 



72 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

nastie donnent aux Ilyksos les noms de Menti, de Sati et de Amu. 
Ce dernier nom constitue notoirement la désignation habituelle des 
populations de la Syrie et ne présente pas de difficultés. Les deux 
autres noms, difficiles à expliquer dans l'ancienne hypothèse qui 
voyait dans les Ilyksos des tribus purement syriennes, deviennent 
très clairs aussitôt qu'on se place sur le terrain nouveau que je 
viens d'indiquer. Les Sati (la première voyelle n'est pas exprimée) 
peuvent n'être autre chose que les troupes mercenaires des Suti 
qui servaient depuis l'antiquité la plus reculée dans les armées 
des rois babyloniens et assyriens. Les Suti habitaient sur la rive 
orientale du Tigre, entre la Babylonie et l'Élam ou la Susiane, et 
ils étaient célèbres par leur habileté à manier l'arc. La mention de 
la milice des Suti figure aussi dans la lettre du roi assyrien Ashur- 
rish-ili à Aménophis III. L'autre nom, Menti, me paraît repré- 
senter le nomassyro-babylonien (çab) Manda, qui s'appliquait aux 
peuples guerriers, mais presque barbares du Zagros, c'est-à-dire 
du Kurdistan actuel. Dans la liste d'Edfoi', publiée par M. Dùmi- 
chen, les Menti sont dits habiter le pays de Asher 1 , c'est-à-dire 
la Mésopotamie inférieure, comprenant l'Assyrie et la Babylonie. 
Cette donnée est très exacte, car les premières dynasties de l'As- 
syrie et de la Babylonie avaient soumis une grande partie de ces 
populations montagnardes. Grâce à ces indices, il ne sera pas trop 
hasardé de supposer, sous toutes réserves, bien entendu, que le 
berceau des rois hyksos, tout aussi bien que celui des Abraha- 
mides et des compagnons de Godorlogamor, était la Babylonie et 
que leurs troupes, composées en grande partie des tribus guer- 
rières de la chaîne du Zagros, s'étaient considérablement aug- 
mentées, chemin faisant, par diverses bandes volontaires, origi- 
naires de la Syrie. Après la désorganisation de la puissance 
hyksos, les Asiatiques non assimilés furent refoulés vers la Syrie 
où ils s'établirent sous l'hégémonie égyptienne, et sans être beau- 
coup molestés, d'ailleurs. S'il est permis déjuger d'après certains 
indices, les Philistins seraient en grande partie les descendants 
des Hyksos expulsés d'Egypte ; c'est du moins l'opinion des au- 
teurs bibliques. Les autres régions de la Syrie semblent aussi 
avoir servi de refuge aux fuyards, mais rien n'indique, à ma 
connaissance, que certaines nationalités syriennes et tout spécia- 
lement la nationalité héthéenne aient eu pour origine l'établis- 
sement des Hyksos vaincus dans la Syrie septentrionale. 

J. Halévy. . 

1 De Cara, Gli Hyhsôs, p. 262. 



REMARQUE SUR UN POINT CONTESTÉ 

TOUCHANT LA PERSÉCUTION DE NEDJIUN 



Dans une note qui vient d'être publiée 1 , M. l'abbé L. Duchesne 
discute un point d'interprétation admis par moi dans mon mémoire 
sur la persécution des chrétiens de Nedjràn. La divergence d'opi- 
nion est ainsi définie par M. Duchesne : « Le point sur lequel j'ai 
le regret de ne pas m'entendre avec M. Halévy, c'est la religion 
des persécuteurs. Avant lui on était d'accord qu'ils étaient juifs ; 
selon lui ce seraient des chrétiens, comme leurs victimes, des chré- 
tiens hérétiques, il est vrai, des ariens, mais enfin des chrétiens. 
Je crois qu'il y a lieu de s'en tenir à l'opinion commune. » 

Plus loin, après avoir mentionné les quatre textes dont on peut 
invoquer le témoignage sur cette question, M. l'abbé Duchesne 
s'exprime ainsi qu'il suit : « On peut s'étonner qu'avec des témoi- 
gnages si clairs et si concordants, M. Halévy soit arrivé à conclure 
que les massacres du Yémen soient imputables à des chrétiens. 
C'est qu'il a fait ici de l'exégèse théologique, » 

J'ai cité intégralement les paroles de mon éminent contradicteur, 
mais je crois qu'il y a entre nous un simple malentendu. Je n'ai dit 
nulle part que les auteurs des récits relatifs aux persécutions des 
chrétiens d'Himyar les eussent attribuées aux ariens sous la dé- 
nomination de « Juifs ». En parlant du récit relatif à Aïdog ou 
Adoul, j'ai écrit ceci : « Il est également sûr que pour l'auteur, 
les Himyarites étaient affiliés au judaïsme, en grande partie du 
moins, puisqu'il ne prend même pas la peine de dire que Dimion 
était juif. Il croyait donc à la domination du judaïsme aussi bien 
à Aksum que dans le royaume d'Himyar. » Le sens de « juif » sous 
la plume de l'écrivain monophysite est donc hors de question, et 
là dessus l'accord entre M. l'abbé Duchesne et moi est parfait. Le 
même accord semble aussi régner, au fond, entre nous au sujet du 
judaïsme deDimion-Dhou-Nouwâs et au sujet des persécutions de 

1 Revue, t. XX, p. 220. 



74 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Nedjrân que j'ai représentées comme le résultat d'exagérations de 
querelles survenues entre la communauté juive et la commu- 
nauté syro-monophysite de cette ville.. Au point de vue histo- 
rique, il est vrai, j'ai supposé que la première de ces données, 
absolument fausse s'il s'agit de vrais juifs, pourrait avoir un fond 
exact et réfléchir les rivalités entre les nouveaux venus mono- 
physites et l'ancienne église de ces pays, l'église arienne. Et pour 
ne pas établir trop de distinction , j'ai ajouté que l'affaire de 
Nedjrân pourrait, en fin de compte, avoir elle aussi la même ori- 
gine. En ce faisant, j'avoue avoir cédé à la répugnance naturelle 
que j'ai ressentie devant la nécessité de charger ces auteurs 
de mensonges prémédités et de visées sanguinaires. Poussé par 
le désir instinctif d'atténuer l'accumulation de tant de diffama- 
tions inhumaines, j'ai même cherché à expliquer et presque à 
excuser l'auteur de l'épître dite de Siméon de Bêt-Arsham, dont 
l'intention de provoquer une persécution contre les Juifs n'est 
pas douteuse. Si mon explication de l'origine de ces récits par 
des querelles soit entre juifs et monophysites, soit entre ariens 
et monophysites, n'est pas admise, nous devrons y voir simple- 
ment des fables inventées de parti pris contre les Juifs. Tant pis 
pour les auteurs syriens. Le résultat principal de mon travail, 
établissant le caractère apocryphe de l'épître de Siméon, n'en 
souffrira point. A ce sujet je suis heureux d'avoir l'assentiment 
de M. Duchesne. 

Mais si l'hypothèse de l'ingérence des ariens dans les affaires de 
l'Abyssinie et de l'Himyar au début du vi° siècle n'est pas néces- 
saire à ma démonstration, est-elle du moins possible ? J'ai pensé 
que oui et j'ai rappelé une légende jacobite relative au massacre 
d'un archevêque arien en Abyssinie au temps de Justinien. 
M. l'abbé Duchesne cherche à l'écarter à l'aide de l'observation 
suivante : « M. Halévy allègue, il est vrai, la curieuse légende d'un 
archevêque arien tué et brûlé en Abyssinie sur l'ordre de l'impéra- 
trice Théodora, épouse de Justinien. Cette histoire, même légen- 
daire, aurait ici beaucoup d'importance, si elle avait le moindre 
titre à figurer au débat. Elle témoignerait d'une manière plus ou 
moins confuse, en faveur de la persistance d'une église arienne 
dans l'Abyssinie du vi e siècle. Malheureusement, il suffit de jeter 
un coup d'œil sur le texte auquel renvoie M. Halévy pour constater 
qu'il n'y est nullement question de l'Abyssinie, mais de la Basse- 
Nubie et que le prétendu archevêque arien est en réalité le chef 
de la mission catholique envoyé par l'empereur Justinien en 548. 
Pour diffamer un adversaire, l'écrivain monophysite à qui nous 
devons cette légende lui attribue une profession de foi arienne. Ni 



REMARQUE TOUCHANT LA PERSÉCUTION DE NEDJRAN 75 

le fait ni le document n'ont donc rien à voir avec le temps, le pays, 
l'événement que nous considérons. » 

En face de cette contestation catégorique, il ne me reste qu'à 
placer sous les yeux des lecteurs la version latine faite par Asse- 
mani du texte arabe original, qu'il est inutile de donner ici : 

At Theodora Impératrice, Justiniani aœor, génère JE gy plia, 
quum accepisset Archiepiscopnm JEthiopiœ è vivis decessisse, 
et alterum in ejus locum à Melchitis ordinalum, misso ad 
Copias nuncio, eosdem hac de re certiores reddidit. Illi ver à 
rem lotam Mar Jacobo Baradaeo significant , subdwitque , 
Regem Suachinorum sElhiopiœ claves tenere. Hac perrô Ro- 
mœus Me Melchita Arehiepiscopus cum donis ac mille equi- 
tibus pervenerat , et Suachinorum Régi literas et munera , 
quœ secum de fer ébat, ostentare cœperat. Quare hospitem Rex 
bénigne complexus, per iyitegrum mensem apud se hominem 
delinuit , magno ipsum afficiens honore, et lautissimo exci- 
piens convivio. 

Quumque eum tandem dimittere cogilaret, Theodorœ Impe- 
ratricis epistolam accepit cum diplomate sigillo ipsius Impera- 
loris fxrmato in hœc verba. Duos apud Te habebis Archiepisco- 
pos : alterum divitem, et paaperem alterum : Et divitem quidem 
morare paulisper ne iter accelerare permittas; Pauperem verô 
slatim dimitte neve eum quoquoynodo retardes. Hune igilur Rex 
confessim dimisit, qui JEthiopiam, quamprimùm ingressus est. 
Ille vero quum paulo post ad JEthiopias pervenisset, lectis ejus- 
dem libris in quibus Arianœ hœreseos morbo laborare de pre- 
hendebatur, crematus es.t. Atque ita in Mar Jacobi fide perman- 
sit sEthiopia usque in presentem diem. 

C'est assez clair, je crois. A la nouvelle de la mort de l'arche- 
vêque d'Abyssinie, les églises monophysites et melchites expédient 
chacune un archevêque pour diriger l'église d'Abyssinie. L'arche- 
vêque monophysite est pauvre, l'archevêque melchite, arien dé- 
guisé, est riche. Les deux arrivent à la cour du roi de Suaquin, 
ville maritime qui est la clef de l'Abyssinie 1 . Pendant qu'ils y 
séjournent arrive une lettre de Theodora enjoignant au roi de 
laisser partir immédiatement l'archevêque monophysite, afin qu'il 
puisse s'installer en A.byssinie avant l'autre. Celui-ci, retenu à 
Suaquin et, par conséquent, arrivé plus tard en Abyssinie, y est 
tué et brûlé comme coupable d'arianisme. 

Cela se passe de commentaire : il s'agit bien de l'Abyssinie et 

1 Ou Suakîit (= *p!DÎOD), port connu de la mer Rouge au nord de l'Abyssinie, 
aujourd'hui occupé par les Anglais. 



7o REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

non de la Basse-Nubie, puisque le séjour îles archevêques à Sua- 
quin, n'était que de passage. Suivant cette légende, on brûlait en- 
core des ariens dans l'Abyssinie au temps de Justinien, temps qui 
constitue précisément la date des écrits monophysites et anti-juifs 
que nous discutons. Légende, le récit jacobite peut donc servir 
à éclaircir les légendes analogues et se rapportant à la même 
époque. Au fond, naturellement, ainsi que le dit M. Duchesne, le 
prétendu archevêque arien a été le chef de la mission catholique 
envoyée par Justinien, mais s'il est constant que, pour diffamer 
un adversaire, l'écrivain monophysite était capable de travestir 
un catholique en arien, combien, à plus forte raison, les rappor- 
teurs des écrivains monophysites, ou, si Ton veut, les écrivains 
monophysites eux-mêmes, ont- ils pu travestir des persécuteurs 
ariens en persécuteurs juifs ! Et jusqu'à ce qu'on ait démontré 
que l'église arienne qui était dominante des deux côtés du Bâb- 
el-Mandeb, au quatrième siècle, avait disparu d'elle-même à la fin 
du cinquième, on sera autorisé a supposer dans les événements 
qui ont ensanglanté l'Himyar, au commencement du sixième 
siècle, l'effet des rivalités religieuses entre l'église nationale 
arienne et l'église envahissante des monophysites. En Occident, 
l'arianisme n'a disparu que devant l'action des forces majeures et 
après une défense acharnée; en serait-il autrement dans les pays 
limitrophes de la mer Rouge? 

Quant à la part prise par les Juifs dans le drame himyarite, elle 
est en tout cas de minime importance et ce n'est qu'à leur insu 
qu'on leur a fait jouer un rôle de premier ordre. Quand on fait 
abstraction des écrits de Jean d'Asie (=d'Éphèse) et de Malala, qui 
dépendent de l'épître apocryphe attribuée à Siméon de Bêt-Arsham, 
il ne reste que le témoignage de l'historien Procope, contemporain 
des événements. Or Procope, non seulement ignore la domination 
de la religion j uive en Himyar, mais même la persécution religieuse 
contre les chrétiens. Ceux-ci étaient seulement chargés outre me- 
sure d'impôt (èiupo^-fl jxétpov oùx 'e^ourri ic, «roùç èxeivfl Xpiaxtavoùç ^prisOou) . 

A ce témoignage négatif irrécusable se joint celui d'un autre con- 
temporain qui était en Abyssinie pendant que le roi se préparait à 
envahir l'Himyar, Cosmas Indicopleustes, qui ignore également et 
le judaïsme du roi himyarite et la persécution religieuse contre les 
chrétiens. Restent les soi-disant massacres de Nedjrân reposant 
sur le faible témoignage de Jacques de Saroug et de Jean Psaltès, 
deux théologiens et rhéteurs fanatiques, pour lesquels toute occa- 
sion était bonne pour diffamer les Juifs au profit du monophysi- 
tisme. La valeur d'une telle accusation est bien mince et je n'ai 
rien à ajouter à ce que j'en ai dit dans mon mémoire. 



REMARQUE TOUCHANT LA PERSÉCUTION DE NEDJRAN 77 

Enfin, pour ce qui est des inscriptions himyarites qui appartien- 
draient à des princes juifs d'Himyar, je renvoie le lecteur à mon 
compte rendu des Slnzzen de M. Glaser, publié dans cette Revue 
(t. XIX, p. 312). Quand je verrai, je croirai. 

J. Halévy. 



APPENDICE 

Puisque la discussion des légendes relatives aux anciennes 
luttes entre juifs et chrétiens reprend faveur, je crois utile d'at- 
tirer l'attention sur une note extrêmement intéressante de M. le 
professeur Ignazio Guidi concernant un point d'histoire abyssi- 
nienne où une reine juive se serait emparée du trône et aurait 
persécuté les chrétiens, vers la fin du ix e siècle. D'après les listes 
royales et les chroniques, cette reine aurait fondé la dynastie dite 
des Zâguê, qui, après avoir longtemps flotté entre le judaïsme et 
le christianisme, n'aurait pris fin qu'à l'avènement de Iekuno- 
Amlak, 354 "ans plus tard. 

L'histoire des patriarches d'Alexandrie mentionne cette femme 
sous le patriarchat de Philothée (978-1003). Le roi d'Abyssinie 
écrivit alors à Georges, roi de Nubie, le priant de s'interposer 
auprès du Patriarche pour lui faire obtenir un Abonna (évêque). Il 
lui raconta le triste état de l'Abyssinie, en disant que !Ï&n»N ison 
pan ïrh$ {Usez mari) man [ou rmnbN) rmft'nba 13a *by ftdbi2 
panrên {sic) nTû "pu rpnnN = i {sic) Tria pbrï N'rro naai i-;nTD 

Ce qui signifie littéralement : 

« Ï8"1ÎT(?) femme, reine sur les Benoû-el-Hamouya (ou el-Haouya), 
se leva contre lui et contre son pays, en amena beaucoup de captifs, 
brûla beaucoup de villes, ruina le commerce et le chassa lui-même 
d'un endroit à l'autre ». 

Le Patriarche accueillit sa demande et lui envoya l'Aboûna 
Daniel; après quoi, dit l'Histoire précitée (fol. 181) : n»K tibbK baïN 
bmb* nn»p ^nb» ttHrnaabK « Dieu fit disparaître le gouvernement 
de la femme qui s'était levée contre eux ». 

Cela est substantiellement répété dans le Senkesâr (auva^pcov) 
éthiopien, dans la commémoration du patriarche Philothée. En 
voici le Salâm, d'après la copie publiée par M. Guidi : 



78 REVUE DES ETUDES JUIVES 

•mn DinbD *rb dbo 

T : T - T T • _ ' _ T - 

^TOoerç nDE3 p_b 

■^bnj dïib*b DipT njça 
■^bari natbi p nj nbaat d« 

t : : : »... - - ; ; 

a Salut à toi, Philothée, apôtre, 
Patriarche d'Alexandrie. 

Grâce à toi, les peuples d'Ethiopie trouvèrent le repos, 
Après avoir ordonné sur eux un imposteur, 
Lorsqu'ils furent un ohjet de mépris pour le voisin et un 
objet de dépouilles pour l'ennemi, a 

Le judaïsme de la reine persécutrice est formellement affirmé 
par les listes royales éthiopiennes et généralement admis par les 
écrivains modernes. Les Abyssiniens lui donnent le nom de 
Gaedît, ou Judith, et le sobriquet de noN Esât « feu ». Parmi les 
historiens européens, Renaudot résume ainsi qu'il suit le passage 
arabe précédemment cité : Mulier regnum obtinens super filios 
Amoviae vel Amouta (= siman pour ïtijdït, en déplaçant les 
points diacritiques, la lettre arabe i se lit n) « Aethopiam invasit 
etc. » Lequien {Or. C7w\,II, 649) dit hardiment « ...Mulierem 
quippe Hamowiam vel Amotam, etc. » M. le professeur Ign. 
Guidi propose, au contraire, pour le passage en question des cor- 
rections autrement radicales. Voici ses propres paroles : « Le 
parole ï-piEîibN ^a evidentemente sono corrotte, ed il 133 scritto 
nel carattere egiziano minuto di codici non antichi, nel quale il T 
suole tracciarsi quasi unito alla lettera seguente, è errore in 
luogo di i^ ; questa correzione che a me par certa, ne aiuta a 
correggere l'iTnfcïiba o rmiiba in Érnwbtf, leggendo il luogo cosi : 
sfrmï-pba yn *ky robfc. Nessuno pertanto è nominato, ma solo si 
dice che una regina, di religione giudaica, si era levata contro il 
Re di Abissinia. Questa donna che domino in Abissinia verso il 
960 è spesso chiamata Gaedît o Judith, Giuditta, ma è lecito 
dubitare che ciô sia nato dal non avère bene inteso le parole 
ftvjiïrbN -pn, traendo il nome proprio di lei, da ciô che non de- 
signava se non la sua religione. Ab ogni modo se è dubbio il 
nome di Giuditta mi pare che non dovrebbe più parlarsi dei dis- 
cendenti di une pretesa Hamovia o Amouta capitanati dalla re- 
gina Giuditta. » 

Je suis absolument d'accord avec M. le professeur Guidi sur 
l'inexactitude de la forme trniattbN ou nm»nbN, mais comme la 
correction qu'il propose, en admettant d'emblée le judaïsme de la 



REMARQUE TOUCHANT LA PERSÉCUTION DE NEDJRAN 79 

reine, laisse de côté le nom de Zâguê que les Abyssiniens attri- 
buent à cette dynastie, je pense que le mot de l'énigme doit être 
cherché dans une voie différente. A mon avis, le passage dont 
il s'agit est correct, sauf pour le mot trnttttba, qu'il faut lire 
ttrôïiVa. Les Benî-el Haghda sont simplement les aborigènes du 
pays, nommés communément Agau ou Agaou, peut-être s'agit-il 
en particulier des habitants de l'Agaoumeder, soulevés contre la 
domination du Negus sous la conduite d'une femme et par suite 
de l'élection d'un Aboûna protégé par celle-ci et repoussé par 
le Negus. Gela résulte de ces paroles du Salâm : « parce 
qu'ils avaient ordonné sur eux un imposteur ». Le passage 
arabe, si la réunion lanii, au lieu de •{&* nn est exacte, donnerait 
le nom, yvn Hêwân, Eve, mais l'écrivain éthiopien semble l'a- 
voir interprété par l'arabe i&ors « vil, méprisé » et y avoir fait 
allusion dans l'expression « lorsqu'ils furent un objet de mé- 
pris pour le voisin (nâ nbists) ». Les auteurs éthiopiens ont tous 
puisé à cette source unique. Ils avaient transcrit tout d'abord 
l'ethnique irrëïi Hag'uia très servilement Hâguê, mais cette 
forme, grâce à la similitude des caractères hâ et zâ en écri- 
ture guëez, s'est définitivement altérée en Zâguê, Zaguê. Quant 
à la religion de la reine, il n'y a pas une ombre de vraisem- 
blance que ce fût le judaïsme ; tous les princes Zâguê, sauf un 
seul, portent des noms chrétiens. Plus tard, lorsque la hitte 
pour TAboûna a été exagérée en persécution religieuse, on a fait 
de la reine Agaou une juive Judith, et on a mis à la charge du 
judaïsme d'innombrables atrocités contre les chrétiens. Il est du 
devoir de l'histoire honnête de repousser dans le domaine de la 
fable ces inventions malsaines de l'ignorance du moyen âge. 

J. Halévy. 



LE LIVRE DES JUBILES 

PHILON ET LE MIDRASGH TADSGHÉ 



L'hellénisme juif, avec sa théosophie originale, son historiogra- 
phie et son explication allégorique de la Bible, ne manqua pas de 
produire une puissante impression sur le judaïsme palestinien. L'in- 
fluence de l'alexandrinisme sur l'essénisme et le christianisme fut 
grande ; même les Pharisiens, restés fidèles à l'antique croyance, 
ne purent s'y soustraire entièrement. Les docteurs s'efforcèrent 
bien d'arrêter l'influence àe l'alexandrinisme en Palestine, en 
interdisant l'étude de la littérature grecque, en écartant la traduc- 
tion des Septante et en la remplaçant par celle d'Aquila, faite 
selon leur esprit; néanmoins l'hellénisme s'étendit de plus en plus 
en Palestine. Il obtint même l'approbation des docteurs, ainsi 
que le témoignent nombre de leurs sentences 1 ; plusieurs d'entre 
eux, comme Aher et Ben-Zoma, furent même entraînés par lui 
dans une voie nouvelle. 

On ne peut pas calculer exactement la portée de l'influence de 
1 hellénisme sur le monde rabbinique de la Palestine, par la raison 
que, pour la période des premiers siècles, nous ne possédons pas 
d'oeuvres originales des rabbins et que nous ne pouvons nous 
appuyer que sur leurs sentences que les compilations des Talmuds 
et des Midraschim ont conservées. On comprend facilement qu'on 
ne se soit pas montré très prodigue de citations sur des croyances 
regardées d'un mauvais œil, ou de relations sur des autorités 
suspectes. 

Nous accueillerons avec d'autant plus d'intérêt les citations 
empruntées à un ouvrage essénien-hellénique, attribué au tannaïte 
Pinhas b. Iaïr, dont nous trouvons des vestiges dans un opuscule 
nommé Midrasch Tadsché et dans la littérature caraïte. 

1 Voir Freudenthal, Hellenistiche Studien, I, 68 et 128 ; Siegfried, Philo von 
Alexandrim, 156-283. 



LE LIVRE DES JUBILES 81 

Dans les Talmuds et les Midraschim, Pinhas est enveloppé d'un 
certain mystère; mais il est évident que Pinhas b. Iaïr diffé- 
rait absolument des rabbins, ses collègues, et qu'il appartenait 
à une autre sphère intellectuelle. Ce que citent le Midrasch 
Tadsché et les Garaïtes en son nom s'accorde très bien avec l'idée 
que nous nous faisons de ce qui a été dit par lui et sur lui dans la 
littérature talmudique. 

Pinhas b. Iaïr fut un Essénien dévoué à V hellénisme ; V ou- 
vrage cité sous son nom paraît avoir été un travail sur le Livre 
des Jubilés, dans lequel il a introduit des idées helléniques pui- 
sées par lui dans des ouvrages alexandrins, notamment dans 
ceux de Philon. Ce livre des Jubilés, de Pinhas b. Iaïr, a 
existé aux x e et xi e siècles chez les érudits juifs. Les citations 
de ce livre éclaircissent donc bien des points restés obscurs dans 
notre Livre des Jubilés, comme aussi dans les œuvres de Philon. 

J'essaierai de soutenir ces thèses dans ce qui suit. 



CITATIONS EXTRAITES DU LIVRE DES JUBILES ET DE PHILON. 

Après que, sous la domination des Ptolémées, en Egypte, les 
Juifs se furent approprié la langue et la science des Hellènes, et 
après que Manéthon et Bérose eurent fait fleurir l'historiographie 
à tendance, ils crurent devoir raconter de la môme manière les 
récits bibliques. 

On écarta les contradictions existant dans la Bible, on combla 
les lacunes dans l'énoncé des noms et des dates, on enrichit la 
Bible de légendes nées plus tard, parfois même païennes, et, en 
divers endroits, on intercala des développements sous forme de 
polémiques. 

A dater du 111 e siècle avant l'ère chrétienne, apparurent, en 
Egypte, des chroniques bibliques et des récits qui poursuivaient 
les buts les plus divers et représentaient les dogmes sous différents 
points de vue, comme le démontrent clairement des fragments de 
Demetrius, d'Eupolemus, d'Artapanus, de Theodotus, de Malchus- 
Kleodomus, etc., conservés par Clément d'Alexandrie {Stromata) 
et Eusèbe (Praeparatio evangelica). On peut considérer ces 
ouvrages comme les précurseurs des Livres des Jubilés *, et, par 

1 A la page 57 de la Caverne des trésors , traduction de Bezold, il est question de 
Livres de Jubilés, au pluriel. 

T. XXI, N° 41. 6 



82 JIEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

suite, des Livres d'Adam et des Cavernes des Trésors (Speluncae) , 
parus plus tard. 

Bien que cette littérature ne jouît pas auprès des rabbins d'une 
grande autorité, on trouve pourtant des traces de son influence, 
faciles à suivre, dans les livres talmudiques : en quelques endroits, 
on compte en jubilés >, en d'autres des i Livres d'Adam » sont for- 
mellement mentionnés " 2 . 

Ces livres, même ceux qui avaient des vues alexandrines 
et étaient de provenance chrétienne, se propagèrent plus tard, ils 
furent employés dans les études littéraires et servirent de base, à 
des auteurs juifs, pour de nouveaux travaux 3 . Ce fut le Livre 
des Jubilés dont l'influence se fit sentir le plus sur la littéra- 
ture rabbinique des temps suivants. C'est la source où puisent le 
Midrasch Wajissau, le Midrasch sur Abraham, l'introduction du 
iTiï-Ptt tpN -)DO (Ronsch, Buch der JuHlàen, p. 385), le Josip- 
pon, chap. xi, où il mentionne les ouvrages de Kainan, d'après le 
L. d. J , enfin le commentaire sur les Chroniques attribué à 
un disciple de Saadia Gaon, qui, I, xxm, 3, parle d'un mbs-pn nso 

* Seder Olam rabba, chap. xxm et xxv ; Erachin, 13 a. 

8 Baba Meçia, 83 3, Gen. rabba, xxiv ; Levit r., xv ; voir Û^lfrOÎT rrmiUn, 
éd. Harkawy, n° 219. 

3 Ainsi Pirke di R. Miezer et Se fer Hayascliar. Relativement à Pirke, voir M. Is- 
raël Lévi, Revue des Études juives, t. XVIII, p. 83, où il est péremptoirement dé- 
montré que le récit du bain d'Adam, au Gihon, et de son jeûne {Pirke, chap. xx) est 
lire du Livre d'Adam (p. 18 de la traduction de Dillmann). 11 existe encore bien 
des rapprochements entre Pirke di R. E., d : un côté, et le Livre d'Adam et la Ca- 
verne des Trésors, de l'autre. Ainsi, Adam est formé de quatre éléments, Pirke, 
chap. xi, Adam, 33, Caverne, 3 ; la jalousie de Satan contre Adam, c. xin, Adam, 17, 
de même pour le serpent, Cav., 4. Ù"iJlbiX ""jS est la dénomination des hommes 
tant que dura leur sainteté, chap. xxn, Adam, 83, 100; Cav., 10, 14. La description 
des Kaïnites, en opposition aux Séthites, Pirke, xxn, Adam, 83, 85, 92, 93; Cav., 15. 
Pharaon donna Agar à Sara, chap. xxvi, Adam, 121, Cav., 35. Loth acquit des 
vertus auprès d'Abraham, exerça l'hospitalité, etc., chap. xxv, Adam, 124, Cav., 41. 
Chap. xx, il est dit : fc^N 'nÏÏK , , , nftfin "13^3 ŒT71 tD^K S^" 1 

nsm , J-p^ran nnb yin ^mb "pbw ma ^b ï-ttsa ûbisa ^ntz) i* 
nn^nb 'pTw fTO mmb- rra tna *)»n , n^mb "pbtt ma ib ffiai 
isNn nsi rs n»iB3 mm vt tuïîs bhara *wiï\ . . , r/'npn bis i^sens. 
p"wa aba t" 'y snb isyi "mn'su? în&n min mp* 1 vna nn^bï 
m*53tt p ù^sbi ïm^jatt "je fcfûwfr "wk ^a « . . chap. lui de 

nouveau : 'tt'lftw'l ï"HB&nn Û^NS "|7û13 ttlSTS. Ceci pour combattre la théorie 
chrétienne, laquelle soutient qu'Adam est l'image du Christ (Ep. aux Romains, 
v, 14). D'après le Livre d'Adam et la Caverne des Trésors, le corps d'Adam aurait 
été gardé avec soin, de génération en génération, et déposé par Sem au Golgotha, 
où Melchisédec aurait été étab'i comme gardien et prêtre (Adam, 102, 109; Cav., 
28, 63). — Au commencement, le Sefer Hayaschar s'appelle même Û1N nïlbip; on 
l'identifie, dans la préface, avec le Livre d'Adam des Grecs, des Latins et des Ethio- 
piens. Il se rencontre souvent avec le L. des J., le Livre d'Adam et la Caverne des 
Trésors. D'après la page 7 (éd. de Prague), Dieu aurait ordonné qu'Adam fût dé- 
posé dans une caverne. La Bible ne mentionne aucun ordre pareil. L'origine en est 
bien le Livre d'Adam, 13, 15. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 83 

que Saadia rapporta, dit-on, de la bibliothèque de l'université de 
Soura. 

Si dans ces écrits nous ne trouvons que quelques traits légen- 
daires du L. d. J. disséminés dans la littérature juive, un petit 
ouvrage d'exégèse allégorique, nommé Midrasch Tadsché, et dont 
l'auteur est Moïse ha-Darschan (commencement du xi c siècle) 1 , 
nous offre une suite d'idées théologiques particulières qui sont 
étrangères à la littérature rabbinique et sont puisées dans le 
L. d. J. et dans les écrits de Philon. 

Le parallèle suivant est la meilleure preuve de ce qui vient d'être 
avancé : 



M. T. 
1) Vingt-deux espèces de créa- 
tures furent créées dans l'univers 
en sept jours : le premier jour, 
sept, savoir : le ciel, la terre, les 
eaux, les ténèbres, le vent, les 
abîmes , la lumière ; le second 
jour, une, savoir : uniquement la 
terre ferme; le troisième jour, 
quatre, savoir : Il (Dieu) réunit 
les eaux sur un espace, amena 
les eaux douces à la surface, de 
même que les herbes et les arbres ; 
le quatrième jour, trois, savoir : 
le soleil, la lune et les étoiles; le 
cinquième jour, trois, savoir : les 
êtres qui fourmillent, les oiseaux, 
les monstres de la mer; le sixième 
jour, quatre, savoir : les animaux 
sauvages, les animaux domes- 
tiques, le monde des animaux 
rampants, l'homme. Gela corres- 
pond aux vingt-deux lettres de 
l'alphabet et aux vingt- deux gé- 
nérations, depuis Adam jusqu'à 



L. d. J. 
Car le premier jour il créa les 
deux [I] qui sont au-dessus, et la 
terre [2], et l'eau [3], et tous les es- 
prits [4] qui le servent, et les anges 
de la face, et les anges des louan- 
ges saintes, et les anges de l'esprit 
de feu, et les anges de l'esprit des 
vents, et les anges des esprits 
nébuleux des ténèbres, et de la 
grêle et des frimas, et les anges 
des abîmes 2 [5], et du tonnerre et 
des éclairs, et les anges des es- 
prits du froid et de la chaleur, de 
l'hiver et du printemps, de l'au- 
tomne et de Tété, et tous les esprits 
de ses œuvres dans les deux et sur 
la terre, et dans toutes les val- 
lées, et dans l'ombre [6], et de 
la lumière [7], et de l'aurore et 
du crépuscule , qu'il a dispo- 
sés selon la pénétration de son 
esprit. Et alors nous aperçûmes 
ses œuvres, et nous l'exaltâmes et 
nous le louâmes en l'honneur de 



Jacob (chap. vi, cf. chap. xxn, et ces œuvres ; car il a créé sept 
Béer, le Livre des Jubilés, p. 27). grandes œuvres le premier jour. 

— Et le deuxième jour, il fit la 

1 Des preuves plus explicites se trouvent dans mon Introduction au M. T., Bcitrage 
zur judischen Altcrthumskunde (en langue hébra/que), p. xi. 

2 Dillmann avait d'abord traduit robp par « vallées > ; plus tard, il convint (dans 
Rônsch, ièid., 260) qu'il eût été plus exact de le traduire par < abîmes ». C'est la 
seule interprétation vraie du mot, car le Ùl~r) de la Bible nous manquerait. Voir 
plus loin. Il est à remarquer que le mot est pris au pluriel, aussi bien dans le L. 
des J. que dans M. T. 



84 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

terre entre les eaux... Et ce fut le seul travail qu'il accomplit le 
deuxième jour... Et le troisième jour... et la terre parut..., des 
fleuves..., des semences. .., des arbres. .., l'Éden. Il lit toutes ces 
4 grandes créations le troisième jour. Et le quatrième jour, il lit le 
soleil, la lune et les étoiles. . . Et le cinquième jour, il fit les grands 
animaux de la mer..., les poissons..., les oiseaux... Et le sixième 
jour, il lit tous les animaux de la terre, et tout le bétail, et tout ce 
qui se meut sur la terre. . ., l'homme. . . Et il fit ces quatre genres le 
sixième jour. — Et ce furent ensemble vingt-deux espèces... Et 
il nous fit (à nous, les anges) un grand signe pour célébrer le jour 
du sabbat et le sabbat. . . tous les anges de la face, et tous les anges 
des louanges saintes. 11 nous dit, à nous, ces^eux grandes espèces, 
de célébrer avec lui le sabbat dans le ciel et sur la terre. Et il nous 
dit : « Voyez, je m'élirai un peuple, et j'ai choisi la semence de 
Jacob... » Et il fit monter devant lui ses ordres 1 comme un bon 
parfum pendant les vingt-deux chefs des hommes, depuis Adam 
jusqu'à Jacob , qui lui serait agréable. Et vingt - deux espèces 
d'œuvres furent faites jusqu'à ce septième jour. Celui-ci est béni 
et sanctifié, et l'autre est également sanctifié et béni. Et l'un 
et l'autre servent à la sanctification et à la bénédiction. Et il fut 
accordé à celui-ci (Jacob et sa postérité) d'être, à tout jamais, les 
saints et les bénis de la révélation et de la loi ; ainsi il a, d'avance, 
béni et sanctifié le septième jour au septième jour (chap. n de la 
traduction de Dillmann, dans Jahrïmch d'Ewald, n et ni). 

La distribution des vingt-deux œuvres de la création en six 
jours, ainsi que la naissance de Jacob, après vingt-deux géné- 
rations, en parallèle avec le Sabbat, institué après vingt-deux 
œuvres, ne se trouvent pas dans la littérature rabbinique ; il faut 
donc, par suite, que M. T., de même que le Garaïte Nissi ben Noah 
(Pinsker, Likute, p. *7), ait pris ces idées dans le L. d. J. 2 . Midrasch 
Tadsché a beaucoup tronqué son modèle, mais il est complè- 
tement d'accord avec le L. d. J., sauf en ce qui concerne rénumé- 
ration des sept premières œuvres. 

Toutefois cette divergence n'est qu'apparente. Dans la Genèse, 
i, 1-5, les sept objets suivants sont mentionnés : ciel, terre, 
ténèbres, abîmes, esprit (de Dieu), eau, lumière ; ce sont là sans 
doute les sept œuvres du L. d. J., et ainsi calculent également Epi- 
phane, de Mensurls et Ponderïbus, c. 21, et la Chrono graphie 
de Syncelle, p. 3 ; cf. Ronsch, p. 259 et 279. Tout le reste est 

1 Dillmann traduit et explique ainsi, dans Lexicon liaguœ œihiopicœ, le iïTîn'lpjD 
du texte. On pourrait plutôt le traduire par plaisir, souvenir. 

2 Dans la rédaction actuelle du L. des J., il n'y a pas le rapport des 22 lettres, 
mais ce rapport existait dans le L. des J. qu'ont eu sous les yeux Epiphane et 
le Syncelle, voir Ronsch, p. 261, 278. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 8? 

une amplification de trinba rm. M. T. est donc aussi d'accord avec 
le L. d. J. dans l'énumération des sept œuvres, seulement M. T. 
a sauté le développement sur l'esprit, parce que les Juifs, pour 
certains motifs, protestaient contre l'existence d'anges et d'esprits 
au premier jour de la création. D'après eux, les anges furent 
créés le deuxième ou le cinquième jour, nullement le premier, 
a afin qu'on ne dise pas que les anges ont assisté Dieu dans 
l'œuvre de la création ». (Gen. rab., 1 et 3.) 

L'énumération sus-mentionnée des sept ouvrages du premier 
jour est d'origine alexandrine et a une grande signification dans 
Philon. La théosophie alexandrine fait naître le monde idéal le 
premier jour, comme modèle pour le monde matériel à créer dans 
les jours suivants. Philon, de Mundi opifîcio (Ed. Mangey, I, 
p. 6), dit : « Moïse raconte : « Au commencement Dieu créa le ciel 
et la terre. » Mais par cela il n'entend pas, comme quelques-uns 
le croient, le commencement, relativement au temps... D'abord 
le Créateur fît, dans son monde idéal, un firmament immatériel 
et une terre invisible, et l'idée de l'atmosphère et de l'espace 
(il donna à l'air le nom de ténèbres, parce que l'air est noir 
de nature ; mais à l'espace il donna le nom d'abîme, parce 
qu'il est très profond et s'élève considérablement), puis l'objet 
immatériel de l'eau et du vent, et, d'après eux, celui de la 
lumière, comme le septième, lequel, étant également immatériel, 
devait être un modèle spirituel pour le soleil et tous les astres à 
mettre au ciel. Il honora d'une préférence le vent et la lumière, car 
il nomma celui-ci : de Dieu 1 ». Philon dit encore, dans de Posteri- 
tate Caini (p. 237) : « Pour le même motif, le sept, d'après le rang, 
est bien un rejeton du six; mais, d'après la force, il est le premier 
de tous les nombres, correspondant à l'un parfaitement. Moïse 
nous enseigne ceci dans les paroles qui terminent la création 
du monde : « Et Dieu se reposa le septième jour » — et il ajoute : 
« Ceci est le Livre de la création du ciel et de la terre, lorsqu'ils 
furent créés le jour où Dieu forma le ciel et la terre. » Ceux-ci 
pourtant furent créés le premier jour, de telle sorte que le sept est 
ramené à l'un, la première et le commencement de toutes choses ». 
Philon compte donc, pour le premier jour, les mêmes œuvres 
que le L. d. J. et M. T. 

1 Partout où je n'ajoute pas le texte grec, j'emprunte la traduction à la Bibliotheh 
der griech. u. rôm. Schrifisteller ilbcr das JudenÛwm. 



86 REVUE DES ETUDES JUIVES 

M. T. L. d. J. 

2) Pourquoi sept jours de puri- Et dans les sept premiers jours, 
fication furent-ils imposés à l'ac- Adam et sa femme furent créés, 
couchée, après la délivrance, pour et dans les seconds 1 sept, il 
un fils, et quatorze pour une fille? (Dieu) la lui préseula , et c'est 
C'est pour nous rappeler la créa- pour cela qu'il fut ordonné, pour 
tion d'Adam dans les sept jours un garçon, sept jours, mais pour 
de la première semaine, et celle une fille, deux fois sept jours 
d'Eve, qui fut créée dans la se- dans son impureté, et après qu'A- 
conde semaine, avec une de ses dam eut passé quarante jours 
côtes. Ceci, d'après Pinhas ben dans le pays où il fut créé, nous 
Iaïr. Les sages disent cepen- le conduisîmes dans le jardin 
dant : « Tous les deux furent d'Éden. 

créés la veille du premier sab- C'est pour cela qu'il est écrit 
bat. » dans les tables célestes des fem- 

Pourquoi l'entrée dans le tem- mes en travail d'enfant : « Si elle 
pie fut-elle ordonnée aux accou- a mis au monde un fils, elle res- 
chées quarante jours après la tera sept jours dans son impureté, 
naissance d'un garçon, et quatre- conformément à la première se- 
vingts jours après celle d'une maine, et elle restera trente-trois 
fille? En souvenir de ce que Dieu jours dans le sang de sa purifica- 
fit pour Adam, qui fut créé en tion et ne devra toucher à aucun 
dehors du Paradis et n'y entra objet sacré, et ne devra pas entrer 
que plus tard (xv). dans le lieu saint, jusqu'à l'expi- 

ration de ces jours, celle qui a un 
fils. Mais celle qui a une fille doit 
rester deux semaines dans son impureté, conformément aux deux 
premières semaines, et rester soixante-six jours dans le sang de sa 
purification, et cela fera pour elle, en tout, quatre-vingts jours. Et 
quand la femme eut terminé quatre-vingts jours, nous l'amenâmes 
dans le jardin d'Éden, car il est saint pour la terre entière, et chaque 
arbre qui y est planté est saint (c. ni). 

Ce parallèle prouve, d'une manière frappante, que M. T. a fait 
des emprunts au L. d. J. C'est le L. cl. J. qui nous rend compré- 
hensible le passage de M. T., qui, sans lui, est obscur. Comme il 
est généralement admis qu'Adam et Eve furent créés le sixième 
jour, qu'ils furent placés dans le Paradis, et qu'ils en furent chassés 
après le péché le même jour, M. T. se montre d'accord, en oppo- 
sition avec la littérature rabbinique, avec le L. d. J. qui, de son 
côté, est seul à admettre ces détails différents 2 . 



1 Nettement ainsi dans le ms. Abbadie, Dillmann, Liber jubilaeorum, p. 12. 

2 Chez les chrëtieus aussi, on trouva étrange cette affirmation du L. des J. Voir les 
objections de Glyca et de Metochita, dans Rônsch, p. 316 et 321. 



LE LIVRE DES JUBILES 87 

Il est à remarquer qu'ici M. T. attribue ce passage à P. b. I., 
comme à l'auteur du L. d. J. ; ce fait n'est pas unique chez lui, 
comme nous le verrons plus loin (v). 

M. T. L. d. J. 

3) Ruben naquit le quatorzième ... et le quatorzième jour du 
jour du neuvième mois et mourut neuvième mois, elle enfanta un fils 
à l'âge de 125 ans ; Simon, le 21 à Jacob, et il le nomma Robel.. ., 
du dixième mois et mourut à l'âge et le second fils naquit à Jacob le 
de 120 ans... (c. vin). vingt et unième jour du dixième 

mois, et il le nomma Simon.., 

(c. XXVIII). 

L'auteur de M. T. peut avoir tiré du Seder Olam Zula ou du 
Se fer Hayascliar la durée de la vie des douze fils de Jacob ; par 
contre, il ne peut avoir emprunté la date de leur naissance qu'au 
L. d. J. ! La circonstance que M. T. désigne les mois par des nom- 
bres ordinaux, contrairement à la coutume rabbinique, qui les 
désigne par les noms usités depuis l'exil (Nissan, Iyar, etc.), 
montre également qu'il s'inspire du L. d. J. Le L. d. J. ne dé- 
signe les mois de cette manière que dans l'intention d'imiter, là 
aussi, le style des livres les plus anciens de l'Écriture Sainte, 
parmi lesquels il veut être compté. 

Ce parallèle montre, jusqu'à l'évidence, que M. T. dérive du 
L. d. J. D'autres passages de M. T. prouvent encore que l'ouvrage 
attribué par lui à P. b. I. était une recension développée du L. 
d. J., et que P. b. I. inséra son ouvrage des idées prises dans 
des écrits alexandrins ou qui étaient le fruit de ses vues pro- 
pres, en partie pour éclairer ce qui était indiqué d'une manière 
peu étendue dans le L. d. J., en partie pour offrir du nouveau. 

4) Dès le début, M. T. observe, au nom de P. b. L, que les 
plantes ont été, avec intention, créées le troisième jour déjà, donc 
un jour plus tôt que les lumières du firmament, pour manifester 
la toute-puissance de Dieu et montrer qu'il peut tout : il fait pros- 
pérer des plantes, même sans les lumières du ciel. Cette idée n'est 
pas exprimée dans notre L. d. J. Pinhas b. I. la trouva ailleurs, 
peut-être dans Philon, et il l'interpréta dans son travail sur le L. 
d. J. Philon dit, de Mundi opificio, p. 10 : « Le quatrième jour il 
mit de la variété dans le ciel, comme il en avait mis auparavant 
sur la terre; non qu'il voulût placer celui-là après la terre et 

1 Demetrius (dans Eusèbe, Prœp. ev., IX, 21) nomme les mois durant lesquels les 
fils de Jacob naquirent. Ils diffèrent de ceux du L. des J. Demetrius n'indique pas 
les jours des mois. Cf. Rônsch, p. 331. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

donner ainsi la préférence aux choses inférieures et mettre les 
divines au second rang, mais pour nous donner la preuve la plus 
évidente de sa puissance souveraine. Il savait d'avance comment 
se feraient les opinions des hommes futurs..., or, s'ils voyaient 
maintenant les évolutions du soleil et de la lune..., ils considére- 
raient les évolutions des astres célestes comme les auteurs de 
toutes les choses qui croissent et naissent sur la terre pendant le 
cours de Tannée. Et afin que personne ne soit tenté de mettre la 
cause première dans une chose déjà créée, il dit : Qu'ils reviennent, 
par la pensée, à la première création des choses, et qu'ils voient 
comme, avant le soleil et la lune, la terre portait toutes sortes 
de plantes et de fruits l . » 

Pinhas ben Iaïr pouvait d'autant mieux introduire cette pensée 
dans le L. d. J., que celui-ci fait ressortir énergiquement l'in- 
fluence du soleil sur la croissance des plantes : Ghap. 2 : Et le qua- 
trième jour, il créa le soleil, la lune et les étoiles..., et Dieu fit du 
soleil une grande marque sur la terre, pour les jours..., et pour 
la prospérité, afin que tout ce qui croît sur la terre ou en 
provient prospère..., et le cinquième jour, il créa... Et le soleil se 
leva sur eux, pour la prospérité, et sur tout ce qui est sur terre, 
tout ce qui en provient, et tous les arbres qui portent des fruits et 
toute chair. 

M. T. Philon. 

5) Il y a sept jours fériés..., sept La multitude des planètes, en 
étoiles errantes..., sept étoiles opposition avec les étoiles fixes, 
fixes, sept du kessil 2 , sept du ki- est divisée en sept classes... la 
ma. Quand ces astres se couchent, grande-ourse est formée de sept 
on laboure la terre pour l'ense- étoiles...; en outre, la foule des 
mencer ; quand ils se lèvent, c'est pléiades est formée par sept étoi- 
le moment de la moisson. Il y les..., car, quand elles se cou- 
a sept parties dans l'homme : la chent, on trace les sillons pour 
tête, le cou, le ventre, les deux l'ensemencement. Mais, quand 
jambes, les deux bras. Il y a sept elles sont sur le point de se lever, 
âges pour l'homme ; il est : eu- alors elles annoncent la moisson 
fant, garçon, adolescent, homme joyeuse... De même, celui qui 
jeune, homme, homme vieux,vieil- voudrait examiner les parties in- 
lard. Il y a sept ouvertures dans ternes et externes du corps hu- 
la tête de l'homme : deux yeux, main, trouverait, dans les deux 
deux oreilles, deux narines, la cas, le nombre sept. Les parties 

1 Cette idée a été souvent mise à profit par les Pères de l'Eglise, depuis Théophile 
d'Antioche [Ad Antohjcum, II, 15), jusqu'à Chrysostome (Homélies 5 et 6 sur la 
Genèse). 

2 Le texte est corrompu, mais le sens est le même. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 89 

bouche. Et encore sept dans l'in- externes sont les suivantes : la 
térieur du corps humain : l'esto- tête, la poitrine, le ventre, les 
mac 1 ..., la durée de la menstrua- deux bras, les deux jambes; 
tion est de sept jours, les secré- mais les parties internes, appe- 
lons fluides sont au nombre de lées intestins, sont : l'estomac, 
sept : des yeux, de la bouche, le cœur, les poumons, la rate, 
des parties antérieure et posté- le foie et les deux reins. La 
rieure, de la semence, et de la tête encore, la partie dominante 
sueur du corps entier. Les direc- de l'être vivant , possède sept 
tions sont aussi au nombre de choses nécessaires : les deux 
sept : vers le haut, vers le bas, yeux, les deux oreilles, les deux 
en avant, en arrière, à droite, narines et la bouche. .. Les mou- 
à gauche, et en rond. Puis, dans vements ne sont pas moins au 
le récit de l'arc-en-ciel , le mot nombre de sept : vers le haut, 
alliance est écrit sept fois. (Gen., vers le bas, à droite, à gauche, en 
ix, 8, 11, 42, '13, 45, 46, 47). Vingt- avant, en arrière, et en rond. On 
deux espèces sont., (c. vr, plus dit également que les excréments 
haut). du corps sont soumis au nombre 

en question. Car, des yeux s'écou- 
lent des larmes; du nez, les glai- 
res de la tête ; de la bouche, la salive. L'écoulement des impu- 
retés du corps est double : l'un, postérieur ; l'autre, par devant ; 
et à cela s'ajoutent encore l'écoulement de la sueur et l'écoulement 
naturel de la semence par les parties sexuelles, et de nouveau, chez 
les femmes, la durée de la période est de sept jours au plus... [De 
Mundi opiflcio, p. 29; cf. Legum alleg., p. 45.) 

Philon dit encore, dans un autre passage : Hippocrate dit pour- 
tant qu'il y a sept âges pour l'homme : l'enfance, la jeunesse, 
l'adolescence, la première virilité, la virilité complète, l'âge mûr et 
la vieillesse [de Mundi, p. 26). Ici l'accord entre M. T. et Philon 
est étonnant. Au cours de cette étude, nous trouverons encore 
d'autres points de contact entre M. T., le L. d. J. et Philon; à 
cette place, nous appellerons seulement encore l'attention sur ce 
qui suit : 

Ghap. vu, au nom du même P. b. L, M. T. soutient une 
polémique contre l'opinion que la connaissance du bien et du 
mal aurait été accordée à Adam sitôt qu'il eut goûté des fruits 
de l'arbre défendu ; selon lui, cet arbre n'aurait différé en rien 
des autres arbres ; rOTïi yy, d'après lui, ne signifierait pas 
« arbre de la science », mais « arbre de la loi », et il ne reçut 
ce nom que lorsque Dieu en défendit à Adam toute jouissance 
sn *iv aiatt, pour lui inculquer l'obéissance ; ou « arbre de l'é- 

1 Le texte est corrompu : il doit être corrigé d'après Philon et non d'après Sefer 
Yecira, comme je le croyais autrefois. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

preuve», parce qu'Adam, après le péché, fut soumis à toutes 
sortes de malheurs. L'arbre est nommé, il est vrai, nJlïi yy 
avant la défense ; mais ce serait, d'après M. T., une prolepse, 
comme on en trouve beaucoup dans la Bible. 

Cette explication est en contradiction avec les vues rabbiniques 
qui, appuyées sur les mots VfcTDïib y^rr ^:nn (Gen., m, 6), considè- 
rent l'arbre comme une source de connaissance (Gen. rabba, c. 19). 
Mais on la rencontre chez les pères de l'Église, et notamment dans 
Augustin. 11 soutient (Cité de Dieu, xm, 20) également que Dieu 
aurait défendu à Adam et à Eve de goûter des fruits de l'arbre, 
« non que l'arbre eût été nuisible, mais pour leur enseigner le bien 
d'une obéissance simple et droite ». Il ajoute, dans de Genesi ad 
literam, vin, 6 : « Par là, cet arbre n'était pas malfaisant, mais 
il est nommé « arbre de la science du bien et du mal » parce 
que, si l'homme en mangeait après la défense, il transgresserait 
le précepte par lequel l'homme devait, par l'expérience de la 
punition, apprendre, la différence entre l'utilité de l'obéissance 
et le mal de la désobéissance (cf. encore de nalura boni, 
c. 34) *. Le livre d'Adam des chrétiens partage ouvertement cette 
opinion puisque, dans tous les passages où il est question de cet 
arbre, il est nommé simplement « l'arbre », sans la mention d'au- 
cune autre attribution, voir pp. 14, 16, 21, 50, 63, 65 de la tra- 
duction de Dillmann. Dans la « Caverne des Trésors », l'arbre 
en question est désigné comme arbre de la « transgression de la 
loi » (p. 6 et 62 de la traduction de Bezold). 

D'après ce qui précède, on serait tenté de croire que M. T. 
a puisé à des sources chrétiennes ; mais le fait qu'il met cette 
opinion dans la bouche de P. b. I. rend admissible qu'il l'a tirée 
du L. d. J. du même P. b. I. Celui-ci aussi, comme les Pères 
de l'Église, trouva cette idée dans des écrits alexandrins et la mit, 
à la place convenable, dans son L. d. J. Ce qui peut l'y avoir 
engagé, c'est la circonstance que, dans le L. d. J., l'arbre défendu 
n'est nommé « arbre de la science » qu'après la transgression de 
la loi ; cf. c. 3 avec c. 4. Je n'ai pas trouvé cette vue dans Philon ; 
elle ne convient non plus à son exégèse, car il interprète allégo- 

1 L'accord presque littéral entre le M. T. et Chrysostome sur cettfc interprétation 
qui éclaircit le but de la défense, est digne de remarque. M. T. dit : Et pourquoi 
Dieu lui permit- il (à Adam) de manger de tous les arbres, mais pas de. ce seul 
arbre? Afin qu'il se souvînt de son créateur, à la vue de l'arbre défendu, et qu'il 
sût que le joug de Dieu pèse sur lui, et qu'il ne s'en orgueillit pas. Chrysostome, 
hom. in Gen. 16 (mentionné dans Slrauss, Die chrlstliche Glaubenslchre in ihrcr 
(jeschichtlichen Entwickelung , II, 22) : Aîoc x^c, u.ixpàç xauTYi; îvio\r\c vfyt obceCav aùxài 
Ô£(77roxeiav oeixvuvou èêou).eto. — "Iva \).r\ xaxà u.ixp6v imoffvpeï; Trjv Stavoiav vou,iar) 
aÙTOfiata eïvai -rà 6pto[JL£va, xai 7u)iov ti tyi; oixeîoc; à£iaç çavTaaorj, xeXevei toO svô; 
àuoaxécrôai j-OXou. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 91 

riquement le récit de l'arbre. (Legitm allegoriarum, p. 63; 
Quaestiones in Genesi, Richter, VI, p. 255.) 

Les parallèles 1, 2 et 3 démontrent que M. T. consulte le L. d. J.; 
les parallèles 4 et 5 prouvent également qu'il a puisé dans les 
écrits de Philon. Dans les deux cas, M. T. attribue ses citations 
à P. b. I. ; j'en conclus que l'auteur du M. T. a eu sous les yeux 
un L. d. J. complété par des citations prises dans Philon, et qui a 
eu P. b. L comme rédacteur. Ma conclusion est confirmée, plus 
loin (V), par une relation caraïte. 



II 



PINHAS BEN IA1R. 

L'assertion du M. T. (commencement du xi° siècle) et des 
Caraïtes (x e siècle) que Pinhas ben Iaïr était l'auteur du L. d. J. 
qu'ils connaissaient, date bien d'une époque relativement récente ; 
mais nous n'avons aucune raison de la rejeter. Au contraire, le 
L. d. J. aussi bien que l'ouvrage cité par les auteurs juifs, au 
nom de P. b. L, concordent trop bien avec le caractère de P. b. I. 
pour que nous puissions attribuer cette assertion au hasard ou 
la considérer comme une invention. 

Il est reconnu que les partis les plus divers sont représentés 
dans le L. d. J. : les pharisiens, les esséniens et les sadducéens f . 
Nous avons trouvé, dans le L. d. J., plus d'un accord avec l'exé- 
gèse mystico-allégorique alexandrine, et nous en trouverons plus 
tard encore quelques-uns dans le même L. d. J. La vie de P. b. I. 
et les sentences exprimées en son nom sont de même nature. 

Quoique tannaïte, P. b. I. se trouvait dans une certaine oppo- 
sition avec le rabbinisme ; par son genre de vie et sa théorie du 
monde, il était plutôt essénien que pharisien. Il vivait à l'écart, 
s'adonnait à l'agriculture et # se vouait à l'éthique et au mysti- 
cisme, où la pureté et la chasteté sont recommandées comme les 
conditions les plus nécessaires de la perfection. Il ne s'occupait 
de décisions haiachiques qu'occasionnellement, et il est à noter, 
pour sa vie et la direction de son esprit, que presque toutes ses 
décisions ne concernent que des questions agraires qu'il traitait 
(comme le L. d. J., c. 32) plus sérieusement que les rabbins. 
Puis, il évitait la Halacha et les écoles où elle était enseignée 

1 VoirRônsch, p. 428. 



92 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

IKidOUSChin, lia). Durant toute sa vie, il ne mangea que ce qui 
lui était propre ; il évita môme la table de son père, lorsqu'il 
eut dépassé le premier âge. La connaissance du umDttft ûra, du 
nom caché de Dieu, lui servait de moyen pour obtenir l'accomplis- 
sement de tous les souhaits, et il jouit de la réputation de pouvoir 
faire des miracles. 

Ce sont là des traits esséniens, comme les décrit Josèphe, 
Ant., xvin, 1. 

Les rabbins ont dû, touchant cet homme singulier, garder 
le silence sur bien des choses qui n'étaient pas pour leur plaire ; 
mais le témoignage que P. b. I. ne pouvait pas s'entendre avec 
Jehuda ha-Nassi, le rédacteur de la Mischna, et qu'entre eux 
s'éleva « une montagne » [Hullin, 1 b), montre bien que P. b. I. 
avait de tout autres tendances que le représentant durabbinisme 1 . 
Ainsi le L. d. J., avec ses traits communs aux esséniens et aux 
alexandrins, l'abondance de ses éléments agadiques et ses opinions 
contraires à celles du rabbinisme, pourrait très bien avoir été 
rédigé par P. b. I. et enrichi par lui de certaines additions. 



III 



LE SYSTEME DES TROIS MONDES. 

Le Midrasch Tadsché et les écrits analogues parlent en plusieurs 
endroits d'une trinité dans la création ; on en trouve également 
des traces dans la littérature juive 2 , qui paraissent être provenir 
du L. d. J. D'après l'exposé de ces écrits, le but de la création 
se reconnaît dans trois mondes qui correspondent entre eux : 
l'Univers, l'Homme et le Sanctuaire. L'univers doit affirmer la 
toute-puissance de Dieu, l'homme voir cette toute-puissance, et 
le sanctuaire représenter la dépendance du monde vis-à-vis de 
Dieu, et symboliser, pour l'homme, l'action de Dieu sur la nature. 
Le rapport entre ces trois créations est annoncé par cela, que 
l'univers se réfléchit d'une manière microscopique dans l'homme 
et dans le sanctuaire. 

M. T., c. i : Le but de la création est de montrer la toute-puis- 

1 Autres documents dans l'introduction mentionnée p. x. On pourrait encore 
ajouter les passages suivants, touchant P. b. I. : Tosifta Oholot, fin; Ketubot, iba ; 
Sota, 49 a; Gen., r., c. lx. 

* Cf. mon introduction au Midrasch Tadsché, p. iv; cf. encore Abot di R.Nathan, 
chap. xxxvn ; Jellinek, Bet ha-Midrasch, V, 57, et Béer, Monatsschrift, 1853, 
p. 159. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 93 

sance de Dieu. Ibid., c. ni : La création des trois patriarches 
correspond à celle du ciel, de la terre et de la mer. Ibid., c. n : 
Le sanctuaire réfléchit le monde. Les deux chérubins corres- 
pondent aux deux noms sacrés : ù">!ibN îtiïT. Les tapis du ta- 
bernacle correspondent au ciel, la table des pains de proposition 
à la terre, et les pains de proposition eux-mêmes aux produits 
de la terre; ils seront dressés en deux parties, de six chacune, 
pour rappeler les six mois de l'été et de l'hiver. Le bassin 
correspond à la mer, etc. Ibid., c. xi : Les sept branches du 
chandelier d^r correspondent aux sept planètes ; de même, les 
sept portes de l'âme : les yeux, les oreilles, les narines et la 
bouche 1 . Schemaya Schoschani 2 , qui cite ce passage, ajoute : 
mttb-i* '5 pM>b iba {Monatsschrift, 1864, p. 230). Ibid., c. xi : 
Les deux autels du sanctuaire correspondent à l'âme et au corps. 
L'autel d'airain des holocaustes correspond au corps, car tous 
deux sont destinés à recevoir une nourriture matérielle ; l'autel 
d'or des parfums, au contraire, est un symbole de l'âme, car 
tous deux ne sont susceptibles que de jouissances spirituelles et 
éthérées. 

Schemaya considère aussi la nourriture du corps comme un 
holocauste ; il l'affirme particulièrement et dit : « Sur l'autel 
d'airain on offrait chaque jour la chair des animaux, comme nous 
le faisons chaque jour à notre corps [comme sur un autel] ». 

Outre cela, le parallèle entre l'homme et le tabernacle est déve- 
loppé dans ses plus grands détails dans Bereschit-rabbati (ms. de 
la Communauté israélite de Prague, p. 11) et dans Schemaya, 
p. 227. Saadia Gaon, dans son commentaire du Livre de Yecira 
(arabe, ms. 1533, fol. 69 de la Bodléienne, traduction hébraïque, 
ms. de Munich, n. 92), donne la même signification à la triple 
création; il y nomme l'Univers, le Monde supérieur; le Taber- 
nacle, le Monde moyen 3 ; l'Homme, le Monde inférieur 4 . 

1 Cf. Se fer Yecira, c. iv. 

2 Sur Schemaya et ses rapports avec l'école de Moïse ha-Darschan et le Beresclnt 
rabbati, voir mes Mikadmoniot, p. 74. Voir sur le Bereschit rabbati, mon mémoire sur 
Beresehit rabbati, ses rapports avec Rabba-rabbati, Moses ha-Darschan et le Pugio 
iidei, dans Magazin fur die Wissenschaft des Judenthums, 1888, p. 15 et suiv., 
imprimé aussi séparément. 

3 Ainsi que dans Kimchi, Ps. 19, 8, et Nachmani, bl?2à!T! H3>ti5 (éd. Const., 1519, 
p. 60 a). 

4 Dans Saadia, traduction hébraïque, le passage est ainsi conçu : (Je dois les va- 
riantes arabes à M. A. Neubauer). 

r-TD-irm nbsn im-naia ^b ,sy*b ftM'H pttttfl rmpn "O 
ras)) b"m "nMWB nas j^pnn û^asnsb û^an anr mab-ibn D^o^ipr; 
p»»n ^nai .anpna tp^s-os mabibn fcpo-ip fcpfcco-i la"* b"£ 
h n"b n-ra) nttisatt ta-nn irrmrm î-p^kib y-ian ^-jab ywn 



94 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Cette idée de la trinité dans la création est prise dans le L. d. J. 
deP.b. I. 

Dans notre version, on ne la mentionne qu'accidentellement. Il 
manque juste à notre abrégé du L. d. J. ce passage, dans lequel 
nous nous attendions à trouver une exposition détaillée de l'union 
des trois mondes, c'est-à-dire celle de la construction du sanc- 
tuaire. Mais elle se trouvait primitivement dans le L. d. J., comme 
le démontre le passage suivant de ce livre môme, qui parle de l'ori- 
gine du livre : « Et il (Dieu) dit à l'Ange de la Face : Mets par écrit, 
pour Moïse, l'histoire de la première création, jusqu'à l'époque 
où mon sanctuaire sera construit au milieu d'eux, à tout jamais et 
éternellement, et que Dieu apparaîtra aux yeux de chacun, et 
que chacun reconnaîtra que je suis le Dieu d'Israël et le Père 
de tous les enfants de Jacob, et le Roi sur la montagne de Sion, 
d'éternité en éternité. Et Sion-Jérusalem sera sanctifiée. » Selon 
ce programme, le L. d. J. devait aller jusqu'à la construction du 
temple de Salomon. Les savants juifs cités l'ont effectivement 
possédé avec cette partie, car le commentaire de I Chroniques, 23, 
3, mentionné plus haut, cite du mba-pr» ibd un verset qui se rap- 
porte à l'organisation de ce temple. Les savants juifs dont nous 
avons parlé auront tiré leurs théories des trois mondes de la 
partie du L. d. J. qui traite du temple. Nous ne la possédons plus 
dans notre version, mais nous pouvons conclure avec raison, 
des remarques disséminées en d'autres endroits du L. d. J., que 
l'idée des trois créations appartient également à notre L. d. J. 

La création du monde est nommée, dans le L. d. J., la première 
création, comme dans le passage cité précédemment et, plus loin, 
chap. iv, où la fête des semaines est nommée « fête de la première 
création ». 

La seconde création est celle de Jacob, comme le représentant 
idéal de l'homme, chap. xix : « Et dans sa (c. à d. de Jacob) 
semence, mon nom (d'Abraham) sera béni, et le nom de mes ancê- 

ia "niis itwoœïi m an ,t=s"wa -marri «vnaïi i-nna i-ra bz 
l&o ot .baa proi baa -nsa in"a îTiaarc "pENai -wî -iibnd 
b-mn ûbi^n ,w© ,nan r-)7Wb ina (arab. r-iNbaNpE) ûirwiw 
# ptt»îi t*nn (ar. t^mba) isirarî tobvin /îfcat* tobi^n Nim 
trawn ûbn*a mniNn "wïi ia im^a , tnan >nn ppn ûbum 
tzpïïb trïï "pa biia» yipntt la n»N3 , "pia^a rmsntt priai ûi»a 
KWttttn ,pu;72a aittHptt wrp liai «Hpn ^a nbiau rorwm , nb-i^a 
^ban b5N»n (ar. ts^ba nba) [iba] ^a nb'-iatt NfcjnDfiryi nanparr 
tsibipta (ar. nàiNTtt) ûviesiej (ar. ni) nia* r-ri^nn dibram . taasrï 
. . . pMïi ïiuvn un-paa ûiN^tta ûi^an ttffibiDtt nbsa 

Ibn Ezra, dans son petit commentaire de l'Exode (Prague, 1840, p. 70), mentionne, 
au nom de Saadia, 14 analogies entre ces trois mondes. 



LE LIVHE DES JUBILÉS «Jo 

très Sem et Noé, et Enoch et Malalel, et Seth et Adam. Elle ser- 
vira à fonder le ciel et à fixer la terre et à renouveler les astres 
qui sont attachés à la voûte du ciel. » Relativement à ces mots, 
Dillmann observe avec raison : « Cette phrase traduit l'idée, 
qu'avec le fondement de la communauté juive, une nouvelle 
création commence. » La remarque, chap. 11, qui met la création 
de Jacob, après vingt- deux générations, en parallèle avec la 
création du monde en vingt-deux œuvres, se rattache à cette idée, 
qu'avec Jacob commença une nouvelle création. 

Chap. iv, il est dit du sanctuaire, considéré comme une nouvelle 
création : « Et la montagne de Sion. qui sera sanctifiée dans la 
nouvelle création, pour la sanctification de la terre, par elle 
la terre sera purifiée de toutes ses fautes et de son impureté, 
à tout jamais et en toute éternité. » 

Nous trouvons, dans la suite de la relation citée plus haut 
sur l'apparition du L. d. J., la mention des trois créations qui se 
rattachent l'une à l'autre en se succédant : « Et l'Ange de la face 
qui s'avança devant le camp d'Israël prit la table du partage des 
années, à partir de la création, des semaines et des Jubilés, de 
la Loi et de la Révélation; chaque année d'après son nombre, et 
les Jubilés d'après les années [première création], du jour de la 
nouvelle création, où le ciel et la terre et toutes leurs créatures 
furent nouvellement créés, ainsi que la force du ciel et toute 
la création de la terre [deuxième création], jusqu'à l'époque où le 
sanctuaire du Seigneur sera créé sur la montagne de Sion, et tous 
les luminaires renouvelés pour la prospérité l et pour la paix et 
pour le bonheur de tous les élus d'Israël, afin qu'il en soit ainsi 
à partir de ce jour, à travers tous les jours de la terre [troisième 
création]. » 

Il ressort de ces citations que le rédacteur 'du L. d. J. y a 
trouvé, au moins en substance, l'idée des trois créations. Il aura 
développé celle-ci dans la forme sous laquelle elle est connue 
des auteurs juifs, au moyen d'emprunts faits à d'autres écrits. 

L'idée du macrocosme et du microcosme était déjà connue 
des Pythagoriciens et des Stoïciens ; l'addition du sanctuaire, 
comme troisième création, peut avoir été faite en Palestine; mais 
la comparaison des parties du corps humain et celles du taber- 
nacle avec l'univers indique une origine alexandrine. Cette théorie 
joue effectivement un grand rôle dans Philon. Il parle du sanc- 
tuaire, comme symbole du Cosmos, dans le second livre du de 

1 Vl?5- Là où je me trouve en désaccord avec la traduction de Dillmann, je cile 
le texte éthiopien. 



9G REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Monarchia. Il décrit aussi, dans de Vita Mosis, 1. ni, le taberna- 
cle comme une image de l'univers l , et l'analogie avec M. T. est 
frappante: « L'étoife des tapis... égaux, en nombre, aux élé- 
ments dont le monde fut créé, et leur ressemblant sous certains 
rapports...; l'arche... son couvercle..., dont la longueur et 
la largeur sont données, mais non l'épaisseur... Ceci est un 
symbole, relativement au monde, de la clémence de Dieu ; rela- 
tivement aux mœurs, du salut de lame..., mais le' plat pro- 
pitiatoire figurait la base des deux figures ailées qui, dans la 
langue originelle, sont nommées chérubins... Il est vrai que 
quelques-uns croient que ceux-ci étaient le symbole des deux 
hémisphères..., moi je soutiens qu'ils représentaient, sous la 
forme allégorique, les deux forces les plus anciennes et les plus 
sublimes de l'existence : la force créatrice et la force dominatrice. 
Comme force créatrice, par laquelle il créa, fonda et forma l'uni- 
vers, il se nomma Dieu ; comme force dominatrice, par laquelle il 
régit les choses créées et les dirige avec sagesse, il se nomme 
le Seigneur 2 . Au midi était placé le chandelier, rappelant le mou- 
vement des astres qui distribuent la lumière...; en tout, sept 
bras garnis de mèches, symbole des planètes, nommées ainsi 
par les physiciens 3 . La table se trouvait du côté du nord. Sur 
elle se trouvait du pain et du sel, parce que cette région de la 
terre favorise le plus les vents, et parce que la nourriture vient 
du ciel et de la terre... Mais les symboles du ciel et de la 
terre étaient placés à côté, comme il a déjà été dit ; le chandelier, 
comme symbole du ciel, l'autel des parfums, mentionné précé- 
demment, comme symbole des choses terrestres, d'où les vapeurs 
s'élèvent. » 

Philon dit, en outre, dans de Victimis, que les pains de propo- 
sition étaient disposés sur deux rangs, de six chacun, et corres- 
pondaient aux mois de l'hiver et à ceux de l'été; et que l'holo- 
causte se rapportait à notre corps, et le sacrifice de l'encens, à 
notre âme. 

1 Josèphe (Ant., m, 6) dit également du tabernacle : < Cette distribution du taber- 
nacle devait être une image de toute la nature. Car la troisième partie entre les 
quatre colonnes, qui était interdite aux prêtres, était comme le ciel de Dieu. Mais 
l'autre espace, qui mesurait vingt coudées dans la longueur et où, seuls, les prêtres 
étaient admis, était comme la mer et la terre, où les hommes peuvent aller ». Les 
Samaritains connaissent aussi cette signification du tabernacle, voir Heidenbeim, 
Samarit. Liturgie, p. 196. Selon le Nouveau-Testament, le tabernacle est un symbole 
de la Chrétienté (Épître aux Hébreux, c. 9). Chez les Pères de 1 Église, l'opinion 
alexandrine se retrouve fréquemment. 

2 Ce sont les deux noms de Dieu dans M. T. Pour leur signification dans Phi- 
lon, voir Frêlnkel, Veber den Einfluss der palâstin. Eœegese, p. 26 ; Siegfried, 
Phih, 203. 

3 Comme aussi Josephe, Ant., ni, 6. 



LE LIVRE DES JUBILÉS 07 

Exactement comme M. T. On voit, dans de Somnis (M., i, 653), 
que Philon considérait l'homme comme un microcosme et comme 
le temple de Dieu; il existe deux temples de Dieu : l'un est le 
Cosmos, dans lequel le logos divin est le grand-prêtre ; l'autre 
est l'âme pensante, dont le prêtre est l'homme aspirant à la vé- 
rité... Dans in Plant atione Noe, p. 332, Philon donne à l'homme 
le nom de Bpayùç xôjjioç, et, dans de Vita Mosis, p. 147, il appelle 
tout particulièrement l'attention sur la ressemblance symbolique 
du tabernacle avec l'homme. 

La nourriture du corps est considérée, dans ce système, comme 
une offrande, puisque l'homme est un temple de Dieu 1 . C'était 
également l'opinion des Esséniens, qui se préparaient à leurs 
repas, comme aux sacrifices, en se purifiant et en changeant de 
vêtements, entraient avec solennité dans le cénacle, comme s'il 
eût été le temple, et prenaient leurs repas dans un silence si pro- 
fond, que l'assemblée produisait une impression de mystérieuse 
frayeur sur ceux qui se tenaient en dehors de la salle (Josèphe, 
Bellum Jad., ii, 8). Les repas sacrés, chez les Thérapeutes, 
avaient aussi la signification d'holocaustes, ainsi qu'il est raconté 
dans le de Vita contemplativa (vers la fin) attribué à Philon. 

Or, pendant que nous trouvons l'idée des trois mondes rendue 
en traits généraux dans le L. d. J., dans Philon et dans les écrits 
rabbiniques 2 , l'accord de M. T. avec Philon est frappant en ce 
qui concerne la signification symbolique des diverses parties 
du sanctuaire, comme les tapis, les chérubins, le chandelier et la 
table avec les pains de proposition. Je crois que nous pouvons en 
conclure, avec raison, que P. b. L, rédacteur du L. d. J., déve- 
loppa, jusque dans ses détails, et dans le sens des allégoristes 
alexandrins, une idée trouvée, par lui, dans le L. d. J., et que 
M. T. et les écrits analogues ont tiré leurs descriptions des trois 
créations du L. d. J. de P. b. L, ainsi que Saadia Gaon, qui a 
possédé cet ouvrage, comme nous l'avons déjà dit. 

A. Epstein. 
(A suivre.) 

1 Pour le Nouveau-Testament, l'homme est aussi un temple de Dieu (I Corinthiens, 
3, 16, 17). Barnabe nomme la bouche : « la porte du temple ». Hilgenfeld observe 
avec raison : « Il est incontestable que, déjà chez les Esséniens, l'holocauste fut 
remplacé par la consécration du pain » [Jiid. Apokalyptik, 271). 

* Le Livre de Yeçira, avec sa théorie littérale de la création, parle également de 
trois mondes se correspondant ; seulement il omet le sauctuaire et il lui substitue 
l'année. On peut en conclure peut-être que le sanctuaire n'existait plus au temps de 
la naissance du système de Yeçira. Si Saadia et, de temps à autre, l'auteur de M. T. 
croient retrouver les trois mondes alexandrins dans le Livre de Yeçira, c'est une 
inexactitude. Celui-ci suit sa propre voie (Voir mes Beitràge, p. 49 et suiv.) ; il 
ne reconnaît surtout pas le sanctuaire comme un monde à part. 

T. XXI, n° 41. 7 



LE K1TÂB AL-MOUHADARA WA-L-MODDHAKARA 

DE MOÏSE B. EZRA ET SES SOURCES 



L'ouvrage de Moïse b. Ezra, qu'on prend habituellement pour un 
traité d'art poétique ou de rhétorique, est incontestablement une 
des productions les plus intéressantes et les plus importantes de la 
littérature judéo-arabe. M. Steinschneider, dans son catalogue de 
la Bodléienne, a été le premier à signaler la valeur de cet ouvrage. 
C'est lui aussi qui, depuis, en a publié de nombreux extraits. Son 
exemple a été suivi par Munk, MM. Neubauer et J. Derenbourg, 
dans plusieurs de leurs travaux. Cependant, si la partie de cet 
ouvrage relative à l'histoire de la littérature nous a été révélée 
presque en entier, le livre en lui-môme n'a rien perdu de son 
intérêt. C'est l'unique livre d'Adab juif qui nous soit parvenu, car 
c'est le nom que nous pouvons donner à cet ouvrage dont la 
valeur se trouve encore rehaussée par la personnalité de l'au- 
teur. Moïse b. Ezra était l'homme le plus apte à nous fournir 
un tableau fidèle des influences auxquelles les Juifs étaient soumis 
dans l'Espagne mahométane 1 . Comptant lui-même parmi les meil- 
leurs poètes juifs, il pouvait montrer, mieux que tout autre, sur 
quel terrain et sous quelles actions s'était développée cette poésie 
hébraïque qui, depuis le réveil de la science du judaïsme, a excité 
à bon droit, et excite encore, l'intérêt le plus vif chez les savants. 

Nous essaierons, dans le présent travail, d'étudier le contenu de 
son ouvrage, ses rapports avec la littérature juive et, surtout, 
avec la littérature exégétique, ainsi qu'avec les productions de la 
littérature mahométane. Pour ce travail nous nous servons d'une 
copie faite d'après celle que M. Steinschneider a calquée sur le 
manuscrit d'Oxford, et qu'il a mise obligeamment à notre dispo- 
sition. 

1 Les ouvrages à consulter sur lui sont indiqués par Landshuth, Amoudè haaboda, 
ll,p. 239. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 99 



CONTENU DU KITAB AL-MOUHADARA 1 . 

Moïse b. Ezra expose d'abord le motif qui Ta déterminé à compo- 
ser cet ouvrage. 11 a voulu répondre au désir d'un ami qui, le con- 
sultant au sujet de rhéteurs et de poètes, lui demandait pourquoi 
l'art de la poésie était devenu le patrimoine naturel des Arabes, 
tandis que d'autres peuples commençaient seulement à le cultiver. 
Les Juifs, au temps de leur existence comme nation, avaient-ils des 
poésies métriques? A quel moment les Juifs dispersés dans le 
monde ont-ils commencé à écrire des poésies de ce genre, et 
pourquoi ceux d'Andalousie ont-ils remporté, sous ce rapport, les 
plus brillants succès? Est-il possible, en outre, de composer des 
poésies pendant le sommeil? Enfin, quelles règles faut-il observer 
pour composer des poésies hébraïques sur le modèle des poésies 
arabes? C'est à ces questions que Moïse b. Ezra répondit dans son 
livre, qu'il divisa en huit chapitres, correspondant aux demandes 
de son ami. 

A l'en croire, et quoique son assertion nous paraisse étrange, ce 
que les Arabes nomment Adab n'était guère en faveur chez les 
Juifs 2 . Se trouvant en voyage à l'étranger 3 , ajoutail-il, il ne pou- 
vait donner complète satisfaction à son ami. Toutefois il ne veut 
pas se dérober à sa tâche, tout en conseillant à son ami de lire à 
ce sujet les travaux des écrivains mahométans 4 , où il trouvera de 
plus amples détails. Pour lui, il a donné place, dans son ouvrage, 
à l'histoire des réflexions philosophiques, pour rendre son œuvre 
plus attrayante. A ce propos, il nous apprend qu'il a parfois mis 
en vers des idées qui n'étaient pas de lui 5 . 

Moïse b. Ezra passe ensuite à la solution des questions qui lui 
ont été posées par son ami. 

1 La pagination que nous citons dans nos notes, sauf indication contraire, est celle 
du manuscrit du Kitâb al-mouhâdara wa-l-moudhâkara. 

3 5 b : wab baoba :ns>n bria \n îrowbK bna ^v raona in yn feœnbn 
aiNpb bNp'nnoabN yn awnpi brus nnoa rrb* ûtt. 

3 3 a : acnmaba \n iTa^bs ^ba ib nîTrba m ^N*n &12 ^Ni-iba ïrnbai 
■»B "paott fittfin pTD nam wa- ps« ^ bfcsnttbK afrrrDabao b"nab« 

0121 "'D 1"lD1^ 33 ÙSH. Cf. Kerem Chemed, IV, p. 83 ; Magazin fur die Wiss. 
des Judenth., VIII, p. 48, partie hébr. Le proverbe cité dans notre passage 3i l ""|3bN 

Tkr ab baari *Mtv ab nan iï-jd nanti ipsi nina bw l'iba onabao 

se trouve aussi chez Al-Housrî, Zahr al-âdâb, édition de Boulâk, I, p. 391. 

4 Voir plus bas. 

5 7 a : «aanbN b-napa* Xa rtnjbsti a*tt pnnstt yn in ï-jnTabs a*tt nroan 
■naaôb naoi "nasb no^n a*?a nekh a*ttb:>ba« 'rnaoabis *pa nnbfcm. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Chapitre I (9 b). Des Discours et des Orateurs. — L'art de 
L'éloquence, appelé en grec KpTia'rr f , consiste, d'après Aristote, en 
discours bien appropriés, où l'imagination ne domine pas, dont la 
perfection tient au talent des orateurs et à la manière d'exprimer 
beaucoup de pensées en peu de mots, tout en étant compris de tout 
le monde. On appelle Choutabâ les prosateurs de chaque peuple. 
Les Perses, les Grecs et les Romains avaient aussi bien des pro- 
sateurs que des poètes philosophiques et des écrivains politiques 2 . 
Des historiens croient que Hermès I er 3 a composé des poèmes et 
des ouvrages en prose sur les choses célestes et terrestres. Mais 
ce sont surtout les Arabes qui ont traité les sujets les plus variés 
en vers et en prose. Chez les Hébreux aussi il y a eu des choutba, 
à cette classe appartiennent : Deut., xxix, 9 ; Jos., xxm, 2 ; xxix, 
2; I Rois, ii, 2; vin, 12. 

Chapitre II (12 b). De la Poésie et des Poètes. — L'art de 
la poésie, dit-il, n'est pas une science déterminée par la nature 
de son objet 4 , comme l'arithmétique, la géométrie et la musique ; 
elle n'est pas non plus une science artificielle dépendant de l'arbi- 
traire humain : elle renferme des éléments purement artistiques, 
comme la grammaire 5 , et des éléments déterminés par la nature 
du sujet, comme la métrique. Le mot arabe shir vient d'une racine 
qui signifie savoir, supposer. Quelques-uns expliquent le mot 
comme synonyme de nb\ racine qui signifie raconter; de là vient 
que chez les Arabes le prophète s'appelle nabî, parce qu'il raconte 
ce qui lui a été révélé par Dieu. En hébreu le mot arma est tout 
aussi bien employé pour désigner Je vrai que le faux prophète, 
comme le mot tP^bN est appliqué à Dieu et aux idoles. Mais le 
prophète est, soit un envoyé de Dieu, comme Moïse, Isaïe, Jéré- 
mie, ou un homme qui n'est pas l'envoyé de Dieu, comme Abra- 

1 Les fautes de lecture que nous relèverons s'expliquent, en général, par la confu- 
sion des caractères arabes. 

* Le même fait est cité 15 a ; cf. Goldziher Muhammedanische Studien, I, 172. 

3 Dans Ibn Abî Ouseybia, 1, 16, il est dit : (07217!) Î13N 'pfrTDJybN '"D'iIVl 

naonnba yn tTnb*b« N^aba -»d ab^n )k bix in niûJE ma b^p mana 

rairiM "iMWîNa ifïrrû aorû mnm bïiab tpa ï-wan rrowbtf 

rmb^bai ïranabN aomba* 1121212 ^s rwawaï bna* rwba ïiwîbyi2 tjanpi. 

Ce Hermès ne doit pas être identifié avec Hormouz. Cf. Harkavy, Studien und Mit- 
theilungen, IV, p. 344. 

4 Cf. la classification des sciences, sous l'influence d' Aristote, dans Ibn Khaldoûn, 
Moukaddima, éd. de Boulak, 399. 

5 ipiDifcbfio !Ïo*73îrban saonbao atfintrn ritt-wpbas ùib?ba* )i2 o^bi 
■j72 ïtd bn rib^j s^nriKbaKRbK fenb^ba* yn retira -i— «bi mïtwi 

[m m rtnp tam -nba* "jNDbba* taip»i "iroba* tziby rrnabasNbN 

YMybiï ÏTOb^ba*. Voir plus loin, p. 105, note 3. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 401 

ham, Isaac et Jacob. Chaque envoyé est un prophète, mais chaque 
prophète n'est pas un envoyé 1 . Le n">^5 hébreu répond donc au 
« shâir » des Arabes. On devient nabi par l'esprit divin, comme le 
montre l'exemple de Saùl 2 . Quant aux mots de celui qui répond à 
l'homme qui s'étonnait que Saùl fût aussi parmi les prophètes : 
« Et qui est donc leur père? » (I Samuel, x, 12.) Saadia, dans son 
commentaire sur le Sèfer Yeçira, les a expliqués ainsi : que, la 
prophétie n'étant pas héréditaire, il n'était pas étonnant que Saùl 
fût parmi les prophètes. 

Le terme de nazm, pour désigner des poèmes, est le même qui 
désigne l'art d'enchâsser les perles et les pierres précieuses 3 . En 
effet, les mots, eux aussi, sont enchâssés par le poète, de manière 
à former une strophe. Toutefois la racine nzm n'est employée que 
pour désigner la réunion de deux objets; en poésie, elle ne sert 
donc que pour les deux parties du langage, le nom, qui représente 
la substance, et le verbe, qui représente les accidents, et ces par- 
ties sont unies à l'aide d'une particule. Le nom désigne le sujet ; 
la chose qui est portée par le sujet s'appelle l'attribut, comme il 
est dit au début du Kitâb al-loumd d'Aboulwalid 4 . Le mot arabe 
nzm est rendu en hébreu par abtt ; les rimes sont appelées trmn. 

Quant à savoir laquelle est supérieure de la prose ou de la 
poésie, les écrivains arabes ne sont pas d'accord sur ce point; 
cependant la majorité met au premier rang la poésie 5 . 

Chapitre III (15 a). — Les plus anciens peuples qui se soient 
adonnés aux sciences sont les Indiens, les Perses, les Grecs, les 
Turcs et les Coptes G . Quant à ces Ismaélites qu'on appelle les gens 
de Moudhar, et qui ont habité le Hidjâz\ ils ne comptaient pas 
parmi les peuples ayant produit œuvre de science. Ils ne se distin- 

1 De même, Abraham b. Ezra dit dans son grand commentaire sur Exod.. xxxi, 18 : 

i"y n:wn iDion 13 **jitt rpbia nm"« ab ù^n "o û^te "îpnan ^a bsi 
mbtt aras bs tn-i. 

2 I Sam., x, 10 et suiv. 

3 De là les expressions *p©?l "^33, Ozar Nechnad, IV, p. 91 : fib"n 313 i"lfc* 
0"IH *bîMb OTïn TÎ1 onn *inî3 n*>tt!l 'WS ; Û"nttN; Tarschisch, éd. Ginzburg, 

p. 4, 1. 18 : dnttN nb"rta tnitori *jb nnp; p. 91, v. 103 : nb^n ma ain. 

4 Bacher-Derenbourg, Kitâb al-luma l , p. 19 et s. Voir aussi Bâcher, Abraham b. 
Esra ah Grammatiker, p. 72. 

* La maxime citée ici : dttfb&n *ni2bN TÊrjn *P8C3m ^'nibtf DÎ-&23 bfrip"! 
Hânbtt ">D l^pjbtf !Spa ^pa" 1 est citée par al-Housri, II, 457, au nom d'Abou-l- 
Kasim al-Sâhib b. Abbâd. 

6 Voir les opinions des écrivains arabes sur l'histoire des sciences chez Goldziher, 
Mîihammedanische Sludien, I, 172. 

7 Sur la différence entre les Arabes du Nord et ceux du Sud, que Moïse b. Ezra 
désigne plus loin par Ismâillyà et Kahtânîya, voir Goldziber, l. cit., p. 78 et 
179. Ces derniers, selon Moïse b. Ezra, descendaient de Ketoura, la concubine 
d'Abraham. 



102 REVUE DES ETUDES JUIVES 

guèrent qu'en poésie, comme le reconnaît déjà Aristote, dans une 
de ses lettres à Alexandre. Ils conservèrent ce privilège aussi bien 
à l'époque de la Gâhilîya qu'au temps de l'Islam, si bien que l'art 
du bien dire est devenu presque l'apanage de tout le peuple l . 
Cependant, il faut en attribuer la cause à leur étoile particulière, 
à la température de leur climat, à l'air de leur pays, à ses eaux, 
qui dessèchent l'humidité de la langue. Leur idiome est loin d'être 
aussi sec que celui des Abyssins, mais il est plus rude que celui 
des Slaves. Galien, lui aussi, a soutenu que le type, les mœurs et 
les habitudes des hommes dépendent de la nature du sol qu'ils habi- 
tent. Cette question a été traitée avec de longs développements par 
Hippocrate, dans son Kitâb al-ahwîya wa-l-bouldân, ainsi que par 
Galien, dans son commentaire 2 . Dans le traité des « Sincères », 
qui doit servir d'introduction à l'astrologie, il est dit que, quand 
plusieurs naissances, ayant lieu à différents endroits, tombent sous 
le môme horoscope, cela annonce que les nouveaux-nés devien- 
dront des poètes ou des orateurs, mais leur degré d'aptitude va- 
riera de pays à pays. Al-Masoudi rapporte que non loin du Yémen, 
il existe une île qu'on appelle « l'île de la raison », où on trouve 
une eau, l'eau de la raison, qui a une action très salutaire sur les 
capacités intellectuelles de l'homme 3 . Quoique la ville de Tibériade 
soit dans le Shâm, son air et l'eau de son lac exercent, grâce à son 
voisinage du Hidjâz, une influence si grande sur la langue et l'art 
de bien dire 4 , que les Juifs qui l'habitent et qui y sont nés se dis- 
tinguent effectivement par ces qualités. En poésie, les Juifs qui se 
sont le plus distingués sont : Samuel b. Adiyâ 5 , Al-Rabf b. Abî 
al-Houkeyk 6 et d'autres encore qui sont cités par les historiens 

i Tarschisch, p. 21, strophe 260: ïj&n Û^pn^^T mftSm ÛW "IJH^ *pM 

2 Sur l'influence du climat et de la nourriture sur les mœurs, voir aussi Ibn Khal- 
doun, Moukaddima, p. 72. Il y est dit, entre autres, que Al-Masoudi n'a fait que ré- 
péter les opinions de Galien et d'Al-Kindi, opinions qui ne sont rien moins que 
démontrées. 

3 Un pareil récit se trouve dans ^ b^ ^Slp» IV, éd. de la Soc. Mekize Nir- 
damim, p. 19. 

* Sur la prononciation des habitants de Tibériade, voir ma dissertation Zur Gesch. 
der Aussprache des hebrâischen, dans Ztschr. fur alttest. Wiss., de Stade, 1886, 
p. 224 et s. 

5 Graetz, Gresch., V, p. 102 ; Nôldeke, Beitrâge zur Kenntniss der àltesten Poésie 
der Araber, p. 57. 

6 Dans Aghânî, XXI, éd. Brûnnow, p. 91, lui est consacré un chapitre qui débute 
ainsi : 1MT1 ÙÏTI rib^lp 153 \1û limb» fin^tïi \12 p^pfiba p ^mbtt ffiO 

s^n-iba* i&oi ■piîifioba «janb bap^ ysniw p inr? "ibn yn wvii TifcibN 
no&m dmos rjttipi in inïbbb NS"»bn faon haws nin ù"n ia a*0"nba* ^ntf 
o*n i&on Tttr»abM lattjabN p v-itt^b inîbba* rtoami ^mbb sfib'np rç'a 
^bat dsot p ûaôo 'jw itiEbm ■»«. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 103 

arabes. A côté de ceux-là, on pourrait placer les Arabes qui 
ont adopté le judaïsme, comme les tribus des Himyar, des Banoû 
Kinâna et auires *. 

Ensuite Moïse b. Ezra s'attache à démontrer que, suivant l'opi- 
nion de plusieurs sages, la constitution de l'air, de l'eau, ainsi que 
les mœurs et coutumes changent avec les mouvements des astres. 
Moïse b. Ezra cite, à ce propos, les paroles d'Aristote. D'après cer- 
tains historiens, il a dû exister chez les Arabes des magiciens qui 
connaissaient les choses cachées 2 . Cependant Moïse b. Ezra croit 
que leurs prédictions au sujet des changements atmosphériques 
n'étaient pas fondées sur une véritable science. Ces questions sont 
également traitées dans le &aDNbN narû, d'Aboû Hanîfa 3 , et dans 
d'autres écrits. 

De cette manière, Moïse b. Ezra essaie de prouver que les Ahl 
al-Moudhar sont arrivés, sous l'influencé des conditions dans 
lesquelles se trouvait leur pays, à devenir la nation du bien dire. 
Ils doivent être préférés aux Kahtânîya, qui habitent le désert. 
Ceux-ci sont les Ahl al-Wabar, les possesseurs de tentes, les 
enfants d'Abraham et de Ketoura, dont il est dit dans l'Écriture : 
« Et les enfants des concubines qu'avait Abraham..,. (Gen., 
xxv, 6). » Les poésies et les écrits en prose des Ismâîlîya et des 
Kahtânîya sont nombreux. Leur science et leur succès allèrent 
toujours en grandissant, si bien que les Mahométans finirent par 
voir dans la beauté de langage de leur Coran une preuve de sa 
véracité. Toutefois cette question a été suffisamment traitée par 
Samuel b. Hofni, David b. Merwân b. al-Mikmâs et Saadia 4 . 

Quoique disposant d'une langue riche, les Arabes se rendirent 
maîtres de beaucoup d'autres langues ; ils imposèrent aux nations 
et leur langage et la puissance de leur domination ; ils vainquirent 
les Perses, les Grecs et les Coptes ; leur langue se répandit, les 
connaissances scientifiques se généralisèrent dans l'étendue de 

1 Sur la conversion de tribus arabes au judaïsme, voir Z. D. M. Gr., XLII, p. 599; 
Wellhausen, Skizzenund Vorarbeiten, IV, p. 13. 

2 C'étaient là les Savants $ >armi les Arabes, auxquels on attribuait aussi la science 
des généalogies, comme cela ressort des paroles de M. b. E. : yyi biKp ^pl 

•fyy snrba b^aop pjb ^ )iVD *rp )# *i«riNb»n awabyb&n "p'-ianbabN 
£p38?bN npvtfba *iNab»bi*i ïrna«b&< -nft&bb Frwm bsn nmba û-np 
yv2 ûban psnba ûïtd "jêci dmb* dabDbN rip^ii ûrtnaoba ri'pnb 

^b« ÏÏDfrPpbtfl FlDtf^btf bïTO rûôOl rWR&H Tia»bM. Sur les Kiyâfa, voir 
Goldziher, l. cit., p. 184. Cf. Ibn Khaldoun, Mouk., p. 91. 

3 Pour fcO-^bN SNrO 1. ^tfnbttbtf 3Nrû. Ce livre est le Kitâb al-achbâr 
d'Abou Hanifa aUDînawarî. 

4 Voir, au sujet de ce passage, Steinschneider, Polem. und apologctische Literatur, 
p. 102. 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leur empire. Ils traduisirent des œuvres anciennes et nouvelles, 
les amplifiant ou les expliquant. Chez aucun autre peuple, on 
n'écrivit et on ne traduisit autant d'œuvres scientifiques que chez 
les Arabes, ce qui, d'ailleurs, avait déjà été prédit par les pro- 
phètes *. 

Le langage hébraïque a de nombreux liens de parenté avec 
l'arabe et le syriaque, surtout à cause du voisinage des trois 
nations. Il n'y a presque pas de différence entre la dénomina- 
tion des substances, la différence existe seulement dans le degré 
de sécheresse 2 , qui provient de la diversité de l'air et de l'eau, 
comme nous l'avons exposé plus haut. Aboû Ibrahim b. Bâroûn 3 , 
dans son Kitâb al-monwâzana, a admis une autre raison pour 
expliquer les analogies de ces langues. Toutefois, quant à la com- 
paraison de l'arabe avec l'hébreu, celui-ci a été devancé par Dou- 
nasch b. Tamim. 

C'est ainsi que Moïse b. Ezra explique Vsl suprême perfection de 
la poésie arabe, qu'il considère comme un fait acquis. Il admet que 
la langue arabe a le plus d'analogies avec l'hébreu, ce qui n'avait 
plus guère besoin d'être démontré après les grands grammairiens 
juifs de l'Espagne. 



1 Voir Steinschneider, l. cit., p. 351. 

2 II faut sans doute entendre par là la richesse ou la pauvreté de la langue en 
voyelles. 

3 Ce passage a déjà été cité par Neubauer, Notice sur la lexicographie hébraïque, 
p. 203. Les opinions des grammairiens juifs au sujet de la parenté des langues sémi- 
tiques sont énumérées par Goldziher, Studien ilber Tanchum Ieruschalmî , p. 14 et s. 
L'opinion de Tanchum citée p. 22 est identique à celle de Moïse h. Ezra sur ce 
point, v. Bâcher, Abrah. b. ~Esra als Grammattker, p. 33. Il faut encore y ajouter 
les intéressantes remarques de Jacob Gavison ïiniDIUln Tûl^t 18 d et suiv. : 

m3>n ^^.vi2ft ù^-puî nrp wana û*vr:nbn vnan ^wibéo bN as 
nb "çun mamDbri ba*: rràtt nbyn «vrptt îMiiab une -izna t:n "o 
NbN «mpn wiœbtt «nn vmbfc an *zr\y, "piab a:* tn:nn "p^b swina 
, û'nnN Y'^i nsotoa mbtt ma«3 ^aiota ■wna ^sb w» 13a "«a toancaiB 
p-ia yty mtt asr \\xz -o-pyi bnea ana "pa v^pr: •ptab aba ^an^a 
.""an^n hy «b« laiavr Nbi arai ab ma» nxp Nbw *iaba it ab-i 'i^i rwn 

Jacob Gavison cite, comme exemples à l'appui de sa thèse, 1° Jérémie, xxxr, 2, où le 
mot a^THTjri répond à l'arabe n-plfa et doit signifier « chemin battu, chaussée > ; 
2° Isaïe, ix, 18, où ûn*5 est synonyme de ^lBrD ,ïlb^bnu nTOTD'3 ^"la? ntlN "O 

mfcop-> ■pian "jab na^ta aiaïn ^anra rt'ftny NnpD acrn nb^brr ^pm^a 

1"N5jrî3>1 d'^nJ a^^ai^ïl. Cf. Bâcher, Abraham b. Esra als Grammatiher, p. 170, 
et Revue, XVIII, p. 82. Il donne encore diverses étymologies et termine, p. 119, en 

disant : «nm» ^pimb mwa smtt aitf -i»fio Nb i*ttb irçasn nT bai 

a"ia^'tl. Voici encore un passage remarquable : (Y'tû'T biOj*7) ba b"î'" i m"l "lfàtt 

troc 'a b«5 mpT3Tin ib^DN ttm« ûwp ba nb» abm wn'B "Wp ab 
n53"iN ann (b«a) ba tfiïi ^anr ■jntaba baiDïri nann mata» "nN "o 
bffi ï-ib^n n&» b"T ynw ab ntd^t ^mn Tinn b"n ^b^a fn rnabnb 
ïanb î-phid V 3 a^anm. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 105 

Sous le rapport de la langue qui doit être considérée comme 
la plus parfaite, Moïse b. Ezra connaissait aussi d'autres opinions 
qui n'avaient pas de prédilection pour l'arabe. Telle était l'opinion 
de Galien, qui a été aussi rapportée plus tard par Maïmonide 1 . 
D'après lui, la langue grecque est la plus éclairée, la plus parfaite 
pour l'élégance, et la plus humaine, tandis que les langues des 
autres peuples ressemblent au grognement du porc, ou au coas- 
sement des grenouilles. D'ailleurs, elles sont lourdes d'allure et 
difficiles à prononcer. Moïse b. Ezra et Maïmonide citent aussi 
la réfutation de Mohammed b. Zakaryâ al-Râzî, dans son Kitâb 
al-Shukûk-, qu'il a écrit contre Galien. Al-Râzî objecte à Galien 
qu'il n'a pas le droit de considérer la langue grecque comme la plus 
parfaite et de déclarer imparfaites toutes les autres langues, car il 
est notoire que chaque langue est le résultat d'une convention 3 et 
qu'à celui qui l'ignore, elle paraît rébarbative et difficile. Maï- 
monide, toutefois, prétend découvrir dans l'opinion de Galien cette 
part de vérité que les langues sont déterminées par les zones, 



i Kôbt% II, 22 d. . 

s Le livre dans le Fihrist, p. 299, 1. 2, s'appelle : Dirb&tt ib# ^"Dttîbi* SKrO, 
et chez Ibn Abî Ouseybia, I, 312: narD 1S inbfct nNïpfcWfcb&n ^pSttJbN 3NrO 
D^bfiW. Les paroles de Maïmonide : b^ inbin "ÏÏfin psnD3 Ï15Ï1 Ï1W)2 TûN. 
OlS^biO, montrent bien qu'il entend parler de ce livre. Il cite aussi l'opinion d'AU 
Fârâbi, d'après laquelle les langues, comme les corps, sont plus parfaits dans les 
climats tempérés que chez les septentrionaux ou les méridionaux, opinion adoptée 
également par Ibn Khaldoûn, Moukaddima, p. 69 et s. 

3 II est notoire que la discussion des philosophes grecs sur la question de savoir si 
la langue s'est formée (fvaei ou vou-w, ou, comme disaient les stoïciens, çucei ou 
0£(j£t, a été reprise par les dogmatistes mahométans. La question était importante 
pour la science des Usùl aUfikh. Dans son livre, Al-mustasfl min ilm al-usul (Ms. 
de Gotha, fol. 83 v.), Al-Gazâlî consacre un chapitre spécial à cette question. Ce 
chapitre débute ainsi : 

ïTTTNbtastN NrttK ^ba mp snh *ipn nfcwbba anatt ^d bi»bK bssba 
tppnnb» a:\Nn bsb "pi ûb éhn tppmbN ûns^ Ntn ND^pin "psi £p 'tn 
nabrattabN ™ rinsipin NhaN mp b^pi paao nabûSNa aaabbbb kbwm 
fcasba isba *\bh yo* abi atenb» ib« ïri:m ïi&naçtti aa&ôna «b« ûip^ «b 
ib* h*abfiti msnbwN batrp l'rba i7pb« Dip bspn riNbai^ba bap sp-i^w 
i» nNnbttb&o rwbï3S»b«a lia* 1 !TT*a ïiïïi sjipinbaa lia" 1 nKbïaatKba 
i*»obN np-ibN i?n nN "^bp^bwN TNi^b^ ib« *ini }n n*dn vàr t 

Les opinions conciliatrices ne manquèrent pas non plus ; comme il résulte de la dé- 
nomination de EPpiri, qui correspond au çucret des Grecs, les Mahométans admet- 
taient une inspiration divine. Des dogmatistes orthodoxes ou ceux qui avaient un 
penchant à l'orthodoxie adoptèrent donc l'opinion du Tauldf, tandis que les Muta- 
zilites, plus hardis, expliquaient l'origine du langage par la convention n^btû^N. 
Al-Ash c ari, al Goubbâî et al-Ka'bi se rangèrent à la première opinion, tandis que 
Abou Hâshim adopta la dernière. Tous s'appuyaient sur le Coran, Soura, n, 29. 
Voir Goldziher dans Z . D. M. G., XXXI, p. 549. Les écrivains juifs, comme nous 
voyons, adoptent tous l'opinion que la langue est un produit de convention. Tel, 
entre autres, Abraham b. Ezra; voy. Bâcher, l. c, p. 31. 



106 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

et que les langues dos zones moyennes, comme l'usage des organes 
du Langage chez leurs habitants, sont les plus convenables. A la 
vérité, ce n'est pas seulement le grec qui doit être considéré comme 
une langue de la zone moyenne, mais aussi l'arabe, le persan et 
l'araméen. Il est reconnu par tous ceux qui connaissent l'hébreu et 
l'arabe que ces deux langues n'en forment, pour ainsi dire, qu'une. 

Moïse b. Ezra, en citant le passage en question de Galien, veut 
seulement prouver par là que toutes les études philosophiques et 
scientifiques, proprédeutiques à la logique, à la physique, à la 
métaphysique et à la politique, ont eu pour premiers auteurs les 
Grecs. Le nom même de la philosophie n'est-il pas emprunté à la 
langue grecque ? C'est aussi pourquoi les anciens appliquaient la 
bénédiction que Noé donna à Japhet à la sagesse des Grecs l . 

Le chapitre est terminé par des remarques sur la langue 
hébraïque. Il nous en reste peu de chose, uniquement ce qui a été 
traduit en araméen, en arabe et en latin. Nous ne pouvons guère 
juger d'après ces traductions de la beauté de l'original, car il y a 
dans chaque langue des substantifs et des verbes qui n'existent pas 
dans l'autre, et le traducteur est obligé de recourir pour ces mots 
à des mots de sens approximatif, par là la beauté de l'original se 
perd. C'est ce que le traducteur de la Bible, Hafz al-Fûtî, a com- 
pris, et ce qui lui a fait dire : 

Il y a dans une langue des choses pour lesquelles une autre 
langue n'a pas de mots. Et cependant si on traduit une partie de 
discours, on arrive à exprimer une chose différente de ce que veut 
l'original s . 

Néanmoins, quand quelqu'un comprend bien le sens des mots, il 
peut le rendre fidèlement, attendu que les mots sont indifférents, 
le sens seul étant essentiel, comme le dit Galien, en différents 
endroits de ses écrits. 

Chap. IV (24 &). — Les Juifs pendant la durée de l'État juif ont-ils 
possédé une littérature poétique ? Moïse b. Ezra répond que, selon 
lui, il ne nous est parvenu de cette époque que des œuvres poé- 

1 Megilla, Oi. 1 

2 23 £: pnbN iî-71 TQïba i£> ttwi bip" 1 ^jisba ys>m 

nedn KïTïy ^d iib o^b * joraa inai "jaob ^ na 
Nfcba mb* a» £|*6b ni<£ * a»:nn xft étind bip bs ba 

Ce Hafz al-Fûtî est encore cité p. 128 a : ÏTO$hn iS WobK fvn ISfcp fc«31 

•jtto i» "pb« bap ïrpa ^ ïtïîio ù^b? ^b» TiatbK ribttà ^ piosbN «in 
iiosaùEbN pNaabai men nbKBbwi ma :nn bs toj abpb*n ïtb ùabs 

•p3 3>»àS mabN ùriO b'rïQ ■nfittrt ifll mïlb« pb- Sur la traduction latine de 
la Sourat al-fâtiha, voir Steinsclmeider, Polem. und apol. Lit., p. 314. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 107 

tiques en prose, comme les livres des Psaumes, des Proverbes et 
de Job *. Mais dans ces livres nous ne trouvons pas de poésies 
métriques, ni l'emploi de la rime. 11 y a des exceptions, témoin 
les exemples suivants : 

Tson ip* ûîtttn *PBïN drus iibon Mb s 

îiddi -djûd mai mû?» dia -pDinb 3 

wi Tsspn Nb ama d*n ^rnffl d^ab ^dnï-: 4 

De ce genre sont aussi les chants contenus dans les livres 
bibliques que les Talmudistes énumèrent au nombre de neuf 5 . 
L'Écriture sainte elle-même atteste que le roi Salomon a composé 
des poésies et des ouvrages en prose 6 . Il y a des savants qui 
croient que ces poésies étaient des Kasîdes 7 . A vrai dire, ajoute 
Moïse b. Ezra, on ne sait rien de leur nature, car il ne nous en 
est parvenu aucune trace. Quant à savoir à quel moment les Juifs 
ont commencé à employer la rime et le mètre s , on ne peut rien 
dire à ce sujet, les Juifs étant dispersés dans divers pays. Or, 
quelle ville ou quelle communauté a, à cet égard, précédé les 
autres? Une chose est certaine, c'est que, depuis que les Juifs 
n'ont plus d'État et sont soumis à la domination d'autres peuples, 
ils les imitent, parlent leur langue et adoptent leurs mœurs, comme 
le dit déjà l'Écriture sainte : a Ils se mêlèrent aux autres nations 
et apprirent leurs manières de faire 9 » ; ou c la race sainte s'est 
mêlée aux autres peuples de la terre 10 ». Cette imitation, natu- 
rellement, ne porte pas sur les choses de la religion ni sur les lois 
religieuses. Le temps et la nature des zones forcèrent les Israélites 
à s'assimiler aux autres peuples. Même Daniel, Hanania, Ezra et 

i Cf. le t;p3» de Schem Tob b. Falaquera, éd. Josefoff, p. 53. 

2 Job, xxvin, 16. 

3 Job, xxxiii, 17'. 

4 Job, xxi, 4. 

5 MecMlta, éd. Friedmann, 34 », et les parallèles. 

6 I Rois, v, 12. 

7 ïr?ri ïTp^pm ditoaba ann naisi N^astp NïnpnyN }» ^wba yni 
nN'na abn p* txziw nb abi ii»b?8 Nb. 

8 25 è : ûttan risbnb» i^bn ^d b»oba pannsab ïi»b?a ab npi &6i-n 
nttNbN ann ^d n»ipn mb:: \n sp?K n»s rmabn» ïN»tan n^ann» 
awdb» pî»n *iyn ^a bnpK 'jn Ta KttnbN npao ri?N»â ^ abi Nï-»nnnN£ 
ûmaionn N:»on-iN bn:brt fittiaaJnOfin bb»b« «inbnna&n a:b»^ p^sm 
"nïi»â ib NDddm dîin&wbn aw»b3rn dîipbbn awpbbm ûnrmoa «noi 
■»5N'nbN b«pi dïtw» ns^n d"n:n i:rwn ipd dîTp*»Énta bannabN 

9 Ps., cvi, 35. 
»» Ezra, ix, 2. 



lus REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Néhémie parlèrent, en partie, l'araméen ; môme à l'époque où 
l'Étal juif existait encore, les serviteurs du roi parlaient aussi 
raraméen, comme cela ressort du récit de II Rois, xvm, 26. 
Ceux qui revinrent de l'exil de Babylone parlaient le syriaque et 
l'araméen, jusqu'à ce que Néhémie le leur eut défendu. C'était un 
effet de l'exil babylonien, qui pourtant fut très court relativement 
à la durée de la dispersion actuelle des Juifs. La môme chose 
arriva pour les tribus qui furent conduites à Churasân, II Rois, 
xvn, 6. (Gôzân est probablement la ville de Gazna ; Chabor c'est 
Wâdi al-Chaboûr l . On dit qu'à Gazna, il demeure encore aujour- 
d'hui 40,000 Juifs.) Depuis que Dieu nous a condamnés au second 
exil, qui dure encore, le même phénomène s'est produit parmi les 
Israélites vivant au milieu des Arabes et des Grecs. Nos ancêtres 
ne veillèrent pas avec assez de soin à ce qui constituait leur natio- 
nalité; rien ne les stimula à cultiver leur propre langue, et ils 
ne furent pas amenés à écrire leur histoire et à consigner leurs 
coutumes, quoique l'Écriture semble prescrire quelque chose de 
pareil 2 . Il est nécessaire que l'histoire soit mise par écrit et ensei- 
gnée, comme il est dit dans l'Écriture sainte : « Tu l'enseigneras 
à tes enfants et à tes petits-enfants 3 . » Nos anciens rois faisaient 
aussi mettre par écrit les faits de leur règne 4 . Mais, par suite de 
la prolongation de l'exil, l'hébreu est tombé dans l'oubli, comme 
disent nos sages : « Les Galiléens, n'ayant pas su conserver leur 
langue, oublièrent aussi la connaissance de la loi. » De là vient 
que seuls les vingt-quatre livres de l'Écriture sainte nous sont 
parvenus en hébreu; or, ceux-ci ne contiennent que le strict 
nécessaire du vocabulaire. C'est dans ce fonds que notre nation 
puise ses expressions pour les écrits divers qu'elle compose, et 
aussi dans la langue de la Mischna, qui est de l'hébreu pur. Il est 
vrai que, dans cette dernière, il y a des choses qui ne sont pas 

1 26 b : i^o-b ^fcnn ^d ïïbit^nbN "pfciia \n a&UDaba yss yiv ^b^isi 
■jn yv fcoi [sic) vie ■nsn ina nm mam nbna ûiirrm aanabN ya xns 
rinwn TabK 'pabaa tfaw rimfc "jna "pan in ■pa'n "jno-o bara^N rnn 
irn lÏEiOTba abbao -na&ôba ^ni rû*o waan -na^rn ins-d ftnitn ^im 
Wnob» y*mvb& b^nn aaro ->d w*o'n )y r-;ba ann ^wn TiîTBtt 
ipbi û"pba* ûr;D72 TttWBE in att ^b* ûipba* ri^Db^ kstn nfttenoa rib 
!Tïto B j»b« ri^T^ rtnbnbK !-nna *jn rtpn«» T'a an-ro l'ai dira» TnabN 
Dîrb» Sanâttab» FsswbK Frrnà "•£> ^nrr a*Dba* ■pwi» i» im ksbîti \a 
mo:ba* ann "pa IROia "îkaon j-pkov Des mots ri^te» "rab« "pabao fow 

il résulte que M. b. E., comme Aboulwalid, a écrit son ouvrage en caractères hé- 
breux. Le verset cité ne se trouve pas sous cette forme dans la Bible. 

2 Isaïe, xxx, 8. 

3 Deut., iv, 9. 

4 II Chron., ix, 29. 



LE KITAB AL-MOUIIADARA DE MÛISE B. EZRA 109 

conformes aux analogies grammaticales, mais il faut que nous 
ayons une confiance aveugle en ceux qui nous l'ont transmise. 
D'ailleurs, ces derniers ont vécu à une époque voisine du temps 
où la langue était encore parlée, et on a pu chercher à faire l'ac- 
cord au sujet de ce qui était répréhensible au point de vue gram- 
matical, comme Aboûhvalid et d'autres éminents grammairiens 
l'ont tenté '. 

Dans ce chapitre, ce qui nous paraît surtout digne de remarque 
c'est l'intérêt que Moïse b. Ezra trouve dans les études historiques ; 
évidemment ce goût lui est venu de l'exemple des Arabes. 

Ghap. V (28 0). — Il était naturel que le cinquième chapitre, qui 
contient ces précieux renseignements d'histoire littéraire qui jettent 
de la lumière sur une des époques les plus brillantes de la littérature 
.juive, attirât tout particulièrement l'attention des savants nommés 
au début de ce travail, si bien que ce chapitre a été cité presque 
complètement. Nous nous bornons, en conséquence, à l'examen 
du commencement et de la fin. Moïse b. Ezra débute dans ce cha- 
pitre parle récit de l'établissement des Juifs en Espagne 2 . Diaprés 
Ezra, i, 5 et s., les Juifs, qui avaient été emmenés en Babylonie, 
sont retournés à Jérusalem, mais l'autre partie de la captivité que 
le prophète Obadia mentionne au v. 20 n'est pas revenue. Or, 
Sefarad, d'après nos traditions, c'est l'Espagne, et Sarfath, c'est 
la France. Mais les habitants de Jérusalem, qui sont les ancêtres 
des Juifs actuels, étaient certainement de meilleurs connaisseurs 

1 28 a : ^«ai ^NinybN laobba arn apaba Hft» brji Nbàba ba^nsas 
Nb D3T05b br rrapïi Nbra h'hî rn b"T pbwb» ipa *vsa in yapsîo 
biba -pa ïTpao îfpMrwba ïï^bbtf \n ^pa nïïs d*ra Drmn ïw^pria 
N» abs irhbba \n fEknn ab \nba rn^pttba anso yniasn wnnaba 
^d SsoBba an»M rtaba Dnnpa «rctts irba* "^iïbN rmn& rw 
•pnanbai N'mbiai ynpnbjn mfcb&o linîb&n nawabfrn n&nbttbfi* 
ï-ttœttbN ruba i^non nï-isn ibi aarabba "pasto jD^babs ï-nài n^on 
pb rmnsbN riNo&opba yn rtwa 5|bNb i&n np "^ana? bip r-iiNa 
btrp \wy\ fin à na-np ftabbaa ^a ûîytïtjb ajan NnnbpN3 ^ba ■p-iDnba 
bra ne non ■nrob» "psNpba 1» artEisba p no nto "pa P^nbN 
fia» anb pttn n^d db^ba ann dabra p rmJn n&wà p 'rbiba ia&*. 

Voir Bâcher, Abraham b. Esra als Grammatiker, p. 102. Maïmonide, dans le 
commentaire sur la Mischna de Terournot, I, s'exprime de la même façon : 

-hy-2 ia a^awa rm nnn anh nwttbs •;» •prabn ba np^o j-toi 
û'vna* pao aba i-wran ^b^a ibao an*: 2ttUOT ntti liobn nm« 
TOttnœa iai ann ywb taira 2E1Z531 ^a^rr ynsa b"n piptta -nn 
... d^na^r: maTiabtt "picb nb^r? iwi 'piaba banp-n K'nffiD iran it nart 
br a-na^n d^abian a-^ann bttN vi»a* rp Trons np^rj nn 
oba msTûbn ba d^bbian û'Hmrr. 

2 A cela se rattache aussi le récit de Mediaeval Jeroish Chronicles, p. 107. Cf. la 
préface du Sefer Hayyaschar. 



110 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de l'hébreu pur et de la science traditionnelle que les habitants 
des autres villes, comme cela ressort surtout des paroles de l'Écri- 
ture dans Deut., xvn, 8 et s. ; Isaïe, n, 3. Or. lorsque l'Andalou- 
sie, au temps d'Al-Walîd b. Abd al-Malik, l'Omayyade, dans la 
92° année de l'hégire, fut enlevée aux Goths par les Arabes, les 
Juifs ne tardèrent pas à se familiariser avec les connaissances des 
Mahométans. — Ici M. b. E. passe à la description de la vie lit- 
téraire des Juifs en Espagne, et il termine par cette remarque que 
les hommes cités par lui étaient des écrivains de premier ordre, 
mais qu'en dehors d'eux, il y eut encore en Espagne beaucoup 
d'auteurs plus ou moins importants. Grâce à l'influence des prin- 
cipaux écrivains de chaque époque, tous acquirent des connais- 
sances diverses en dehors de la poésie. Ils purent s'assimiler aussi 
bien les sciences religieuses et les connaissances des lois reli- 
gieuses que les humanités des Arabes , les doctrines philoso- 
phiques, la logique, l'astronomie, la géométrie et la médecine, 
chacun selon son goût. M. b. E. ne s'étend pas plus longuement 
sur ce sujet et se borne à renvoyer à un ouvrage qu'il avait com- 
posé antérieurement et où il avait traité cette question *. 

A chaque époque, il y a eu des gens, dit M. b. E., que je ne 
nommerai pas, parce qu'ils n'ont aucune importance, qui, par 
suite de leur ignorance générale, n'ont aucune notion de la 
poésie et qui, avec cela, sont orgueilleux, pleins de légèreté et, 
par suite de leurs mauvaises habitudes, inaptes à apprendre, 
manquant d'imagination et d'intelligence; ils sont inconstants, 
ne comprennent rien à la prosodie, inhabiles aux travaux litté- 
raires et néanmoins jugeant à vue d'œil, se permettant d'écrire 
des poésies, de parler sans préparation, comme disaient déjà les 
anciens : « Il n'y a que les gens capables ou stupides qui se sen- 
tent poussés à parler. » Ils suivent une voie et les poètes en sui- 
vent une autre ; ils ne craignent pas les critiques et ne tremblent 
pas devant les gens à langage tranchant, s 1 imaginant que la poésie 
consiste dans l'assemblage des pieds des vers et dans la fabrication 
des rimes. Leurs descriptions manquent de goût, leur discours est 
sans force et sans élan, dépourvu de toute symétrie ; tantôt il 
excite la mauvaise humeur de l'auditeur, tantôt on ne sait en 
l'écoutant s'il faut rire ou pleurer. On demandait, un jour, quel 
était le meilleur poète, à quoi quelqu'un répondit : Celui dont les 
mensonges ont été le mieux goûtés et dont les traits malins ont 

1 43 v° : naonabai na^aba bïia ^è&s "O ïïsbittbN ^nbNpiï ">ai 
!ÏDbNob*3 n«£2ÉÔ8 yn *iat* bs b^ ûb ^Vrbi rttiom ^h ~tii y-naat 
^ba ùïiniswpb ûrraoa ûb awiiiN )n ana Dbn •ht* rnyzhtibs. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 111 

excité le plus de rires. On dit aussi généralement que le pire des 
poètes, c'est le poète médiocre. On pense ici aux poètes de grande 
inspiration et à celui qui est entièrement froid ; le premier étonne, 
l'autre émeut, mais on n'aime pas les poètes de tempérament 
moyen. Une partie d'entre eux ne pense qu'aux mots et proscrit 
les pensées ; leur faconde les entraîne à un véritable verbiage 
creux, dont les expressions peu nobles fatiguent et ennuient les 
auditeurs 1 . M. b. E. cite ensuite quelques maximes 2 et les pas- 
sages de Proverbes, x, 9, et de l'Ecclésiaste, x, 12, qui condamnent 
également ce genre de poésies filandreuses et creuses. La foule 
croit cependant devoir estimer ces poètes. En effet, dans toutes les 
autres professions, le charlatan est vite reconnu de la foule, tandis 
que dans les arts, comme la médecine et la poésie, la masse ne 
sait distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais. Hippocrate 
disait qu'on ne doit pas se laisser abuser par les choses qui ne 
répondent pas à l'analogie. Nos ancêtres avaient l'habitude de 
dire 3 : « C'est le châtiment du menteur que, même s'il dit la 
vérité, on n'ajoute pas foi à ses paroles. » Ceci arrive, en effet, 
fréquemment chez les sophistes 4 . M. b. E. met aussi en garde 
contre ceux qui parlent comme les sophistes : « Quand tu verras 
des gens de qualité défendant des faussetés, il ne faut pas te laisser 
abuser; n'est-il pas dit : « Le pire des hommes est celui qu'on 
respecte parce qu'on craint sa langue », ou « celui qui veut le bien 
craint le mal » ? Un ascète éminent a dit : « Souvent nous saluons 
des gens que nous maudissons intérieurement. » Mais celui qui se 

1 44 b : -iriNB ûï-ïttNbiD arn ûrmanNiaia nnapi ûinnanNa* nforts 
nriïNo êw ^ rratta rittopba so&on» aôn àatta^bK o*np Ta JNîiïbs 
•Bai abi ^r&i ê6 Ntt rrai iban 

2 4b b : bpj>ba ib* pasbtf bÊDi rtai.ï pttaba ib* bp3>ba bis b"yi 

!"î2JÏT Chez Ibn Abdi Rabbihi, I, 209, cette maxime a une autre forme : bi£D 

ri^r; bp^bN ^b* paattbN bks-i ïïttsn ptaa»bK ^b* bp^ba. I, page 291, u 
est dit : bïDi riân-ra iNDbb» ib* bpsbs bits ^bttba ta* p ùpnd bapi 
ùri- bp*ba ib* ^aobba. 

3 Sanhédrin, 89 b. 

4 Le passage entier est ainsi conçu : Ûm33> nbbtf 1^*1 fcCBbO "nfitia *Jfà1 

^ -jns «»a*ii ib p**™ "p» n^K n»n« ibiBNi25 nna bu: ittsai* *p 
ttaoa DONbN aôn "jnd m727ûbN ia*a iKraoBoa» ànîiattbN ùabsba \n 
vin basobN *hv binm ï&b kbobio ï-tcjdn f&o la&o-p bàn iba N3ab*bN 
«aso ^N-iNsbN nsa nasi nbazaaN dm ^nn pnb« ib*i rsp^pnn arn 
rraanbN don irr inba araio p riaanw maar nasb nh~ bip-n ^bi 
bas ftpn73jab« rwanbs !nKa*Es m^bN i^ar riâb ^d im û-jon pi 
^ba aoab» Nina inom îïiabîWttbNi rmanba \n mp ïib *p. Le même 

passage d'Abou Nasr al-Fàrâbî est aussi cité par H. Haya Gaon , v. Harkavy, Stu- 
dien und Mittheilungen, IV, p. xxv. 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

joint à cette classe d'hommes de parti pris et les vante inten- 
tionnellement, celui-là leur ressemble par sa nature mauvaise et 
fausse, et c'est de ce genre de personnes qu'il est dit : « Ceux qui 
ont abandonné la loi louent les méchants, et ceux qui la gardent 
sont des ennemis qui les combattent 1 . » Il y a aussi d'autres 
hommes égarés, sots et légers, tenant des discours plus stupides 
encore et ayant une intelligence plus bornée, qui insultent par 
leurs attaques la sainte Ecriture, prétendant y voir des répéti- 
tions. Et ainsi ils dénaturent ses paroles saintes par des railleries 
dirigées contre des innocents dont ils énumèrent les prétendues 
mauvaises actions. — Mais ce sont là des discours qui révoltent 
et qu'il n'est pas même permis d'entendre 2 . 

Ce qui a été écrit par ceux que j'ai énumérés existe encore 
aujourd'hui ; même la plus grande partie en est encore gravée 
sur leurs tombes, mais ce que les autres, les derniers dont j'ai 
parlé, ont composé a été oublié même de leur vivant. C'est d'eux 
que le poète a dit 3 : 

Les mauvais vers meurent encore avant leurs auteurs. Les bons 
restent, même lorsque le poète a disparu depuis longtemps. 

Je n'ai rien voulu citer des paroles de ces bons poètes, car elles 
sont toutes connues, conservées dans les mémoires. Or, il ne faut 
pas de lampe en plein jour. 

Ces remarques de M. b. E. montrent suffisamment, ce que d'ail- 
leurs nous aurions été obligés de reconnaître nous-mêmes, que 
parmi les Juifs d'Espagne, où il y eut de bons poètes, il a dû y en 
avoir aussi de mauvais. C'est contre ceux-ci que s'élève tout 
d'abord M. b. E. Ensuite, il se tourne contre ceux qui péchaient 
contre l'orthodoxie ; parmi les contempteurs de l'Écriture sainte, 
il semble comprendre ceux qui, se mettant à la remorque des 

1 Prov., xxvui, 4. 

a 46 b -. \n wnb* ^rrn p^pnn p îïpdaba îiiïib dtnm i» nïïsîji 
fcDt-ib'nïï fn HroTOEaba fcaiinspsi rthiabb» saMn^ yn ins rfs 
■nam rrnn "naTOi *im îbbm rmn -on* ï-hw^e ^d d^nba b«p 
iïmpnfcbN 172 rn S|*i«i bip w» nhao* rirrso frih* ûï-pai dn 
di"ï»3>îd dï-îrHtm tpdi dN:ba darnuan OTpftbN ïibbN naro non "id^bx 
dNbd irid ûnsbd ûïinïro fc D 6 n N^dNb» d 1 ] ^d rîtt-idiïbN imOTM nfrîibi 
ndwND^ jtfpBo biNDNb» yyn yno ^ps m» nfibba DTb"> hn -o'rbb dim 
*rnnb« 172 SipB ï-pd nid ndïï yj»ds ifcnba lit* r6 bapd uovtp sbin. 

Cette sortie vise sans doute des gens comme Chîvî al -Balkhî. 

3 D'après Ibn Abdi Rabbihi, Al-ikd al-farîd, I, p. 258, le poète Di'bil est l'auteur 
de cette strophe, np^i *niâl j-jbflN bdp \Q *i?UibN 1T1 m72"> IJNIZibN bttp 
ïib^p ntf72 INI. 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 113 

polémistes mahométans, critiquaient le style biblique et le carac- 
tère des personnages de la Bible. L'époque qui a produit un Isaac 
b. Iasûs et un Abraham b. Ezra a sans doute compté aussi des 
hommes moins réservés et moins pieux vis-à-vis de l'Écriture 
sainte. La polémique des écrivains mahométans , qui avaient 
aussi été en relations personnelles avec des savants juifs, a sans 
doute suscité des doutes au sujet de certains passages bibliques 
qui n'étaient pas faciles à dissiper, et c'est à des doutes de ce 
genre que M. b. E. semble faire allusion. 

Le VI e chapitre (47 &) est, d'après l'indication de Moïse b. Ezra, 
un spécimen des opinions sur la poésie qu'il considère comme 
justes. Le chapitre contient aussi diverses remarques personnelles 
ainsi que des citations de ses propres poésies. 

Ces dernières étaient déjà connues, mais les premières ne 
le sont que partiellement. Dans ce chapitre, Moïse b. Ezra est 
resté fidèle à son projet d'insérer dans son livre des maximes de 
sagesse dans le genre des livres d'Adab des Arabes. Il commence 
en disant que chaque production littéraire, à l'exception des 
livres prophétiques, a certainement aussi des défauts. Aucune 
œuvre humaine ne peut prétendre à une perfection absolue. 
Seulement, lorsqu'un travail recèle un nombre important de 
beautés, celles-ci peuvent en faire oublier les défauts. C'était là, 
sans doute, la pensée de ce poète arabe qui disait que, parmi les 
douze mille hasîdes qu'il avait composés, chacun renfermait au 
moins une belle strophe, et que ces douze mille strophes assuraient 
sa réputation pour l'avenir 1 . Moïse b. Ezra cite ensuite quelques 
maximes sur la renommée, qui est placée au-dessus de la fortune 
et des poètes. Voici, entre autres, une de ces maximes : « On dit 
que la poésie est l'aile des poètes. Grâce à elle, il peut atteindre 
ce qui, autrement, était inaccessible pour lui. Elle l'amène là où il 
n'aurait pu entrer; » or, j'ai trouvé une époque où la culture intel- 
lectuelle a une valeur bien faible, et où l'opinion publique à son 
sujet est fausse ; elle a perdu toute nouveauté, elle a vu sa 
jeunesse s'évanouir, comme disait un ancien : « Le temps est venu 
et a travaillé à l'édifice, mais nous sommes arrivés près de la 
chute. » C'est aussi à cela que faisait allusion Ibn Gabirol, mais 
il n'a pas vu la finesse de cette pensée, qui se révèle dans l'oppo- 
sition de la jeunesse et de la vieillesse. Il disait : 

1 fN bipi a-isba i» ûN'asba iNonsn ûaôa-bN ïTraNiiâ ^na "jao *rp"\ 
ana ma rhrun bn ^ nb "jn yv abi ïTpap sp« &nm ans ^b 

^bN naiU ma &|ba fcnai SÔ3 ann&O &HN ">bô. L'auteur de cette parole est 
Bashshâr b. Bourd, comme il ressort d'Agâni, III, 24, 1. 2, et des remarques d'Ibn 
al-Athîr al-Gazarî, Al-Mathal al-sair fî adab al-Mtib wa-l-sluVir, p. 489. 
T. XXI, n° 41. 8 



114 HEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« A quoi bon de longues plaintes 
Le monde était jadis si beau ; 
Seulement je suis venu trop tard ». » 

C'est ainsi que Moïse b. Ezra poursuit ses descriptions de la 
situation générale de son temps. Les hommes cultivés ne 
jouissent d'aucune considération auprès de la foule. Des gens 
qui ne peuvent avoir autant d'utilité qu'un arbre ou un animal 
domestique croient lui rendre service en le- saluant; à l'homme 
qui est vraiment éminent, mais qui ne veut pas se déclarer tel, se 
bornant à le prouver par ses manières d'agir, Aristote dit : « Si 
vous faites le bien, multipliez vos bienfaits, pour qu'ils vous parais- 
sent plus petits, et rendez-leur une vie nouvelle en en supprimant 
le souvenir. » 

Malgré cet état de choses, Moïse b. Ezra ne veut pas compter 
parmi ceux qui ont été maltraités pas le sort et il ne raille pas ces 
mœurs des hommes. Il a éprouvé du bonheur et du malheur; 
la fortune lui a souri et l'a aussi trahi. Mais il a joui d'un bien- 
fait qui lui permet de renoncer à toute prétention à la reconnais- 
sance d'autrui, ce bienfait, c'est le contentement et la modéra- 
tion. L'auteur cite, ensuite, plusieurs maximes sur la justice du 
sort, sur son influence quant à l'éducation, ainsi que sur la modé- 
ration 2 . Parmi les auteurs de ces maximes, il y a des philosophes 
grecs, comme Pythagore, Platon, Socrate, Diogène, des ascètes 
mahométans et « la science des Indiens ». On voit que Moïse 
b. Ezra avait su choisir de grands maîtres dans l'art de mépriser 
les biens terrestres. Il cite d'Al-Kindî les paroles suivantes : « Il 
est avéré que tout sentiment douloureux de l'âme est précédé 
habituellement d'un désir de goûter la satisfaction d'un besoin ou 
de voir disparaître une lacune. Il est impossible que nous soyons à 

1 49a.-cNiba 3!-ïfirâT lYroao ira n^aba pio s«Nttî npnb ^a» wrwi 
INttî'ba 'bi«bN bap *oan ttnn^nia rnaEn nmà mbn rrrofiw ïibriN v 
■>33>fcb« «"ttriba nbba rn bao-na ina -inïïni tnnbN v, narriio rnan 
irtnp Tpnaa ttfc baps dnïrbao n^n^ba ^ in "nba iison inib *pT nbi 
van ttaTÎnaa bns* mia finvi bnm. 

t t-:-t t-; t t:t •• •• : 

M9 v .■ ■paanba i» abi daoaba )n p»bfcn»b« )ft nobs aaa n»ni 
ïrn»K faîb» )n npi 13*0 a^ï-nna Tï-îâib dimba p pabbaba rtfù 
i*9 nman nnnom rrn^n ia*j bar îinbpri laawttw rma» irbm 
dfiWNba ■nm ûNwb.N -nbi ftbKftaja nna va ^oni rrbanptf ^n 
w ))2 xn ^ahba ninbai [si »•.] . . . bairtà bann rnn bNii-raban 
Ni-nso 15a nbksn wnoan Nrraœ ^ba» nn paviON vib« rraa»aba 
wip&bà iba dKbonoabfio *P0">baa apnnbao b^bpban anspba ■jVn 
^ba nvrabai lawaaba ftspi* 



LE KITAB AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 115 

l'abri de ces souffrances, car tous nos vœux ne peuvent être 
satisfaits, et nul n'est assuré de ne pas se voir privé de ce qu'il 
aime, car la constance et la durée n'existent pas dans ce monde, 
où tout naît et meurt; elles existent uniquement dans le monde 
de la raison. Donc, si nous voulons voir nos vœux se réaliser 
et ne pas être privés de ce qui nous est cher, il faut que nous 
aspirions aux biens de la raison, qui sont éternels, comme la 
crainte de Dieu, la science et les bonnes œuvres. Mais si nous ne 
recherchons que les biens matériels et si nous prétendons les 
conserver, nous poursuivons quelque chose qui n'existe pas dans 
la nature. » 

Jusqu'à présent les déclarations de Moïse b. Ezra semblent indi- 
quer que les Juifs de son pays n'avaient pas une bien haute opinion 
de la valeur de la culture intellectuelle. Assurément, il faut accep- 
ter ces plaintes sous toutes réserves, comme Moïse b. Ezra le re- 
commande d'ailleurs lui-même. En effet, on était à l'époque où les 
Juifs rencontrèrent des éléments de culture étrangère : une partie 
d'entre eux, peut-être la moins nombreuse, s'assimila les éléments 
les plus importants de cette culture intellectuelle ; une autre partie 
s'y jeta entièrement, et, enfin, une dernière portion y resta com- 
plètement ou, du moins, à moitié indifférente. Celle-ci regarda 
ensuite les autres avec dédain, sinon avec haine. Comme nous le 
verrons encore, Moïse b. Ezra avait lu les meilleurs écrivains du 
monde mahométan, dont la littérature produisit sur lui, comme sur 
beaucoup d'autres Juifs, une grande impression. Il est probable 
que, pour une grande partie d'entre les Juifs, s'occuper de cette 
littérature, qui n'avait aucun rapport avec l'étude de la loi, c'était 
gaspiller inutilement son temps. 

On voit, par les maximes et les passages des écrivains traitant 
de la destinée qu'il cite, que Moïse b. Ezra n'était nullement un 
pessimiste, comme on a l'habitude de le considérer. Il jette sur le 
monde un regard bien tranquille, voyant dans le mal qui s'y trouve 
une nécessité. Sa résignation est celle des Juifs pieux, ce n'est 
pas celle du désespoir. Ses poésies à tendance pessimiste doi- 
vent être attribuées à l'influence des modèles arabes. 

Toutefois, on se tromperait en croyant que Moïse b. Ezra n'a 
écrit ses poèmes que d'après des modèles étrangers 1 ; il déclare 

1 Les poètes mahométans, eux aussi, travaillent sur des sujets étrangers. Dans 
Agâni, III, 147, il est dit : ÎTiltfn^N 13K N'n'b^ $rhb& i3N2»bN TTlIt 

Tr^ûNbtf mnNn KVtàtn &nb riDD^babN d^bs *pj. il est question ici du 

Kitûb nawâdir al-falâsifa de Honein b. Ishak, qui traduit par Al-Karizi, est connu 
sous le nom de Û"»D"lO"lbDïl "HOltt. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

expressément qu'il ne peut renoncer à la poésie, qu'il s'y sent 
poussé et porté ». 

La déclaration de Moïse b. Ezra au sujet du Iligâ (poésie sati- 
rique) est intéressante. 11 assure que, dans ses poèmes satiriques, 
il n'a jamais visé une personne déterminée, quoiqu'il soit facile 
de faire des personnalités — il est toujours plus aisé de détruire 
que d'édifier 2 . — Il ajoute qu'il a toujours mené une vie retirée, 
« car le livre est le meilleur compagnon », et malgré cela, il 
s'est trouvé des gens pour le haïr et pour dire du mal de lui, 
Platon dit : « Ceux qui ont des défauts énumèrent les fautes 
des autres et les constatent , afin de pouvoir plus facilement se 
disculper des défauts qu'ils ont personnellement ». Al-Fârâbi 
dit, dans son État parfait, que ceux dont l'âme est malade n'en 
savent rien souvent, comme le malade qui ignore sa maladie. 
Après avoir cité quelques passages des « Sincères » et d'Aristote, 
Moïse b. Ezra dit qu'on ne devrait jamais répondre à certaines 
attaques, car, en méprisant le sot, on ne l'amène pas plus à 
Ja raison qu'on ne peut rendre la vue à l'aveugle en le raillant. 
Aussi le psalmiste 3 a-t-il défendu de se venger des médisances, 
car il dit : « Tu t'assieds et tu parles contre ton frère, » puis 
il ajoute, Ps., l, 22 : « Tu as fait ces choses là et me suis-je tu? » 

Ces preuves suffisent à montrer que, vis-à-vis du Higâ, Moïse b. 
Ezra se montra aussi réservé que les plus sévères théologiens 
mahométans 4 . Sa conception harmonique et paisible du monde est 
prouvée par ce passage : « Dieu a promis à Abraham qu'il bénirait 
ceux qui le béniraient et qu'il maudirait celui qui le maudirait. 
Abraham devait avoir, selon la promesse divine, beaucoup d'amis 
et peu d'ennemis, ce qui est le bien suprême que l'homme puisse 
atteindre. Du reste, l'accord parfait ne peut exister parmi les 
hommes, à cause de la différence des caractères, des tempé- 
raments et des constellations sous lesquelles ils sont nés. Là aussi 
l'envie est la maladie la plus dangereuse, et, en outre, les hommes 
sont ennemis de tout ce qu'ils ignorent. » 

Le chapitre se clôt par des considérations sur les rapports de la 
poésie avec la vérité. Moïse b. Ezra fait ici au poète les conces- 
sions les plus larges ; tout mensonge est permis dans un poème, 
pourvu qu'il soit beau. Si un poème ne contenait pas de non- 

1 rrbN ïï-inkbN w ribm waba bip ittbbpa ùb &rwni. ' 

2 D^b^bN i&o ini f-tf» ybu: ->d ^«ob ^b y-û'p "ni ntod Kànba n*d&o 
"jba ifi^aba i» id'w dinbN nis i&wttabN rraw ^ ïNraba tan id. 

3 Ps., l, 20, 21. 

4 Sur le Hîgâ, dans la société mahométane, voir Goldziher, Muhammedanische 
Studien, I, 46 et s. 



LE KITAL AL-MOUHADARA DE MOÏSE B. EZRA 117 

vérités, ce ne serait plus un poème. Affaire au logicien de ne pour- 
suivre que la vérité. Après avoir rappelé les paroles d'Aristote sur 
la division des discours suivant leur degré de vérité, Moïse b. Ezra 
dit ceci : « Quand le poète loue quelqu'un, il dit que sa figure est 
plus brillante que le soleil, sa main plus généreuse que la pluie *, 
qu'il est plus courageux que le lion, que son cœur est plus grand 
que la mer ; ce qui est faux, mais ce à quoi il est entraîné par 
les exigences du style 2 . » Ces remarques peuvent servir à inno- 
center l'ancien poète du reproche qui lui a été fait par notre 
excellent critique M. Reifmann 3 . 

Le tableau que nous offrent les observations personnelles de 
notre poète n'est pas sans charmes. Moïse b. Ezra, le grand com- 
positeur de Selihot, qui savait si bien attendrir les cœurs et leur 
inspirer aussi la crainte du Seigneur, n'était pas une de ces âmes 
bouleversées que les déceptions et les souffrances ont jetées dans 
un pessimisme aride et désolé. C'était un homme qui avait goûté 
la joie de vivre et qui avait aussi souffert, mais dont la confiance 
en Dieu et la résignation au sort étaient restées l'appui. La lutte 
entre les hommes lui paraît nécessaire, mais il estime qu'il n'est 
pas permis de les railler injustement et qu'il vaut mieux compter 
parmi les persécutés que parmi les persécuteurs. 

Martin Schreiner. 

{A suivre.) 



i De là l'expression des poètes m ^3 ^tttttà. Ainsi, par exemple, Samuel ha- 
Nflgid, Magasin fur die Wiss. des Jud., VIII, p. 56, 1. 7 : iftiaa ira "p-pB bai 
111313 ; Moïse b. Ezra, dans le Tarschisch, éd. Grinzburg, p. 20, str. 263 : rmUEb 

DT*toa Lppno ibrw natt ba laranii v» 1 * n*. 
8 rrm ob©b« p ma» rrnttttba rai i« bap m» ans -tfwaban 

ûsbaba nrmfe ir»b» istn pnba Frnï ^d a^a nbai "j^n. m. b. e. dit 

lui-même dans une lettre {Magazin, VIII, p. 78, 1. 24) : ,DWbaE MO T3Q 

w trwnwra bar fm .a^b*» •niiD îrvttn. 

3 Magazin, VIII, partie hébr., p. 62. 



LE COMMENTAIRE SUR JOB 

DE R. SAMUEL B. NISSIM D'ALEP 



Un ouvrage exégétique qui a été composé, au plus tard, dans 
les premières trente années du xm e siècle à Alep, est assuré 
d'avance d'exciter l'intérêt des érudits. A part R. Tanhum Ieru- 
schalmi, l'histoire de la littérature ne cite aucun exégète biblique 
de cette époque qui n'ait eu sa patrie dans l'ouest ou dans le sud 
de l'Europe. Depuis la fin de l'époque des Gaonim, le judaïsme 
européen avait pris, sur ce terrain aussi, la direction du mou- 
vement, et, soit en Espagne, soit dans le nord de la France, avait 
produit les ouvrages fondamentaux et classiques d'exégèse biblique 
qui devaient servir de règle pendant des siècles. C'est donc pour 
nous une bonne fortune de faire la connaissance d'un_ ouvrage 
exégétique qui peut être considéré comme un témoignage de la 
méthode et de la tendance des études bibliques en Syrie au com- 
mencement du xni e siècle, et qui mérite d'autant plus d'attention 
que son auteur n'est pas un écrivain obscur, mais était, en quelque 
sorte, le représentant autorisé du judaïsme de son époque et de 
son pays. Le nom de Samuel b. Nissim, dont le commentaire sur 
Job a été publié pour la première fois par l'infatigable M. Buber, 
dans les dernières publications de la Société Mekize Nirdamim *, 
est connu depuis longtemps par les éloges que lui décerne Allia- 
rizi. Nous savons par le chapitre xlvi du Tahkemoni et par d'au- 
tres vers d'Alharizi, devenus célèbres, que la famille de Samuel 
était au nombre des plus anciennes et des plus distinguées de 
l'Orient, qu'elle était remarquable par la fortune, la noblesse de 
sentiments et la piété ; nous savons que son père Nissim était chef 
d'école à Alep, et que son grand-père Abraham avait occupé éga- 

1 d^a V^> commentaire sur Job de Rabbi Samuel ben Nissim Masnutb. Pu- 
blié pour la première fois, d'après un ms. d'Oxford. Berlin, 1889, xv et 135 p.; gr. 
in-8°. 



LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. NISSIM 119 

lement une situation en vue. La maison de Samuel était hospita- 
lière et était le lieu de réunion des indigènes et des étrangers, le 
centre où se rencontraient les gens de Test et de l'ouest. Samuel 
b. Nissim est aussi l'auteur d'un poème liturgique pour le jour de 
Kippour. Ce poème, imprimé dans l'introduction, par M. Buber, 
se sert, pour la finale de ses strophes, des vers d'un poème de 
Juda Hallévi, et la rime du milieu de chaque strophe se rattache 
habilement au premier hémistiche des vers de Juda Hallévi. Les 
dernières syllabes des strophes portent en acrostiche le nom entier 
de Samuel b. Nissim, même l'épithète énigmatique msta (= mac»} 
qui, dans les lignes du début de la copie du commentaire de Job, 
accompagne son nom et celui de son père Nissim. Dans les lignes 
de l'introduction et les souscriptions des commentaires sur Daniel 
et les Chroniques, l'épithète est accompagnée de l'article arabe, 
miûttba. Mais les dernières notices contiennent encore une autre 
épithète, i^put, qui permet de supposer que la famille de Samuel 
b. Nissim était originaire de Sicile. 

Il est certain que le Samuel b. Nissim célébré par Alharizi est 
bien le même que l'auteur du poème liturgique et celui des com- 
mentaires dont nous venons de parler; aussi pouvons-nous saisir 
avec une légitime curiosité l'occasion qui s'offre à nous, pour la 
première fois, d'étudier la méthode exégétique biblique de l'écri- 
vain qui, au début de l'époque postérieure à Maïmonide, comptait 
parmi les sommités du judaïsme syrien. Si nous nous rappelons 
que c'est précisément à Alep que vivait Joseph Ibn Aknin, le 
disciple de Maïmonide, à qui celui-ci a dédié le More et qui fut pro- 
bablement connu et estimé par Samuel; si nous songeons qu'Al- 
harizi, le traducteur du More, faisait partie du cercle des intimes 
de Samuel, en présence d'un livre biblique comme celui de Job 
invitant, en quelque sorte, aux dissertations philosophiques, nous 
sommes autorisés à nous poser une première question : l'influence 
de la philosophie religieuse de Maïmonide se fait-elle sentir dans 
le commentaire sur Job que nous avons sous les yeux ? La 
réponse est affirmative, quoique les éléments, épars dans le livre, 
qui peuvent être appelés en témoignage soient insignifiants et 
que le commentaire, tel qu'il est composé, ne se prête pas à une 
incursion sérieuse dans le domaine de la philosophie religieuse. 
L'influence de Maïmonide se reconnaît le plus visiblement dans 
l'explication de ix, 11 : « Il passe près de moi et je ne le vois pas, 
parce qu'il n'est ni un corps, ni une force dans un corps », 
ïpaa ro NbT cpa irKtt iûb, et, s'il est dit dans Isaïe, vi, 1 : « Je 
vis le Seigneur », c'est là une vision prophétique, ou bien il faut 
expliquer ce passage d'après le principe « que la Tora s'exprime 



[20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

dans le langage habituel aux hommes 1 ». Ici tout, jusqu'aux 
expressions prises isolément, rappelle Maïmonide ; il suffît de se 
reporter au troisième article de foi (dans le commentaire sur la 
Mischna, Sanhédrin, x, Introduction) et aux premiers chapitres 
du More. Les paroles de Job, vi, 10 (p. 24), sont ainsi para- 
phrasées dans notre commentaire : vip^r* hv ■natD'i Tifcna i-pï-tm 
imïibaa ïttwûi nrmnm d^n wpia ywxn' ^«w m»Ntû. Ici, il est 
facile de reconnaître que le second article de foi de Maïmonide 
a servi de thème à ce développement. Notre commentaire pa- 
raphrase le mot irttw de xxin, 13, ainsi (p. 74) 2 : « \^V2 
i-npfc iîW»i ab thn ». On peut comparer à ces mots les paroles 
de Maïmonide, dans le lvii c chapitre du I er livre, sur l'attribut de 
l'unité divine. La deuxième partie du verset, « ce que son âme 
désire, il l'exécute », est expliquée par notre commentateur comme 
la profession de foi philosophique de Job, à savoir que Dieu a 
créé le monde suivant sa volonté éternelle, immanente, et non 
d'après une volonté accidentelle (p. 74) : ans tanrvo "pEa» '«M 
TO» yaro ^a "npia yzns Nb isard ùbi*n (cf. la fin du lui 
chapitre du I e - livre du More). Job se défend ainsi contre le 
reproche d'Éliphaz (sur xxn, 15, p. 71), qui l'accusait de croire à 
l'éternité, à la préexistence de l'univers (dbi3>!i rvwaTp). Sur xxxv, 
15 (p. 113), nôtre commentaire mentionne une explication d'après 
laquelle Eliliu aurait reproché à Job de n'avoir pas approfondi 
l'essence de Dieu et le vrai sens de ses qualités : *ipn fcô sywd 
3 !-»did *i* iTTrta nrvaN ^bi ib "n&nd duî!i nw bdb. 

Il explique les mots difficiles de xix, 26 : !-nba irma •nïinfci, 
de la manière indiquée par Bahya (Devoirs des cœurs, n, 5) : 
« par la structure de mon propre corps , je reconnais Dieu 
(p. 61) », rnba rima dm vnbsnoïia ^enai nspm brmtfn ■ns'wn 
narrii mabûa di«n svr luron mana "o annaii m»btt n»nbD. 

Mais, quel que soit l'intérêt qu'il y a à enregistrer le fait que 
si tôt après la mort de Maïmonide, on trouve des traces de son 
influence dans un commentaire biblique composé à Alep, il ne faut 
pourtant pas oublier que le commentaire lui-même, en général, 
n'a pas subi cette influence. Les particularités que nous avons 
citées prouvent seulement que l'auteur n'était pas hostile aux 
études philosophiques, alors qu'en exégèse, il suit les sentiers 
frayés et refuse absolument de transporter les spéculations de la 

1 S. b. N. a appliqué encore une fois la règle dltt *>33 "JTObd ÎTYin ÎTIS^ à 

ii, 3 (larpom). 

2 De même Levi b. Gerson dans son commentaire sur ce passage. 

3 Cf. aussi, sur xxvm, 11 (p. 87], ttnmHK b? ï"ï"3p!Ti n^T*. 



LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. NISSIM 121 

philosophie religieuse dans les controverses de Job et de ses amis. 
Ce que nous pouvons apprendre, dans le commentaire sur Job, 
sur le système d'étude de la Bible, c'est la constatation que l'exé- 
gèse traditionnelle, telle qu'elle est consignée dans la littérature 
du Talmud et du Midrasch, continue à être dominante et à servir 
de base pour l'interprétation de la parole biblique. Le titre de 
« Midrasch », qui est appliqué à notre commentaire dans l'unique 
manuscrit qui nous en reste (n-ptf nao Etna), mais que portent 
aussi les autres commentaires de Samuel qui ont été conservés 
(baoai um» /û^n "nm eww), paraît lui avoir été donné par 
l'auteur lui-même. L'ouvrage se rattache, en effet, à ces produc- 
tions de la littérature exégétique qui , par la matière qu'elles 
traitent, appartiennent à la littérature du Midrasch, puisqu'elles 
se bornent, en grande partie, à réunir les interprétations midra- 
schiques trouvées dans diverses sources, en y ajoutant quelques 
interprétations personnelles, de manière à former ainsi un commen- 
taire perpétuel sur un livre de la Bible. C'est ainsi que procéda no- 
tamment, un siècle avant notre auteur, Tobia b. Eliézer, dans son 
Lékah Tob (sur le Pentateuque et les Meguillot). C'est ainsi que 
Samuel b. Nissim composa un « Midrasch » sur Job ; mais, comme 
il ne se borna pas à utiliser la littérature de l'exégèse traditionnelle, 
et qu'il eut recours également aux ouvrages d'exégèse proprement 
dite, son travail se distingue très sensiblement de celui de Tobia 
b. Eliézer. A vrai dire, il a un double- caractère : il mérite à bon 
droit le nom de Midrasch, mais il peut aussi être compté parmi 
les ouvrages exégétiques au sens étroit du mot, auxquels il se 
rattache aussi parla matière traitée, comme nous le démontrerons 
à l'instant. L'éditeur s'est dévoué à la tâche, à laquelle il était émi- 
nemment propre mieux que personne, d'indiquer les sources des 
passages du Midrasch cités et utilisés par Samuel b. Nissim pour 
l'explication de chaque verset du livre de Job l , et il n'a échoué 
que pour quelques-unes de ces indications 2 . Outre le Talmud de 
Babylone et de Jérusalem, Samuel cite la Tosefta, le Sifrê, la 
Mekhilta, les ouvrages midraschiques désignés sous le nom collectif 
de Rabba, sur le Pentateuque (à l'exception du Deutéronome) et 
sur les cinq Meguillot, les Midraschim sur les Psaumes et les Pro- 
verbes ; les deux Pesikta, Tanhuma, Pirké de R. Eliézer, Abot 
di Rabbi Nathan; en un mot, presque toute la littérature midra- 
schique qui nous a été conservée. 

1 11 se borne à faire précéder les citations de cette indicatiun générale • Nos doc- 
teurs ont dit ». 

* La controverse sur *ntf dans le discours d'Elihu, citée à propos de xxxvn, 21, 
se trouve dans Genèse rabba xxvi in fine. 



122 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

. Les Targums paraissent aussi avoir été sous les yeux de Samuel 
b. Nissim dans toute leur étendue. Outre le Targum sur Job, très 
souvent utilisé, il cite des passages du Targum classique sur le 
Pentateuque (qu'il ne désigne jamais sous le nom d'Onkelos ; le 
plus souvent il dit "p-Wintt), du Targum palestinien sur le Penta- 
teuque ("HabiDW ûwn sur Gen., n, "7, la citation se trouve 
dans le Targum dénommé faussement Targum de Jonathan), du 
Targum des Prophètes, des Psaumes, et des Proverbes. Il uti- 
lise le Targum sur Job de la manière la plus large dans un but 
exégétique, et ces citations peuvent servir avantageusement pour 
la critique du texte du Targum. Il donne notamment sur certains 
points plusieurs versions du Targum, même là où notre texte n'a 
qu'une seule version (p. ex. sur xxvm, 5 ; xxx, 8; xxxi, 29 ; 
xxxtii, 22). En d'autres endroits, il présente comme étant du 
Targum unique ce que notre texte qualifie de ifiN tnsnh (sur 
xiv, 22 ; xvin, 12 ; xxiv, 20 ; xxx, 24; xxxviii, 12), ou il présente 
sous le nom de -ina ûmn, rnnN «noia, ce qui dans notre texte 
est le Targum ordinaire (sur xxvn, 6; xxxi, 18; xxxi, 23 ; xxxix, 
29). Ainsi se confirme la constatation que j'ai faite, dans mon 
étude sur le Targum de Job *, que les traductions désignées par 
nfitt dtnn semblent précisément, d'après tous leurs caractères, 
faire partie du Targum général 2 . Ce qui sur xxx, 11, est désigné 
par mna ano-D est dans notre texte simplement incorporé à la 
traduction. 

Les explications de certains passages rapportées par notre 
auteur sous la forme anonyme de ùv-ittiN ur> prouvent qu'il avait 
sous les yeux, outre le Midrasch et le Targum, différents commen- 
taires sur le livre de Job. Il accepte sans observation, souvent 
littéralement, les explications des deux grands exégètes de l'Occi- 
dent, Raschi et Ibn Ezra, dont les ouvrages étaient donc déjà lus 
en Syrie au commencement du xm e siècle. M. Buber n'a pas jugé 
nécessaire de signaler chaque fois les emprunts de Samuel à ces 
deux commentateurs, mais ses indications suffisent à l'établir. 
Voir, au sujet de Raschi, p. ex., i, 3; iv, 10 ; iv, 11 ; au sujet 
d^bn Ezra, sur i, 1 ; i, 14 ; n, 8; n, 11 ; m, 6; m, 8; iv, 15. Il 
est permis de supposer que, parmi les explications citées sans 
nom d'auteurs, il y en avait aussi du Gaon Saadia. Nous nous 
bornons à signaler la conception rationaliste de la réunion des 
« fils de Dieu et de l'accusateur » (i, 6), par lesquels, d'après 

» Cf. Grâlz, Monatschrift, XX (1871), p. 218." 

2 Une autre confirmation de ce point nous est fournie par les citations du Targum, 
dans le commentaire sur Job de Nachmanide ; voir, à ce sujet, Perles, dans le Mo- 
natsschrift, VII, 147, notes. 






LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. NISS1M 123 

Saadia, on désigne des êtres humains (p. 4), l'explication de ûipi 
(vin, 14) par « fils de soleil » (ottûitt ^ban, p. 30), celle de vrïw 
(xxiv, 11) comme dérivant de Dinïiit (û'nfrc n^n "nui^, p. 76) ; 
ces explications appartiennent au Gaon et sont mises par Samuel 
b. Nissim au compte d'anonymes ('in lui). Nous montrerons plus 
loin , quand nous parlerons de l'arabe , que son commentaire 
prouve qu'il a utilisé la traduction de Job de Saadia. Parmi les 
explications mises au compte d'anonymes, nous signalerons encore 
les suivantes comme dignes de remarque: m, 5 (p. 11), nîrinWi 
par transposition des lettres ( rrpmwi '■psna ) , équivaudrait à 
iïm*rp (cf. ix, 31). — v, 22 (p. 21), ^ se rattache à î-pto, 
Ézéchiel, xvn, 7, il doit être expliqué, par transposition de lettres, 
par le mot talmudique n-iôi^, assemblée, dans le sens de rassem- 
blement d'une armée pour la bataille *. — vi, 3 (p. 22), n^b = w : 
« mes discours errent çà et là ». — xv, 4 (p. 48), nr™ jnwil 
= ïimoa snsm. — xxxvn, 8 (p. 119), d-» fc Tr»5on = ù^a-irm, « des 
pluies ». — xxi, 31 (p. 69), v»3d = «nasa (bt5 ni^n ^b tjp 133 
ïW7 by Titt^b "pa innttN bsn viztx hy îY'npîi): — xxv, 5 (p. 81), 
*iy = l'araméen ^y « céder » (Targum sur Exode, xm, 22): « la 
lune disparaît », c'est-à-dire s'obscurcit. — xxx, 6 (p. 95), yn» 
a-ibra est une vallée étroite, traversée par une rivière bornée par 
des montagnes crevassées, dans laquelle on ne peut pénétrer 
qu'avec beaucoup de peine. — xxxv, 14 (p. 112), « le droit est 
devant lui » ; cela veut dire : à ce que tu prétends, ô Job, ton 
jugement est prononcé devant Dieu, tu es condamné et cependant 
tu espères en lui. — xl, 31 (p. 131), bstb£ signifie « sel », comme 
le terme roman sal (bfiOt nb»b ■pTipttJ iyb "piabîa) : ce nom donné 
au sel vient de ce qu'il préserve le poisson de la pourriture (bss, 
Eccl., il, 10). 

La singulière étymologie citée en dernier lieu, qui met ainsi en 
avant un mot non sémitique ayant la même consonnance, rappelle, 
dans tous les cas, la méthode comparative du Talmud et du 
Alidrasch, quand ils rapprochent des mots bibliques des mots 
grecs, et celle d'ibn Koreisch,. quand il explique l'hébreu par 
le berbère. C'est le seul exemple de ce genre qu'offre Samuel b. 
Nissim, tandis que le véritable système de philologie comparée, 
qui a recours à l'hébreu moderne, à l'araméen, à l'arabe, pour 
l'explication de la Bible et qui, depuis Saadia, joue un si grand 
rôle dans l'exégèse biblique, est représenté également chez notre 
auteur par quelques bons exemples. 

1 Cette explication de Ï13SS appartient à Aboul-Walid, voy. Kitâl-ul-itçûl, 329, 
12. Les Juifs de Damas lisaient aussi dans le texte Ï1D3S ; voy. Parhon, Mahberet, 
s. v. 1D3. 



124 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Comparaisons avec l'hébreu moderne : vin, 12 (p. 79), l&èt, 
« l'endroit où croît le roseau » ; cf. pi^awa 1 H nian5ii5 *pb2 (la source 
de cette citation est ignorée de M. Buber). — x, 8. A isiax*, cf. 
icapïi n» pasara "pa, M. Sabbat, xxn, 6, 147 a, « emmailloter un 
enfant, étendre les membres d'un enfant ». — x, 16 (p. 36J, 
■o Nbsnn, « tu y regardes de près avec moi quant à l'examen 
de mes œuvres », cf. vba nM aÔEn Nb, M. Sabbat, i, 3. — xiv, 
22 (p. 48), i©s3, « son monument funéraire » (cf. mttsa, j. Scheha- 
lim, 37 a) ; vbv basn, « le couvre », d'après Ez., xxxi, 15, ^nbsan 
= vnoa. — xvi, 12 (p. 53), WD'W», « il m'a réduit en miettes » ; 
cf. i-m-pD, « miettes de pain » (M. Sabbat, xxi, 3). — xxx, 36 
(p. 121), à nr73*N, notre auteur compare, outre mwa (Job, 
xxxvin, 31), mraia wm *pnft (Soucca, 13 b). — xxxiii, 6 
(p. 105), Y~\p se dit de la pâte coupée. — L'explication de TWnftb 
(n, 8, p. 9) et Bpnta (xvin, 4, p. 57) se trouve aussi chez Aboul- 
Walid. — Samuel b. Nissim cite comme explications données par 
d'autres les suivantes : xvin, 2 (p. 57), ">ttip de ODp, « punir », 
ainsi: aann'ib wi* tr^ta^ ana tie v; xxx, 17 (p. 97), 
celle de rpEDKa ta ,p3» (v. Tos. Terumot, 7, fin) ; xxxn, 19 (p. 105), 
maiN signifie l'ouverture du col de la chemise, qui, quand la 
chemise est neuve et étroite, se déchire facilement en faisant 
entendre un bruit particulier. Le mot se trouve dans cette phrase : 
tt"p tnp^ iaiN ïpna ira an dw* Nb (Tosefta Berachot, n, 15) ». 
Nous mentionnerons encore, à titre de curiosité, que, xxx, 12 
(p. 96), a^a est rendu par bWïi ùi"pffl*a, par analogie avec 
arr'TN, M. Aboda Zara, i, 1. — En un endroit, Samuel b. Nissim 
invoque le langage des pioutistes, à propos de vi, 10 (p. 24) : 
tnp^a ima irmiatt l -piû naia û^»aanttïi baa* *ian ^b "pN îTibowi 
îriapai i-wnm ttbîrn. 

Les étymologies tirées de l'araméen sont plus rares. La déri- 
vation de ■prou (n, 7, p. 8) de l'ar. *pffiB, « devenir chaud », se trouve 

1 Au lieu de "D"lN, la leçon ordinaire est laip, tandis que le ms. d'Erfurth a 
"lp^ÏÏ. Cette dernière est l'explication du mot original que Samuel Ibn Gama (Addi- 
tions à l'Arouch éd. Buber, Grâtz-Jvbclschrift ', p. 18) explique par le "Din de Job, 
xxxi, 33. Celui-ci ajoute que R. Nissim (avec 1 epithète ÊpbN, au lieu de fpbN) a 
aussi écrit ce mot avec n"Tl, donc nain au lieu de "ûltf. De lait! a paru pro- 
venir facilement *mp. Comme terme intermédiaire entre Tain et "DIN, il y a le 
syriaque N313>, qui se trouve aussi dans le Targum sur les Psaumes, Job et les Pro- 
verbes (v. Levy, Wôrterbuch, II, 195). Le mot signifie le giron, ensuite les plis su- 
périeurs de la poitrine au vêtement; mais, d'après notre auteur, c'est l'échancrure du 
col du vêtement. Samuel Ibn Gama {l. cit.) le traduit par l'arabe pliï (proprement 
« collier) •. Cf. aussi Baba Kamma, fol. 81 a, où, à côté de "pPN bl23 "îaiN, se 
trouve aussi -la version "jb^N blI5 laiM (Dikduke Sofrim, xn, 182 ; Levy, Neuh. 
Worterb., n, 1). La comparaison de û'Wn maiN avec naiN de la Tosefta se 
trouve déjà, mais sans explication, chez Ibn Ezra, ad loc. 



LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. NISSIM 12o 

aussi chez Aboul-Walid ; de même le rapprochement de ntm 
(yiii, 17, p. 30) avec i-pmm, Daniel, iv, 17. L'explication de 
■»ïBitt5i (ix, 17, p. 32) par w&0\ Targum de rvûao (Deut., ix, 21) 
est empruntée à Raschi. — A. abttn (xv, 32, p. 52), notre auteur 
compare "wbn» (Yebamot, 75 &, et ailleurs) dans le sens d' « abré- 
ger la vie ». Au sujet de xi, 10 (p. 38), il cite une opinion d'après 
laquelle t]bm aurait des rapports avec l'expression ariDibn anma 
(c'est sans doute ainsi qu'il faut lire, au lieu de Nnttibn 'a), appli- 
quée par les anciens à la femme enceinte ; -rao' 1 serait alors à 
expliquer par nao (I Sam., i, 6) : « soit qu'il donne la fécondité, 
soit qu'il stérilise le ventre ». 

Les explications d'après l'arabe se trouvent, en partie, dans la 
traduction de Saadia (ainsi "jon, xxx, 11 et xli, 5 ; ^pn?, xxx, 17 ; 
vins, xl, 17), ou dans le dictionnaire d'Aboul-Walid (ainsi, sur 
■dn, vin, 12; attp, xvi, 8 et xxn, 16; T-mEn, xvi, 16; tmm, 
xxxvin, 38 ; cnbair, xl, 22). Pour rendre certains mots hébreux 
par des mots arabes n'ayant avec eux aucun lien de parenté, il 
suit aussi Saadia (am, vin, 11, les noms des constellations dans 
ix, 9), ou Aboul-Walid (îuna, xxvi, 13; ïtibd, xxvm, 19; oan, 
xxxix, 9) 1 . Cependant on trouve aussi chez lui des rapproche- 
ments personnels de l'hébreu avec l'arabe qui méritent l'attention. 
Sur i, 17 (p. 6), il fait remarquer, à propos de d^&n, qu'en arabe 
oan signifie une troupe de bandits. — laïaat*, x, 8 (p. 34), est 
rapproché par notre auteur de l'arabe dfiWtfa (nanan jon d!m 
tma'WT). Au sujet de lacn**, xvi, 11 (p. 53), il renvoie à rica-n, 
qu'il explique ainsi : ■«»» na^b bw na-w u*mn bj Nanti) TOp iai 
brrt ^sn isba. A propos de nnn, xxiv, 16 (p. 78), il observe qu'une 
cavité ronde s'appelle en arabe nnn. dm, xxiv, 20 (p. 79), signifie 
les proches parents, comme l'arabe drnba. Sur d^-p, xl, 9 (p. 130), 
il observe qu'on emploie le même terme en arabe pour désigner 
celui qui parle d'une voix claire et haute : il tonne et lance des 
éclairs (pnrwn nanN). tn-in "nrn, xxxix, 8 (p. 128), signifie, comme 
l'arabe, baaabN biirs, « les endroits des montagnes inaccessibles 
aux autres animaux ». — Il cite aussi d'intéressantes compa- 
raisons avec l'arabe au nom d'autres auteurs ; ainsi, l'explication 
de ^ap, xvm, 2 (p. 57), d'après l'arabe pap, « chasser » (naa ^ 
■n:m "ma d^ir dna) ; cette explication a été adoptée dans les 
temps modernes par Schultens ; matas, xvm, 3 (p. 57), d'après 
rra^aa» (wrçaoTO rsbDttn y-isb *mi imp pta) : « nous sommes 
abaissés » ; D^Wtt, xxx, 3 (p. 94), « creuser les racines », 

1 Samuel b. Nissim a aussi adopté d'autres explications d'Aboul-Walid, p. ex. 
celle de j>;-|, xxi, 13 = JljyiB, repos. 



126 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'après l'arabe p-m = tyitin ■*»n« ; t|n, xxxm, 9 (p. 106), par 
permutation du n avec le y, de tp2, « sincère » (nain aima tna 

1-135). 

Touchant ses propres traductions de mots hébreux par des mots 
arabes, il faut remarquer surtout que, selon lui, mena», xix, 24 
(p/Gl), ne signifie pas le plomb malléable, mais une substance plus 
dure que le 1er appelée en arabe Tïî-jbN "jabiD (c'est ainsi qu'il faut 
lire, au lieu de 'a Tab^a), ou mai (au lieu de *pai) ; c'est donc 
l'acier. Au sujet de vi, 4 (p. 23), il fait cette observation que le 
poison avec lequel on trempe les flèches s'appelle en arabe ribpa. 
— ina, vin, H (p. 19), dans la langue de la Mischna NnosDN, se 
dit en arabe ïïsdsb. — "W "na*, xix, 20 (p. 60), c'est la gencive, 
en hébreu moderne mnob, en arabe ahb. 

JParmi les autres explications de mots de Samuel b. Nissim, nous 
citerons d'abord les suivantes, où il admet la transposition des 
lettres radicales ! : îibîrin, iv, 18 (p. 16), = nbinr;, « tromperie » ; 
WP, vi, 1*7 (p. 25), d'après an», en hébreu moderne « gouttière » ; 
anurn , xxxiv, 29 (p. 110), = man\ contraire de trpia-> ; Wïft, xli, 
13 (p. 133), « son souffle », de naiai, Exode, xv, 6. — Ensuite l'ex- 
plication de mots polysyllabiques en les décomposant en plusieurs 
racines : m»ba, ni, 7 (p. 12), signifie navj rra batt ûiba ; rirns, 
xxx, 12 (p. 96), de nn ma ou nn ns, c'est la comparaison des 
méchants avec des buissons d'épines, comme dans II Sam., xxm, 6 ; 
ttsan, xxxm, 25 (p. 187), de aitai, « plein de force, frais », et ©a, 
« fécond » (d'après "nasa, Hab., i, 8, « être nombreux »), le a est 
élidé comme dans ba*aT\ Voici d'autres explications dignes d'at- 
tention : vnft, vi, 2 (p. 22), de vnirta, Daniel, vin, 27; mira», vin, 
19 (p. 30), = DlOfc, Is., x, 18, dans le sens du Psaume lviii, 8 ; 
NU3N, xiii, 14 (p. 43), « renverser », d'après mwûfcb, Ez., xvn, 9 : 
dans les grandes souffrances, les malades se mordent souvent les 
mains ; *i££n, xxi, 21 (p. 68), « ont disparu comme des flèches », 
de yn ; msann, xxn, 25 (p. 72), « ce qui est le prix de l'effort », 
comme yw (Ps., cxxvni, 2) ; iban\ xxiv, 3 (p. 75), « ils attachent 
des liens (ban) à la tête du bœuf », pour le conduire : Fane, en sa 
qualité d'animal plus doux, se laisse conduire sans lien ; na>aa, 
xxxvi, 14 (p. 114), « dépouillement, dénûment absolu », de ma»a 
(Néh., v, 13) ; ïian, xl, 25 (p. 131), c'est l'hameçon crochu, en fer, 
qui pénètre dans le palais (^n) du poisson. 

Diverses remarques lexicologiques : tnaa», i, 3 (p. 3), dési- 

1 L'explication de nb&W, xv, 16 (p. 49), par fînisbn, Ez., xxiv, 16, se trouve 
déjà chez Aboul-Walid. 



LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. N1SS1M 127 

gne l'ensemble de la domesticité et des champs travaillés par 
elle ; cf. ûmayan (Ex., xxxvi, 9). Au sujet de iv, 8 (p. 15) : c'est 
l'usage de la langue hébraïque (û^a^ln }viïh yn) de désigner les 
mauvais desseins par « l'action de labourer », et le châtiment qui 
en résulte, par « la moisson », p. ex. Osée, x, 13. Au sujet de iv, 
14 (p. 16), T:nïi eût été mieux à sa place que TttBîi. v, 2 (p. 18), 
025 et nî«p sont synonymes, cf. Deut., xxxn, 21. 
0,011 ne trouve que peu d'observations grammaticales dans notre 
commentaire ; ainsi, p. ex., la détermination de la forme ipnvn, 
xix, 13 (p. 61) ; celle de WT©, xvm, 16 (p. 59) *. A propos de cer- 
tains verbes, S.b. N. se permet des explications à l'aide de racines 
qui n'ont qu'un faible lien de parenté avec ces mots, toutefois non 
sans faire observer expressément que les racines sont différentes. 
Ainsi rwi, ix, 13 (p. 32), de nratz), xvm, 8 = to; de même 
rronb, Isaïe, lxvi, 15 (avec cette remarque wiwn n^NUî a":?a 
■niaab) ; vnwnm, xxxi, 29 (p. 101), = inmaiu de rran», Ps. 
xxxvn, 35 (d^Tttï "W un dni) ; mva, xxxvi, 25 (p. 115), de 
■WEïn, Gen., xxx, 13 (nunM 'tt'WB d'wi). Cependant il explique 
sans remarque spéciale ha, xxviii, 4 (p. 86), d'après ûn«n,-II 
Sam., xiv, 14, suivant Raschi 2 ; de même, sans faire d'observation 
sur la diversité des racines, il fait dériver -jss (= "jmso), xm, 21 
(p. 44), du talmudique irna pans. 

Quelques remarques syntaxiques méritent aussi notre attention. 
Sur i, 19, b^n^iïi, terme qui comprend aussi les jeunes filles : ^-n 
noT ïiœba dî-pb? *jdde anin mnpn û'TOT TWias airs yiiûbrj; sur 
xxxvn, 8 (p. 118), il dit iw 'ba vhwn *infin taïTia*» nanb W 
"Dî-fà inai *im b3 ttstn a-™ ; sur i, 4 : twyî kiïto -oi ^b:uî *sb 
iwb ittd nn^D aon Tin T»»n; sur m, 3 (p. 11) : imffiB ivi* lirab 
w ibiinb Tn* w»jmD dv> lair "Wibin n^na ; sur xvn, 2 (p. 55): 
nmn ruas» *pn *p ab d« nfclb d^-ayn intnb "pn. 

Pour indiquer qu'une expression biblique est métaphorique, doit 
être prise au figuré, notre auteur se sert presque exclusivement 
du terme ïtbfittDin ^pT b:> (voir sur m, 3 ; v, 23 ; vu, 5 ; vin, 14; 
ix, 26 ; xii, 2; xvi, 15 ; xxi, 18 ; xxviii, 11 ; xxx, 11 ; xxxvin, 2*< ; 
xxxix, 25), ou ttbwawi V^ ^ ( nl > 9 )> rtbwon b^ (xxx, 21). C'est 
la traduction de l'arabe rhfiwnoaba b^no ^b* ou tr-iNynotfb&obi', qui 



1 Comme terminologie grammaticale notons : ni, 3, 173"|3> "ni E|"13> terme con- 
cret ; iv, 2, Û"nn ta Jtt'r! "pa ; xv, 24, UJl^^b; xvn, 15 et xxxiv, 8, T)p73 î xvm, 

2, ©ann dipaa "pan ; xx, i8, nm bpra b^ nm du: j>:p ; nm, 7, j-d-d 

yi^p Kli-JIB b^£-l72 ; xiv, 19 , d^biHE) 5P»rî ; m, 5 et ailleurs, ^pstt 

nY»nwi. 

2 Au lieu de nJH 3m3 BTffflD dlptttt, lire ^l 3>ma 'W '72 (CF. Raschi, in 
loco). 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

est l'expression la plus usitée chez Aboul-Walid pour indiquer les 
expressions métaphoriques (il signifie, en réalité, « emprunt») 1 . 
Jehuda Ibn Tibbon traduit ce terme de la même façon. On trouve 
une fois yytibïi nnmîtb (xl, 24), traduction de l'arabe ^br 
yatonabN 2 . Par "i^^îd il indique (m, 10) qu'une expression doit 
être entendue selon le sens littéral. L'hyperbole s'appelle "pn 
ïttbsn (vu, 19), ou rtabeîri biû» yn (xl, 23) 3 . L'union de deux 
synonymes pour former une seule expression, comme &D*T7 mrnN, 
vi, 18 (de même i^nmn 'ptt, Isaïe, ni, 11 ; naio ûiitt, Job, xxxvit, 
6), est désignée par notre auteur, qui emploie ici très ingénieuse- 
ment un terme talmudique, de cette façon : rsn ba 'ptt 'po. La ré- 
pétition de la même pensée amenée par le parallélisme est appelée 
par lui biDîD "pajin (iv, 6; xxviii, 14), et aussi pînb ■pjn bsD 
na^n (xx, 13). 

Quelquefois S. b. N. renvoie, pour l'explication d'un passage, à 
un passage analogue de l'Écriture sainte. C'est ainsi qu'il explique 
N-nn, iv, 5 (p. 15), d'après -pb? ïiann n, 16. Pour v, 3 (p. 18), il 
renvoie à Ps., lviii, 10 et xxxvn, 35. v, 14, est expliqué d'après 
Michée, ni, 6, ou d'après Jérémie, xv, 9. Pour v, 25 (p. 21), il 
renvoie à Exode, xxxiv,24; pour vin, 13 (p. 29), à Ps., xcn, 18 ; 
pour x, 15 (p. 36), à Ps., xxv, 18 ; pour xv, 28 (p. 51), à Ps., xux, 
12 4 . Quoique toutes ces particularités montrent assez le caractère 
de sa méthode d'interprétation, il faudrait cependant faire un 
choix de ses explications les plus diverses pour caractériser son 
système d'exégèse, d'autant plus que, dans le commentaire, ses 
propres explications sont mêlées aux extraits de la littérature 
midraschique et qu'à la simple lecture, l'exégète ne se distingue 
pas suffisamment du compilateur. Les quelques exemples suivants 
suffiront pour remplir ce but en partie, et contribueront, en tout 
cas, à mettre dans sa vraie lumière l'action qu'il a exercée et la 
place qu'elle occupe dans l'histoire de l'exégèse biblique. 

i, 19. Les nouvelles de malheurs qui mettent la patience de Job 
à l'épreuve forment une gradation de calamités toujours plus 
dures (p. 1). — ni, 24. C'est l'habitude des malades, quand on 
leur présente un remède ou de la nourriture, de soupirer, de 
se plaindre et de ne se résoudre que difficilement à prendre 

1 Voir mon élude Aus der Schrifterklûrung des Abulwalid Merwan Ibn Ganah 
(Leipzig, 1889), p. 31. 

» Ibn Tibbon traduit mm" ^11 b? ou p^bn namfi "pT hv. 

3 blZJfà "jp^' expression usuelle chez Ibn Ezra se trouve aussi chez S. b. N. (ix, 
31 ; xxix, 6; xxxih, 24 ; xxxvi, 16 ; xxxviii, 3). Voir aussi iv, 19, "ini^bxn. 

4 Nous signalerons ici l'explication donnée par occasion de certains passages bibli- 
ques : Lév., xix, 20 (pour xxvn, 6); II Sam., i, 18 (xxix, 20); II Rois, ix, 25 
(i, 3) ; Isaïe, xxxviii, 12 (vu, 6); Is., li, 15 (vu, 5); Ps., xi, 7 (xxn, 2). 



LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. NISSIM 129 

ce qui leur est prescrit ; parfois les malades versent à cette 
occasion d'abondantes larmes (p. 14). — iv, 10 et 11. Les cinq 
noms du lion forment une gradation descendante, car cha- 
cun désigne une espèce plus faible que le précédent (p. 15). — 
iv, 19. Le sujet de ûiiOT est les habitants des maisons d'argile, 
c'est-à-dire les âmes qui les (les maisons d'argile, les corps) bri- 
sent, en quelque sorte, en les quittant et les donnent en pâture 
« aux vers » voir Is., li, 8 (p. 17). — xin, 27 : « Quand je marche 
et regarde en arrière, je vois la trace de tes pas gravée dans mes. 
propres empreintes de pas, tant tu m'observes à chaque pas » (p. 44, 
conformément à l'explication de Raschi). — xv, 30. 11 est si faible 
et si épuisé que, si cela était possible, un souffle de sa bouche 
l'emporterait (p. 51). — xvm, 7. Tant que l'homme est sain, ses 
pas sont grands et légers ; quand il est faible, ils deviennent courts 
et lourds (p. 58). — xvm, 20, û^inriN sont les gens de l'ouest, 
d^n^p ceux de l'est. On ne nomme que ceux-ci, et non ceux du 
sud et du nord, parce que la partie du monde habitée ne s'é- 
tend que de l'est à l'ouest (mttaM )n aba 1^8 mtt^n *piN£) isb 
Wtob, p. 59). — xix, 22, bN^nba; cf. Gen., xxvi, 3. Job dit à 
ceux qui sont assis devant lui : « Pourquoi me persécutez-vous 
comme ces compagnons qui m'injurient (p. 61)? » — xxx, 11. 
« Les tendons de mon corps, qui donnent le mouvement, sont re- 
lâchés (p. 95)..» — xxxix, 13, tPMn est sans doute le paon, qui 
est orgueilleux de ses ailes et des couleurs de sa queue ; comme 
preuve de cette interprétation, on peut prendre l'explication du 
Midrasch (Genèse rabba, xvi), qui explique le tpr> de Gen., vu, 14, 
par « paon » (p. 128) l . 

Un fait qui caractérise bien la tendance de Samuel b. Nissim, 
c'est qu'il ne dédaigne pas l'interprétation de la valeur numérique 
des lettres. Le i qui manque dans le Ketïb et se trouve dans le 
Keri de b*, vu, 1, signifie les dix ans qui séparent les deux 
termes de la vieillesse, 70 et 80, d'après Ps., xc, 10 ; il en est de 
même du * qui manque dans le Ketïb de vw (p. 27). — xxx, 2, 
il explique rto comme un notaricon, comme étant les lettres ini- 
tiales de non dbi^b "O. La phrase est interrogative : « La grâce 
de Dieu est-elle donc perdue pour moi, que je sois obligé de me 
tourner vers eux? » (p. 94). — L'explication de rt?î! I3>b, xvi, 8 
(p. 53), est aussi midraschique : « Ces épreuves me sont infligées 
d'après le dire d'un seul témoin, Satan » (i, 9). 

Xotre commentateur ne se borne pas à l'explication de versets 

1 David Kimchi croit aussi que par û^DH on désigne le Daon (voir Dict., s. v. 
T. XXI, n° 41. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

isolés du livre de Job, il analyse quelquefois des chapitres qui 
forment groupe, ainsi que le sens et les rapports des discours 
divers. Au sujet de iv, 12, il résume le contenu de la vision d'Eli- 
phas (p. 16). Sens du chapitre v, 8-15, *noo a^pioar: ibN d*ai, 
(p. 20). VI, 3, lien avec le discours d'Eliphas qui précède (p. 22). 
xv, 4, objet de la discussion de Job et d'Eliphas (p. 48). xxi, 34, 
résumé de la réponse de Job (p. *70). xxm, 14, se rattache aux 
versets suivants (p. Tf5). xxviii, 1, se rattache au passage précé- 
dent (p. 85, rnanptttt iba* d^Mi). xxxvi, 9, pensée fondamentale 
du discours d'Elihu (p. 113, û-rçnr&n «îrvbN btt iba ûnai b3i 
an tnttbtt). xxxviii, 1, sens de la réponse de Dieu (n3*»ii bba 
NlH *p irrïi). — Du Targum sur i, 8, notre auteur déduit que Job 
était un non-israélite (p. 5). 

Les passages du commentaire qui révèlent le milieu et l'époque 
où a vécu son auteur présentent un intérêt spécial. miDH "^aa, 
v, 23, = ïttoïi "na « les fils des champs », ainsi nommés parce 
qu'ils vivent toujours au grand air, comme les Arabes qui vivent 
sous la tente (p. 21). LpftiS, v, 5, se rattache à "pEK, Gant., iv, 1 ; 
ce sont des bandits qui masquent leur figure jusqu'au nez pour se 
rendre méconnaissables, comme les Arabes, qui se couvrent jus- 
qu'au-dessus de la barbe et du nez, par dignité (p. 18). Diverses 
indications se rapportent à l'époque des croisades et des luttes 
intérieures qui troublaient les pays de l'Islam. "piab cmisa, v, 21, est 
expliqué d'après Ibn Ezra, mEnb» mi^b mrrabin mfciatti ibwto 
dbi5>a (p. 20). Il explique le mot marri, xi, 8, ainsi : « Tu n'as pas 
besoin de murailles fortes et de hautes tours pour te protéger 
contre l'ennemi, un simple fossé (nriN rrpan) suffit pour te ga- 
rantir » (p. 39). — Au sujet de ix, 6, il fait cette remarque yn pffl 
ana tpwrfwn ta» *jrra njs rron m-nb \vsry amaa rrtDnbtt wi* 
ir-Tra p *in&n !-ibnn pia *pwn» an (p. 31). — Il a déjà été ques- 
tion plus haut des flèches empoisonnées. Il décrit les agissements 
des bandits qui rendent les chemins peu sûrs, à propos de xxiv, 4 
(p. 11). Au sujet de xxv, 3, il décrit le despotisme des princes qui 
excite la terreur et a pour conséquence des soulèvements et des 
guerres : 

priai p72\s l pV>raE p n-ûbttn ïibTOtt anb uî^a a*n *iun m» 
bai pana am miarbi pian mabjjb amab?a ^a hy irman hy 
rmyanb» tamb? Twn btta i^m» fcasro iy tairby ïTmatt *p 

(p. 80). arr^a "po^on na-pn 

Il cite un trait particulier de ce despotisme à propos de xxvn, 
19 : Quand le riche se couche pour mourir, ce n'est pas toujours 
sa famille qui prend possession de sa maison, car souvent le roi 



LE COMMENTAIRE SUR JOB DE R. SAMUEL B. NISSIM 131 

confisque toute sa fortune ("poai bs bbw *]bi2ï-> aroyab, p. 85). 
Il invoque aussi deux incidents de la vie paisible des laboureurs, à 
propos de certains passages de l'Écriture sainte : au sujet de 
xxxvi, 33, il parle des prédictions du temps faites par les pâtres 
(p. 117) : wmn ùwp arnu ^b inMfini npa wrà nT by bwcn uni 
Tïp nattii ^"iba TE b2 r^mi n?aîi2™a -ifciba. Au sujet de xl, 
3, il parle de la pêche de poissons faite en prononçant des mots 
magiques (j). 131) : *im kiîti n^rtba ûwïi d^b D'Haro m&ipM «i 
absitt- 

Quant au style de Samuel b. Nissim, il est facile à juger 
d'après les passages que nous avons cités. Il manie l'hébreu avec 
beaucoup d'habileté et de correction, comme, du reste, on le cons- 
tate dans les poèmes qui nous ont été conservés de lui. Parfois il 
emploie des phrases talmudiques ; p. ex., au sujet de i, 1 (p. 2), 
après avoir cité les diverses opinions des anciens sur l'époque de 
Job : Nttb^s mn ftirra a-pa amiba -nbia "pm irpbsan V'i>*o 
ittbw atnsHN ; (p. 5) 'an nwa •»«» ab^ ...nxnTab V^^ N ">^ «b ; au 
sujet de m, 8 (p. 12) : b"n mfcfin \Ntt?3 anaa ^in fiW«nottl ; au 
sujet de xix, 24 (p. 61) : "^ana nrtt 3>M aba. — Une petite 
digression halachique se trouve au sujet de xvm, 4 (p. 57). 

Il ne nous reste plus qu'à dire un mot de l'édition, par laquelle 
M. Salomon Buber s'est acquis un nouveau titre à l'estime géné- 
rale pour les services qu'il rend à notre littérature. En dehors de 
l'introduction, où il traite de la personne de l'auteur et décrit, à 
grands traits, l'ouvrage, soulevant aussi la question du Midrasch 
de Job qui est cité par quelques sources, il a orné le texte, publié 
selon Tunique manuscrit de la Bodléienne (128, Neubauer), de 
signes d'interponction, de divisions en chapitres et versets, avec 
indication des passages bibliques cités, et en y ajoutant des notes 
contenant notamment l'indication des passages talmudiques et mi- 
draschiques cités ou utilisés dans l'ouvrage. L'éditeur a été sou- 
vent obligé de corriger le texte de son manuscrit ; cependant il 
est resté dans le texte de son édition une foule de fautes qui sont 
attribuables, en grande partie, aux corrections défectueuses des 
feuilles d'impression. Nous relevons ci-dessous quelques* fautes 
importantes l . 

1 P. vi, 1. 7 lire Litteraturgeschichte der synagogalen Poésie, au lieu de Zur Lit" 
teratur und Geschichte. — P. xi, 1. 19, 1. Y'S 'b, au lieu de B"D 'b (Ce passage 
est cité encore une fois, mais inutilement, 1. 27). — P. 7, 1. 7, lire mSaiTJ "PDTFlb. 
— Ibid., 1. 21 : imvûn au lieu de nrVYnDn. — lb., 1. 23, après TO^EÏf, sup- 
pléez ÛTÏ5. — P. 9, 1.-5, "pnnï-îb n'est pas à rattacher à la citation du Targum, 
mais à placer à part, le mot n'étant autre chose que l'explication de Ylànlnb- — 
P. 17, 1. 6, suppléez ifcOT , après nVôJDSÎf. — lb., avant-dernière ligne, lisez 
rppnn, au lieu de iDpnn. — P. 18, 1. 8, lisez TE, au lieu de 1153. — là., 1. 15, 



132 1ŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le commentaire sur Job de Samuel b. Nissim peut être rangé 
parmi les monuments les plus intéressants de l'exégèse du moyen 
âge pour l'histoire des études bibliques. 

On voit dans ce commentaire comment, les représentants les 
plus éminents des deux écoles exdgétiques qui fiorissaient en Eu- 
rope, l'école hispano-arabe et l'école du nord de la France, étaient 
déjà, au seuil du xni° siècle, parvenus à se faire valoir dans un 
des centres principaux du judaïsme oriental et comment, en de- 
hors de l'adoption sans réserve du Peschat, de l'interprétation 
biblique rationnelle et simple que ces écoles ont préconisée, la 
valeur de l'exégèse midraschique s'affirme par une union directe 
et, en quelque sorte, naturelle avec la première, grâce à l'autorité 
de la tradition, comme nous l'avons constaté également, dans cette 
Revue ', pour l'exégèse d'un autre représentant officiel du ju- 
daïsme qui a exercé son autorité en Espagne, au xn e siècle. 

Budapest, avril 1890. 

W. Bâcher. 



J. yStTi). — P. 22, 1. 11 du bas, 1. tf-tf-n. — P. 30, 1. 3, ME, au lieu de ©M©. 

— P. 31, 1. 26, le "i de "n'irn fait partie du commencement de la ligne suivante. 

— P. 36, 1. 17, suppl. b^H devant -|fiN. — P. 40, 1. 10, suppl . y-lN'ri *Jtt UN 
après y-,N!-i )12 IN. — P. 41, 1. 2, peut-être nOOWtt. — lb., 1. 4, suppl. rP3 
avant ÛilDiffia. ~ P - 31, 1. 3 au bas, suppl. *)HK *m avant \ftW btf- — P. 52, 1. 10 
du bas, avant 13"IN"*P il semble qu'il manque quelque chose. — P. 56, 1. 3 du bas, 
que signifie y£3"02fa ? — P. 70, 1. 8 du bas, 1. j&Opft au lieu de Hlp73 . — P. 71 , la 
1. 5 est placée, par erreur, entre 1. 4 et 6, sa vraie place est au cpmmencement de la 
page avant la ligne 1 . — P. 72, I. 20, 1. D^dOmii. — P. 79,1. 19, 1. Ù1D07DT- — 
P. 85, l.'l, suppl. tfb avant "infà. — P. 94,1. 15, 1. dm 28 au lieu de "pfnaK. — 
P. 114, 1. 20, 1. dm, au lieu de dN"l. — P. 125, 1. 14. Le texte des versets bibli- 
ques 28 et 29 a sa place à la ligne 15, après KÎ5T 

1 Revue des Études juives, XVII, 272-284. 



NOTES ET MÉLANGES 



LES VICTIMES DE LA PRISE D'OFEN, EN 1686 



Nous sommes dans la rue des Juifs à Nicolsbourg vers l'an 
1690. Des victimes de toutes les calamités qui avaient atteint les 
Juifs dans les dernières années, des fugitifs venus de toutes les 
contrées, s'étaient réunis dans cette communauté, la plus grande 
et la plus hospitalière de toutes celles de la Moravie. Il y avait là 
des familles venues dans les sombres années 1648 et 1656, pendant 
le grand massacre de Pologne. Il y avait une communauté dans la 
communauté, formée par les exilés de Vienne de 1670. Il y avait 
aussi beaucoup des prisonniers d'Ofen qui avaient été rachetés par 
le jeune et héroïque Seuder Susskind Tausk, de Prague, en 1686* 
après la prise de la ville. En 1688, après la prise de Belgrade ! , 
arriva un nouveau flot de fugitifs, auxquels vinrent se joindre, 
après le terrible incendie qui réduisit Prague en cendres, en 1689, 
un certain nombre de malheureux n'ayant plus d'abri - t R, David . 
Oppenheim venait précisément de prendre possession du poste 
de rabbin régional de la Moravie, avec résidence à Nicolsbourg. 

Parmi les malheureux fugitifs qui s'étaient rassemblés dans ce 
ghetto morave se trouvait aussi une jeune veuve, Léa, fille d'Isaac 
d'Ofen, dont le mari, Jona ben Ahron, avait été tué à la prise de la 
ville. Déjà avant la nomination de R. David Oppenheim, elle avait 
fait déclarer au rabbinat de Nicolsbourg, par des témoins, la mort 
de son mari. Les exilés d'Ofen, Mathatias ben Israël Cohen, 

1 Kaufmann, Die letzte Vertreibung cler Juden aus Wien, 170, note 3. 

2 Jeschurun, VI, 143. Martin Meelfûhrer, Causas Synagof/œ errantis, Altorf, 1.702, 
p. 17, dit, en parlant des dégâts causés par cet incendie dans la littérature juive: 
Illud Pragae [incendium] consurasit quicquid vere rariorum codicum exquisitissimo- 
rum librorum Judaicorum in Germania unquam fuit. 



134 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

David b. Elia et Abraham b. Simon, au nom de Simha d'Ofen, 
déclarèrent unanimement que Jona ben Ahron avait été trouvé 
tué. Mais cette déclaration avait paru insuffisante à R. David 
Oppenheim; aussi demanda-t-il une audition de nouveaux témoins. 
La déposition d'Abraham Cohen, qui a été conservée dans la col- 
lection manuscrite des Consultations d'Oppenheim, -m hsvn (ni, 
12), nous offre quelques traits qui nous permettent de compléter le 
tableau des souffrances qu'endurèrent les Juifs pendant le siège 
d'Ofen. Nous avons là surtout un rapport impartial, exempt de jac- 
tance, naïf et sans arrière-pensée, sur la participation des Juifs à 
la défense de la ville. L'activité prodigieuse que les Juifs auraient 
déployée contre l'armée chrétienne î^est qu'une pure invention 
destinée à dénoncer les Juifs à la haine publique, et se réduit, en 
réalité, à. un secours forcé, à une coopération imposée par les 
Turcs. La Communauté juive, habitant le long des bords du Da- 
nube, dans la partie de la ville qu'on appelle la ville d'eau, se vit 
obligée de fournir, chaque jour, vingt hommes, pour le service 
des munitions et des canons ; ils étaient chargés de transporter de 
la poudre et des boulets à la citadelle, à la forteresse, ou au châ- 
teau-fort, comme on disait à cette époque. La communauté dési- 
gna au sort ceux de ses membres qui devaient, pour accomplir ce 
service, se rendre dans la partie de la ville qui s'étend sur la 
croupe de la montagne d'Ofen et qui était fortifiée d'une maniera 
formidable. Quand la ville basse fut prise d'assaut, le château-fort 
fut bloqué, et les derniers vingt porteurs de munitions se trouvè- 
rent séparés de leurs coreligionnaires de la ville basse. 

Cependant le château-fort ne put résister longtemps, et le len- 
demain les assiégés résolurent de se rendre aux Impériaux. Pour 
se faire comprendre des Turcs, les Autrichiens avaient emmené 
de la ville basse quelques Juifs en qualité d'interprètes. Les vingt 
Juifs se trouvant au château-fort purent ainsi apprendre quel 
avait été le sort des Juifs de la ville basse, lors de l'assaut, com- 
bien de leurs coreligionnaires y avaient laissé leur vie et avec 
quelle cruauté la soldatesque, avide de butin, avait traité la mal- 
heureuse communauté. Ce qu'ils entendirent était suffisamment 
terrible. Beaucoup de Juifs avaient été massacrés, mais la charité 
juive envers les morts qui, à Ofen aussi, avait provoqué la créa- 
tion d'une Hebra Quadischa, n'avait pas reculé, même en face 
de l'ennemi. Les cadavres furent recueillis dans un local proche 
de la synagogue, où l'on avait coutume de conserver les écrits et 
imprimés hébreux, vieux ou hors d'usage, la Geniza, et, dans la 
consternation générale, on eut également soin de faire la liste des 
victimes. Le vainqueur avait défendu d'enterrer les morts. Les 



NOTES ET MÉLANGES 135 

cadavres restèrent dans ce local du temple jusqu'à ce que le feu, 
qui réduisit leurs maisons en cendres, les consuma aussi. 

Jona b. Aliron, d'après ce que Abraham Cohen avait appris des 
interprètes juifs, s'était trouvé parmi les victimes du massacre. 
Par un de ces hasards qui ont dispersé les sources de l'histoire 
juive dans les endroits les plus divers et les plus inattendus, cette 
liste des victimes d'Ofen, qui avait été dressée au milieu de la plus 
effroyable dévastation, a été conservée dans un Mémorial de 
Worms, qui se trouve aujourd'hui à Oxford, sous le n° 2,205, et 
qui faisait partie de la bibliothèque de R. David Oppenheim. 
M. Neubauer a publié cette précieuse liste, qui se trouve à la fin 
du manuscrit, dans le Israelitische Letterbode, VI, 144, de feu 
M. Roest. 

Sur cette liste, véritable nécropole, nous trouvons, en effet, le 
nom de Jona b. Ahron. Mais, si notre consultation a permis ainsi 
de contrôler l'authenticité de cette nomenclature, nous croyons 
aussi y trouver les traces des circonstances douloureuses dans les- 
quelles ce registre fut composé. Du reste, dans la situation cri- 
tique que traversaient alors les Juifs, et qui leur enlevait toute 
tranquillité et toute réflexion, comment leur eût-il été possible 
d'établir cette liste avec une exactitude complète ? Il nous semble 
donc que Mathatias b. Israël Cohen, que l'on compte parmi les vic- 
times du massacre, avec son épouse Hindel, fille de Joseph et une 
fille non mariée, est le même qui s'est présenté comme témoin de- 
vant le rabbinat de Nicolsbourg, pour certifier la mort de Jona b. 
Ahron. L'hypothèse qu'il y ait eu à Ofen deux hommes portant ce 
nom et tous les deux Cohen me parait moins acceptable; je crois 
plutôt que Mathatias b. Israël Cohen a pu échapper au massacre et 
que c'est lui qui est venu dans le ghetto de Nicolsbourg. Si cette 
hypothèse détruit sur un point l'authenticité de notre liste, en 
revanche, je puis fournir une preuve de son exactitude parfaite 
sur un autre point. Nous possédons, en effet, une élégie composée 
par Isaac Schulhof, fils de Salomon Salman Môschel de Prague 1 , 
gendre du rabbin plus fameux d'Ofen, R. Ephraïm Cohen, décédé 
le 3 juillet 1678, sur la mort de sa femme, tuée pendant l'assaut 
de la ville, et de son fils, âgé de sept ans, qui avait été enlevé aux 
côtés de son père et traîné en captivité, où il mourut au bout de 
trois mois à Raab (voir Jeschurun de Koback, VI, 136). Mais la 
femme d'Isaac, belle-sœur du rabbin d'Ofen, Jacob Wilner, tante 
de Zebi Aschkenazi, avait été tuée par les assaillants. C'est son 
nom qui se lit sur la liste des morts, dans Esther, la fille de R. 
Ephraïm, tn-isa 1*1^11 ns "inON m'a. 

1 Voir Kaufmann, Samson Wertheimer, p. 5, note. 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les autres titres de son père ne sont pas mentionnés par manque 
de place. 

Le dernier rabbin cTOfen, R. Jacob p"T Wilner, fut plus heu- 
reux qu'Isaac Schulhof, son beau-frère, lequel eut la douleur de se 
voir enlever son fils pour être conduit à une mort certaine. Lui 
aussi avait déjà cru mort son fils, qui devint plus tard le célèbre 
Zebi Aschkenasi, lorsqu'il le retrouva à Hambourg. Pendant le 
siège môme, Zebi avait réussi à se sauver en Turquie, tandis que 
les Brandebourgeois emmenaient son père en captivité, dont il fut 
racheté par la communauté juive de Berlin. 

La coutume d'emmener des prisonniers, butin vivant, dans l'es- 
poir d'une forte rançon, était, du reste, très suivie par les Turcs, 
comme par les chrétiens. Nous savons, par l'élégie d'Isaac Schul- 
hof sur la chute d'Ofen [Jeschurun, VI, 142), que cette commu- 
nauté, toujours prête à faire des sacrifices, rachetait encore en 
1683 les Juifs prisonniers au camp de Vienne, où ils avaient été 
emmenés par les Tartares. Une autre consultation de R. David 
Oppenheim, ni, 6, nous montre que c'étaient les communautés 
hongroises, voisines des frontières autrichiennes dans les environs 
de Mattersdorf, qui avaient été faites prisonnières par les Turcs et 
les Tartares, et retenues au camppenlant le siège de Vienne, jus- 
qu'à ce que des coreligionnaires charitables eussent payé la ran- 
çon. Nous voyons, par l'exemple de la femme dont il est question 
dans cette consultation, combien de temps quelques-uns de ces 
prisonniers durent rester avec cette soldatesque. Après la défaite 
des Turcs devant Vienne, elle dut suivre l'armée dans sa retraite 
à travers la Hongrie, et fut conduite dans la forteresse turque de 
Belgrade. 

Ceux qui, autrefois, avaient payé la rançon de malheureux pri- 
sonniers étaient maintenant dans une situation qui rendait néces- 
saire un appel à la charité publique de leurs coreligionnaires. Tan- 
dis que Sender Tausk dut laisser en otage, entre les mains de 
l'ennemi 1 , sa vieille mère, son frère, et les gens de sa maison, 
pour réunir la somme qu'il avait promise pour le rachat de deux 
cent soixante-dix prisonniers et trente-cinq rouleaux de la 
Tora, en allant quêter en Autriche, en Allemagne et en Hollande, 
les communautés italiennes se concertèrent pour réunir de leur 
côté une somme pour la rançon de ces malheureux. Une collection 
manuscrite de lettres des années 1594-1724, que je possède, ren- 



1 Cf. Brann, dans la Monatsschrift de Graetz, 1881, p. 546. Cet homme si dévoué 
est mort jeune à la suite de ses souffrances et de ses fatigues. D'après les indications 
de S. Hock, il mourut le 22 nisan ou 20 avril 1702. 



NOTES ET MÉLANGES 137 

ferme une lettre de la communauté de Ferrare à la communauté 
de Vérone qui nous fournit un témoignage élogieux de la sympa- 
thie et de l'activité des communautés de l'Italie du 'nord et surtout 
de la communauté de Venise, à la date du mois de décembre de 
l'armée fatale 1686. 

David Kaufmann. 



pria p i-OT n"3ab froba p\Ntt ptw na fiab t-nia ï-rmr: 
rurai mp73 ftnnnttn ibo» r-niap n» iibipi nbb^a nr-ipa piawa 
s-miat nw # r»»b»b na a*>ra maa naOT ^ib&ï ftai-watt a^a 
nb ïma t**bi anp ara anrtàttJ , s-farn ma» !n"N£tt r^bi , s-iaitei 
*jn ,fWafc« ï-is'vaa Mb3>a inira bi> iiiaaab tamEna ami , ina^an 
an "nba anpo ta^TsiNi fcam* inao tabiai )rmy spib }ma ab 

l baia ï-pîi rïairà"! twp rrrvnài bain- 
naim ai ba pra b^ laicn ba iaàb , ■nanwb naion it '^m 
b^»an TTpiD naai to p^nn «bia ,nfaoi ria-nn Mna^b Kiijab ,nah 
n* ;-n3TiM aa^'a?3 nm ^a naKaàa nhiTn wni &nmn ^ain b^ 
bn«b pnnm , la^anfcip a^pa-ia 'iavam mbaia *pntt , na^ na^ttia aiptt 
npiamisbi ^awa itnanban ^aa «bttn ^a^mai niaa 'pm rw 

, "V^bN irnnn tin a l'a^'j a^év 
fTab "-ip^'r; t^a^^pb «nai fr-Wirs a-na w*i '13 t^nbn am»a 
'auai Y'a tenna a*"na r^rn pia wm pa^ b&nu^ p '^nnîa 
rra mutn b*a pmN73 pfts p rtar mMan ©Yipn nai b* 2 3>'Vba 
biban Tna rtattaa imu nai "WDi ^bbbtoia "paiN» pn^-» ni nâb 
^b« p th *i"nb vjïi aa^ ,y-iNa aa^n» s™ b"an snavb HÉriïi 
mai ■jinn aa a"aan b"an '^nn)a n"-:a p pab •nria irnsa ■pàitrâ 
b";- j-i^b sroKfi ba>a b"ars i-rai-» i"fabb i-r&n ny- aap Tria nana 

, y-isa na'an^ ri» 
i"-:z"2 *»©« y^^o n w mrttta a-m^ 'n J-rb^am wïi rrin taa 
rrnNTa , n"bo» ïn^b^îaïî"» irraN* Tnbs< ï-wïKaia ^^ l^aik» tin^'a 
nar n"fiab nn^a^ïî tan-aa m^m ynN3 • na*a^o s— ,7a nsi^ ^"wab 
iai2tn ysi /ta^3> riT^^ anbin b";~ ïiiib îra^'n b^a n^n'a innaïï 
dn na^a™ n?2 mb^nna b^na^M ba mraan ^obi anaa "pians 

.liai nïîN 
an'- mattïi bta b^anbM pn in^^d bawbbi annaa b"aîi mwn 
TTt ^-in^aT Tnnb in^firn m^ nai tara 'sain ■iba b"T rivift 

1 Jusqu'ici dans le manuscrit en grands caractères carrés. 

3 iana> N^ai n^ ab ïdn (Lev., v, ij. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

b":- 'n:^ to^pï&pB rtîasi s-ras n&na ïHaiia&n fiapuiïia tasrb* 
Y'a najnftiû mu m^aa ^bien aipa twrçj u ai-pd ba> nn">n Kiswb 
, û^pi T! b« wa nn^rtn d^non '■m '■•a'VBi rmaia bp">a no ^asb 
*i"?:a -ip^n ro^pb npni ÊWiii r^na «51*1 '-a Mnbn anina 
Inta r'Vra wi*a Y'a 'nai y'pa wm •paiNio tûTiaw y"a dmaa 
■paan n"i "iD^pn bW7« a? pia aip^an h akb ïinafcjt dan 'piDbn 
DNbtiJ fcaa>*i epa bn-ian ia ba> fcapiûaN "l wn *ptf V 2 T^iw P& 
un p DNbian ba> Vmaa a"a ,ta f ■pritt paN^ tan^ baa pi ïwm 
pars* ps anp?a mtxi nit *jna ^kio iat n-nbia ^aia pbaip ï^yra 
pitaia *pr la&irj 'ait* caaafca r± asbœ uï&h p>a sa&tti 'pn&n'nii r» 

ffl» "ltt Wa 3"n 1T73N Î**ï1 £31» ^pN 3NÏ1 ONbtt *pN Û^^5 

taaiptt pa pi i^p 'aia a^-n pn 'ana aabia 1^1 n^ twarçra 
in oabja pa aaa>p nm "pt 1*» caNfi ta vin a^ta dam p->ba^ 
fcanpttfi *pa ï— r"n-> no->prr as> pan fîrïWtt aiapa p^a "pn ptabn 
fcpb&wM^ pai taa^a ■pttafcbita ib^T p^naa 'tra tarTiîT "rabû* 
■ptw étt ana i^p 'ans a^vi pva tp^a iasanss. taa^Tii-pb ^pN aan 
ïiD'vm >oî pïanv:» a^a -n 'paNîi p-iavi banira ni» payb «-"a 

Ett«M ÊOÎ paNln VÎN *pa!K pl*VÏ C3^ fiPÏ paNfi ÊOÏ ÛtD** TN pS 

a^-ni-p n^ fiba ^aan -va 'aia pn&m tamt-pa "piï d^v-p b-^s 11 
;aiN ■jNca-a n^TMN i^ a^nïi n*»i p^n 'sin p^n©a pava d^^i u^?i 
nasan npb *pttD r;D^a i?aa dip» nt-i) ïtpm nn i^n o^b^a n"-t 
'sin ^T3>ir^ d!Qï:a came la^i^h ria^b-j^ n^t ^a^n (ï-rrsa Nip^^r 
ï*n«rpa ^n^5 ^n t^n i^aiNTa pn^ p ïbv n ^t^rn^ d^ua tanid ^k 
nT^a •n^i "pa ta^^b^ 'din i^^ta^ ia^^si htaica ta^ pN^ n^t ':in 
•j^ip win ï— TD^ia iiin t w n ^«a n^^r v^ ^ n>1 P 1 T ^ ^a r:Nrî p'n 
tD^^a ^aiN aip5aM«3 dr nmsa] piN"n^ aa^ans ï-iba n^t 'jan^t 
^a bmaîi >a"j> ta^a^ /k ] ^inn n^a?aa irr^n h a^ idba ïi"^' 1 ^D^prr 
pnnn dip^a s^in "i^aa^ab ^b^b bn^rt a"a> a"a irnaiin ûi^i dv ba 
t-.^d taipTain laba^a imi ns^itt ns^i fnndiy d^b^7au: ,! «b nwbb 
b^ i^^^i ipTn ^n^i i-iDiuï "npM ipnt dtî?a a^bu: î^^ipaï-î -n^a?art 
rtNatb "n^ laba^ w \*b n"n n^ian ta^ ^a^i îY't* nD"«p^ toa£ ^a dujca 
iba^ î^b i^nnNbffl dv=n b"an tsip^an vm ^aai inttîNi n^D^a^ p 
)n" t v no^prr taa> tnpbi t^d ^-n ^ata^rs hN i-id^i ^37aa iiny 
^nbN^i d^bN^ûTO^b dïT^a^a Sp^bE '^ïib ivn 'jTa ta^irt* 1 rtr»« 
t^bia nb^iom i^^.na in d^ïi fcart dN w - w 'a3i "tion br dnn d^in^b 
m?aw\i i^nria '^rw nannia n^i^wN ^a bas an^ la?^^ Nbi ams n«n 
iaaa-1 ida^i '?r^m»tt)a dm^ nana rwn ^a dmaïaa ta^annr-r dbiao 
^lîao inD^a Nir^ waa Nipati nnra n^rna tam^ in^am a^^rin ba 
■jn^N "ja rrava d'an tj-id d^n d^a^a d^Tirt n)aa rjnai a"nab 
N^parr ^iina inn» -imaï-n s-173 frrtiaa ipin iN^a dm pnïia tai»M 
-i")aa «p^rt b"a'n ba dbia iDn^an rtB^n» rt«at^ a"nNi b"arj rîT^a^ 

.y"a arroN 
a'nîian wr Pna^abN Pi^b n^itt b"aii piujn î-ip«a V'aïi antaa in 



NOTES ET MÉLANGES 139 

•^£ *ia ûî-jinN -i^a iiiabn nta y^ba uttuai fa a^na s-r-r^m 
H73 n* «"m M5NW *p» iatfn nan "pnaaiKa ittbtt ain vmsy yrMa 

Jb*n8 O^RTl I^T »8 ':1« V ro '' ^"ï"-* TaiNa l^tt E3NÏ1 }&03 

i»b>*a rwno ib Tan ann nan "pan 'pîanra ai ta na 1» «m panara 

rrn noao ttrosm c-^np^ naa r-ba^tt tattsi ann naitt "pana T^a 

,b":n 'nai b"an oai^a b"an nu5«n nfan b"an ba n» 



'i ïraraj *"n« 

b-j iaoa a^npni lannïitB d^ia inanan i?aa s — it î-tîtod nuja>7a 
pi? non sb nran narai n^nai a™ ibm m tan bbia nin?3 ynan 
mbnp "îfiwyi ! tpanœ-patt p"p mbnpn maïao nan y-ian a*n laoai 
*aœb TwN vna ba>» ein misa tabipb ia>oa û^rr bai ten^ma^aa 
iNO aa> r-ina* i-na» ùiinm mtasa rniaoa n^a laoai a-inb nia&o 
Écran p '-«n anaia ppîri a^ibi intt5»n da> noan n*aTaai d^ao 
Émipin ma "nato i7aa> naœa Tian }Bpn n'a^n np^an y^ian d^n 
ï-in^rr wtt iwa «51m W -ptto nainn b*>nb b"a- s-Kû«n îa^bin 
lambin b"a- nwm ara *ro msa b"D!-r -natt iman piawaai maroa 
tirai ruBNn misa n?atti lana^a wb wnn fc-ia^nttb ù^aian 
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1 Jusqu'ici en grands caractères carrés. 
' Pesahim, 118 a. 
3 Berachot, 6 £. 



] 10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

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, -p"aN dîto* ba n^aia tarpbiaaa '^pba 'fi w r^T-m p"p 



UNE LETTRE DE TOBIA COHEN (MOSCÏÏIDES) 
DE JÉRUSALEM 



Je possède une collection de lettres hébraïques originales du 
XYii e et du xvin e siècles provenant d'Italie. L'une d'elles, écrite 
par Tobia Moschides en 1719, est intéressante à plus d'un point 
de vue, ne serait-ce que pour les renseignements qu'elle nous 
donne sur cet homme remarquable, dont la biographie est encore 
incomplète. Elle nous apprend d'abord la date de son voyage à 
Jérusalem : il avait soixante-deux ans quand, en 1715, il résolut 
d'abandonner son poste de médecin à Gonstantinople à la cour du 
Sultan pour aller terminer ses jours dans la Terre-Sainte, à 
l'exemple d'un autre médecin, Juda Hallévi. Il y fît l'expérience 
de l'administration des pachas et du brigandage dont les Juifs 
avaient à souffrir. Il s'était retiré avec une fortune assez considé- 
rable — son ami de jeunesse, R. David Oppenheim, l'appelle, dans 
l'approbation du Maasé Tobia, un homme opulent — , mais les pil- 
lages et les vols firent brèche à sa fortune au point qu'il dut 
s'estimer heureux de pouvoir entretenir une maison à Jérusalem 
et de ses modestes revenus venir encore au secours des malheu- 
reux. 

» Berachot, 6 b. 



NOTES ET MÉLANGES 141 

Un de ses soucis les plus sérieux lorsqu'il était encore à Cons- 
tantinople était de publier un commentaire biblique fait à l'aide 
des notes laissées par son père, lesquelles étaient en partie dans 
la bibliothèque de son frère, R. Jaïr Bacharach, à Worms. En 
1*711, l'ouvrage parut sous le titre de Birhat Tob, chez Bragadin à 
Venise, grâce aux soins de son ami le célèbre Jacob b. Samuel 
Aboab, qui se chargea de la correction, et grâce au secours du 
Mécène Menahem Gracovia. En 1713, Tobia, pour garantir les 
frais, envoya une certaine somme d'argent et pria Menahem de 
payer le reste au moyen de la vente de 650 exemplaires de son 
Maasé Tobia, qui semble ainsi avoir été tiré à un grand nombre 
d'exemplaires. 

Comme il n'avait reçu aucune nouvelle de son ami, il écrit à 
Eléazar Cohen, rabbin de Livourne (Ghirondi-Nepi, p. 22, 29), 
dont lui avait fait grand éloge son ami Moïse Lopez, ainsi qu'un 
ami commun, R. Abraham Israël Zahabi. Il lui demande de faire 
parvenir à Venise, par la poste, les lettres qu'il lui adressera à Li- 
vourne de Jérusalem ou du Caire, et, d'autre part, de lui envoyer 
celles qui viendront de Venise. 

David Kaufmann. 



«b"B2n'n arra ">"n p"r t y a^bunTa 

V'oa 

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p"a pan ~iVJhx n"n7aa 
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ïna yttizîwb û^tst i»t i-ma n»N in nai^ t^bi ttaw ab marin 
nra 'n npvi nn ï— rb^sn "paama ■wmœ fin* a:n waia vtfjaia 
irmai inb"iTb a^Ei baa >*b B|b«a '"na f-nn ^\x ^"ri ^s*ib 
banïî"' arma n"ntta B^n "rann înh naïaîntta tbïi ana vn&na 
"W3N taTVi ^aifta ©■*« a"a «afci ■ abi î-t&wp ibs* rush ^ Y'na ^ant 
jp«i iba b« ^ba» Tipwna -im-ai ! ÉM«b ">boaa r-naann ^is^pn 
maa b? bnrra'TO n"na33 n&wa ©pab \-ijo") î-in* to raa ^na 
wiai niBN iana nb^an imn btti kwsn mabbi ^""ort ïnariwNb 
by tanbim fca-nsttw in "mvpbb "jNatt fcywpan w "iTb wi 
a->ana î&nai taa r^an "j-pab pi ©pnattnb i-w^a-mb sfû»nB?i 
trwoia Tas* Tnaaab ûinattab in «•maosbab ûnbiûb ^rs^n» n-pb 
ï»a*n pm ûa»«n . npni: ib aiam i»* ïdn [Déniai 1.] û'îwoi 

1 Berachot. 60. 



142 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

^ana-E mfcTptt nnN btx nn« vnaniû '« ido *naa> aofi dranan ta 
nbo rwalpïina awr DWob a n ta nsia iTianp"! V'^t a^n ?2"a 
wnojai ■nnnbrci mb"»aa twam "p* 1 b* nnoaai nbaaa dwn N*iî-n 
TTiroa vi fin m*! ~t n"n ■nnr'O dan Sig r . Menahem Cracovia^b 
Bpbibia bbiar; dann erawiai fiNTOa ïwwin n^an lE-ib viww 
fiT tni riNt mattaa p"ia;>a> amban Y'na ama» apan Yn^s ^pbatt 
ïï"-\ taanrï *rb "now aan ï-ie *p "VIV73M innbtD D^a^ i-rpœ "i7aa 
niûa>3a fnttdln É p*!ri pp "nDDtt fca-nss 650 -p b"afi e^aipanp 
mn "pmei dm» *na»b îb î-nm irrnnaa vnnn nœa nuança 
oa-iaa Nbi antatt lansz-ift s-fba bai man^n J-nMattWi am-iJib ib 
br rrawn ia?att *msn Nb*i i^aa -mb vnana a^aia "i j-jt ttrtfai 
\nbt *'y\ 'Y'rûEb 'Yaaittfi b^ *pab iab ba> s-rnba* inrwi ■'ans 
bbwi iD^^a èpst nm maensiii ba pbn p*n ina^ 2 a"^ im»s 
abi iab naa^b ^a nmban 173^1 ihi raaiY'anDtD'mp niîto ■•» 1"* 
K»amb ib© nar»a n"s5a n"n ib^ai n"aa N^naaN miD*b "W nni 
naine rtiio inana t-iTttb it îYittb im« r-on-i ab n"apm Y'n îd^b» 
■pv b"n ûa^wN- bnai aaaa ^b nia» ba Eaa>3aai23 n-p'n d^ a^ia dr^w 
rmïrbi d^b-oan"» na "«nia oaisb ^novn y^psi d^anb w ma wa 
irriibi d^btorr ns tok '^anoi d^im cnoTnan ^na Vian aiaia 
ïrbian ^pa marna ana "paia ma-n^a na^b vaa Tdn^» ^nNac ,,, i3 
mnan ©"H ni^na» ïib msra"» 3>^ ba>ïï im» -naaa ^pb^i 'ibttî d^a 

naia "jTaîïi ^b^b a^a^an 
nsnsta'ffl y^ p"p?a nsi^i pa sranta 
a"aabi b^â 'jna b^a^i n"na ï-ib3>ai iiaa ^i^aa^îb 'Ya»^!! no'ndi 
n'^bi ma^*irt ib nn\N ^n» n^bn t— ino ?na>b s^sin 3>^aûaarî ^b 

'ibïî n"tib 

Adresse 

Km^fi aù>v2 ">arj 
ïinttnbtta n*itJ7an parîb Nn^Ti«*i ^p^iai&b 
-iT^^b^ n"n72d ^amnn ^uî^ n^nn^r? -i^aaïi i-mn b^ 
: intra dïina» ia?a i"na pan 
a"-i"i uj"naa b"m 
»"y ^"a^na^b -i^b p"w db^m^ 

Al Sig° Haham Lazaro Goen 
BG. 

Liorne. 



2 = bNn^a ianr 



NOTES ET MELANGES 143 



LA SYNAGOGUE DE MARDOCHÉE MEISEL ET JACOB SEGRÉ 



La même année où David Gans acheva sa chronique, c'est-à- 
dire en 1592, fut également achevée à Prague une admirable 
synagogue, édifice somptueux qui dépassa en magnificence toutes 
les synagogues connues et qui a perpétué le nom de son fondateur 
jusqu'à nos jours, je veux parler de la synagogue de Meisel. 
Vingt colonnes de pierres servaient de base à cet édifice, dont la 
construction devait clore dignement la série des bienfaits prodi- 
gués par Meisel à la communauté de sa ville natale. Joseph Wal 
et Hirz Zoref \ qui présidaient la commission des travaux, en 
évaluaient le coût à plus de 10,000 thalers -. Le 13 août 1591, 
l'empereur Rodolphe II, reconnaissant envers Meisel des services 
financiers qu'il lui avait rendus, lui accorda un privilège 3 , écrit 
en langue bohémienne, et en vertu duquel sa synagogue devait 
jouir des mêmes droits que les autres synagogues et être protégée 
à tout jamais contre toute action judiciaire. En outre, par lettre 
impériale du 23 décembre 1598, Meisel obtint l'autorisation 4 de 
faire fabriquer pour sa synagogue et d'y déployer une bannière du 
roi David, pareille à celle qu'on voit dans le temple, si grand et 
d'une si haute antiquité, qu'on appelle « Altneuschule ». 

L'intérieur de la synagogue de Meisel répondait pleinement à 
son magnifique aspect extérieur. Elle contenait, comme la « Alt- 
neuschule », un orgue 5 pour célébrer l'entrée du sabbat aux sons 
de la musique. Quand le savant éditeur du recueil de prières, Sab- 
bataï de Przemysl, un précurseur de Heidenheim, se rendit à 
Prague pour y faire des recherches utiles à son ouvrage , il 
trouva dans la synagogue de Meisel un manuscrit très ancien qui 
contenait les prières journalières et dans lequel il rencontra des 
variantes précieuses G . 

Comme le terrible incendie de 1689 a réduit en cendres cette 
belle synagogue 7 , on avait peu d'espoir de retrouver jamais 

1 D'après les indications de S. Hocks, Hirz Zoref est mort en 1608. Il paraît avoir 
été aidé dans son travail par son fils Juda, décédé en 1625, qui prit une part active 
à la construction de la t Pinchassynagogue » de Prague. 

1 *m nttlS, I, à l'année 1592. 

3 Kôrpl, dans le Ccntralblatt de M. Grùnwald, VIII, 35. 

4 Podiebrad, Alterthilmer der Prager Josefstadt, 3 e édit., p. 46 et 98. 

5 lb., p. 100 et 154, note 112; Steinschneider, Catal. BodL, 2391 ; Schudt, I, 218; 
II, 284. 

6 D. Kaufmann, dans rpDtfn de M. Sokolow, V, 127. 

7 AI. Brull, Central- Anzciger, I, 5. 



\\\ REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

quelque trace des inscriptions relatives à la fondation de cet 
édifice. Nous avons été d'autant plus heureux de rencontrer sur 
ce sujet des renseignements inespérés. Ils nous viennent d'Italie 
et se rapportent à l'inauguration de cette synagogue ;■ ils nous 
font également connaître, ce qu'on ignorait jusqu'à présent, que 
Meisel était en rapports avec un savant italien. Jacob Segré, rab- 
bin de Casale-Montferrat ! , a composé, vers la fin du xvi c siècle, 
quelques poésies liturgiques, ainsi que d'autres poésies, dont les 
sujets sont empruntés aux incidents de la vie sociale. Ce diwan, 
s'il m'est permis de donner ce titre à l'œuvre d'un poète italien, 
est entre mes mains, en manuscrit; il contient deux pièces qui 
nous montrent que le célèbre financier de Prague et le poète ita- 
lien entretenaient des relations d'amitié. Meisel avait choisi Segré 
pour composer l'inscription qui devait être gravée sur le tableau 
votif de la nouvelle synagogue. Nous apprenons ainsi pour la pre- 
mière fois la date à laquelle la première pierre fut posée. Ce fut 
le 14 du mois d'Adar I er , le jour de Pourim de l'année 1590. Meisel 
avait certainement choisi cette date à cause de son nom de Mar- 
dochée, qui rappelait le héros de la fête de ce jour. 

Le poète de la lointaine Italie savait mieux que les gens du 
pays, probablement parce que Meisel lui-même l'en avait informé, 
combien avait coûté cette synagogue. 

Meisel n'avait pas de descendants directs, il a donc sans doute 
fait comprendre au poète italien qu'il comptait sur le monument 
qu'il élevait pour faire passer son nom à la postérité. Segré et le 
poète qui a composé l'épitaphe de Meisel 2 ont eu une idée com- 
mune, ils font allusion tous les deux à ce nom de Meisel (Mâus- 
lein == petite souris), pour dire que la petite souris qu'ils célèbrent 
ne ressemble pas à celle dont parle le Talmud (Synhédrin, 29 &), 
qui reste assise sur ses trésors sans savoir en profiter ou en faire 
profiter les autres. Meisel, au contraire, a prodigué ses richesses 
pour la gloire du Très-Haut. 

La construction de la synagogue avait absorbé 12,000 thalers. 
Mais ce n'était là qu'une petite partie des sommes que Meisel avait 
dépensées pour le bien de ses coreligionnaires de tous les pays. 
Dans le deuxième petit poème qu'il a composé à son honneur, 
Segré le compare, à bon droit, à la lumière dont tous peuvent jouir 
sans qu'elle diminue. En choisissant Segré, Meisel a témoigné de 
son bon goût. Il aurait pu trouver dans son propre pays des versi- 

1 Zunz, Literatiirgcschichte, 425. Dans un acrostiche il se nomme 'p ^*"|!PD Sp^" 1 

n"nbî i*«an. 

2 Gal~Ed, n° 16 : "p-tf"^ Û2 MttH *lï!D2 ^SVlE. Cf. Wiener, Emek Habacha, 
trad. allemande, p. 218, note 333. 



NOTES ET MÉLANGES 145 

ficateurs hébreux. Mais pour avoir une inscription composée 
d'après le mètre classique et écrite dans une langue pure et poé- 
tique, pour avoir une épigramme dans le sens antique du mot et 
à la manière de l'époque hispano-arabe, il fallait s'adresser forcé- 
ment, en ce temps, à un poète italien. 

David Kaufmann. 



tw ibttitt imaa ïrnûian n-NE laas a"na3 anapb s-i«a m© 
■p©ba b"n b^T^Stt wib '72a i?a© FT'aNia p"pa ant e**ba bilâ 

•f'i tara Î-ID3D pN ttT Nlill '^bN S"" 1 13 «-«atlïl (naa^) Ï3D©N 

,3"©tt na© ^©an m» 
ba> -ina©a biai *pbïi wiè ©"W'n "pa^i w na apa>"> t**©*i 
ï-in 'n ai©a maria para par p w iaaia n©N 'ï-ï ©np7a mn« 

. p^ata in3"va© 

Ivan n*a n;©i* n;bana "»a 131m ibïtit ïta©a y^^ 

•p-^i iba in iti ©i©7a pa nn na-i£3> W n;b i-i»ni ab 

j-pb* n;aiDii rsa | mira spa naaa oaas -iizjn I n"aa3> 

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ïhïai air? û^pab aaaa 173b main ùma ibTar ni© 

■piaa mïa*b "paii na> na riira ! i"7aib© naa i©n ma 

•pitm û©ïi ûiN3 N©?a fraiÉT in© ban ia©ii ba 

■pisi *>ba bna bipa i«ip man m a a -ia>b iït bna 

■piat ma© na ftai^N ai©ai iMijf iiînn p ipi ba ^a 

-bna n©a>a ba m©b ^37a ton «b Triipm mie© ^b» is "wn 
p"pa bT\N73 •witt ©^nîi Maa i©n maaan r-ra "psa Nin «msi 
&n«ii 13 mwob anp^n fcai©b ii»a> n"a5a na aa bw rrnan mais 

/pin» îaia© ia*r .1*7173 «ar» p 
'irai watti laiToïi **ra 

11 

ttarassaa r-n5< ^aiïiR a^a naNna p"p73 n"n na©a b"3ii nan© t© 
bV'Tvntt fana ab iina aniN b*a «bn mat ^na©b lia» 
b^Tn n©N 0^72 11^73 an "pn 3 i'^bi n"nN3 n"7o n3© *Y'is ai^ 
b^rb -iTjTb rrinwa p b? 173^ ^3a ba nan nat 

b*»TMi Nbn ït»3» "pao3 ba ^a r;i-ip-« ^->t na mab bvn 

1 Allusion au verset de I Chron., v, 36. Il faut traduire ainsi : Quant à la maison 
que lui (Meisel) a construite, sa sécurité sera éternelle. 
* I Rois, vu, 21. 
3 = 14 adar I 1590. 

T. XXI, n° 41. 10 



BIBLIOGRAPHIE 



Geschichte der Jiitlen, von D r H. Graetz ; achter Band ; dritte verbesserte 
und stark vermehrte Aîiflage. Leipzig, libr. Oskar Leiner, 1890 ; in-8° de xv-507 p. 

Il faut admirer M. Graetz pour vingt raisons différentes et toutes 
également bonnes. Nous l'admirons aujourd'hui et nous lui appor- 
tons nos hommages pour l'application et le soin avec lesquels il a 
revu et mis au courant le huitième volume de son Histoire des Juifs, 
qui était épuisé et dont il vient de faire une troisième édition. Ce 
volume va de 4350 à l'expulsion des Juifs d'Espagne et du Portugal. 
Il serait difficile de noter les nombreuses rectifications, additions et 
améliorations de cette nouvelle édition, nous allons y relever un 
certain nombre de questions que nous avons traitées nous-même 
dans diverses publications ou examinées de plus près dans le cours 
de nos études. 

Gela commence tout de suite par une petite querelle. P. 6, 
M. Graetz dit que lorsque les Juifs rentrèrent en France, en 4360, ils 
y revinrent par masses. Nous craignons que ceci ne soit une erreur, 
aucun texte ne prouve que la population juive de France, de 4 360 à 
4 394, ait été considérable, et il y a, au contraire, de bonnes raisons 
de supposer le contraire. Nous renvoyons, sur ce sujet, au début de 
notre étude intitulée Les expulsions des Juifs de France au xiv° siècle, 
publiée dans la Jubelschrift mm 70. Geburtstage des Prof. D v H. 
Graetz, Breslau, 4 887. — P. 7. Sur l'expulsion des Juifs de France 
ébauchée vers 4 368, notre étude est plus précise ; cet essai d'expul- 
sion se place, non vers 1368, mais entre le 30 mars 4 366 et le 8 février 
4 368. — P. 9 note. Nous avons montré, dans cette même étude, p. 40, 
qu'aux consultations d'Isaac b. Schéschet sur le rabbinat français 
citées par M. Graetz, il faut ajouter les consultations n oS 493, 494, 
et 242. 

P. 58 à 63. Massacres de 1391 en Espagne. Aux localités mention- 
nées, il faut ajouter Palencia {Boletin de la Real Academia de Historia 
de Madrid, IX, 347), Avila et Ségovie (ib., 347-348); sur les événements 
de cette époque à Barcelone, Valence," Lérida, Girone et Perpignan > 
voir Boletin, XVI, 432 ; plan de la juiverie de Valence, Revue, XIV, 
264 ; Palma, voir Boletin, IX, 265 ; Revue, IV, 239 ; Burgos, 4 2 août 
(Graetz, p. 63) ; 40 août, chez M. F. Fita, Boletin, IX, 347. M. Graetz, 
si nous ne nous trompons, a omis le sac de la juiverie de Perpignan, 



BIBLIOGRAPHIE 147 

sur lequel on peut voir P. Vidal, dans Revue, XV, 55. Nous ne savons 
d'où vient le chiffre de 11,000 Juifs (Graetz, p. 62, 1. 10 en remon- 
tant) qui se seraient fait baptiser à Barcelone ; la liste des Juifs de 
Barcelone que nous avons publiée dans Revue, IV, 57, montre que 
le nombre des baptisés de Barcelone est de 130 hommes adultes 
(sans compter les femmes et les enfants); le chiffre de 11,000 vient 
probablement des prétendus 11,000 baptisés de Valence cités par 
M. Graetz, p. 75, note 2, d'après Zuniga. 

P. 75, note 2, et p. 113, note 1. Ces deux notes se rapportent aux 
différentes données qu'on a sur le nombre des Juifs baptisés en Es- 
pagne pendant les événements qui vont de 1391 à 1413. L'exagération 
du chiffre de 11,000 baptisés à Valence (Zuniga) ressort suffisam- 
ment de ce fait que, d'après Hasdaï Grescas (Schebet Jehîida, édition 
Wiener, p. 128), il ne demeurait à cette époque que 1,000 familles 
juives à Valence. Le peu de valeur de ces gros chiffres ressort aussi 
des considérations suivantes : Joseph ibn Gaddik (édit. Neubauer, 
Jew. Chronicles, p. 98, 1, 12) et, d'après lui, Joseph Arévalo [ib. } 
p. 110, 1. 6) et Abraham Zaccut [Iohasin, édit. Gracovie, p. 134 a, 1. 2) 
estiment le nombre des baptisés juifs, en 1391, à 200,000; le même 
chiffre exactement (200,000) revient chez ces trois mêmes auteurs 
pour le nombre des baptisés de 1413-14 (Jew. Ch., p. 98, 1. 18; p. 110, 
1. 16 ; Iohasin, édit. Crac, p. 134 a, 1. 13 ; édit. Filipowski, p. 225 b, 
1. 25). Mais en revanche, pour 1391 , Zaccut, édit. Filip., p. 2'25 b, 1. 37, 
a 4,000, non 200,000. Ceci donne l'explication de tous ces passages : il 
y avait, dans le texte original, D">DbN '1, quatre mille ; mais par une 
de ces erreurs de copie dont nous avons donné des centaines 
d'exemples dans notre Joseph Haccohen et les chroniqueurs juifs 
(Paris, 1888), ce ù^ba '1 est devenu 'Dba 'n, 200,000. Les 15,000 
baptisés de Josef Haccohen, d'Isaac Gardoso, et les 16,000 de Schebet 
Jehuda (Graetz, p. 113, note 1) émanent d'une même source proba- 
blement ; Usque, Consol., p. 188 b, a aussi ce chiffre de 15,000. 
Remarquer que le nombre des baptisés de 1413-14 est estimé à 
environ 3,000 par les relations chrétiennes (Graetz, p. 122, note); 
c'est probablement un chiffre partiel. Dans cette même note de 
M. Graetz, au lieu de ao^bap ï~î3"iT (qui se trouve d'ailleurs dans l'édit. 
Filip.), lire 'ttp î-wvr ; au lieu de Emek ha-bacha, p. 1, lire p. 71. 

P. 78, n. 8, et ailleurs. Nous avons prouvé que le nom de 'ptt'n 
doit se lire Rimoc, non Raimuch, et que le surnom de Wip tû'"'! 
(Cf. Graetz, p. 411, note) donné à Astruc Rimoc n'est pas autre 
chose qu'une erreur d'écriture pour ïrm-ntt "H ou wniB "H, c'est- 
à-dire « de Sa verdun » (notre Jos. Haccohen, p. 73, 1. 1 et suiv.). 

P. 95, Sur Méir Alguadez, voir notre Jos. Haccohen, p. 43 (U 23) et 
p. 66 (O 98, 16). Le passage du Fortalitium Fidei qui le concerne a 
été réimprimé par M. Fidel Fita dans Bolelin, IX, 354. 

P. 234. Affaire de Sepulveda. Nous avons montré dans notre Josef 
Haccohen (p. 56) que l'événement doit peut-être se placer en 1478, 
non 1471. Le texte de Golmenares rectifié se trouve Boletin, IX, 353. 



148 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

P. 312. Le texte rectifié du fameux édit d'expulsion des Juifs 
d'Espagne, daté du 31 mars 4492, a été publié par M. Fidel Fita, 
dans ses Estudios, tome VIII (1888), p. 145. La difficulté signalée par 
M. Graelz (p. 343, note) sur le délai accordé aux expulsés, qui est, 
en apparence, de 3 mois, mais en réalité de 4 mois, et la solution 
proposée par M. Graetz ont déjà été indiquées sommairement par 
nous dans Revue, XIV, 175. Nous avons montré, au même endroit, 
qu'il ne faut pas parler (Graetz, p. 349, 2° alinéa) d'un petit délai 
demandé encore par les expulsés ; de pareils exodes ne se fout pas 
en un jour. Le texte rectifié de l'édit des rois catholiques du 14 mai 
1492, destiné à protéger les Juifs contre les violences jusqu'à 
l'époque de leur départ, a été publié par M. Fidel Fita, Estudios, 
VIII, 115. 

P. 369. Sur un autre astronome juif, voir notre Josef Haccohen, 
p. 63. 

P. 389, 1.10. Les deux médecins de Marseille se trouvent nommés 
dans notre étude sur le convoi d'expulsés d'Espagne qui arriva à 
Marseille en 4 492; il faut lire: Gomprat Mosse et Sulham Davin. 
La pièce originale ne se trouve pas dans les Archives de Marseille, 
comme le dit la note de M. Graetz (ibid., Versailles est pour Mar- 
seille), mais dans l'étude d'un notaire de Marseille, comme nous 
l'avons indiqué dans notre article. 

P. 490, 1. 4 5 en remontant. Lire rtD^ai ttWWl, Ubeda et Baeza, 
prov. de Jaen. 

Voici maintenant quelques observations un peu plus longues sur 
les grandes Notes placées par M. Graetz à la fin du volume. 

Note 1. Sur les Chroniqueurs juifs. — P. 392, 1. 5. La date de l'ou- 
vrage d'Usque est 1552, non 4 553. = P. 396, en bas. Nous avons 
donné, sur les dates en apparence erronées de nos chroniqueurs, 
des explications que nous rappelons {Les expulsions, p. 47-49), et 
nous avons montré (ibid., p. 44) que la date de 1380 pour l'ex- 
pulsion des Juifs de France n'est pas du tout une faute, mais que 
le chroniqueur, à partir de l'émeute de 1380, considère l'histoire des 
Juifs de France comme close. =s P. 397. "Dans notre Josef Haccohen 
(p. 4 02), nous avons proposé de donner au signe L. E. B. ou L. I. E. B. 
d'Usque le sens de Liber Iuda Ebn Berga. Des manuscrits ou 
extraits de cet ouvrage pouvaient circuler avant l'impression. Nous 
avons indiqué nous-même l'objection qu'on peut faire à cette hypo- 
thèse et nous y avons répondu, d'une manière insuffisante peut-être. 
Nous ajoutons que le mot Berga désigne une localité de la province 
de Barcelone et que la famille de Ibn Verga ou Berga pourrait en 
tirer son nom (Cf. Ben Adret, où Adret est aussi une localité). La 
traduction du nom par le mot a a© ne prouve pas le contraire, cette 
traduction peut être un simple jeu de mots. = La plus forte preuve, 
quoique non décisive, que Usque aurait utilisé Ibn Verga se trouve 
dans notre Josef ffacc, p. 38. 

Note 2. Sur Easdaï Crescas. — P. 403 : Un passage de notre Josef 



BIBLIOGRAPHIE 149 

ffacco7ien, p. 9, prouve, sans le secours d'aucune conjecture, que 
Hasdaï Crescas était mort avant adar 5171. L'année 5171 était de 
13 mois ; le mois d'adar I y commence le 26 janvier 1411, et le mois 
à." adar II y finit le 25 mars 1411. 

Note 3. Colloque de Torlose, 1413-14. — Nous avons plusieurs ob- 
servations à faire sur cette note. = 1. Nous croyons qu'il est vain de 
chercher à trouver exactement les noms des 22 rabbius ou notables 
juifs qui assistèrent, au colloque (d'après la relation du Jeschurun). 
D'après de Castro, il n'y en eut que 14. Nous supposons qu'il s'est 
passé pour ce colloque ce qui a eu lieu pour le Sanhédrin de Paris, 
sous Napoléon : des personnes convoquées n'auront point paru à la 
réunion, il y sera venu d'autres qui n'avaient pas été convoquées, il 
y sera venu de temps en temps des Juifs distingués de passage à 
Tortose, des personnes convoquées régulièrement n'auront fait que 
paraître à quelques séances et seront retournées à la maison. Des 
quatre personnes de Girone convoquées à la réunion (Girbal, Los 
Judios en Gerona, p. 36), on n'en voit figurer que deux au colloque, 
Bonastuc Desmaestre et Azay Toros, qui est probablement le Toderos 
b. Iahia, de Girone, mentionné dans Ibn Verga. = 2. On est mainte- 
nant à peu près d'accord sur l'identification des noms qu'on trouve 
dans les différentes relations de ce colloque, nous nous en sommes 
occupé aussi dans notre Josef Haccohen, p. 73. M. Graetz a renoncé 
à identifier le Salomo Judaeus, rabbin de la communauté de Tortose, 
avec Salomon Bonfed, et, comme nous aussi, il l'identifie avec Salo- 
mon Maïmon, rabbin de Tortose, mentionné dans la relation du 
Jeschurun. Ce Salomon Maïmon est sûrement le Saul Minue ou Mime 
qu'on trouve chez de Castro et chez Amador (voir notre Jos. Hacc, 
l. c). Nous supposons qu'il est aussi le Maestro Salomon Isac, 
nommé dans de Castro (p. 204), d'après Zurita ; il se sera appelé 
Salomon Isaac Maïmon, de là peut-être ce Salomo Judaeus, au lieu 
de Salomo Isaac ; Mimon pour Maïmon est encore aujourd'hui usité 
en Algérie. L'identification de Moïse Abenhabez avec Moïse b. Ab- 
bas est exacte (Graetz, p. 408, en haut). Le nom de Messie est très 
régulier (Jos. Hacc, L c), il n'y a pas de raison d'en contester 
l'exactitude (Graetz, ibid., note 1). Il n'est pas exact qu'Astruc 
Joseph, de Girone, soit désigné sous le nom de Jucef Struch Benêt 
(Graetz, p. 407, note 2). Nous ne savons si l'identification du a^O^b*! 
d'Ibn Verga (p. 68) avec Belchite (Graetz, p. 407) est de M. Graetz, ni 
si cette identification est juste. Dans tous les cas, nous renonçons à 
identifier ce nom avec Illescas, qui est dans la province de Tolède, il 
ne semble pas qu'aucun Juif de Castille ait été convoqué pour 
assister au colloque. Cependant l'identification de ùplB^bl du n° 48 
du Schebel Jehuda (p. 88, édit. Wiener) avec Illescas est juste {Jos. 
Hacc. L c), elle est pleinement confirmée par le passage hébreu que 
vient de publier M. Graetz, p. 400. Il nous reste à parler de l'identifi- 
cation faite par M. Graetz entre Vidal Benvenist d'Ibn Verga et le R. 
Ferrer des relations chrétiennes; nous y reviendrons tout à l'heure. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

= 3. Il est évident, et M. Halberstam Ta déjà fait remarquer, que la 
relation du Jeschurun et celle d'Ibn Verga ont une grande parenté 
entre elles ; ce sont presque deux versions, très libres, d'un même 
texte. Le texte du Jeschurun est supérieur à celui du Schebet 
Jehuda, n° 40, comme nous allons le montrer. Tout d'abord, dans 
Schebet Jehuda, la date initiale est fausse, comme tout le monde l'a 
fait remarquer, mais c'est une simple faute de copie. Le Schebet 
a ensuite (p. 68, édit. Wiener), pour la date de la réunion, le 
1 er janvier, tandis que les autres relations font commencer le 
colloque le 7 février ; la convocation adressée par le pape à Girone 
demande que les personnes convoquées soient à Tortose le 15 jan- 
vier (Girbal, /. c), le « 1 er janvier » est donc faux ; est-ce encore une 
erreur de copie ? On le dirait, car le Schebet Jehuda donne pour le 
8 e jour de la réunion, d'après son compte (p. 76, 1. 2), le samedi sab- 
bat Zalhor, qui tombait le 9 adar ou 11 février 1413, et la relation du 
ms. de l'Escurial et celle du Jeschurun montrent que les séances se 
sont succédé sans interruption depuis l'ouverture jusqu'au 11 fé- 
vrier. Le Schebet Jehuda compte 10 séances (1 10 , p. 68, 1. 2 en remon- 
tant; 2°, p. 69, 1. 11 ; 3 e , p. 70, 1. 7 ; 4 e , p. 72, 1. 26 ; 5 e , p. 73, 1. 21 ; 6°, 
p. 74, 1. 15 ; 7 e , p. 75, 1. 25 ; 8°, p. 76, 1. 2 ; 9 e , p. 76, 1. 19 ; 10 e , p. 77, 
1. 4). Sa 8 e séance ayant eu lieu le samedi 11 février 1413, la 9 e n'a 
pu avoir lieu au plus tôt que le lundi 13 février, car on ne tenait pas 
séance le dimanche; sa 10 e séance a eu lieu le 15 février (mardi) ; il 
y aurait donc eu tout au plus un jour d'interruption ', et cependant 
l'auteur dit (p. 77, 1. 4) qu'entre la 9 e et la 10° séance, il y eut une 
interruption de plusieurs jours 2 . Sa relation, sur ce point, est donc 
sûrement erronée et contradictoire. = 4. Il y a une autre erreur 
dans le récit du Schebet Jehuda, mais qui est peut-être imputable au 
mauvais état du texte. Dans le récit de la 2 e séance, le texte dit 
qu'il y avait à la séance des W") "'b'Vrt, qu'il distingue des habi- 
tants chrétiens de la ville, de sorte que ce sont sûrement des per- 
sonnes de Rome, probablement des dignitaires ecclésiastiques 
venus de Rome à la cour de l'anti-pape Benoit XIII. Dans le récit 
de la 6 e journée (p. 75, 1. 13), on lit qu'un de ces « habitants de 
Rome » se lève et dit, pour appuyer la thèse des controversistes 
juifs, que le mot Tblï est un nom t|mtt553, qui a plusieurs sens et 
des sens figurés. Il est déjà assez étonnant qu'un chrétien vienne 
soutenir, en présence du pape, la thèse des Juifs; mais plus loin, 
dans la séance du 45 février (p. 77), le pape dit aux Juifs que ce 
sont eux qui ont produit cet argument des noms tTBmtiJ» et qu'il 
craint qu'ils ne l'aient trompé. Enfin, dans la relation du Jeschurun 
(année VI, p. 54), les paroles attribuées par le Schebet Jehuda à 
l'habitant de Rome sont attribuées à Salomon Maïmon, de Tortose, 



1 Effectivement, d'après le ms. de PEscurial, il n'y a pas eu de séance le mardi 
14 février, ni le dimanche 12 février. 
2 II faut dire que le texte est légèrement corrompu, à ce qu'il semble. 



BIBLIOGRAPHIE 151 

dont l'argumentation est presque exactement celle qui est mise, 
par le Schebet Jehuda, dans la bouche de l'habitant de Rome. Il 
paraît donc probable qu'à cet endroit du Schebet Jehuda il y a une 
lacune (p. 75), que l'habitant de Rome a dit quelque chose qui 
manque, et qu'ensuite le récit primitif introduisait Salomon Maï- 
mon avec l'argument des noms à plusieurs sens. = 5. Nous allons 
comparer, dans ce numéro, les relations du Schebet Jehuda (S.), du 
Jeschurun (J.) et du manuscrit de l'Escurial (E.), d'après de Castro, 
p. 206 et p. 216 et suivantes : 

/ cr jour. Séance préparatoire (S. et E.) ; paroles blessantes de Gero- 
nimo drvmm iSNfcn un et réponse de Toderos ibn Iahia "i^inir: 
^pDH fctt (J.). Ces deux incidents se trouvent dans S. au 2 e jour, 
et le second est attribué par lui au naci Don Samuel Hallévi, 
de Calatayud. — Date : non indiquée dans S., 7 février dans 
J. et E. 

2° jour (3 e j. de S.). Discussion sur cette légende talmudique que le 
monde durera 6000 ans, dont 2000 à l'état chaotique, 2000 sous le 
règne de la Tora, 2000 sous le règne du Messie (S., J., E. 216, 
2 e séance). — Interlocuteurs : Zérahia Hallévi (J.), qui dit à 
peu près exactement ce que disent successivement, dans S., 
Don Vidal Benvenist (surtout sur les conditions de l'avènement 
messianique, rpOTtt Wn), puis Zérahia Hallévi et Joseph 
Albo; E. 206, a pour interlocuteur unique R. Ferrer. -— Date : 
mardi 8 février (J. et E. 206). 

3 e jour. (4 e et 5 e de S.)- Discussion de la légende talmudique qui dit 
que le monde durera au moins 85 jubilés (S., J., E. 216,3 e séance). 
— Interlocuteurs : Cela ne peut dans tous les cas pas s'appliquer 
à Jésus, les calculateurs de l'époque messianique sont con- 
damnés par le Talmud, le pape se fâche et invoque Daniel (Mat- 
tatia Içhari, E. et J.) ; Daniel n'a pas calculé et le blâme du 
Talmud ne l'atteint pas (le même Mattatia, J. ; Don Vidal 
Benvenist, S.) ; Témoignage de R. Aschi (le même Mattatia, J.; 
les députés juifs, S.) ; Les 85 jubilés sont un minimum (Joseph 
Albo, J. et S.). Un petit incident attribué à Don Toderos ibn 
Iahia se trouve encore dans S. Dans E. 206, les interlocuteurs 
sont Albo et Matatias. — Date : jeudi 9 février (J. et E. 206). — 
Effroi des députés juifs quand ils voient que des notaires dres- 
sent le procès-verbal de la séance (S. et J.) ; dans E. 216, cet inci- 
dent est placé à la 9 e séance. 

4 e jour (6 e et 7 e jours de S.). Discussion sur la légende talmudique 
qui dit que le Messie est né le jour de la destruction du temple 
(S., J., E. 216, 4° séance). — Interlocuteurs : Ibn Astruc, Don 
Vidal Benvenist et l'habitant de Rome (S.) ; Astruc Hallévi, 
d'Alcaîiiz, et Salomon Maïmon, de Tortose (J.), Astruc et To- 
deros (E. 206). — Date : vendredi 10 février (J. et E. 206). 

5* jour (8 e de S.). Suite de la même discussion (S. et J. et peut-être 



152 REVUE DES ETUDES JUIVES 

B. 206, 5° séance). — Interlocuteurs : les députés juifs et R. As- 
truc (d'Alcaîiiz, probablement), qui dit cette parole imprudente : 
Vous croyez bien des choses incroyables sur votre Messie, per- 
mettez-nous d'en croire au moins une sur le nôtre (S. et J.), 
D'après E. 206, les interlocuteurs sont R. Astruc et le Rabbin 
de Girone, probablement Astrug Desmaestrk. — Date : samedi 
11 février (S., J., E. 206). 

6* séance, d'après E. 216 (9 e de S.). Discussion sur le verset d'Isaïe 
66, 7 et autres (S., E. 216). — Interlocuteurs : pas nommés dans 
S. ; d'après E. 206, Astrug. — Date : lundi 13 février (E. 206). 

7° séance (10 e de S.). Suite de cette discussion (S., E. 216 probable- 
ment). — Interlocuteurs : Don Vidal Benvenist et R. Astrug 
(S.), lequel est probablement Astrug Hallévi d'Alcaniz 1 ; d'après 
E. 206, ce sont Bonastrug Desmaestre, de Girone, et R. Ferrer. 
— Date : mercredi 15 février (S. et E. 206) . 

Cette analyse prouve deux choses : d'abord, que le texte de J. est 
bien supérieur à celui de S., puisque, pour les jours et les dates, il 
est confirmé d'une manière éclatante par E., et que, pour les noms 
des interlocuteurs, il est aussi mieux d'accord avec E. (voir 3° jour). 
= 6. Si l'on compare, dans les trois relations, les noms des interlo- 
cuteurs juifs, on acquerra probablement la conviction que, dans un 
assez grand nombre de cas, l'inscription de ces noms n'a pas une va- 
leur absolue : les mêmes discours, absolument, sont attribués, sui- 
vant la relation que Ton consulte, à tel interlocuteur ou à tel autre, 
les mêmes arguments ont probablement été produits en même temps 
ou successivement par plusieurs assistants à la fois ; il a dû y avoir, 
dans ces attributions, des erreurs d'observation ou de mémoire, et 
les relations hébraïques portent souvent les mots : nous avons dit, 
nous avons répondu, les députés répondirent, ce qui indique une dis- 
cussion un peu confuse. Nous voulons conclure de là que l'identifi- 
cation de Vidal Benvenist avec R. Ferrer, proposée par M. Graetz, 
continue à être fort douteuse. L'argument tiré par M. Graetz de la 
comparaison des noms dans S. et dans E. pour la séance du 15 fé- 
vrier est affaibli par ce que nous venons de dire et aussi par ce 
que nous avons dit plus haut (7 e séance) de la distinction à faire pro- 
bablement entre R. Astruc de S. etBonastruc de E. Puisque Bonas- 
truc est l'auteur de la relation de S., il serait étonnant qu'il se 
nommât à la 3 e personne, surtout après qu'on a constaté qu'il ne 
s'est pas nommé dans la liste des députés 9 . Nous croyons pouvoir 



1 Si c'était Bonastruc Desmaestre, de Girone, nous pensons que S. l'aurait désigné 
autrement que par les mots R. Astruc. 

2 II faut dire que la relation de S. a probablement été remaniée, Bonastruc n'au- 
rait pas écrit aux israélites de Girone, sur le rabbin de Girone, Toderos Iabia, de 
Girone, ^Ntt NTtà Û\W. Nous supposons que la relation J. et celle de S. faite 
par Bor. astruc sont toutes les deux des copies remaniées et même abrégées d'une 
seule et même relation, plus ou moins officielle, rédigée par les députés juifs. 



BIBLIOGRAPHIE 153 

conclure avec plus de raison, de la conformité habituelle de J. et 
de E., que l'unique interlocuteur juif du 2 e jour étant Zérahia Hallévi 
dans J., et R. Ferrer dans E., R. Ferrer n'est autre que Zérahia Hal- 
lévi, comme nous l'avions déjà dit dans notre Joseph Haccohen (l. c). 
Et puisque effectivement nous savons que Zérahia Hallévi s'appelait 
Ferrer (Jos. Race, p. 9), tandis que nous ne savons rien de pareil 
sur Vidal Benvenist, nous ne voyons absolument aucune raison de 
douter de l'identification que nous proposons. = 7. Il est bien éton- 
nant que Vidal Benvenist ne soit pas nommé une seule fois dans 
J. ; ne faudrait-il pas en conclure qu'il s'est fait baptiser plus tard 
et n'y aurait-il pas à tenir compte de cette supposition dans la très 
intéressante recherche de M. Graetz (p. 409 et suiv.) sur les Benve- 
niste ibn Labi et les Benveniste de la Caballeria ? = 8. Dans notre 
Josef Haccohen (L c.) nous avons parlé à tort de Todroz Benvenist, 
c'est un simple lapsus. La preuve qu'Abraham Rimoc a assisté au 
colloque se trouve dans Graetz (p. 408) et ailleurs. Graetz, 408, 1. 29, 
au lieu de Notar, lire Notabel. 

Note 4. Abraham Benveniste et ses contemporains. — Nous nous 
sommes aussi occupé, dans notre Josef Haccohen, p. 70-71, des notes 
du Schebet Jehuda que M. Graetz utilise, et nous sommes arrivé à 
quelques conclusions différentes des siennes. Nous avons, en outre, 
essayé de montrer l'identité du n° 7 du Schebet avec le passage 
des p. 11 5-1 23 ; mais nous avouons que toutes ces considérations 
sont des plus hasardées, le caractère historique de ces relations, 
même dans leur ensemble (pour les détails, c'est trop évident), nous 
parait des plus douteux. Ce sont des contes qu'on aimait à entendre 
dans les cercles juifs, et où l'on a mêlé, peut-être un peu. à tort et à 
travers et sans aucune notion de chronologie, divers noms de per- 
sonnages connus pour avoir fréquenté la cour. — La question sur la 
forme Benvenist ou Benveniste (Graetz, p. 418, note) est bien simple : 
la forme Benvenist est originaire de Catalogne -, Benveniste est la 
forme castillane. 

Note 10. Le nombre des Juifs de Castille. — Nous aurions été 
heureux que notre travail sur le nombre des Juifs de Castille et 
d'Espagne au moyen âge {Reçue, XIV, 161-183) eût obtenu l'approba- 
tion de M. Graetz. Nous reprenons rapidement la question, parce 
qu'elle en vaut la peine, et que nous avons un certain nombre d'élé- 
ments nouveaux pour l'appréciation des faits et des documents. =. 
1. Nous rappelons que deux principes nous ont guidé dans celte 
appréciation : 1° le fait reconnu par tous les statisticiens que dans 
les évaluations au jugé du chiffre d'une population il y a toujours de 
grandes exagérations. Cela est surtout vrai pour les évaluations des 
chrétiens à l'égard des Juifs, et tout historien des Juifs doit s'en sou- 
venir constamment et ne pas répéter, par exemple, d'après Rigord 

Bonastruc aura déjà, pour sa lettre aux israélites de Girone, retouché la relation 
officielle. 



IV. REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ou autres, que les Juifs avaient ou ont des fortunes immenses, qu'ils 
possédaient la moitié des maisons de Paris sous Philippe-Auguste, 
etc. N'entendons-nous pas, de nos jours, parler de 400,000 Juifs de 
France, quand il n'y en pas 100,000 ; de 100,000 Juifs de Paris, quand 
il y en a à peine 40,000 ; de la puissance étonnante et tout imaginaire 
des Juifs en France, en Allemagne; delà tutelle ou tyrannie que 
600,000 Juifs ou 80,000 Juifs exercent sur 36 ou 40 millions d'habi- 
tants, et autres fables de ce genre, auxquelles les Juifs eux-mêmes 
finissent par croire? On nous a raconté récemment qu'un statisticien, 
voulant connaître le chiffre de la population d'Ekatherinoslaw, en 
Russie, trouva dans les documents officiels les trois renseignements 
suivants : 18,000 ûmes, 35,000 âmes, 60,000 âmes (les Juifs n'ont rien 
à voir en ceci); 2° l'impossibilité de s'expliquer, en 1492, année de 
l'expulsion des Juifs de Gastille, un exode, par voie de terre et de 
mer, d'une population trop nombreuse ; l'insuffisance des voies de 
communication et des moyens de transport, surtout à cette époque, 
saute aux yeux. Nous avons déjà dit plus haut ce que nous 
pensons des massacres formidables qu'on place en l'année 1394 l . 
= 2. Nous rangeons dans la catégorie des exagérations les chiffres 
de Hasdaï Oescas sur la population juive de Séville (6,000 ou 7,000 
familles, non pas âmes, comme nous avons dit par erreur, Revue, 
XIV, 471), les 70,000 Juifs de Tolède, d'après Gil de Zamora, sans 
compter les enfants, les femmes et les pauvres {Revue, IX, 4 36), les 
marranes juifs formant le tiers de la population d'Espagne (Graetz, 
p. 404). Remarquer que Hasdaï Grescas, quand il parle de ce qu'il 
sait bien, comme de la population juive de Valence (Séville était bien 
loin), a des chiffres beaucoup plus modestes, 1,000 familles (non 
âmes, Revue, XIV, 474). = 3. Aux notices que nous avons données 
sur la population juive de diverses villes dans Revue, XIV, 474, nous 
ajoutons les suivantes : Valdeolivas (en 4388), 20 fam. (Fidel Fita, 
E studios, VIII, 464 ; Boletin de la Real Academia de Histor., XII, 6) ; 
Jerez de la Frontera (en 4 266), 4 04 fam. {Boletin, X, 465 et suiv.) ; la 
petitesse de la communauté juive de Ségovie, au commencement du 
xiv e siècle, ressort avec évidence du travail de M. Fidel Fita dans 
Boletin, IX, 354-372. D'après Abraham b. Natan {Iohasin, édit. Fili- 
powski, 22I b), le nombre des Juifs de Tolède était-, vers le commen- 
cement du xin e siècle, de 42,000 âmes, non 42,000 familles, comme le 
dit M. Graetz 2 . == 4. Il nous semble que sur le nombre des Juifs 

1 Les 4,000 Juifs massacrés [Revue, XIV, 171), d'après Amador, s'expliquent 
par ce que nous avons dit plus haut. 

8 Nous n'avons pas pu trouver le passage original dans le Séfcr ha-Manhig, mais 
le Iohasin, l. c. t dit 12,000 d^lîT 1 , et le passage parallèle de Joseph Arévalo (Jew. 
Chronicles, édit Neubauer, p. 95, 1. 12) dit : Û^ÏT Û1N flbN D""^ !"D^Ï1, ce gai 
indique bien que l'auteur compte par âmes et non par familles. — Ajouter à notre 
liste sur les autres pays : Londres, 2,000 familles, dans Schebet Jehuda, n° 18 
(vers 1275); Usque, (Jonsol., 3° dialogue, n° 12 ; voir notre Josef Haccohcn,\). 40; 
Angleterre (1290), le total des Juifs expulsés est de 16,511 ; Graetz, VII, 2° édit., 
p. 197 et 465. 



BIBLIOGRAPHIE 155 

expulsés de Gastille en 1492 nous sommes maintenant à peu près 
d'accord : nous avions admis {Revue, XIV, 4 83) le chiffre approxi- 
matif de 160,000 âmes, M. Graetz (p. 465) arrive maintenant au chiffre 
de 200,000 âmes. Nous ne sommes ni l'un ni l'autre assez sûrs de 
nos chiffres pour discuter sur une aussi petite différence. Nous con- 
tinuons cependant à récuser l'autorité d'Abravanel, d'abord parce que 
son récit de l'expulsion est des plus vagues et nullement d'un homme 
qui aime les renseignements précis ; ensuite, parce que, lors même 
que nous concéderions à M. Graetz qu'Abravanel connaissait fort 
bien le nombre des Juifs de Castille, il pouvait ignorer et exagérer le 
chiffre de la population juive d'Aragon, Catalogne, Majorque, Sicile, 
Sardaigne, qu'il englobe dans ses 300,000 expulsés. Lorsque nous 
avons écrit autrefois notre article, nous ne connaissions pas le texte 
de la relation de Bernaldez, que nous avons vu depuis dans le 
tome III des Cronicas de los Reyes de Castilla (Madrid, 4 878), faisant 
partie de la BiHiotheca de aulores espanoles. L'ouvrage de Bernaldez 
porte le titre de Historia de los Reyes catolicos. Il est étonnant que 
Bernaldez dise à deux reprises (chap. 4 40) que les Juifs avaient eu 
un délai de 6 mois pour partir, tandis qu'ils n'eurent que 4 mois, 
mais nous avons montré qu'un départ simultané, à jour fixe, était 
impossible l . Nous ne voyons pas du tout pourquoi on repousserait 
le chiffre 30,000 ou 35,000 familles que donne Bernaldez pour la po- 
pulation juive de Gastille, d'après un juif baptisé (30,000) et d'après 
un document qui aurait été adressé par un rabbi Méir à Abraham 
Senor (35,000 ; chap. 4 4 0, p. 652, col. 4). Gela fait, selon que l'on 
compte 4 ou 5 personnes par famille, 4 20,000 à 475,000 âmes. On 
nous permettra de faire remarquer la concordance remarquable de 
ces chiffres (peut-être exagérés encore) avec celui que nous avons 
trouvé par voie d'hypothèse. Nous ne contestons pas qu'il ait pu 
entrer 93,000 Juifs (comme le dit Bernaldez) dans le Portugal, depuis 
que nous avons vu, dans le texte de Bernaldez, que les Juifs s'étaient 
préparés à partir et que, d'autre part, ils ne restèrent pas longtemps 
dans le Portugal et quittèrent la plupart ce pays par voie de mer 
(chap. 4 4 3). Nous avions mis en doute que 12,000 Juifs se fussent 
réfugiés dans la Navarre, Bernaldez fixe le nombre de ces réfugiés à 
•2,000 (chap. 141). Il compte encore {ibid.) 300 familles (mettons 1,500 
âmes) de Médina de Pumar et environ 8,000 familles d'Andalousie (soit 
40,000 âmes), et divers Juifs d'autres lieux, dont il ne donne pas le 
nombre 2 . On comprend que le gros des expulsés se soit d'abord ré- 
fugié, par terre, dans les pays voisins, d'où ils finirent par être 
expulsés aussi, mais après un délai assez long qui leur permit de 

1 II se peut que Bernaldez veuille dire que le 1 er août, jour fixé pour le départ, 
marquait le commencement de l'opération, mais qu'on permit qu'elle durât deux mois. 
Bernaldez nous apprend aussi que les Juifs n'attendirent pas tous le dernier délai et 
que l'exode commença déjà dans la première semaine de juillet (ch. 111). 

* Cela fait, comme on voit, 93,000 + 2,000 + 1,500 + 40,000, plus un nombre 
indéterminé ; total minimum des Juifs expulsés, 140,500. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

s'écouler facilement par mer. = 4. Nous pouvous écarter le document 
de 4 474, puisque c'est un service et que M. Graetz n'admet pas que le 
service soit la capitation des 30 deniers. Ce document ne peut donc 
pas servir à M. Graetz pour déterminer la population juive. Qu'est-ce 
qui nous prouve, du reste, que re soit le seul impôt payé par les Juifs 
en cette année? Nous-mème, pour cette raison et d'autres que nous 
avous indiquées, nous hésiterions à nous servir de cette pièce. = 
5. Restent les documents de 4290-91. Ici notre situation nous parait 
très forte et nos arguments décisifs. Rappelons, en deux mots, que ces 
documents contiennent l'impôt des Juifs sous deux espèces, la capita- 
tion et le service. Si la capitation est l'impôt des 30 deniers par Juif, 
la pièce prouverait, d'après les historiens que nous combattons, que la 
population juive de Gastille était de 864,000 âmes en chiffres ronds; 
si c'est le service qui représente les 30 deniers, on arriverait, comme 
nous l'avons montré, à un chiffre de 233,000, qui, suivant nous, re- 
présenterait 233,000 familles ou 84 8,000 âmes en chiffres ronds, et, 
d'après le système de calcul de nos adversaires, 233,000 âmes. Notre 
principal argument contre l'interprétation qu'on veut donner aux 
documents de 1290-94 est une démonstration par l'absurde. Nous 
avons montré que les 30 deniers n'étant pas payés par les femmes, 
les enfants (au-dessous de 20 ans ou de 4 6 ans) et les pauvres, la po- 
pulation totale est à celle qui paie les 30 deniers comme 3,5 est à 1. 
Il en résulterait que si la capitation de 1290-94 représentait les 30 de- 
niers, la population juive de Gastille- eût été supérieure à 3 millions 
d'âmes, ce qui est absolument impossible. Nous maintenons cet ar- 
gument et nous allons même le renforcer : A) M. Graetz, p. 463, a 
inventé une explication qui le renverserait. Il soutient que les 30 de- 
niers étaient payés aussi pour les femmes, les enfants et les pauvres, 
mais que ceux-ci ne les payaient pas eux-mêmes, on répartissait leur 
quote-part sur les hommes adultes. Mais d'abord, ceci est pris en 
l'air et ne repose absolument sur rien ; nous allons même démon- 
trer tout à l'heure que c'est faux. Mais à priori, on demandera pour- 
quoi, s'il en était ainsi, les textes (par exemple celui de Gil de Za- 
mora invoqué par M. Graetz) parlent de l'exemption des femmes et 
des enfants ; si les femmes et les enfants avaient été soumis indirec- 
tement à l'impôt des 30 deniers, il est trop clair que ce sont les chefs 
de famille qui auraient payé pour eux, il était par trop superflu de 
le dire. Lors donc que Gil de Zamora, pour en revenir à lui, dit que 
l'impôt était payé par 70,000 Juifs, sans compter les femmes, les 
enfants, les pauvres, cela indiquerait évidemment que la population 
juive de Tolède aurait été de 3,5 x 70,000 ou plus de 245,000 âmes, ce 
qui est évidemment impossible. — B) Nous ne savons pas très bien 
où les auteurs (Amador, Lindo ■ ; Fr. Fernandez y Gonzalez, d'après 
Amador) ont pris la limite de 20 ou de 46 ans pour les enfants et 
l'exemption des femmes et des pauvres ; ils ne l'ont sûrement pas 

1 Pour 1327, et à Séville, les seize ans de Lindo sont probablement empruntés à 
Zuniga, Annales de Sevilla, III, 44 ; cf. Amador, Historia, II, 127 ; Lindo, p. 137. 



BIBLIOGRAPHIE 157 

inventée, nous déplorons l'insuffisance de nos renseignements sur 
ce sujet, mais M. Fidel Fita, par la publication de son travail sur la 
juiverie de Ségovie (Boletin, IX, 368 et suiv.), nous tire en partie 
d'embarras. Cette publication montre d'une manière certaine et 
indéniable (p. 368 à 371) que dans l'évêché de Ségovie, en 1312, les 
enfants ne payaient pas l'impôt des 30 deniers. La limite d'âge, 
pour cet évêché et pour cette époque, est fixée à 14 ans; d'après 
Zuniga \ la limite, à une certaine époque, était de 16 ans à Séville. 
Sur ce point, l'argumentation de M. Graelz rapportée dans le para- 
graphe A ci-dessus est donc catégoriquement démentie et le reste de 
l'argumentation tombe naturellement aussi. Un accord fait en 1219 
entre l'évèque de Tolède et ses vassaux juifs stipule que chaque Juif, 
marié ou célibataire, à partir de l'âge de 20 ans, les femmes exceptées, 
payera à l'évèque tous les ans un impôt de la sixième partie d'un 
aureo, et la suite montre bien que cet impôt est une espèce d'impôt 
ecclésiastique, du genre des dîmes 2 . On voit déjà par là que 
l'exemption des enfants et des femmes, dans l'établissement des 
impôts en général, n'est pas une pure invention. Il y a grande pro- 
babilité, en outre, que cet impôt perçu par l'évèque de Tolède était 
celui des 30 deniers ou quelque chose d'approchant, puisque c'est 
une espèce de dîme. Nous pourrions aller plus loin, peut-être, si 
nous n'étions pas aussi ignorant que nous le sommes de l'histoire 
des monnaies espagnoles. Il nous sera pourtant permis de dire que 
nous supposons que Yaureo était quelque chose comme la livre de 
nos pays, comprenant 20 maravédis; le 6 e ferait un peu plus de 
3 maravédis et l'on sait que, pour cette époque, le maravédis valait 
10 deniers; l'impôt se serait donc monté à 30 deniers. — C) Il faut re- 
marquer aussi que dans les textes que nous connaissons sur l'impôt 
des 30 deniers (les textes de Ségovie, ceux de Graelz, p. 462, 1. 18- 
25), il est toujours parlé des contribuables au masculin. Les textes 
du moyen âge, en ces matières, ne manquent pourtant pas d'être 
ordinairement très explicites; si les femmes avaient payé les 30 de- 
niers, nos textes auraient dit : chacun et chacune, chaque Juif et 
chaque Juive. — D) Nous avons déjà fait remarquer que les documents 
de Ségovie paraissent indiquer que l'impôt des 30 deniers était, en 
somme, de peu d'importance, mais nous n'avons pas tiré tout le 
parti possible de ces documents {Revue, XIV, 169). Ils montrent qu'en 
l'année 1302 et auparavant déjà (p. 368), et après cette année au 
moins jusqu'en 1412, les 30 deniers des Juifs du diocèse de Ségovie 
étaient perçus par lévêché de Ségovie, pour l'évêché et non pour le 
roi. Les impôts des documents de 1290-91 sont, au contraire, perçus 
pour le roi, qui n'en dispose nullement en faveur de l'évêché. Tout 
a-t-il donc changé dans l'espace de 10 ans ou même moins ? Cela est 
difficile à croire. Il faut en conclure, comme nous l'avions déjà en- 

1 Voir la note précédente. 

2 Amador, Historiée, I, 358 ; Fernandez y Gonzalez, Instituciones juridicas del pue- 
blo de Israël, Madrid, 1881, p. 81. 



158 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

trevu dans notre premier travail, que les 30 deniers ne doivent être 
cherchés ni dans la capitation ni dans le service de 1290-91. On voit 
aussi, dans les documents de Ségovie, que cet impôt des 30 deniers 
était souvent éludé par les Juifs, qu'ils essayaient de ne pas le payer 
et y réussissaient quelquefois ; on se rappelle qu'à Tolède ils ne le 
payaient pas toujours. Croit-on que le roi eût permis qu'on s'y fût 
soustrait, si c'avait été un impôt sérieux et aussi productif que les 
impôts des documents de 1290-91? Evidemment non; mais cet impôt 
était une espèce d'argent de poche, sans grande importance, perçu 
moins pour le profit qu'on en retirait que pour vexer et humilier les 
Juifs. C'est pour cela que, probablement partout, il était perçu au 
bénéfice des évêchés, comme cela se pratiquait à Ségovie, et aussi à 
Tolède {Revue, XIV, 1 65, note 2), d'après le témoignage du Rosch * — E) 
M. Graetz n'a pas tenu compte de ce que nous avons dit du montant 
de l'impôt des 30 deniers dans l'évêché de Ségovie en 1323 et pen- 
dant tout le xiv e siècle, cela est pourtant très important. Le docu- 
ment de 1290 compte, comme impôt payable en maravédis: 

Ségovie 10.806 capit , 9.893 service; 

Pedraza 3.653 — 966 — 

Coca 990 — 

Fonteduena 4.463 — 

Sepulveda 18.912 — 5.046 — 

Cuellar 1.923 — 

Cela forme un total de 56,652 maravédis. En 1291, le total est de 
37,539 m. (à cause d'une forte diminution, difficile à comprendre, 
pour Ségovie; le total de Ségovie, chez Amador, doit se lire 11,799, 
non 2,799). Si on prend maintenant le compte des 30 deniers de l'é- 
vêché de Ségovie en 1323 (Boletin, IX, 369-70), on a, en maravédis : 

Sepulveda 203 1/4 

Pedraza, Frexno, Maderuelo, Monteio, Fuente- 

duefia 84 

Sotos Alvos, Pelaios, La Cuesta, El Espinar 16 

Ségovie 10 

Cuellar et Coca, mentionnés, chiffres manquent. 

Dans les années suivantes, les chiffres deviennent un peu plus 
forts, mais de bien peu. En 1412, Sepulveda rapporte 3 maravédis ; 
Pedraza, 200 ; Cuellar, 360 ; Yscar, 2 ; Coca, 70 ; Fuenteduena, 40 ; et 
les autres localités, en cette année, y compris le territoire de Ségo- 
vie, ne rapportent rien, « estan vacos ». Si l'on considère que de 1291 
à 1323, aucun événement ne s'est produit pour modifier de fond en 
comble l'impôt des 30 deniers dans tout l'évêché de Ségovie, on con- 
clura avec nous que ni la capitation ni le service des pièces de 1290 
et 1291 ne représentent l'impôt des 30 deniers, que ces pièces n'ont 

1 Tout cela serait pleinement confirmé par l'accord de Tolède de 1219, si nos hy- 
pothèses sur ce document sont exactes. 



BIBLIOGRAPHIE 159 

absolument rien à faire avec cet impôt, et qu'on ne saurait en 
faire aucun usage pour fixer le chiffre de la population juive de 
Gastille. Ces conclusions sont celles que nous avons déjà proposées, 
pour des raisons différentes, dans notre précédent travail. Nous 
avions montré que le sens des documents de 4290-91 n'était pas suf- 
fisamment connu pour qu'il pût servir de base à un calcul sur le 
chiffre de la population juive. Nous nous étions demandé, entre 
autres, si par hasard la somme des impôts portée sur ces documents 
ne représenterait pas l'impôt des Juifs pour un certain nombre 
d'années. Sur ce point, nous croyons pouvoir démontrer que nos 
doutes n'étaient pas justifiés et que les documents contiennent bien 
l'impôt d'une seule année. Dans un texte cité par M. Fernandez y 
Gonzalez 1 , et qui est de 4 312, le roi Fernand dit que son aïeul Al- 
fonse (1252-1284) et son père Sanche (1284-1295) recevaient des Juifs 
6,000 maravédis par jour ; cela fait, par an, 2,190,000 maravédis, c'est 
presque exactement le chiffre de la capitation de 1290, qui est de 
2,500,000 maravédis é*n chiffres ronds 2 . 

Note 11. Le Saint Enfant de la Guardia. — 1. M. Graetz a très 
probablement raison de dire (p. 468) que tous les accusés juifs im- 
pliqués dans le procès furent mis à la torture. Si cependant, dans 
l'étude que nous avons faite de ce procès {Revue, XV, 203), nous 
avons hésité à l'affirmer (sauf pour le vieillard Ça Franco), c'est 
uniquement parce que nous nous demandions si les mots puesto 
en el lormmto du texte signifiaient mis à la torture ou simplement 
placé sur l'instrument de torture, c'est-à-dire disposé et attaché 
pour être torturé sur un signe du juge. Nous ne connaissons pas 
assez la technologie de l'inquisition pour nous décider pour l'un ou 
l'autre sens, et nous avons mieux aimé rester en-deçà que d'aller 
au-delà de la vérité. = 2. Il est bon que nous rectifiions ce que dit 
M. Graetz (p. 467) de l'article de M. S. Berger dans le Témoignage. 
M. Berger n'a pas fait une étude du procès, comme le laisserait sup- 
poser le passage de M. Graetz, il n'avait même pas lu les pièces, mais 
étant en Espagne à l'époque de la découverte de ces pièces, il en a 
beaucoup entendu parler, et c'est d'après ces conversations qu'il 
avait écrit un petit article publié dans le journal le Témoignage. 
Nous n'avons pas dit {Revue, XV, 203, note) que M. Berger soit arrivé 
aux mêmes conclusions que nous sur le fond du procès, ce serait par 
trop inexact, M. Berger n'a pas examiné le fond du procès et on lui 
avait même persuadé, comme nous l'avons indiqué p. 218, que la réa- 
lité du crime était indiscutable. Nous avons dit que M. Berger était 
arrivé (et il y est arrivé par conjecture, sans examen des pièces), sur 
un point, à des conclusions analogues (non identiques) aux nôtres. Il 
avait, en effet, expliqué le crime supposé par les croyances supersti- 
tieuses des coupables présumés, et même, si nous ne nous trom- 
pons, par des croyances superstitieuses d'origine chrétienne. Le 

1 Instituciones, p. 186. 

2 Voir Revue, XIV, 165. 



100 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

crime ne pouvait donc pas être un meurtre rituel juif. = 3. Nous 
croyons que M. Graetz a bien raison de supposer (p. 470) que le 
Abraham Seneor des n 08 29 et 32 des pièces est le grand rabbin de 
Castille ; si cependant nous n'avons pas pensé à ce grand rabbin, 
qui s'appelait effectivement Abraham Seîior, c'est que nous avions 
de bonnes raisons pour le faire, et l'on va voir que cela n'est pas 
sans avoir quelque importance. Le jeune Jucé Franco, un des pré- 
tendus coupables, étant dans les prisons de l'inquisition à Ségovie, 
se crut un jour à l'article de la mort et demanda qu'on lui amenât 
un Juif pour réciter la prière des agonisants. L'inquisition lui dé- 
pécha deux faux rabbins, dont l'un, s'imaginant que les Juifs avaient 
l'habitude de faire confession avant la mort, comme les chrétiens, 
engagea Jucé Franco, qui était un jeune homme de moins de vingt 
ans et fort inexpérimenté, à confesser le crime dont il était accusé, et 
ajouta que, s'il voulait se confesser à Abraham Seîior, il prierait (lui, 
le faux rabbin) Abr. Sefior de venir recueillir ces aveux. M. Graelz 
voit là dedans une machination destinée à mêler au procès le grand- 
rabbin de Castille et à le compromettre. Nous avouons que cela nous 
paraît assez invraisemblable. Il faut remarquer que ceci se passe à Sé- 
govie, que le grand-rabbin Abraham Senor demeurait à Tolède, qu'on 
n'était sûrement pas certain de le trouver toujours à son domicile, 
que la distance de Ségovie à Tolède, sans être énorme, est pourtant 
assez grande pour qu'un voyage aller et retour prît au moins qualre 
jours (aller à Tolède et revenir à Ségovie), que Jucé Franco était 
mourant et qu'on devait croire que le grand-rabbin de Castille, si 
c'est à lui qu'on pensait, arriverait trop tard pour entendre sa con- 
fession. Ce sont ces considérations qui nous avaient empêché de 
penser à l'Abraham Sefior, grand-rabbin de Castille. Il est pourlant 
extrêmement probable que c'est bien à lui que pense le faux rabbin, 
et sur ce point M. Graetz a raison ; mais, sans contester d'une 
manière absolue l'explication de M. Graetz des intentions du faux 
rabbin, on peut en donner une autre explication qui nous paraît 
plus simple et plus naturelle. Si Jucé Franco avait donné son con- 
sentement, on lui aurait amené un faux Abraham Seîior, qui aurait 
entendu la confession qu'on attendait et l'aurait apportée à l'inqui- 
sition. Jucé Franco était si jeune et si naïf qu'on pouvait espérer 
que cette supercherie réussirait, tandis qu'il n'est pas prouvé que le 
faux rabbin eût pu amener à Ségovie le vrai Abraham Senor et que 
celui-ci eût consenti à venir ou qu'on eût pu l'y contraindre et le 
traiter ensuite en accusé pour lui arracher, à son tour, des aveux. 
Malgré toute l'horreur de la procédure de l'inquisition, nous ne 
croyons pas qu'elle soit allée jusque là, tout en ajoutant que nous 
n'en savons rien et que cela ne serait pas impossible. 

Isidore Loeb. 



Le gérant, 

Israël Lévi. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES 

DANS LA BIBLE 



I 

LES PSAUMES 

(suite et fin *) 

25. Le jugement de Dieu, la justice de Dieu. 

110. L'injustice qui règne dans ce monde sera réparée en ce 
monde, elle n'a qu'un temps, et la réparation aura lieu en vertu 
d'un jugement de Dieu. Il est difficile de dire si, dans la pensée 
des psalmistes, tout acte de réparation doit être précédé d'un 
jugement, ni si ces jugements se font par opérations successives,, 
individuelles ou collectives, chaque fois et autant de fois que Dieu 
le veut, ou en une seule et solennelle opération où Dieu, assis 
sur son siège de juge, procédera, en présence de l'humanité tout 
entière, à une grande liquidation sociale. Nous pensons que les 
auteurs des Psaumes ne se sont jamais donné, sur ces questions, 
une solution précise et que l'intervention du Dieu de justice pou- 
vait se produire, selon eux, sous les trois formes que nous venons 
d'indiquer. Ce qu'on peut seulement affirmer, c'est que, sans ex- 
clure probablement l'hypothèse des jugements individuels et suc- 
cessifs, ils ont cru que les Méchants, les Nations, et aussi les 
Pauvres, seraient soumis à des jugements collectifs ou même 
peut-être à un seul jugement collectif où toutes choses seraient 
remises en place et où un ordre nouveau serait établi pour tou- 
jours dans le monde. Le jugement collectif des Méchants et des 

1 Voyez Revue des Études juives, t. XX, p. 161, et t. XXI, p. 1. 

T. XXI, n° 42. ïfl 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nations est clairement indiqué dans des passages comme ceux-ci : 
« Lève-toi, ô Seigneur, dans ta colère, ouvre le jugement que tu 
as institué, et la communauté des Nations t'entourera, tu jugeras 
les peuples (vu, 7, 8, 9). — Lève-toi et que les Méchants soient 
jugés devant toi (ix, 20). — Dieu jugera les Peuples avec justice 
(ix, 9 ; lxvii, 5 ; xcvi, 10 ; xcviii, 9) ; il punira les Nations et leurs 
rois (cxlix, 7, 8, 9). — Juge-moi, combats pour moi contre tout 
ce peuple impie (xliii, 1). — Dieu convoquera le ciel et la terre 
pour juger son peuple ; réunissez-moi, dit-il, mes fidèles (l, 4, 
5). — Dieu se lèvera pour le jugement, pour secourir tous les 
Humbles (lxxvi,. 10). — Dieu jugera son peuple et se réconciliera 
arûm avec ses Serviteurs (cxxxv, 14 ; cf. cxl, 13). — Dieu jugera 
la terre, il viendra pour juger la terre, il jugera toute la terre 
avec équité (ix, 9 ; lxxxii, 8 ; xciv, 2 ; xcvi, 13 ; xcvm, 9). » 

111. Dieu prend même jour avec ses justiciables Wiï npN *3 
(lxxv, 3), il y aura un jour où éclatera sa colère et la collision 
avec les Méchants ou les Nations, idn hv ,pwa ûv (ex, 5 ; cxl, 8) ; 
et, de plus, pour accomplir avec exactitude et sans erreur son 
œuvre de justice, Dieu a un livre (cxxxix, 16) où il tient compta- 
bilité des actions humaines. Les péchés y sont inscrits et pour- 
ront être effacés (ijtdjd nn», li, 3, 11) ; au crédit de chaque 
homme se trouve indiqué le nombre exact de ses jours (cxxxix, 
16) ; les Méchants, une fois condamnés, sont rayés du livre de la 
vie et n'y figureront pas à côté des çaddikim (lxix, 29). Dieu 
note et enregistre aussi les souffrances du Pauvre (lvi, 9), et les 
Nations aussi sont inscrites individu par individu (lxxxvii, 6 1 ). 
Le code qui est appliqué par Dieu, dans ses jugements, est écrit 
également (cxlix, 9), et le fidèle, enfin, a par écrit les règles qui 
doivent diriger sa vie (xl, 8). 

112. La fonction de juge est un des attributs les plus élevés de 
Dieu. Il est juge as-iu) par essence (l, 6; lxxv, 8), juge de toute 
la terre (cv, 7), il est le père des orphelins et le juge des veuves 
Yl (lxviii, 6), il est le juge des juges de la terre (n, 10 ; cxlviii, 
11), il punit les élohim terrestres qui distribuent mal la justice 
(lxxxii, 1, 6, 7; cf. lviii, 12), son trône 2 jxds est fondé sur la 
justice (ix, 5, 8] ; sa justice est haute comme les montagnes et 
profonde comme le grand abîme (xxxv.i, 7). 

113. Le Pauvre attend avec impatience le jugement de Dieu, 
parce qu'il sait que ce jugement sera équitable ; pour lui et pour 
Dieu, les mots vzwn jugement et rip^z justice, équité, générosité. 



1 Si toutefois c'est le sens de ce verset. 
a Ou siège de juge. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 163 

sont inséparables et se confondent (xxxiii, 5 ; xxxv, 24 ; xxxvi, "7 ; 
xxxvn, 6, 30 ; lxxxix, 15 ; etc.). Il est absolument convaincu qu'au 
jour du jugement, il sortira victorieux du procès qu'il a contre 
le Méchant, contre les Nations, et Dieu même cessera de plaider 
contre lui (cm, 9). Il a déjà, au moins en partie, expié ses fautes 
(xciv, 12, 13 ; cxviii, 21), elles seront pardonnées, soit après de 
nouvelles punitions destinées à les effacer complètement, soit 
peut-être plutôt, à ce qu'il nous semble, sans autre épreuve, par 
pure grâce, en récompense de ses bonnes intentions, par égard 
pour la petite dose de vertu et de piété qui est en lui. Le Pauvre 
sera purifié par Dieu lui-même iapa (xix, 13, 14), lavé de ses 
fautes, laiïïa ^aoa3, purifié par l'hysope, il deviendra blanc 
comme neige, ses péchés seront effacés (li, 4, 9, 11). Dieu par- 
donnera ses fautes, ne tiendra pas un compte rigoureux de toutes 
ses impiétés (xxv, 18; xxxn, 1, 2, 5 ; lxxxv, 3 ; cm, 3, 10 ; cxliii, 
2). Dieu est miséricordieux, il pardonne -i&^i le péché et il éteint 
en partie sa colère (lxxviii, 38 ; cf. xxv, 11, nnbo ; lxxix, 9), il 
éloigne du Pauvre son péché autant que l'orient est loin de l'oc- 
cident (cm, 12), il punit le Pauvre, mais ne le livre pas à la 
destruction complète (cxviii, 18), car il est à la fois indulgent 
et sévère, Dpim ...éwtw (xcix, 8), il sait que l'homme est pous- 
sière et il tient compte de sa faiblesse (lxxviii, 39 ; cm, 14). 
Le jour du jugement sera donc, pour le Pauvre, un jour de 
triomphe et d'éclatante réhabilitation ; son innocence brillera 
comme la lumière et son droit comme le soleil de midi (xxxvn, 
6) ; la veuve, l'orphelin, Yani, Yébion, Yanav, les opprimés, le 
peuple juif, obtiendront réparation (x, 5; xvn, 2; lxviii, 6; 
lxxii, 4; lxxvi, 10 ; cxxxv, 14; cxl, 13 ; cxlvi, *7), le peuple juif 
sera dans la joie (xlviii, 12; xcvn, 8). A la pensée de cette 
grande victoire remportée sur la méchanceté, le Pauvre a des 
transports de bonheur, ses effusions poétiques sont en partie un 
hymne enthousiaste en l'honneur de la justice divine. 

114. Tout autre est le traitement qui attend le Méchant : pour 
lui, il n'y a point de pardon, point de grâce, on pourrait presque 
dire pas de justice. Sa condamnation est certaine, le Méchant ne 
peut pas se soutenir devant le juge (i, 5), il s'empêtrera dans 
ses propres filets (ix, 17), sa sentence sera prononcée (ix, 20), il 
sera enfin puni pour ses méfaits (xciv, 2). Au contraire du Pauvre, 
qui n'expiera que ses propres fautes, le Méchant payera aussi 
pour les fautes de ses ancêtres (cix, 14 ; voir n° 108) ; au lieu de 
diminuer le nombre de ses fautes, Dieu y ajoutera et ne lui fera 
point de concession (lxix, 28), il ne lui sera pas permis de les 
expier dans des épreuves comme celles que Dieu envoie au 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Pauvre (xi, 5), et au prononcé du jugement, il sera déclaré 3>tin 

(GIX, 7). 

115. Les Nations seront traitées avec beaucoup plus d'indul- 
gence que le Méchant, et la punition qui les attend sera géné- 
ralement moins sévère (voir n° 121). Deux fois seulement il est 
question de sévérité dans le jugement qui les attend (ex, 5, 6 ; 
cxlix, 7-9) et nous ne sommes pas convaincu que le premier de 
ces deux passages ne s'applique pas plutôt au Méchant de l'inté- 
rieur qu'aux Nations ; dans tous les autres passages où il est 
parlé du jugement des Nations (voir n° 110; cf. n os 45 et 124), 
il est dit et répété qu'elles seront traitées avec justice, bonté et 
bienveillance. Nous verrons plus loin les causes de cette sympathie 
des psalmistes pour les autres peuples (n cs 124 à 126). 

26. Récompense du Pauvre, punition des Méchants. 

116. Il serait fastidieux de reproduire ici dans tous leurs dé- 
tails les formes sous lesquelles le Pauvre exprime l'espoir qu'il 
sera finalement protégé, sauvé et récompensé par Dieu ; elles sont 
variées à l'infini et elles reviennent, en somme, à cette conclu- 
sion que le Pauvre sera heureux et que le Méchant sera puni. Ce 
bonheur du Pauvre se compose d'un certain nombre d'éléments 
qui! n'est pas difficile d'énumérer. Il aura, tout d'abord, longue 
vie, ne mourra pas avant l'âge, Dieu le délivrera du scheol, il ne 
verra pas la fosse avant l'âge, Dieu ie rassasiera de longs jours 
(xci, 16), ne le rejettera pas dans sa vieillesse, et encore dans ses 
vieux jours il sera fécond et verdoyant (voir n° 67 ; xvi, 10 ; 
xlix, 16 ; lxxi, 9, 18 » ; xcu, 15; en, 24, 25). Il sera heureux dans 
sa famille et sa postérité, sa femme sera comme une vigne fé- 
conde ; ses fils, comme des plants d'olivier dressés autour de la 
table ; ses filles, comme les belles cariatides des palais ; sa postérité 
héritera la terre, sera puissante sur cette terre, sera établie de- 
vant Dieu pour toujours, jamais il ne chancellera et sa mémoire 
sera éternelle (xxv, 13 ; xxxvn, 26 ; en, 29 ; cxn, % 6 ; cxxvn, 3- 
5; cxxviii, 2-3 ; cxliv, 12-15). Le pays lui appartiendra à lui seul, 
il en sera le maître et le propriétaire ynN ■nm 1 " et l'habitera pour 
toujours (xxv, 13 ; xxxvn, 9, 11, 22, 29). Il va sans dire qu'il ne 
sera pas opprimé par le Méchant et qu'il sera élevé au-dessus de 
ses anciens ennemis, honoré et non plus méprisé; il ne lui arri- 
vera aucun accident, Dieu le gardera pour qu'aucun de ses os ne 

1 En comparant avec lxxi, 5, ou peut se demander s'il n'est pas question, dans ce 
psaume, de la jeunesse et vieillesse du peuple juif; cf. en, 24 ; cf. n°» 29 et 46. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 165 

se brise (xxxiv, 21), il ne craindra pas de recevoir de mauvaises 
nouvelles (cxn, 7), les anges camperont autour de lui pour le proté- 
ger (xxxiv,8), sa prière sera écoutée (xxxiv, 16), Dieu lui donnera 
selon son cœur et accomplira tous ses vœux (xx, 5-6); il sera 
comme l'arbre au bord de l'eau, qui donne son fruit en son temps, 
dont le feuillage ne se fane pas, et toutes ses entreprises seront 
couronnées de succès (i, S^.Le Pauvre et les Juifs en général 
seront bénis de Dieu (ni, 9; v, 13 ; xxix, 11, etc.), ils sont les 
bénis de Dieu twm (xxxvii, 22), et quand viendra le libérateur 
des Juifs, tous les peuples se béniront en lui (lxxii, 17). 

117. La punition du Méchant se règle suivant deux formules 
distinctes : le Méchant sera puni par où il a péché, et, de plus, 
son sort sera tout le contraire de celui du Pauvre. 

Le mal qu'a fait le Méchant retombera sur sa tête, il tombera 
dans la fosse qu'il a creusée, son pied se prendra dans le filet qu'il 
a tendu, il tombera sous ses propres fautes (vu, 16, 17; ix, 16, 17; 
xxvni, 4; xxxv, 8; lvii, 7; etc.), le mal tuera le Méchant (xxxiv, 
22), son épée se tournera contre lui-même et le transpercera 
(xxxvii, 15), ses propres ruses et perfidies le perdront (x, 2). 

118. Le Méchant est l'ennemi de Dieu, à son tour Dieu, le hait 
et le déteste (v, 6, 7) ; — il se moque de Dieu, Dieu se rit de lui 
(xxxvii, 13) ; — il couvre le Pauvre de mépris ; il sera, à son tour, 
couvert de honte (vi, 11; xxxv, 26; lxxi, 13, 24); — il mord 
comme le lion, déchire sa proie ; ses dents seront brisées, arra- 
chées, ses mâchoires seront broyées (m, 8; lviii, 7) ; — il est plein 
d'orgueil, il a le regard hautain et il porte haut les cornes; son 
orgueil sera humilié, il baissera les yeux, ses cornes seront cou- 
pées (xviii, 28; lxxv, 11; crx,29; etc.);— il porte haut la tête, mais 
il sera écrasé et foulé aux pieds (xci, 13) ; — sa langue de vipère 
profère le mensonge, la calomnie ; elle sera muette, sa bouche sera 
close (xxxi, 19; lxiii, 12); — il est fier de sa fortune, de ses 
biens, il s'engraisse; il s'appauvrira et aura faim, il mourra et 
n'emportera pas ses biens, sa table bien servie sera le filet où il 
tombera (xvn, 10 ; xlix, 7 ; lu, 9 ; lxxiii, 7 ; xxxiv, 11 2 ; xlix, 
18 ; lxix, 23) ; — il pousse le Pauvre pour le faire tomber, il dit : 
je ne chancellerai pas ; sa route sera glissante et couverte de té- 
nèbres, l'ange de Dieu le poussera pour le faire tomber, il chan- 

1 Sur la satisfaction des besoins matériels du Pauvre, voir le n° 100. Le Pauvre 
aura du bien et de la fortune, cxn, 3. Nous ne savons s'il faut placer ici Ps. lxxi, 
7, où le Pauvre dit qu'il est un PD'lTO pour beaucoup, c'est-à-dire, à ce qu'il 
semble, la preuve vivante de la justice et de la puissance de Dieu. 

2 On se rappelle que la véritable explication de ce verset est que le Méchaut 
aura faim, et que le Pauvre sera rassasié. 



166 REVUE DES ETUDES JUIVES 

celle et tombe, il tombera et ne pourra plus se relever (cxl, 5 ; 
x, 6 ; xxxv, 5-6 ; xxvn, 2 ; xxxvi, 13) ; — il a proféré des malédic- 
tions, la bénédiction s'éloignera de lui, et quand il passera, on ne 
lui donnera môme pas le salut habituel (xxxvn, 22 ; cix, 17, 18; 
cxxix, 8). 

119. Tout au contraire du Pauvre, le Méchant sera maudit 
dans sa postérité, dans sa famille, il n'achèvera pas le compte de 
ses jours, il disparaîtra et sera exterminé. Sa postérité dispa- 
raîtra de la terre, ses enfants seront orphelins, sa femme sera 
veuve jxxi, 11; cix, 9); il passera comme l'eau, comme un avorton 
qui n'a pas vu le jour(Lvm, 8, 9), il ira dans le sctieol, dans les 
dessous de la terre, sera arraché de la terre des vivants, sera 
effacé du livre des vivants, descendra vivant dans le scheol, il 
mourra avant le temps *, n'atteindra pas la moitié de ses jours 
(lxiii, 10, 11 ; lu, 7; lv, 16, 24). Le Méchant sera détruit, son 
chemin se perdra (i, 6), il chancellera, sera perdu, exterminé, 
Dmioafci im:r , T7OTD , rnîo (ix, 4; xxxvn, 9, 20, 22, 28, 34, 38 ; 
cxlv, 20) ; son nom sera effacé, le souvenir de ses villes sera 
perdu (ix, 6, 7) 2 , le feu du ciel, comme à Sodome, tombera sur lui 
et le consumera (xi, 6 ; xxi, 10 ; cxl, 11) ; encore un peu, il n'y 
aura plus de Méchant, on cherchera sa place et on ne la trouvera 
pas (xxxvn, 10). « J'ai vu le Méchant dans sa puissance, il éten- 
dait ses branches verdoyantes comme un arbre touffu; soudain 
il a passé, il n'est déjà plus, je le cherche et ne le trouve pas » 
(xxxvn, 35-36). 

120. On ne peut pas nier que le Pauvre ne pousse un peu loin 
sa haine pour le Méchant et sa soif de représailles. Il y a des mo- 
ments où son indignation est presque délirante (c'est son excuse) 
et où il s'épanche en imprécations qui font frémir. Il veut, de ses 
propres mains, rendre le mal fait par le Méchant (xli, 11), il lui 
déclare la guerre et en triomphera (Ps. cxliv), il appelle à son 
secours le Dieu des vengeances 3 (xciv, 1), son œil verra la puni- 
tion et la chute du Méchant et il se moquera de son ennemi (lu, 
8 ; liv, 9; xci, 8 ; cxvni, 7), il jouira de sa vengeance, ses pieds 
marcheront dans le sang du Méchant (lviii, 11). Il est difficile de 
dire si le passage de Ps. xviii, 34-51, s'applique aux Nations ou 
au Méchant 4 , mais il n'y a pas de doute sur le Ps. cix, qui n'est 
qu'un long cri de haine et de vengeance contre le Méchant (vers- 



1 C'est ce que signifient toutes les expressions qui précèdent. 

* On dirait que ceci s'applique aux Nations, mais le contexte semble indiquer le 
contraire. 

3 II faut dire que Dieu se venge aussi sur son peuple et ses serviteurs (xcix, 8). 

4 Probablement à tous les deux. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 167 

7-20) : « Quand il sera jugé, il sera déclaré Méchant, sa prière 
elle-même lui sera imputée à faute ; ses jours seront courts et 
son trésor sera pris par un autre, ses fils seront orphelins, sa 
femme sera veuve, ses enfants erreront pour mendier, pour cher- 
cher leur nourriture loin de leur demeure en ruines ; le créancier 
s'emparera de tout ce qu'il possède, des étrangers pilleront le bien 
qu'il a acquis ; personne ne lui témoignera de sympathie, personne 
n'aura pitié de ses enfants orphelins ; sa destinée est d'être exter- 
miné, dar.s la génération qui suit son nom sera effacé, . . . son sou- 
venir sera extirpé de la terre. » C'est la malédiction dans toute 
son horreur. 



27. Le sort des Nations, leur conversion. 

121. Le sort réservé aux Nations est très différent de celui du 
Méchant. Le Pauvre n'a point pour elles cette haine implacable 
ni ces imprécations furieuses. Il a des vues sur les Gentils et il 
leur réserve, pour l'avenir, un rôle important. 

Il faut cependant distinguer, à ce qu'il semble, entre les Nations 
voisines des Juifs et les Nations plus éloignées, entre les Nations 
qui ont persécuté les Juifs ou qui, dans l'avenir, continueront à 
faire la guerre aux Juifs et à leur Dieu, et celles qui se réconci- 
lieront avec eux. On peut croire qu'à cet égard, la pensée des 
psalmistes est restée un peu confuse et même contradictoire. 
Tantôt ils annoncent la défaite, la destruction et l'anéantissement 
des Nations (par exemple aux Ps. n, ex, cxlix), tantôt ils pré- 
disent que les Nations se rallieront aux Juifs et adoreront le Dieu 
d'Israël. Il se peut que la contradiction existe dans l'esprit même 
du Pauvre et qu'il ne soit pas arrivé à résoudre clairement le 
problème de l'avenir des Nations. Selon le jour et les circons- 
tances, il aura penché vers l'une ou l'autre solution, sans jamais 
prendre un parti définitif. Il faut cependant considérer que la 
vocation et la conversion des Gentils sont presque devenues un 
dogme dans le Judaïsme, au moins à l'époque du second temple, 
et il paraît bien difficile de supposer qu'au temps où nous pla- 
çons les Psaumes, beaucoup de Juifs aient encore eu des doutes 
et des hésitations sur ce point. Il est donc infiniment probable 
qu'il faut concilier les textes en apparence contradictoires qui 
se rapportent à cette question et c'est ce que nous ferons dans 
la suite de ce chapitre. Il n'y a, du reste, aucune difficulté à 
les mettre d'accord. On peut d'abord placer à part les Nations 
voisines, qui, pour leur haine contre les Juifs, seront traitées 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

plus sévèrement que les autres (voir n° 115); avec elles, toute 
réconciliation est impossible et il se peut que les psalmistes les 
condamnent à l'extermination finale. Le même sort à peu près 
est peut-être réservé aux Nations un peu plus éloignées, qui ont 
été et qui continuent, jusque dans les temps futurs, d'être hos- 
tiles aux Juifs et rebelles à Dieu. Les seules Nations qui sont ap- 
pelées à se rallier au peuple juif sont les Nations avec lesquelles 
les Juifs n'ont jamais eu de démêlés ou n'ont eu que des démêlés 
depuis longtemps oubliés, celles d'Egypte, d'Ethiopie, d'Arabie, 
de Tarsis (Ps. lxviii et lxxii) et cette multitude confuse de Na- 
tions qui couvrent au loin la surface de la terre et qui hantent 
l'imagination juive comme un mystère l . 

122. Les Nations rebelles ou hostiles subiront une défaite cer- 
taine et éclatante. Les Nations s'agitent, se soulèvent, mais Dieu 
apaise leur tumulte (xlvi, *7 ; lxv, 8), anéantit leurs projets 
(xxxiii, 10), les rappelle à la raison ou les punit (xciv, 10). Ce ne 
sont là, il est vrai, que des idées générales destinées à montrer la 
puissance de Dieu et où il n'y a peut-être aucune intention mal- 
veillante à l'égard des Nations, mais les Psaumes vont plus loin. 
Les Nations guerrières seront vaincues et tomberont. Dieu met 
en fuite les Nations d'humeur batailleuse (lxviii, 31) ; elles 
viennent avec la cavalerie et les chevaux ; les Juifs, au contraire, 
avec le seul nom de Dieu ; elles s'affaisseront et tomberont, tandis 
que les Juifs resteront debout et tiendront ferme pour toujours 
(xx, 8, 9 ; cf. xxxiii, 16, 17) ; Dieu apaisera les guerres jusqu'aux 
extrémités de la terre, brisera la lance, brûlera les chariots, s'é- 
lèvera au-dessus des Nations (xlvi, 10-11) ; les Nations qui résis- 
teront à Dieu ou à son Oint seront brisées et mises en pièces (n, 
9) ; les rois qui se réunissent contre Sion sont pris de peur et s'en- 
fuient (xlviii, 5, 6) ; Dieu foulera aux pieds les oppresseurs des 
Juifs (lx, 14, et le Ps. parallèle cvm; cf. xliv, 6-8). Les peuples 
voisins se liguent contre Israël : Edom, Ismaël, Moab, et autres, 
et même Assur 2 ; ils seront traités comme Midian, comme Sisera, 
ils seront consumés par le feu, emportés par la tempête, couverts 
de honte et perdus mao (lxxxiii, 3-18). Dieu mettra en pièces 



1 On peut encore dire qu'il ne faut peut-être pas prendre à la lettre l'extermina- 
tion des Nations annoncée par les Psaumes; il se peut que ce ne soit qu'une méta- 
phore qui indique leur défaite, et que cette défaite est, pour beaucoup d'entre elles, 
pour les plus rapprochées, le prologue obligé de leur soumission. Ce serait une 
autre manière de concilier les textes. Cette conjecture peut s'appuyer sur le Ps. 
lxxxiii, où les nations détruites lliaî^ (vers. 18) sont cependant parfaitement vi- 
vantes et invitées à adorer Dieu et à reconnaître enfin sa puissance (vers. 17, 19). 
— Cf. sur le sujet traité dans ce numéro, le n° 124 ; voir aussi Ps. xlv (Tyr). 

» Voir, sur ce passage des Psaumes, le n° 150. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 169 

les rois, jugera les Nations, les écrasera, sur la surface de la terre 
(ex, 5, 6). Dieu versera sa colère sur les nations voisines, sur 
les peuples qui ne le connaissent pas, n'invoquent pas son nom, 
dévorent Jacob et dévastent sa demeure ; le sang juif qu'ils ont 
versé sera vengé, ils seront punis soixante-dix fois pour le mal 
qu'ils ont fait et pour leurs blasphèmes (lxxix, 4-13) ; le peuple 
de Dieu se vengera des Nations, videra sa querelle avec les 
peuples, il mettra leurs rois dans les chaînes, leurs grands dans 
les fers, pour les juger selon la sentence écrite de Dieu (cxlix, 
7-9). Divers passages que l'on pourrait être tenté de mettre à 
cette place (par exemple, lvi, 8 ; lix, 6, 9 ; lxvi, 3 ; etc.) se rap- 
portent plutôt aux Méchants qu'aux Nations. Nous ne savons si le 
Ps. lix s'applique aux Nations ou au Méchant ou à tous les 
deux à la fois, et nous serions tenté de l'appliquer plutôt au 
Méchant. Ce psaume contient un passage assez curieux : aux 
versets 12-13, le Pauvre dit, en s'adressant à Dieu : « Ne les tue 
pas, afin que mon peuple n'oublie pas (c'est-à-dire afin que le 
peuple ait toujours sous les yeux le spectacle de la justice de 
Dieu), mais poursuis-les avec tes troupes, et abaisse-les ; la parole 
de leurs lèvres est le péché de leur bouche ; qu'ils soient pris 
dans leur propre orgueil, pour la malédiction et les paroles hypo- 
crites qu'ils prononcent. », 

123. Le sort qui est réservé aux Nations, ou au moins à celles 
qui voulaient subjuguer et opprimer le peuple juif, est juste l'op- 
posé de ce qu'elles espéraient : elles seront finalement dans une 
sorte de dépendance et de vassalité à l'égard des Juifs. C'est ce 
que dit à peu près la fin du Ps. xvm, s'il se rapporte effectivement 
aux Nations et non aux Méchants (vers. 44-49) : Tu me sauveras 
de mes adversaires, je serai la tête des Nations, des peuples 
que je ne connaissais pas me serviront; sur une parole de moi 
ils obéiront, les fils de l'étranger seront mes flatteurs 1 ; les fils de 
l'étranger seront sans vigueur et sortiront en tremblant de leurs 
châteaux-forts, ô Dieu qui me donnes ma revanche et qui me 
soumettras les Nations, qui me sauves de mes ennemis, m'élèves 
au-dessus de mes adversaires, me délivres de l'homme de vio- 
lence 1 — Dieu nous soumettra les Nations, mettra les peuples 
sous nos pieds (xlvii, 4; cxliv, 2). — Dans sa colère, Dieu ren- 
versera les peuples 2 (lvi, 8). Devant le Roi (et le fils du Roi), 
les Nations du désert ploieront le genou, ses ennemis lécheront 
la poussière, les rois se prosterneront, etc. 3 (lxxii, 9-11, 17). Le 

1 Voir n° 124, note. 

2 Si ce sont bien les Nations, non les Méchants. 

3 Cf. n» 135. 



170 REVUE DES ETUDES JUIVES 

traitement réserve* aux Nations ennemies est en partie calqué 
sur celui des Nations qui, dans les temps anciens, ont opprimé 
les Hébreux : Dieu a fait connaître sa puissance aux Nations en 
délivrant les Hébreux du joug égyptien (lxxvii, 15-17), il a chassé 
devant eux les Nations canaanéennes dont il a donné aux Hébreux 
l'héritage (lxxviii, 55 ; cxi, 6); si les Hébreux, après la sortie 
d'Egypte, avaient obéi à Dieu, il aurait abaissé immédiatement 
leurs ennemis et appesanti sa main sur leurs adversaires (lxxxi, 
15) ; Midian, Sisera, Iabin, ennemis des Juifs, ont été défaits; le 
même sort attend à l'avenir les autres Nations ennemies des Juifs 
(lxxxiii, 10 et s. ; voir aussi lxxxix, 11, et Ps. cv-cvi). Dieu a 
montré autrefois sa puissance aux Nations en défendant les Juifs 
contre elles, et naturellement il fera de même dans l'avenir. 

124. Le grand tort des Nations en général, c'est d'être ido- 
lâtres et de ne pas adorer le vrai Dieu. Heureuse la nation qui' a 
le vrai Dieu pour dieu, le peuple que Dieu s'est choisi pour héri- 
tage (xxxiii, 12; cf. lxxix, 6 ; cxlvii, 20). — Tous les adorateurs 
des idoles seront couverts de honte (xcvn, 7). — Ceux qui font les 
idoles et qui ont confiance en elles finiront par leur ressembler 
(cxv, 8; cxxxv, 18). Ceci est une simple manière de parler. La 
vérité est que les Nations, qui sont à présent des idolâtres et les 
ennemies de Dieu (vm,3; lxvi, 3; lxxiv, 10, 18 *; lxxxi, 16; 
lxxxtii, 3; lxxxix, 52), abandonneront leurs faux-dieux, dont 
elles reconnaîtront l'impuissance et le néant, se soumettront au 
vrai Dieu, viendront l'adorer à Jérusalem et lui apporteront des 
offrandes. Toutes les extrémités de la terre retourneront à Dieu 
et toutes les familles de nations se prosterneront devant lui (xxn, 
28) ; toute la terre se prosternera devant lui et chantera son nom 
(i,xvr, 4) ; toutes les nations loueront Dieu et se réjouiront quand 
il viendra les juger et les conduire (lxvii, 4-8) ; les anciens 
ennemis de Dieu le flatteront (lxxxi, 16 2 ) ; tous les peuples que 
Dieu a faits viendront et se prosterneront devant lui et hono- 
reront son nom (lxxxvi, 9) ; les Nations se réuniront et les em- 
pires, pour adorer Dieu (en, 23) ; les rois de la terre et toutes 
les Nations loueront le nom de Dieu (cxlviii, 11-13). La fille de 
Tyr et les filles des rois viendront et apporteront de riches pré- 
sents (xlv, 10, 13 et suiv.) ; à Dieu ou au peuple juif ou à son 



1 Si toutefois ces versets parleut des Nations. 

2 A moins que le verset ne veuille dire qu'ils flatteront le peuple juif. Il entre 
dans ce mot T&rû' 1 une nuance d'hypocrisie, l'hommage des Nations sera plus ou 
moins sincère, mais c'est déjà quelque chose qu'elles affectent la soumission et ap- 
portent, malgré elles, leur tribut d'éloges. Ces flatteries mensongères ne démontrent 
que plus fortement la puissance de celui qui les impose. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 171 

oint les rois apporteront des présents (lxviii, 30 ; lxxii, 10 et s.) ; 
Dieu jugera les Nations, elles lui apporteront des présents, l'or- 
gueil des puissants sera abaissé, les rois de la terre auront peur 
(lxxvi, 12-13) ; les Nations apporteront à Dieu louange et gloire, 
elles prendront des offrandes pour se rendre dans les parvis de 
son temple et se prosterner devant lui (xcvi, 1-9). La pierre au- 
trefois méprisée des Nations devient la pierre angulaire, c'est 
l'œuvre de Dieu, un miracle aux yeux des hommes (cxviii, 10-13, 
22-23), 

125. Cette conversion des Nations est la suite du jugement de 
Dieu dont nous avons parlé plus haut. Ce qui ouvrira surtout les 
yeux auxJNations, c'est le triomphe de ce petit peuple juif sur ses 
ennemis, l'efficacité de la protection que Dieu lui accorde et sa 
réhabilitation éclatante au jour du jugement. Le relèvement des 
Juifs, non par les armes et la force matérielle, mais par la seule 
intervention de leur Dieu, fera une impression profonde sur l'esprit 
des Gentils. Ils y reconnaîtront d'abord l'excellence de la Loi juive, 
dont la pratique a mérité au peuple juif la protection spéciale de 
Dieu ; le secret de l'histoire des Juifs leur sera ainsi révélé, ils 
rendront hommage à ce peuple si longtemps opprimé, à ce Dieu 
qui, jusque là, paraissait impuissant, mais dont le triomphe éclate 
dans le triomphe de son peuple. La justice de Dieu sera reconnue 
(xvm, 28-32), la force matérielle des Nations sera brisée et elles 
verront que Dieu est le maître des peuples et de la terre (xlvi, 10, 
11 ; lxxvi, 7-13) ; le peuple juif sera heureux, afin que, sur toute 
la terre, on connaisse les voies de Dieu et reconnaisse sa justice 
(lxvii, 3-6) ; de même, en délivrant le peuple juif du joug égyptien, 
Dieu a fait connaître sa puissance aux Nations (lxxvii, 15-16; 
cf. lxvi, 3) ; les Nations ennemies seront vaincues et verront 
que Dieu seul est le maître du monde (lxxxiii, 17-19), les adora- 
teurs des idoles seront confondus, le jugement de Dieu réjouira la 
fille de Sion, Dieu montrera qu'il est plus fort que tous les autres 
dieux (xcvn, 7-9) ; le secours de Dieu se fera connaître, sa justice 
sera révélée aux yeux des Nations, il rendra sa faveur et sa foi à 
la maison d'Israël, et les extrémités de la terre verront ce 
que vaut son appui (xcviii, 2-3) ; Dieu se lèvera pour témoigner 
sa miséricorde à Sion, et alors les peuples craindront son nom et 
les rois de la terre honoreront sa gloire (en, 14-16 *) ; c'est pour 
l'honneur de son nom parmi les Nations que Dieu doit sauver 
le peuple juif (cxv, 1,2, et s.) ; les peuples et les Nations loueront 



1 On pourrait appliquer ces versets aux Méchants (voir n° 1^7) ; nous en disons 
autant du Ps. ex. 



172 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Dieu, parce que la puissance de sa grâce s'est manifestée en 
laveur de son peuple (cxvn, J-2). 

126. Les Juifs également contribueront, par leurs efforts, 
au triomphe final de la vérité et à la connaissance du vrai Dieu 
parmi les Nations. Tout le monde sait que c'est la gloire des 
prophètes juifs d'avoir les premiers conçu le rêve de la fraternité 
universelle. C'est un phénomène unique dans l'histoire de l'anti- 
quité et il faut aller jusqu'à la Révolution française pour retrouver, 
chez un autre peuple , les mêmes préoccupations généreuses. 
Quand on voit la place énorme occupée par les Nations dans 
la pensée juive, on reste frappé d'étonnement. Comment ce petit 
peuple, numériquement si faible et presque sans influence, a-t-il 
pu concevoir cette utopie grandiose du rapprochement des 
Nations? Qu'avait-il tant à s'occuper des Gentils, de leur avenir, 
de leur conversion ? Se figure-t-on, à l'époque où vivaient les au- 
teurs des Psaumes, dans ce petit coin presque ignoré de la Pales- 
tine, gouverné par un obscur fonctionnaire perse, un pauvre Juif 
qui tous les jours se demande ce que pensent et disent de lui les 
Nations, comme si toutes les nations avaient les yeux tournés vers 
lui, et qui se flatte d'aller proclamer Dieu parmi les Gentils, comme 
si les Gentils faisaient cercle pour l'écouter? Et cependant le fait 
est là, quelque extraordinaire qu'il soit: les Juifs ont eu cette haute 
ambition de voir les Gentils se grouper autour d'eux et s'unir au 
nom du vrai Dieu. Les demi-explications ne manquent pas. 
On aura commencé par souhaiter la conversion des petits peuples 
voisins, qui n'étaient pas plus considérables que les Juifs, et, par 
transitions successives, on sera allé ensuite jusqu'aux peuples 
lointains et aux extrémités de la terre. Le rêve d'avenir aura été 
la revanche du présent : les Nations ne peuvent pas être soumises 
par la force, elles se soumettront d'elles-mêmes, les armes leur 
tomberont des mains; les Juifs sont abaissés parmi les Nations 
voisines, ils seront relevés et placés au-dessus de toutes les 
Nations du monde; les Juifs ont perdu leur nationalité, il n'y 
aura plus de Nations ou toutes les nations n'en feront qu'une seule. 
Cette théorie est aussi bien dans les Prophètes que dans les 
Psaumes, il y a déjà du messianisme dans l'opposition que font les 
Prophètes à toute alliance politique ou militaire des Hébreux avec 
les étrangers, les Egyptiens, les Babyloniens. Quoi qu'il en soit, 
une chose est sûre et paraît démontrée parles Psaumes: c'est qu'à 
l'époque du second temple, un grand zèle de propagande religieuse 
s'était emparé des Juifs, soit qu'ils aient rencontré, pour répandre 
le Judaïsme, des circonstances particulièrement favorables, soit 
qu'ils y aient été poussés par l'ardeur toute nouvelle de leur piété. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 173 

Nous avons déjà fait remarquer que le Pauvre s'efforce de propa- 
ger sa foi chez ses coreligionnaires et dans l'intérieur du pays 
(n° 103), et il a dû faire les- mêmes efforts auprès des Gentils. C'est 
au moins ce que les Psaumes paraissent indiquer quand ils 
annoncent que le Pauvre ira proclamer et louer Dieu parmi les 
Nations, c'est le seul sens que nous trouvons à des paroles comme 
celles-ci : « Racontez parmi les Nations les hautes actions de Dieu 
(ix, 12; cv, 13). — Je te louerai parmi les Nations et je chanterai 
ton nom (xvm, 50 ; lvii, 10). — Ecoutez, ô Nations ; entendez, 
tous les habitants de la terre (xlix, 2). — Racontez sa gloire 
parmi les Nations, ses merveilles parmi tous les peuples ; dites 
parmi les Nations: c'est Dieu qui est Roi (xcvi, 3, 10). » Cette 
ardeur de propagande s'est continuée jusqu'à la naissance du 
christianisme et a beaucoup contribué à son expansion 1 . 

127. C'est l'activité et l'ardeur de la propagande juive à cette 
époque qui expliquent seules la présence, dans les Psaumes, de 
morceaux de véritable polémique religieuse. Nous ne comptons 
pas ici tous les passages où il est dit que Dieu est supérieur à tous 
les dieux et sur lesquels nous reviendrons plus loin, mais ceux où 
l'on sent un ton plus agressif et un véritable goût de bataille. 
« Racontez sa gloire parmi les Nations, ses hautes actions parmi 
tous les peuples ; car Dieu est grand et glorieux, plus redoutable 
que tous les dieux ; car tous les dieux des Nations sont de misé- 
rables idoles, tandis que Dieu a créé les cieux (xcvi, 3, 5 ; cf. 
xcv, 3, 5). — Toutes les Nations verront sa gloire ; soient couverts 
de confusion tous ceux qui adorent des images, qui se glorifient 
sottement de leurs idoles; toi, Éternel, tu es incomparablement 
élevé au-dessus de tous les dieux (xcvn, 6, 7, 9). » — Et enfin 
ces beaux passages si connus du Ps. cxv et du Ps. parallèle cxxxv: 
« Pourquoi sera-t-il permis aux Nations de dire : Où est leur 
Dieu? Notre Dieu pourtant est dans le ciel, et tout ce qu'il veut, 
il le fait ; tandis que leurs idoles sont d'argent et d'or, faites de 
main d'homme. Elles ont une bouche et ne parlent pas ; des yeux 
et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas, un nez et ne 
sentent pas, des mains inertes, des pieds qui ne marchent pas et 
leur gorge est sans voix. Comme elles seront (ou soient) ceux qui 
les font et qui s'y confient. » C'est, comme on voit, une argumenta- 
tion en règle et un véritable morceau de controverse religieuse. 



1 Ernest Havet avait déjà soupçonné que la propagande juive avait commencé 
de très bonne heure ; voir son ouvrage Le christianisme et ses origines, tome III, 
p. 453. D'anciens commentateurs, si nous ne nous trompons, ont pris les 'n "'N-p 
de lxvi, 16, pour des prosélytes (P. de Lagarde, Proph. chald., p. xlviii). 



174 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 



28. Le Messianisme. 



128. Si l'on devait dire quel est le caractère dominant et la 
qualité maîtresse du génie hébraïque, il faudrait incontestablement 
et sans hésitation possible dire que c'est le caractère moral. Ce 
qui fait l'originalité et la supériorité du Dieu de la Bible sur tous 
les dieux de l'antiquité, c'est qu'il est un dieu juste qui hait le vice 
et récompense la vertu. Il n'y a point d'exemple d'un peuple qui 
ait tourné et retourné avec un tel acharnement l'éternel problème 
de la justice distributive. La pensée juive, après beaucoup de 
tâtonnements et de doutes, l'a résolu par l'idée messianique, qui 
est son invention propre et dont elle peut se glorifier ajuste titre. 
La vertu de cette belle conception se manifeste encore aujourd'hui 
par l'attrait qu'elle exerce sur les esprits. L'humanité, qui s'est 
longtemps consolée du spectacle du mal par la foi dans l'immor- 
talité de l'âme, semble se détourner de ce dugme, qui lui fait quel- 
quefois l'effet d'un calcul mesquin et égoïste. La véritable con- 
solation du Juste moderne ne sera peut-être pas bien différente de 
celle du Juste des Psaumes, ils croient tous les deux dans le même 
Messie. 

129. Le propre d'une conception comme le messianisme est de 
rester nécessairement un peu vague et de ne pouvoir se renfermer 
dans une formule précise. Le messianisme est un rêve de poète, et il 
ne faut pas demander à un rêve de savoir très exactement ce qu'il 
veut. De là vient la difficulté que présentent souvent les passages 
messianiques de l'Ancien Testament. Dans les Psaumes, cepen- 
dant, il y a une chose, au moins, qu'on voit très clairement, c^st 
le contenu de l'idée messianique. Les éléments qu'elle renferme 
peuvent se compter sans peine, la liste n'en est ni longue, ni dif- 
ficile à dresser. Ce sont : 1° le Jugement de Dieu ; 2° la récompense 
du Pauvre et la punition du Méchant; 3° la punition ou soumis- 
sion des Nations rebelles, la conversion de toutes les Nations, leur 
union avec le peuple juif, le règne universel de Dieu sur tous les 
peuples et sur toute la surface de la terre. Nous avons déjà traité 
plus haut toutes ces questions 1 . La résurrection des morts, qui 
est devenue plus tard un dogme important du Judaïsme 2 , ne fait 
point partie du tableau. On n'y trouve pas davantage cette magni- 
fique métamorphose de la nature décrite dans Isaïe ; même la 
ville de Jérusalem ne paraît pas destinée à revêtir, pour la cir- 

1 Aux n° s 110 à 127. 

a Déjà au temps des Évangiles ou de Jésus ou des Pharisiens. 



LA L1TTÉRATUKE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 175 

constance, un éclat particulièrement nouveau, et si les rois ou les 
Nations viennent y apporter leurs offrandes et adorer Dieu (voir 
par exemple en, 23), elle ne devient pourtant pas, comme il 
semble qu'elle le devient ailleurs, le centre des peuples et la 
capitale de l'humanité. Les choses se passent un peu froidement, 
il faut l'avouer, et sans frais de cérémonie. 

130. La dramaturgie messianique , à partir d'une certaine 
époque, s'enrichit d'un acte consacré à la grande mêlée des Na- 
tions qui, dans un dernier effort, se ruent contre Jérusalem et 
sur le peuple juif, et succombent dans une bataille épique, où 
toute la nature se déchaîne contre elles. Il n'y a rien de pareil 
dans les Psaumes, ou, du moins, s'il y est question d'une guerre 
finale, elle ne prend pas ce caractère grandiose et surnaturel qu'on 
trouve dans des descriptions postérieures. Le grand soulèvement 
des Nations contre Dieu et contre Jérusalem et la dernière guerre 
sont peut-être indiquées dans Ps. n, 1-3, ù^ wïi ; xlvi, 7, "ittïi 
tria; xlviii, 5-8,"itbto ibinn^ iîtop ... wna ensVan; lxv, 8; lxviii, 
31 ; cxvni, 10 (Toutes les Nations m'entourent. . .); cxlix, 7-9, et 
peut-être aussi au Ps. ex * ; l'apaisement qui suivra la victoire de 
Dieu et mettra fin à toutes les guerres paraît exprimé dans 
Ps. xlvi, 10, et lxxvi, 4. Le seul phénomène naturel qui accom- 
pagne peut-être cette victoire est un tremblement de terre (xlvi, 
7 ; lx, 4 ; lxxv, 4), si toutefois c'est le sens des passages que nous 
indiquons. On pourrait ajouter, avec les mêmes réserves, les 
oscillations des montagnes et le bouillonnement des eaux de la 
mer (xlvi, 3-4), et aussi ce qui est dit à la fin du Ps. lxxxvi, vers. 
12-14, qui est un passage messianique : La vérité poussera comme 
une plante. .. et la terre donnera ses fruits. 

Les Juifs seront conduits à la victoire et gouvernés après la 
victoire par un roi (^btt) de la race de David, qui sera l'Oint du 
Seigneur, le Messie (mwa), le roi choisi par Dieu (xvm, 51), la 
gloire des fils de Sion (cxlix, 2), et pour qui un trône sera élevé à 
Jérusalem (cxxn, 5). On peut hésiter sur le sens de beaucoup de 
passages des Psaumes où il est parlé du Roi et du Messie. Est-ce 
que les Psalmistes croient réellement à un roi messianique, qui 
gouvernera dans les temps futurs et qui aura presque un caractère 
surnaturel ? La question est très controversée et mérite un exa- 
men spécial. 

1 Surtout versets 3 et 5 : "|Dtf Û*p ^b^H Û"P. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



29. Le Roi. 



131. 11 faut tout d'abord étudier un certain nombre de psaumes 
qu'on appelle psaumes royaux. Lorsqu'on s'est arrêté, comme 
nous, à l'idée que les Psaumes sont postérieurs au premier temple, 
il est impossible qu'on n'éprouve pas de sérieux doutes devant 
ces morceaux consacrés, à ce qu'il semble, à un roi juif qui serait 
contemporain de l'auteur. Le nombre de ces psaumes, il est vrai, 
est très restreint, ce sont les Ps. n, xxi, xlv, lxxii, auxquels on 
peut ajouter la fin du Ps. lxi, et, si l'on veut, le Ps. ex, quoiqu'il 
n'y soit pas clairement question d'un roi. Nous pourrions facilement 
accorder, s'il n'y avait pas de fortes raisons qui s'y opposent, que 
ces psaumes sont antérieurs à la destruction du premier temple et 
qu'ils pourraient remonter jusqu'à Ezéchias, comme M. Renan le 
suppose pour l'un d'eux au moins * ; notre opinion sur l'âge des 
Psaumes en général n'en serait pas compromise, et de plus, s'il 
fallait faire commencer notre collection un siècle environ avant la 
destruction du temple, nous n'en serions pas autrement troublé, 
mais nous sommes convaincu qu'aucun de ces psaumes ne parle 
d'un roi contemporain, et que leur roi est le Messie, l'Oint du Sei- 
gneur. On pourrait accorder, à la rigueur, qu'un poète hardi eût 
prédit à un roi de Juda la soumission des rois de la terre et l'a- 
baissement des Nations, mais il faut déjà avouer que sous des rois 
aussi faibles que l'étaient les rois de Juda à partir d'Ézéchias, l'hy- 
perbole est un peu forte et risquait par trop de se heurter à la triste 
réalité. De pareils rêves ne semblent possibles que dans le seul 
domaine de la chimère. Ce qu'on ne peut pas accorder, c'est que 
l'idée du roi messianique soit absente des Psaumes; il serait impos- 
sible d'expliquer comment elle aurait disparu après avoir été célé- 
brée par des écrivains bibliques plus anciens et surtout comment, 
après une interruption de plusieurs siècles, elle aurait reparu dans 
les Dix-huit Bénédictions et dans les Evangiles. Cette résurrection 
d'une idée, perdue depuis si longtemps, serait bien extraordi- 
naire. 11 est infiniment plus probable que la conception du roi 
messianique est restée vivante dans le cœur de la nation; c'est là 
que l'ont prise les Dix-huit Bénédictions et le Nouveau Testament. 
132. Il faut considérer aussi que ces Psaumes royaux sont faits 
sur un même patron, et, ce qui est surtout frappant, c'est que ce 
patron ressemble étonnamment au portrait du roi David, qui est, 
par excellence, le type du roi messianique. Un poète qui aurait eu 

1 Revue des Deux- Mondes , l. c. 



LA LITTÉ11ATURE DES PAUVRES DANS LA lilliLE 177 

sous les yeux un roi actuel et contemporain, aurait été forcément 
entraîné à copier son modèle, au lieu de répéter une formule. Les 
psaumes royaux ne contiennent aucun trait individuel, rien qui 
rappelle un dessin fait d'après nature. Tous ces psaumes, sans 
exception, annoncent la soumission des Gentils, ce qui est déjà un 
des éléments essentiels du règne messianique ; le Ps. lxxxix fait 
les mêmes promesses à David (vers. 24, 26, 23; cf. cxxxii, 18). 
Le Roi régnera d'une mer à l'autre, du fleuve jusqu'aux extrémités 
de la terre (lxxii, 8); la main de David aussi s'étendra sur la mer 
et sa droite sur les fleuves (lxxxtx, 26). Tous les rois se proster- 
neront devant le Roi (lxxii, 11) ; David aussi sera élevé au-dessus 
des rois de la terre (lxxxix, 28). Dieu dit au roi : Tu es mon fils 
(n, 7) ; David de son côté est le premier-né de Dieu et Dieu est 
son père (lxxxix, 27-28). Le Roi vivra éternellement, de géné- 
ration en génération, il sera assis éternellement sur son trône 
devant Dieu, on le vénérera aussi longtemps que luiront le soleil 
et la lune, de génération en génération, son nom sera éternel et 
fleurira devant le soleil (xxi, 5 ; lxi, 7-8; lxxii, 5, 17); de même, 
la postérité de David ne s'éteindra jamais, le trône de David sera 
éternel comme le ciel, il sera en face de Dieu comme le soleil, 
éternel comme la lune (lxxxix, 4-5, 30, 37-38). Dieu jure, et ne se 
démentira pas, que le Messie sera prêtre pour toujours (ex, 4) ; il 
jure fidélité à David et ne manquera pas à sa promesse (lxxxix, 
4, 36, 50 ; cxxxii, 11 1 ). Ce parallélisme constant entre le Roi et le 
David historique ou censé historique est des plus frappants, il est 
pour nous la preuve que le Roi n'est pas' un personnage réel, 
mais idéal. 

133. On a voulu voir une désignation précise du roi Ézéchias 
dans Ps. lxi, 7, où les mots tpoin ^btt i»i by dW rappellent la 
prolongation des jours accordée au roi Ézéchias suivant Isaïe, 
xxxviii, 8 (voir vers. 5 : "p^i by rp*p ^jîi), mais ce qui précède 
indique déjà suffisamment comment il faut traduire le verset du 
Ps. lxi et le sens en est encore précisé par Ps. xxi, 5, qui dit 
exactement la même chose en d'autres termes. C'est la promesse 
que le Roi vivra éternellement et que de nouveaux jours s'ajou- 
teront sans cesse à ses jours. Loin de voir dans ces psaumes une 
allusion à ce qui s'est passé pour le roi Ézéchias, on pourrait 
se demander si toute cette histoire du roi Ézéchias ne serait pas 
plutôt la mise en action d'une métaphore comme celle de nos 
Psaumes lxi et xxi. Nous ne contestons aucunement le fait de la 
maladie et de la guérison d'Ézéchias, et ce fait suffit à expliquer 

1 Voir cnccrc, sur David, le n° 152. 

T. XXI, n° 42. 12 



178 REVUE DES ETUDES JUIVES 

la tournure que le narrateur a donnée à cet événement, mais on 
peut contester l'authenticité du cantique qui aurait été écrit par 
Ézéchias en cette occasion (Is., xxxviii, 9-20). Ce n'est pas autre 
chose qu'un psaume l , et il serait facile de trouver dans la collec- 
tion des Psaumes plus d'un morceau qui conviendrait à cette 
place. 

134. Tous les exégètes ont remarqué que le roi messianique ne 
ligure pas dans le Deutéro-Isaïe, mais que, dans ce livre, son rôle 
est occupé par le peuple juif ou au moins le peuple des Pauvres -. 
Les Psaumes ne semblent pas être restés étrangers à cette con- 
ception du messianisme. Dans le Ps. ex, le Messie est à la fois roi 
et prêtre (vers. 4), c'est-à-dire que tout en restant un Messie per- 
sonnel, avec les attributs militaires d'un roi, il est aussi un per- 
sonnage pacifique comme le serait un Messie des Pauvres, et que 
ses moyens d'action seraient à peu près ceux du peuple messia- 
nique du second Isaïe. Mais il y a plus : si nous ne nous trompons, 
les Psaumes, suivant leur habitude, ont confondu dans l'idée mes- 
sianique plusieurs conceptions différentes. Ce sont comme des 
images superposées et qui transparaissent les unes à travers les 
autres. Ils ont, comme on a vu, le Messie personnel, qui peut être 
roi et prêtre; ils ont comme type du Messie le roi David; enfin, 
et c'est ici le. point important, ils ont le Pauvre ou le peuple juif 
représenté par les Pauvres, qui, par moments, comme dans Isaïe, 
occupe le rôle du Messie personnel et le supplante. Quand on lit 
dans le Ps. lxxxix 40-52, que Dieu a fait brèche dans les re- 
tranchements de David et de sa postérité, ruiné ses forteresses, 
de sorte que tous les passants l'ont pillé, qu'il est devenu 
la risée de ses voisins ; et puis, que les ennemis de David se sont 
réjouis, que sa splendeur a pris fin, que les jours de sa jeunesse 
ont été raccourcis et qu'il est couvert de honte, il est impossible 
de ne pas voir dans ce David, moitié réel et moitié messia- 
nique, une représentation du peuple juif ou, si l'on veut, une 
certaine substitution du roi à son peuple et du peuple à son roi. 
En plus d'un endroit des Psaumes, on ne sait vraiment si le mow 
est le Messie personnel ou le Pauvre (ou le peuple juif); David est, 
comme le Pauvre, le serviteur de Dieu ; l'élu de Dieu (n° 152) ; 
au Ps. cxxxn, les prêtres, les hasidim, David, le Messie, sont 



1 Se rappeler que le vers. 13 se retrouve Ps. xxn, 17-18. Le cantique d'Ézéchias 
est, dans nos textes, précédé d'un blanc ; ces blancs sont très souvent révélateurs et 
en peut les recommander à Tatlention des critiques. 

2 Voir, par exemple. Franz Delitzsch, Mcssianische Wcissagungen in geschichtlichet 
Folge, Leipzig, 1890, p. 137-143; Fr. Giesebrecht, Be'drâgt zur J 'esaiakritik , Goet- 
tingue, 1890, p. 31 et s. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 179 

réunis de telle sorte qu'il est difficile de les distinguer et qu'on 
peut se demander si tous ces personnages ne se confondent pas en 
un seul '. La substitution du peuple juif à David est aussi indiquée 
dans Isaïe, lv, 3. La victoire du Roi sur les rois et les Nations, 
mentionnée dans les psaumes royaux, fait double emploi avec celle 
du peuple juif sur les mômes adversaires qui est souvent annoncée 
dans les Psaumes (voir n° 122); enfin dans Ps. lxi, 7, et lxiii, 12, 
le Roi arrive de telle sorte qu'il est impossible de ne pas penser 
qu'il désigne uniquement le Pauvre, et il pourrait en être de môme 
dans xx, 7, et xxviii, 8 2 . Dans les temps messianiques, le Pauvre 
peut bien avoir sa revanche : après avoir été opprimé et misé- 
rable, il occupera le premier rang de la société, il sera le maître, 
le roi. Il est bien évident que cette opinion peut être contestée; 
nous la présentons uniquement comme une thèse qui pourrait 
mériter un examen plus attentif 3 . 

30. Le Messie. 

135. Une fois qu'on a pris un parti sur le sens des psaumes 
royaux, la théorie messianique des Psaumes n'offre guère de dif- 
ficulté. Voici d'abord le portrait que fait du Roi le Ps lxxii : « Il 
jugera le peuple avec justice et équité, secourra et fera triompher 
jusqu'à la fin des siècles Vani, Yébion, le çaddik; il gouvernera 
d'une mer à l'autre et jusqu'aux extrémités de la terre ; les habi- 
tants du désert se prosterneront devant lui, les rois de Tarsis (Tar- 
tessus en Espagne), les îles (de la Méditerranée), les rois de Scheba 
et de Seba (Arabie) lui apporteront des présents, lui paieront 
tribut; tous les rois se prosterneront devant lui et tous les peuples 
le serviront 4 ; sous son règne, la terre produira du blé en abon- 
dance, son nom sera éternel et prospérera en face du soleil, on se 
bénira en lui et les Nations admireront son bonheur, » 

1 Les prêtres seraient, dans ce cas, le peuple-prêtre, ce qui expliquerait en partie 
l'importance des cohanim dans les Psaumes. 

2 Cf. lxxxiv, 10, où le rplEa désigne aussi le Pauvre ou le peuple juif ; les an- 
ciens Hébreux sont aussi les Messies de Dieu (cv, 15); le verset lxxxix, 52, a déjà 
été cité plus haut. Les passages où le roi David est désigné comme Oint et Messie 
sont xvm, 51 ; lxxxix, 21 ; cxxxn, 10. 17 ; et probablement lxxxix, 39. 

3 Voir encore lxxxix, 18, "Omp DVin, p our le peuple juif; cxlviii, 14, *jnp ÛTH 

■tàjb; cxxxn, i7,irptt)»b ...Tttb 'jnp m»»» do, et le ...th nïï£ rades 

Dix-huit Bénédictions. 

4 La fin du Ps. lxviii, où sont représentées diverses nations qui apporteront leurs 
dons au peuple juif, rentre, comme on voit, dans la forme ordinaire des conceptions 
messianiques, et il n'est pas étonnant que l'Egypte et rÉthiopie soient nommées 
parmi les paj-s qui apporteront leur tribut à Jérusalem. 11 n"v a rien à tirer de ce 
passage pour Gxer la date du psaume. 



ISO REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

136. Dans le célèbre Ps. n, le Messie est également représenté 
connue un Roi, fils de Dieu ; il vaincra les Nations et son empire 
s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre (vers. 8). Au Ps. xlv, 
le Roi est représenté comme le plus beau des hommes, il apparaît 
tour à tour en guerrier triomphant et en souverain magnifique, 
son trône sera éternel, les filles des rois étrangers seront ses 
femmes, le lien qui les unissait à leur famille, à leur peuple ido- 
lâtre, sera rompu et leur seule famille, ce seront dorénavant 
leurs enfants nés dans le Judaïsme. Le Psaume lxxxix, dont 
nous nous sommes déjà occupé plus haut, parle évidemment 
du roi David, mais c'est un David idéalisé, élevé par anticipation 
au rôle de Messie, tous les traits de son portrait rappellent, 
jusque dans les détails, le Roi de Ps. lxxii. Il n'y a absolument 
rien de messianique dans le Ps. xxn, qui s'explique de la ma- 
nière la plus simple \ mais le Ps. ex est encore consacré, si nous 
ne nous trompons, au Messie personnel. Dans ce psaume célèbre, 
mais dont le texte est très mal conservé, le Messie porte des 
noms que nous n'avons pas encore rencontrés et qu'on ne trouve 
pas ailleurs : il s'appelle Maître -otn, et il est assis à la droite de 
Dieu (vers. 1) ; comme nous l'avons vu plus haut, il est prêtre jrû 
pour toujours (vers. 4), mais surtout il porte ce nom de Melchi- 
sédech (vers. 4), déjà porté par un personnage énigmatique du 
temps d'Abraham. Pour nous, ce dernier trait est particulièrement 
significatif: le Pauvre est un Çaddih, il est bien naturel qu'il 
veuille que le Roi-Messie le soit aussi, et c'est ce qu'il indique par ce 
nom composé de pir^btt. L'idée générale de ce psaume est des 
plus simples et conforme au type ordinaire de la prédiction mes- 
sianique : Dieu renversera les Nations et les rois, et fera triom- 
pher Israël et le Roi 2 . 



1 Contrairement à ce que croit Fr. Delitzsch, Mcssianische Wcissagnngen, p. 60. 

2 Le récit de cette victoire, qui est fort court et peut-être tronqué, n'est pas sans 
avoir une analogie au moins lointaine avec le ps. lxviii. Ici également on a comme 
une marche de Dieu contre l'ennemi (vers. 2, l p">:£7;]), puis les m3"ï3, la tête des 
ennemis brisée (vers. 5 et G ; lxviii, 22). Par suite, au lieu de n"l3"J3 ^122 (vers. 3), 
ou sera tenlé de lire 1113*73 dtiJJl (lxviii, 10); au lieu de UHp "H^fi (vers. 3), on 
lira "CTp VHÏf, comme plusieurs exégètes l'ont proposé; et, si l'on se souvient qu'au 
début du Cantique de Débora, la pluie ou la rosée des moutagnes intervient éga- 
lement (les montagnes manquent, par erreur, dans Ps. lxviii), on comprendra mieux, 
à ce qu'il semble, le commencement du vers. 10 du Ps. lxviii et un des détails de 
cette scène militaire dont nous avons parlé plus haut au n° 95. Au lieu de bVul2 
^^1*73 du vers. 7, qui ne donne pas de sens satisfaisant, nous proposons de lire 
^jIV brijtt (cf. xxxvi, 9J. Enfin, au vers. 6, il faut peut-être lire niNA ou voca- 
liser riïpfa avec le sens de niW (voir n° 52). 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 181 



31. Le Retour des exilés. 

137. Le bonheur de l'époque messianique ne serait pas complet 
si la patrie n'était rendue aux Juifs qui sont captifs et dispersés 
dans les pays étrangers, et, à en juger par la place donnée à cette 
pensée dans les Dix-huit Bénédictions, le rappel des exilés doit 
même être le premier acte et comme le signal de l'ère messiani- 
que '. Il semble que ce retour des exilés de toutes les parties de la 
terre soit quelquefois mentionné, dans la Bible, à des époques où tes 
Juifs n'étaient pas si dispersés, il y a là une difficulté au moins ap- 
parente et sur laquelle nous aurons à revenir plus tard. A l'époque 
du second temple, où nous plaçons les Psaumes, la dispersion des 
Juifs était grande, au contraire, et on n'est pas étonné qu'elle 
préoccupe la conscience nationale. Sans parler des Juifs exilés en 
masses dans l'Assyrie et la Babylonie après la chute de Samarieet 
celle de Jérusalem, il est probable que dès les premiers temps du 
second temple beaucoup de Juifs avaient quitté la Palestine pour 
aller s'établir en Egypte et aussi, en partie, dans les pays limi- 
trophes de la Palestine, comme on le voit déjà par les chapitres 
xlii-xliv de Jérémie. A partir de cette époque un courant 
d'émigration continu a dû s'établir entre la Palestine et l'Egypte 
et c'est ce qui explique, mieux que toutes les autres hypothèses, 
comment l'Egypte a compté plus tard un si grand nombre de Juifs. 
Le récit de la campagne de Juda Macchabée au-delà du Jourdain 
et dans le nord (I Macchab., chap. v, et II Macchab., principale- 
ment chap. x) montre également que beaucoup de Juifs étaient 
établis dans ces régions voisines et il est probable qu'il en était 
ainsi depuis longtemps. Il y en avait sans doute aussi, au moins 
depuis la conquête d'Alexandre, dans l'Asie Mineure, où on trouve 
plus tard, au temps des Romains, de nombreuses colonies juives, 
et il n'est pas douteux non plus que de petits essaims de Juifs 
s'étaient peu à peu fixés d'une part, tout le long de la route qui 
va de la Babylonie en Palestine; d'autre part, dans les îles nom- 
breuses de la côte méditerranéenne, les d^tf dont il est si souvent 
question dans la Bible. Un seul passage des Psaumes parle des 
Juifs exilés aux quatre coins de la terre, à l'orient, à l'occident, 
au nord et du côté de la mer (cvn, 3) 2 , et il se pourrait bien que 

1 Dans les Psaumes, cependant, pas un seul passage ne dit formellement que le 
rappel des exilés se fera juste à l'époque messianique ou au début de cette époque, 
mais les Dix-huit Bénédictions, qui émanent directement des Psaumes, indiquent 
très bien quelle est la pensée des psalrnistes sur ce sujet. 

2 D'après une hypothèse très ingénieuse de M. Graetz, ce Psaume serait la des- 



182 1ŒVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce fût une simple exagération poétique ; tous les autres passages 
des Psaumes sur le rapatriement des captifs s'expliquent sans 
peine par la captivité des Juifs en Assyrie et en Babylonie. Seul 
le i;nnï tnaia de xuv, 12', pourrait désigner encore une disper- 
sion plus large des Juifs. Le retour des exilés est indiqué sous 
forme de prédiction ou de prière au Ps. xiv, 7, avec son paral- 
lèle lui, 7 ; au Ps. cvu, comme nous venons de le dire; au Ps. evi, 
47 (û'nafi V 3 i^ 3 P)> et enun au Ps » cxlvii, 2(oj^ bvnw* wî). Aux 
Psaumes lxxxv, 2, et cxxvi, 1 , le retour des exilés indiqué comme 
un fait accompli est évidemment le retour de l'exil de Babylone. 
Ce rapatriement est incomplet, la plus grande partie des Juifs est 
encore à l'étranger, et c'est pourquoi le Ps. cxxvi, au verset 4, 
demande un rapatriement plus large ou complet, lama© ïiaitt. Au 
verset 5 du Ps. lxxxv, le nanTû ne s'applique pas aux exilés véri- 
tables et n'est pas en contradiction avec le verset 1 ; le mot 
désigne le retour à Dieu. 

32. Indétermination de V époque messianique. 

138. On voit, par ce qui précède, qu'en somme il est assez 
facile de savoir ce que contient l'idée messianique d'après les 
Psaumes, mais en revanche, il est bien difficile de savoir quand, 
à quelle époque et en combien de temps se réalisera l'idée mes- 
sianique. Est-ce bientôt et du vivant de celui qui parle, ou dans un 
avenir plus ou moins prochain, ou dans cet avenir éloigné et 
nébuleux que d'autres livres bibliques appellent la fin des temps? 
Est-ce que l'œuvre messianique s'accomplira en une fois et en un 
seul acte, ou bien en actes partiels, successifs, disséminés sur un 
long espace de temps? Et dans ce cas, où commence-t-elle au 
juste et faut-il la voir déjà dans les simples actes de réparation et 

cription du retour des Juifs au temps de Cyrus, après l'exil de Babylone. Nous 
avons cependant des doutes sur l'exactitude de celte interprétation. Le verset 3, à 
nos yeux, est prophétique, le reste du psaume décrit les misères du Pauvre sous 
les symboles (maintenant bien connus du lecteur) de la faim, de la soif, des tour- 
ments du désert, des dangers courus dans les abîmes de la mer, avec des souvenirs 
plus ou moins précis de la sortie d'Egypte, prise pour type de la délivrance finale 
(versets 9, 48, 35). Les chaînes de fer et les verrous de fer des versets 10 et 16 rap- 
pellent le bî"D!"; 115 qni, dans la littérature biblique, désigne souvent l'Egypte, 
et l'image de ces chaînes se trouve également au Ps. cv, 17, pour la captivité de 
Joseph. Les Ps. cv et evi sont tout entiers consacrés à la sortie d'Egypte et aux 
épisodes qui l'ont suivie, le Ps. cvu en est, très évidemment, la continuation et ap- 
partient à la même série. Les versets 23-30 pourraient faire allusion à la délivrance 
future des Juifs répandus dans les îles de la Méditerranée et à celle des Juifs 
d'Egypte ; ce pourraient être ces derniers qui « descendent en mer sur les vais- 
seaux pour faire leur travail (commerce) sur les grandes eaux. » 
1 Au Ps. lxxviii, 61, il est probablement question de l'exil de Babylone. 



LA LITTÉRATURE DES^AUVRES DANS LA BIRLE 183 

de justice que le Pauvre attend de Dieu ? A ces questions, il n'y a 
pas de réponse précise. Le Pauvre qui reVve de bonheur peut avoir 
toutes les illusions. Pourquoi le rêve ne s'accomplirait-il pas 
demain, et si ce n'est demain, pourquoi pas très prochainement ou 
dans quelques années ? Dans ce cas, le vœu du Pauvre, limité par 
le sens pratique de la vie, restera modeste et terre à terre. S'il 
ajourne son espérance, elle gagnera en grandeur ce qu'elle perd 
de réalité, et plus il la reculera dans l'avenir, plus elle deviendra 
exigeante et enthousiaste. De petits actes de justice, même de 
justice individuelle, peuvent suffire dans le présent ; dans l'ave- 
nir, au contraire, il faudra que l'œuvre soit grandiose et accom- 
plie avec une brillante mise en scène. Entre le bonheur actuel et 
prosaïque de tous les jours et le bonheur messianique, il n'y a, en 
somme, qu'une différence de degré, l'esprit monte de l'un à l'autre 
par une pente insensible et il est difficile de dire où l'un finit et 
l'autre commence. De là vient le caractère indécis d'un grand 
nombre de Psaumes, qui sont en même temps dans le réel et dans 
l'idéal, où le bonheur du Pauvre est à la fois si proche et si éloi- 
gné dans les secrets de l'avenir. Le messianisme est un peu par- 
tout dans les Psaumes et à toutes les doses, même les plus faibles ; 
ils sont comme enveloppés et imprégnés d'une atmosphère mes- 
sianique. 

33. Histoire et Géographie 

139. Les Patriarches (Abraham, Isaac, Jacob, Israël). — Dieu 
est, pour les Juifs, le Dieu d'Abraham, et Abraham est son servi- 
teur (xlvii, 10; cv, 6, 42 l ); il est le Dieu de Jacob et d'Israël 
(xx, 2; xlt, 14; xlvi, 8, 12; lix, 6; etc.), le saint d'Israël 
(lxxi, 22; lxxviii, 41 ; lxxxix, 19), le gardien d'Israël (cxxi, 4), 
le fort ou le taureau "va» de Jacob (cxxxn, 2, 5-); il a contracté 
alliance avec Abraham, fait serment à Isaac, établi comme une 
loi pour Jacob, comme une alliance éternelle pour Israël, de leur 
donner la terre de Canaan, qui est leur héritage (cv, 0-11); il 
se souvient de la parole donnée à Abraham en tirant son peuple 
d'Egypte pour lui donner les terres des peuples et le bien des 
Nations (cv, 42-44). 

Le peuple juif est le peuple du Dieu d'Abraham (xlvii, 10), la 
race d'Abraham, les fils de Jacob, ses préférés -nTm (cv, 6), la 

1 Dans le passage parallèle de I Chron., xvi, 13, au lieu de ÙÏT7Î3N >"1T, il y a 

* Dans toutes ces expressions où figurent Jacob et Israël, on doit se demander si 
ces deux noms ne désignent pas le peuple juif plutôt que le patriarche. 



I8i REVUE DES KTUDES JUIVES 

maison d'Israël (xcvm, 3; cxiv, 1), les tribus d'Israël (lxxviit, 
55), la postérité et la race de Jacob et d'Israël (xxn, 24; lxxvii, 
10). Jacob et Israël représentent le peuple juif (xiv, 1 ; xxn, 4; 
xxv, 22; xlvii, 5; etc.); Dieu est le gardien -ittio d'Israël 
(cxxt, 4), Israël est son peuple et son serviteur (cxxxv, 12; 
cxxxvi, 22) ; la maison d'Israël est opposée à la maison d'Aron 
et peut-être aux 'n ^an* (à moins qu'elle n'y soit comprise) dans 
cxv, 9-11, et 12-13; cxviii, 2 4; cxxxv, 19-20. Le nom du roi 
Melchisédech, qui figure dans l'histoire d'Abraham, se retrouve 
dans Ps. ex, 4, sans qu'on paisse dire s'il y a, dans ce psaume, 
allusion à ce personnage. Aux versets cv, 12-15, il est, au con- 
traire, fait clairement allusion aux pérégrinations des patriarches 
et de leurs familles dans le pays de Canaan et en Egypte, en qualité 
d'étrangers, et principalement à la protection accordée à Abraham 
et à Isaac contre le roi d'Egypte et le roi Abimélech (Gen., xn, 20 
sqq. ; xx, xxvi, et peut-être xiv et xxxv, 1-8). Il est intéressant 
de remarquer le grossissement sous lequel le poète voit les événe- 
ments * ; quand une fois on connaît le procédé, bien des passages 
des Psaumes deviennent plus clairs. 

140. Sur les temps antérieurs aux patriarches, il n'y a rien 
dans les Psaumes. Il n'est pas probable que leVM de xxix, 10, 
fasse allusion au déluge. Dans Ps. civ, G, 9, où il est question des 
eaux qui se tiennent sur les montagnes et des eaux qui ne cou- 
vriront plus la surface de la terre, il n'est sûrement pas question 
du déluge, mais de l'état de la terre avant la création (Gen., i, 2). 
Dans cxxxvi, 5-8, il y a évidemment allusion au récit du chap. I e » 1 
de la Genèse et tout principalement aux versets 14-16 (voir aussi 
Ps. civ, 19). Enfin, pour revenir à l'époque des patriarches, au 
vers, xi, G, il y a probablement allusion à la pluie de feu qui a 
détruit Sodome (cf. Gen. xix, 24; voir aussi Ps. cxl, 11). 

141. Les fils de Jacob, les tribus. — Outre le passage déjà 
mentionné au paragraphe précédent, les tribus sont mentionnées 
au Ps. gxxii, 4, mais à titre de simple souvenir historique ou 
peut-être plutôt encore comme une résurrection historique (car le 
psaume a une forte teinture messianique) où figurent les an- 
ciennes tribus qui se sont reconstituées et se rendent en pèleri- 
nage à Jérusalem ; elles y verront, sur son trône, le rejeton de 
David (voir aussi lxxviii, 55). 

Lêvi. La maison de Lévi est nommée, concurremment avec les 
maisons d'Israël, d'Aron, et avec les 'n \vp, dans cxxxv, 19-20. 
Elle manque dans le passage parallèle du Ps. cxv. 

1 Plus loin, cv, 20, l'histoire do Joseph tiré de la prison par Pharaon est aussi 
racontée en termes ampoulés. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 185 

Juda joue, naturellement, parmi les tribus, le grand rôle que lui 
assigne la littérature biblique des temps postérieurs, il est Le légis- 
lateur de Dieu ippnto (lx, 9), comme dans la bénédiction de Jacob 
(Gen. xlix, 10); Juda et Jérusalem sont choisis par Dieu et pré- 
férés à Joseph et à Epliraïm (lxxvïii, 67-68), après le retour de 
l'exil de Babylone, à ce qu'il semble, et par allusion à la préférence 
accordée à Juda après le schisme des dix tribus. Le nom de Juda 
représente, d'ailleurs, le peuple juif tout entier (xlviii, 12, et 
xcvn, 8 ; lxxvi, 2 ; cxiv, 2) ; les villes de Juda représentent (sans 
doute après l'exil) le pays tout entier (lxix, 36 l ). 

Joseph. Les Psaumes paraissent avoir une certaine prédilection 
pour le patriarche Joseph et nous nous demandons si elle n'est pas 
due à sa qualité de çaddih qui lui est déjà attribuée par de très 
anciennes légendes". Ce nest pas pour rien que le Ps. cv, 17-22, 
lui attribue une si large place dans l'histoire ancienne des Hé- 
breux. Le choix des personnages nommés dans les Psaumes, nous 
aurons plus d'une fois l'occasion de le constater, n'est pas aban- 
donné au hasard, il dépend des sympathies et des antipathies par- 
ticulières aux Pauvres. Joseph occupe véritablement un rang élevé 
dans les Psaumes : les fils de Joseph sont nommés à côté des fils 
de Jacob et sur la même ligne (lxxvii, 16), dans une phrase où il 
est question de la sortie d'Egypte ; Joseph, son frère Benjamin, 
ses fils Epliraïm et Manassé, sont encore mis en avant, à côté 
d'Israël, dans le Ps. lxxx, 2-3, où la sortie d'Egypte est également 
mentionnée (vers. 9) ; Ephraïm et Manassé sont mis au môme 
rang que Juda dans Ps. lx, 9; enfin, au Ps. lxxxi, 5-6, on a 
encore, à propos de l'Egypte, Joseph à côté d'Israël et de Jacob. 
Cependant, la destitution du royaume du Nord après le schisme, 
sous les noms de Joseph et d'Ephraïm, est rappelée, comme nous 
l'avons déjà indiqué à l'alinéa précédent, dans Ps. lxxvïii, 67 
(cf. n° 148), 

Benjamin. La tribu de Benjamin est mentionnée, à côté de 
celles de Juda, de Zalndon et de Neftali, dans un passage dont le 
sens est très obscur, mais qui semble être à la louange de toutes 
ces tribus (lxviii, 28). 

1 On pourrait cependant dire ceci : dans les Ps. xlviii, lxix, xgvii, Juda est 
mentionné seul, parce que ces Psaumes parlent des Juifs à l'époque du second 
temple, et qu'à cette époque la tribu de Juda formait la majorité du peuple juif; 
dans les Ps. lxxvi et cxiv, Juda étant placé à côté d'Israël, n'est pas un synonyme 
d'Israël, mais opposé à Israël, et les deux noms représentent, le premier l'ancien 
royaume du sud ; le second, l'ancien royaume du nord. 

2 Par exemple, Midrasch rabba sur Genèse, chap. lxxxvit ; cf. Adolf Kurrein, 
Traum und Wahrheit, Lebensbild Josefs nach der Agada; Ralisbonne, 1887, p. G7, 
note 1. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ephraïm. La tribu d'Ephraïm est tour à tour traitée avec affec- 
tion et aniraosité par les Psalmistes. Le rôle de la tribu d'Ephraïm 
dans le schisme des dix tribus et le culte rival de Jérusalem ins- 
tallé dans le royaume du Nord ne sont pas encore oubliés ni par- 
donnés (lxxviii, 10, 67) ; mais, d'autre part, Ephraïm est le des- 
cendant de Joseph pour lequel les Psaumes ont tant de vénération, 
il l'ait tout de môme partie du peuple juif, et comme nous sommes 
à l'époque du second temple, les anciennes rivalités des tribus 
sont apaisées. Quand Dieu rappellera son peuple dans la terre de 
Canaan et ramènera les captifs, les dix tribus ne seront sûrement 
pas oubliées et le sentiment national embrassera dans un môme 
amour tous les descendants d'Israël. C'est ce qui explique les pas- 
sages des Psaumes déjà cités plus haut où Ephraïm est traité 
avec sympathie. Si le verset lxxviii, 9, mp ùT^a isbîi, fait allu- 
sion, comme on le croit, à la négligence des tribus du nord dans 
l'œuvre de soumission et d'expulsion des Canaanéens, ou s'il n'in- 
dique pas plutôt, comme nous le supposerions volontiers, l'acte du 
schisme et rien de plus, c'est ce que nous ne sommes pas en me- 
sure de décider. 

142. Moïse et Aron. — Moïse est souvent nommé dans les 
Psaumes sans qu'on puisse dire qu'il soit parlé de lui avec l'en- 
thousiasme qu'on attendrait; Aron lui est presque toujours associé 
et tient à côté de lui, un rôle considérable. Moïse est le serviteur 
de Dieu, son élu Tvrû ; Aron est l'élu de Dieu in -im, le saint 
de Dieu (cv, 26; cvi, 16 \ 23) ; Moïse et Aron sont les prêtres 
de Dieu (xcix, 6), ils sont chargés ensemble de faire les miracles 
et les signes en Egypte (cv, 26-27), ensemble ils conduisent les Hé- 
breux à travers le désert (lxxvii, 21), ensemble ils sont en butte 
aux intrigues et aux jalousies de la troupe de Corah (cvi, 16), 
Leur grand mérite semble être, aux yeux des Psalmistes, d'avoir 
prié en faveur des Hébreux et obtenu le pardon du peuple (xcix, 
6 ; cvi, 23). L'importance de ce genre de prière se rattache proba- 
blement à la haute idée que les Psalmistes ont de la prière en gé- 
néral, ce sont peut-être les invocations que Pinelias et Samuel ont 
adressées à Dieu, qui leur ont valu l'honneur de figurer dans les 
Psaumes (xcix, 6; cvi, 29-30 2 ). Moïse est puni à Meriba par la 
faute des Hébreux, pour avoir prononcé des paroles inconsidérées 

1 D'après W. Baudissin, Die Gcschichte des alttcstamentl. Priesterthwns, Leipzig, 
1890, p. 2o8, cette épithète de saint donnée à Aron serait tout à fait caractéristique 
et uniquement réservée aux prêtres. 

2 L'explication des deux passages est douteuse et peut donner lieu à des interpré- 
tations diverses. Dans le Pentateuque, il n'est pas question d'une prière de Pinehas ; 
sur le mot bbD" , "l de Ps. cvi, voir les commentateurs. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 187 

(cvi, 32-33; cf. Nombres, xx, 8-13, 24; xxvn, 14; Deut.,1, 37; 
xxxii, 51 1 . La maison d'Aron est mentionnée cxv, 10, 12; cxvm, 
3, cxxxv, 19. L'huile qui descend onctueusement de la tête sur la 
barbe d'Aron (cxxxiii, 2) est associée à des images de paix et de 
bonheur. Le Ps. xc est attribué, dans la suscription, à Moïse wk 

143. Les Hébreux en Egypte. — La famine conduit les Hé- 
breux en Egypte, où Joseph vendu par ses frères les a précédés 
et est devenu puissant. Ils y sont d'abord très heureux, mais Dieu 
change le cœur des Égyptiens, ils oppriment les Hébreux et 
ceux-ci sont délivrés grâce au miracle des dix plaies. Ils sortent 
d'Egypte chargés d'argent et d'or et les Égyptiens se réjouissent 
de leur départ, car ils avaient fini par en avoir peur (cv, 16-38). 
Les plaies d'Egypte énumérées dans ce psaume sont, en suivant 
l'ordre du texte : les ténèbres, l'eau changée en sang, les gre- 
nouilles, les fauves, les insectes, la grêle, les sauterelles, la mort 
des premiers-nés. Il manque deux plaies dont il est question dans 
l'Exode, l'épizootie -m et le "prrcî, et en outre les plaies ne sont 
pas énumérées dans Tordre suivi par le récit de l'Exode. Il est 
évident, néanmoins, que ce récit a été utilisé par notre psaume ; 
on n'a, pour s'en convaincre, qu'à comparer notre vers. 29 avec 
Ex., vu, 20-21 (eau changée en sang, les poissons meurent), notre 
v. 30 avec Ex., vu, 28 (les grenouilles dans la maison et les appar- 
tements du roi), notre v. 32-33 avec P,x., ix, 24-26 (feu et flamme 
qui accompagnent la grêle, arbres brisés) ; notre vers. 38 avec 
Ex. xi, 3 et 8, et xn, 31-33 (impression faite finalement sur les 
Égyptiens, leur crainte). On voit aussi comment le poète amplifie 
et développe son thème : les appartements du roi envahis par les 
grenouilles deviennent les appartements des rois; à la sauterelle 
appelée Sin-iN, il ajoute le pb^; il énumère les arbres frappés de 
la grêle (la vigne, le figuier et les autres arbres) ; il sait enfin, 
quoique personne ne le lui ait dit, que dans les colonnes des 
Hébreux en marche pas un homme ne chancelait. Un récit ana- 
logue se trouve au Ps. lxxviii, 43-51, les plaies y sont indi- 
quées et énumérées comme suit : Eau changée en sang, fauves, 
grenouilles, sauterelles, grêle, épizootie et mort des premiers-nés. 
Quoique ce tableau dépende très probablement aussi de celui de 



1 Le récit de l'incident de Meriba dans Ex. xvir, 1-7, ne sait encore rien de la 
punition de Moïse et d*Aron ; le verset de notre psaume doit être traduit comme 
nous le faisons (contre Schultz, dans son Commentaire) ; on voit bien, dans Nombres, 
xx, quelle est la faute de Moïse et d'Aron ; ils n'ont pas cru à la possibilité du 
miracle et ils se sont écriés ironiquement : Est-ce que vous vous imaginez que de ce 
rocher nous pouvons faire sortir de l'eau ? 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'Exode, los traits de ressemblance y sont moins apparents, parce 
que l'auteur a fait un effort visible pour échapper à la prose du 
style narratif; il s'épuise à chercher des synonymes : b^sn avec 
mi» , b;ûïn avec *n:n , tttopti) à la place de nuNn , *p*a à côté de 
M2ptt, il ne parvient cependant à ajouter au tableau que des mots 
ronflants et creux 1 . Les plaies d'Egypte et la mort des premiers- 
nés, en particulier, sont encore mentionnés cxxxv, 8-9; cxxxvi, 
10. Une allusion à l'incrédulité des Hébreux en Egypte, lorsque 
Moïse et Aron vinrent leur annoncer le secours de Dieu, ou à la 
mer Rouge à l'approche des Égyptiens, se trouve cvi, 7. 

144. Sortie d'Egypte, passage de la mer Rouge. — Les co- 
lonnes de nuée (fumée) et de feu qui marchent à la tête des Hé- 
breux et les dirigent à la sortie d'Egypte, sont rappelées cv, 39, et 
lxxviii, 14; cf. Ex., xm, 21-22. Le Ps. cv ne parle pas du passage 
de la mer Rouge, le Ps. lxxviii n'y consacre qu'une seule phrase 
(vers. 13), qui semble empruntée à Ex., xv, 8. En revanche, la 
sortie d'Egypte, le miracle de la mer Rouge et d'autres miracles 
qui l'ont accompagné et suivi sont racontés en termes magni- 
fiques au Ps. cxiv, et probablement au Ps. lxviii (voir n° 95) ; 
l'épisode de la mer Rouge manque au Ps. cxxxv, il se trouve au 
Ps. cxxxvi, 13-15, et au Ps. cvi, 9-12 (cf. Ex., xiv, 28, 31, et 
xv, 1). Enfin, il faut voir encore lxvi, 6; lxxiv , 13, lxxviii, 
13, 53 (cf. Ex., xiv, 8), et peut-être y a-t-il des allusions à l'action 
de Dieu sur la mer Rouge, et aux miracles qui ont suivi, dans 
lxv, 8; lxxvi, 7; lxxvii, 16-21 ; xcvn, 2-5 ; xcviii, 8 ; passages 
dont les descriptions rappellent celle des Ps. xxix et lxviii et 
autres (n° 95). Sur la sortie d'Egypte, il faut voir encore lxxx, 9, 
et lxxxi, 11. La délivrance d'Egypte est la preuve la plus frap- 
pante de la puissance de Dieu, du secours qu'il accorde à son 
peuple ; c'est pourquoi les Psalmistes s'en souviennent lorsqu'ils 
invoquent la protection de Dieu, l'effet moral qu'elle a produit 
sur les Nations (Ex. xv, 14-15) se reproduira chaque fois que 
Dieu montrera sa force et viendra pour sauver les Juifs (voir 
lxvi, 7; lxxvii, 15; xcvn, 6; cvt,8; et autres passages qui ne 
manquent pas). 

145. Les Hébreux dans le Désert. — Sur la scène de Sinaï, 
il faut voir ce que nous avons dit plus haut sur le Ps. lxviii 
(n° 95). Les récits les plus importants des incidents du désert se 
trouvent aux Ps. lxxviii et cv-cvi. Le Ps. lxxviii, vers. 15-41, 
énumère les épisodes de l'eau qui sort du rocher, de la manne, 



1 Ce psaume a quelques traits communs avec le Ps. cv : la désignation des espèces 
d'arbres frappés de la grêle, et le d^jTN n^llîNI pour les premiers-nés. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 189 

des cailles et de la mortalité qui suivit la pluie des cailles; les 
mêmes faits se trouvent cv, 40-41 (cailles, manne, eau *), et sont 
indiqués cvi, 15 (cailles, manne), cvi, 14,32-33; lxxxi, 8; xcv, 8-9, 
eau ; cf. cvn, 4-5. Les faits sont amplifiés dans Ps. lxxviii et cv : 
des flots d'eau sortent des rochers et des fleuves coulent dans le 
désert; les Hébreux, après qu'ils ont de l'eau à boire, se de- 
mandent si Dieu pourra aussi leur donner à manger ; les cas de 
mort qui se produisent après la pluie des cailles sont dus à la co- 
lère de Dieu. Sur l'épisode de l'eau, il faut voir aussi cvir, 9, 33- 
36 2 ; cxiv, 8. Les Ps. lxxviii, xcv et cvi, prennent tous ces inci- 
dents pour des épreuves auxquelles les Hébreux soumettent Dieu, 
afin de s'assurer de sa puissance 3 , et ces psaumes suivent en cela 
les récits du Pentateuque, qui montrent les mutineries des Hé- 
breux dans les épisodes des cailles et de la manne, et parlent for- 
mellement de l'épreuve de Dieu dans les épisodes de Massa et de 
Mériba (cf. Ps. lxxxi, xcv et cvi). Les auteurs des Ps. lxxviii et 
cvi connaissaient sûrement le texte des Nombres sur les cailles, 
comme on le voit par la comparaison de Ps. lxxviii, 29-31, et cvi, 
14, avec Nombres, xi, 31, 33-35. Le Ps. cvi raconte, en outre, 
l'incident de Datan et d'Abiram (vers. 16-18, d'après Nombres, 
xvi ; cf. Nomb. , vers. 32 et 35), personnages que l'auteur considère 
probablement comme types des Méchants qui descendent dans la 
fosse ; puis vient l'épisode du veau d'or (vers. 19-22; Ex., xxxn; 
Deut., ix) et la résolution de Dieu d'exterminer le peuple, qu'il 
aurait exécutée sans la prière de Moïse (vers. 23 , Deut., ix) ; en- 
suite, l'incident des explorateurs ou plutôt ses suites, le découra- 
gement des Hébreux et la punition qui les frappe (vers. 24-27 ; 
Nombr., xiv ; Deut., i 4 ) ; enfin viennent le culte rendu à Baal-Peor 
et l'acte vengeur de Pinehas (vers. 27-31, d'après Nombr., xxv, 
1-13). Les quarante ans de séjour dans le désert et les continuels 
découragements du peuple durant cette époque, et les menaces de 
punir leur incrédulité, sont rappelés dans Ps. xcv, 10-11 (cf. 
Nombr., xiv, 26-37 ; Deut., i, 3, 35 5 ). Nous avons déjà parlé plus 
haut de la conquête des pays de Sihon, le roi émorite, et d'Og, 

1 C'est l'ordre dans lequel les faits sont racontés dans Exode, xvi-xvii ; dans 
Nombr., xi, on a la rnanne et les cailles ; Nombr., xx, l'eau qui sort du rocher. 

2 Cf. Deut., vin, lo. Nous rappelons que nous considérons le Ps. cvn comme un 
morceau à double et triple fond, où sont amalgamés et mis sur le même plan des 
souvenirs historiques de diverses époques (Egypte et désert compris), et des théories 
sur l'avenir. 

3 Au Ps. lxxxi on dirait que c'est l'inverse; cf. Ex., xvi, 4; Deut., vin, 16. 

4 Le vers. 25 du Ps. est imité de Deut., i, 27 ; le vers. 27 du Ps. est une iiction 
de l'auteur. 

5 Ce ne sont pas les seuls passages où il est dit que Dieu s'irrite contre le peuple 
et renonce à le conduire en Terre-Sainte. 



m REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

roi de Basan (n° 95), Nous ne savons s'il faut considérer comme 
un souvenir du passage des Hébreux dans Je désert la mention du 
désert de Kades, dans Ps. xxix, 8. 

146. La conquête du pays de Canaan. — Les Psalmistes ne 
disent que peu de chose de la conquête de la Terre-Sainte par les 
Hébreux. Ce qui les a frappés le plus, c'est que les peuples canaa- 
néens ont été dépossédés pour faire place aux Hébreux et ils y 
voient un présage pour les temps à venir et la victoire future des 
Juifs sur les Nations (xliv, 2-9; lxxviii, 55 ; cv, 44; cxi, 6; 
cxxxv, 12 ; cf. cvii, 36-38). Le passage miraculeux du Jourdain 
est mentionné lxvi, 6 ; cxiv, 5 ; la défaite des rois canaanéens 
en général, dans cxxxv, 11. Il n'est pas impossible qu'il y ait allu- 
sion à la conquête de la Terre-Sainte dans le Ps. lx, où sont men- 
tionnées la possession du pays de Gllead, la soumission de Moab, 
(VEdom et de la Philistée, quoique ce ne soit pas très probable. 
La conquête imparfaite du pays et l'idolâtrie des Hébreux parmi 
les payens auxquels ils s'étaient mêlés sont racontées cvi, 34-36, 
comme, par exemple, dans Juges, i et n. 

147. Epoque des Juges et des Rois. — Sur cette période de l'his- 
toire des Hébreux, et à part l'histoire de David à laquelle nous con- 
sacrerons un chapitre à part, les Psaumes semblent ne savoir ou 
ne vouloir savoir que très peu de chose. Le Ps. cvi raconte vague- 
ment, et en quelques phrases, toute l'histoire des Hébreux depuis 
l'entrée en Palestine jusqu'à l'exil de Babylone (vers. 35-46). Elle 
se résume pour lui en une série de quatre termes qui se répètent 
perpétuellement dans le même ordre : infidélité des Hébreux en- 
vers Dieu, leur punition par la main des Nations, leur repentir et 
retour à Dieu, leur relèvement. C'est la théorie historique qui est 
exposée franchement et avec une grande naïveté dans le chap. n 
du Livre des Juges et qui domine aussi dans le ch. ix de Néhémie : 
l'idolâtrie des Hébreux est la seule cause de leurs désastres poli- 
tiques ; mêlés aux Nations canaanéennes qu'ils n'ont pas extermi- 
nées, malgré l'ordre formel qu'ils en avaient reçu de Dieu, ils ont 
imité leurs pratiques religieuses, adoré leurs idoles et leurs féti- 
ches, sacrifié comme eux leurs enfants à des dieux monstrueux 
(vers. 35-38). Ce dernier trait est emprunté à l'époque des rois ; 
dans les livres historiques, c'est seulement sous le roi Ahaz (750 
ans avant l'ère chrét.) qu'on entend parler pour la première fois 
de ces abominables sacrifices (II Chron., xxvni, 3). Le verset 46 
fait allusion, à notre avis, au retour de l'exil : les Juifs, cette fois, 
ne sont pas délivrés et relevés par un fait d'armes, mais par la 
faveur et la bonne volonté de leurs maîtres (cf. lxxviii, 66). 

148. Le Ps. lxxviii paraît conduire l'histoire des Juifs jus- 






LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 191 

qu'à l'avènement de David, et si, aux vers. 63-64, il y a des traits 
empruntés à la destruction du temple sous Nabuchodonosor, 
l'auteur de ce psaume semble cependant les appliquer unique- 
ment à l'histoire des Hébreux sous les Juges. Au vers. 60, il fait 
allusion à la prise de l'arche, à Silo, sous Elie (I Sam., iv-v). Lui 
aussi connaît l'idolâtrie des Hébreux et le culte des bamot, et au 
vers. 10, on dirait qu'il parle du schisme des dix tribus et du culte 
idolâtre établi, à cette époque, dans l'empire d'Ephraïm. C'est ce 
schisme, antidaté par fiction, qui expliquerait l'élection de David, 
de sa dynastie et de la tribu de Juda, au détriment de la tribu 
d'Ephraïm, rejetée par Dieu (vers, 67-68). 

149. A part la mention de Samuel dans Ps. xcix, 6, tout ce 
qu'on trouve encore, dans les Psaumes, sur l'époque des Juges, ce 
sont trois versets du Ps. lxxxiii (vers. 10-12) où sont rappelés le 
roi labin, Sisera, la bataille du Kison d'après Juges, iv-v ; puis les 
Midianites, Oreb et Zeêb, Zèbali et Çalmuna, d'après les chap. 
vu et vm des Juges, consacrés aux expéditions de G^déon contre 
les Midianites. Le récit de la campagne des Hébreux contre labin, 
dans le livre des Juges (ch. iv-v), ne mentionne pas Enior (vers. 
11 de notre Ps.). 

150. Dans les versets 1-9 de ce psaume, l'auteur semble men- 
tionner les différents peuples qui, vers la fin de l'époque des rois, 
ou auparavant, s'étaient montrés hostiles aux Hébreux et que les 
prophètes ne se lassent pas de maudire. La liste n'est pas sans 
présenter des difficultés : Moab, Ammon, Amalec, les fils de Loi, 
les Philistins s'expliqueraient déjà par l'histoire des temps des 
Juges et en partie par l'histoire antérieure ; les Ismaélites peuvent 
être les Midianites (Juges, vm, 24) ; les Hagrim sont déjà nom- 
més dans l'histoire de la conquête du pays transjordanique par les 
tribus qui s'y établirent (I Chr., v, 19); Gebal ne se trouve qu'ici et 
dans Ezéchiel; c'est seulement à une époque assez récente que les 
relations de Tyr avec les Hébreux devinrent mauvaises, Amos, 
Isaïe, Jérémie, Ezéchiel lui sont hostiles ; si Assur désigne les As- 
syriens, ce peuple est mentionné pour n'oublier personne, même 
les peuples vaincus et disparus *. 

151. Ces mêmes sentiments se montrent à l'égard de Moab, 
à'Edom et de la Philistée, dans Ps lx, 10. et le Ps. parallèle cvin. 
Nous ne savons pas ce que l'auteur veut dire aux Juifs dans le 
vers, lx, 8, où il parle de Sichem et de Siiccot, ni ce que signifient 

1 Sur un Assur situé dans l'Arabie du nord, voit Edouard Giascr, Skizza (1er Ge~ 
schichtc uni Geograj)hie Arabiens, 2 e vol., Berlin, Î890, p. 452-460. Serait-ce V Assur 
de noire psaume? Sur la leçon T|U^ au lieu de TTON, voir le commentaire de 
Schultz. 



192 UEVUE Di:s ETUDES JUIVES 

exactement les vers. 9 et 11 du même psaume '. Nous ne savons 
pas davantage s'il y a quelque allusion historique (cela n'est pas 
probable 1 ) dans iaxxvii, 4, où sont mentionnas Ra/iab' 2 , Babel, la 
Pliilistée, Tyr et Kusch. Le Ps. cxx, 5, semble parler d'un exil 
des Juifs ou de Juifs dans le pays de Méschehh et de Kédar 3 . Le 
Ps. xliv, P2-13, parle de la dispersion des Juifs parmi les Na- 
tions et des prisonniers juifs vendus à vil prix comme esclaves, 
ce qui peut se rapporter à la destruction de Jérusalem par Nabu- 
chodonosor et à l'exil de Babylone, et peut-être aussi à la destruc- 
tion du royaume du Nord et à l'exil des dix tribus ; peut-être enfin 
à des faits de guerre plus obscurs; le vers. 8 fait peut-être allu- 
sion au retour de Babylone. Les Ps. lxxiv, 7, et lxxix, 1-3, font 
sûrement allusion à la destruction du temple par les Babyloniens, 
et l'absence de tout prophète (lxxiv, 9) indique une date déjà un 
peu avancée de l'époque du second temple. La chute de la dynas- 
tie de David, par suite de l'exil de Babylone, est indiquée au Ps. 
lxxxix, 39 etsuiv. L'exil de Babylone est mentionné en termes 
formels au Ps. cxxxvn, 1, et il est très probable, quoique pas ab- 
lument certain, que le Ps. cxxvi célèbre le retour de Babylone, ce 
qui ne veut pas dire qu'il ait été composé à l'époque du retour. 

152. David. — Le David historique est surtout mentionné dans 
les suscriptions, nous y reviendrons plus loin. Son élévation au 
trône est racontée Ps. lxxviii, 70-72, et ces quelques versets 
montrent déjà comment la postérité, à l'époque du second temple, 
a transformé et ennobli la figure du roi juif. David est choisi et 
élu par Dieu, il est son serviteur (vers. 70), Dieu va le prendre 
dans le parc où il garde les troupeaux (comme dans le récit de 
I Sam., xvu), et comme Dieu lui-même est le berger d'Israël, Da- 
vid a été le berger de son peuple et l'a conduit avec intégrité et 
sagesse (vers. 71-72 4 ). Le Ps. lxxxix, 4-6, 20-38, est une véri- 
table ode en l'honneur de David, mais où, derrière le David idéal 
du passé, nous croyons qu'il faut voir aussi le David de l'avenir, 
le roi messianique. Le morceau parallèle de II Samuel, vu, est 
beaucoup moins monté de ton ; à côté de notre psaume, c'est 

1 Est-ce que Succot rappellerait l'histoire de Gédéon. et Sichem celle de Jephté et 
de son fils Abimélekh ? Le verset 11 signiiie peut-être que Dieu a conduit les Juifs 
prisonniers dans le pays d'Edom ; cf. Amos, i, 9. 

2 Rahab paraît être l'Egypte ; voir le Handivortcrluch de Riehm, article Rahab ; 
cf. n° 69. 

3 Voir Glaser, l. c, p„ 274 ; les Kédarites demeuraient dans le pays de Jemama, 
vers le N.-O. de l'Arabie, ou, d'une manière plus générale, dans le pays de Mas 
[ibid., p. 310 et suiv.). On pourrait donc être tenté délire, dans notre verset, "CJ'E au 
lieu de ^'£73, et le verset ferait encore allusion à une captivité des Juifs chez les 
Edomites et chez des peuples plus méridionaux ; cf. Glaser, l. c, 461 et suiv. 

4 Le passage rappelle, par diverses expressions, II Sam., vu, 4-8. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA RIBLE 193 

l'œuvre d'un homme calme et qui a des vues pratiques. Le psaume 
ne va pas au-delà, sans doute, quand il appelle David l'élu de 
Dieu, le serviteur de Dieu, 1*73* /nTn, quand il dit que David a 
été oint par Dieu (vers. 21 l ), et il ne faut pas s'étonner non plus 
qu'il dise que David appela Dieu son père et sera premier-né 
Ton (vers. 27, 28). Dans Samuel, Dieu promet à David de mainte- 
nir éternellement son trône et sa dynastie ; notre psaume ajoute 
que Dieu tiendra cette parole et n'y mentira pas, lors même que 
les descendants de David n'observeraient pas la loi et manque- 
raient aux préceptes divins (vers. 30-36). Enfin, le psaume ajoute, 
en exagérant beaucoup dans tous les cas, que la main de David 
s'étendra sur les mers et sa droite sur les fleuves. Il sera élion, 
(comme Dieu est èlion), au-dessus des rois de la terre; sa postérité 
sera éternelle, son trône aussi solide que le ciel, impérissable 
comme le soleil et la lune. Ce sont des développements poétiques, 
si l'on veut, mais dont la grandeur ne convient qu'à un être pres- 
que surnaturel. Les mêmes promesses de Dieu à David sont rap- 
pelées Ps. cxxxn, 10-12, et avec couleur messianique au vers. 17 2 . 
Dans ce môme psaume, l'auteur rappelle ce qu'a fait David pour 
dresser une demeure pour l'arche sainte (II Sam., vi, vu 3 ) et il est 
bien possible que les mots Efrata et n^ (vers. 6) rappellent deux 
stations de l'arche, Silo, sur le territoire d'Ephraïm, et Kiriat- 
Iearim 4 . Messianiques sont évidemment aussi les sièges de jus- 
tice établis à Jérusalem pour la maison de David (cxxn, 5). Les 
expressions de « notre bouclier », « notre roi », qui s'appliquent 
ordinairement à Dieu, doivent peut-être, dans lxxxix, 19, s'appli- 
quer à David 5 . 

153. David, auteur de psaumes. — Dans les suscriptions, Da- 
vid est nommé comme auteur des Ps. iii-ix, xi-xxxii, xxxiv- 

XLI, LI-LXV, LXVIII-LXX, LXXXVI, CI, GUI, GVIII-CX, CXXN, CXXIV, 

cxxxi-cxxxiii, cxxxviii-cxlv ; au Ps. lxxii, 20, se trouvent les 
mots : fin des tefïllot de David fils d'Isaï. Ces suscriptions con- 
tiennent divers incidents de son histoire : sa fuite devant Absalon 
(m), psaume concernant Kusch le benjaminite, autrement inconnu 

« Sur David, l'Oint de Dieu, voir n° s 130, 132, 134 et 136. 

* Cf. THb 1"lp ÎVEUSX à la prière n° lo des Dix-Huit Bénédictions, laquelle est 
sûrement messianique. 

3 Le trait du vœu fait par David ne se trouve pas dans Samuel, il est de l'inven- 
tion du psalmiste. 

4 Schultz et Strack, Die Psalmen u. die Sprilche Salomos. 

5 Sur David serviteur de Dieu, voir encore xvm, 1 ; xxxvi, 1 ; gxliv, 10; dans ce 
dernier verset il pourrait y avoir allusion à la protection accordée par Dieu à David 
contre Saul. 

T. XXI, n° 42. 13 



m REVUE DES ETUDES JUIVES 

(vu), sur l'inauguration de la maison 1 (xxx) ; il feint d'avoir perdu 
le sens devant Abimélekh (ou Akhis, roi de Gath ; xxxiv, 1 ; 
1 Sam., xxi, 14); le prophète Natan intervient dans l'affaire de Bat- 
séba (li; Il Sam., xn) ; il est dénoncé par Doëg l'Iduméen (lu ; 
I Sam., xxi-xxii) ; les Ziphim le dénoncent à Saùl (liv ; I Sam., 
xxiii, 19 ; xxvi, 1) ; les Philistins s'emparent de lui à Gath (lvi; 
peut-être I Sam., xxi, 11) ; il fuit devant Saùl et se cache dans la 
grotte (lvii; I Sam., xxn, 1 ; xxiv, 4) ; Saùl veut le tuer dans sa 
maison (lix; I Sam., xix, 11-18) ; il bat Aram Naharaïm et Ararn 
Goba et Joab bat les Iduméens au Gué-Mélah (lx; Il Sam., vin, 
13; x 2 ); il est dans le désert de Juda (lxiii; I Sam., xxm, 14; 
xxv, 4 ; xxvi, 2 3 ) ; il est dans la grotte (cxlii ; voir Ps. lvii). 

154. Autres auteurs de. psaumes. — Les autres personnages 
qui sont encore nommés dans les suscriptions, comme auteurs de 
psaumes, sont Moïse (Ps. xc, déjà signalé plus haut), Salomon 
(Ps. lxxii et cxxvn), Asaph (Ps. l, lxxiii-lxxxiii), les fils de 
Corah (Ps. xlii, xliv-xlix, lxxxiv-lxxxv, lxxxvii-lxxxviii), 
Héman l'Ezrahite (lxxxviii), Etan l'Ezrahite (lxxxix), ledutun et 
leditun, si toutefois c'est un nom de personne (xxxix, lxii, 

LXXVII). 

On remarquera que les suscriptions des Ps. xxxix et lxxxviii 
contiennent deux noms propres. 

Les Ps. sans suscriptions sont les Ps. i, n, x (qui fait corps 
avec ix), xxxni, xliii (qui fait corps avec xlii), lxvi, lxvii, 
lxxi, c, en, civ à cvn, exi à cxxi, cxxiii, cxxv, cxxvi, cxxviii 
à cxxx, cxxxvi et cxxxvn. 

155. Divers. — Nous relevons encore quelques souvenirs histo- 
riques assez vagues, répandus dans diverses parties des Psaumes : 
la protection toute ancienne accordée par Dieu au peuple juif, 
déjà du temps des patriarches peut-être, ou au moins à partir de 
la sortie d'Egypte (lxxi, 5, ■mj'jïï Trjn^ 4 ); les tribulations tout 
aussi anciennes du peuple juif (cxxix, 1, 2) ; les fautes des ancêtres 
datant déjà de la captivité d'Egypte et surtout du désert, sans 
compter celles qui furent commises sous la royauté (xxv, 7 ; 
lxxix, 8 ; cvi, 7 ; lxxviii, 8) ; peut-être la proclamation de la 
Loi sur le Sinaï et le devoir imposé aux Hébreux de la trans- 



1 Maison privée, palais. 

2 Ce que notre Ps. dit de Joab ne se trouve pas de la même manière dans ie 
livre de Samuel. 

3 Les mots « désert de Juda » ne se trouvent dans aucun de ces passages, mais 
les déserts de Ziph et de Maon dont il est question dans les passages cités de Samuel, 
sont dans le pays de Juda. 

4 Cf. une expression de ce genre appliquée, à ce qu'il semble, à la dynastie de 
David, lxxxix, 46, "pfalb^ ; voir aussi lxxi, 17. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 195 

mettre à la postérité (lxxviii, 5), les grandes actions accomplies 
par Dieu dans les temps anciens et dont le récit a été transmis 
par les ancêtres (xliv, 2 ; sortie d'Egypte, conquête de la Pales- 
tine) ; et, en général, les secours accordés aux Hébreux dans 
maintes circonstances, quand ils avaient confiance en Dieu et 
lui adressaient leurs prières (xxn, 5-6). 

156. Géographie. — Les connaissances géographiques des 
Psalmistes ne sont pas très étendues. En dehors de la Palestine et 
des pays voisins, ils ne connaissent que la Babylonie, l'Egypte, 
le pays de Kusch (Ethiopie), les îles voisines de la Méditerranée, 
le désert historique parcouru par les Hébreux à la sortie d'Egypte, 
et les pays légendaires d'Ophir, de Scheba, de Seba et de Tarsis 
(xlv, 10 ; lxxii, 10, 15 ; xlviii, 8) ; ils ont quelques notions des 
pays du nord et du centre de l'Arabie (voir n° 151). Il est impor- 
tant de remarquer que le Seba dont il est question dans Ps. lxxii 
n'est connu qu'à partir de la fin du vi° siècle, ce psaume date 
donc tout au plus de cette époque et ne peut être plus ancien 1 . 
Les montagnes dont la vue a le plus frappé les Psalmistes sont le 
Liban, le Hermon, le Sirion, les montagnes du Basan, sans comp- 
ter le Tabor (xxn, 13 ; xxix, 5, 6 ; lxviii, 16 ; lxxii, 16 ; lxxxix» 
13 ; civ, 16 ; cxxxiii, 3). Le seul fleuve qu'ils nomment est le 
Jourdain (xlii, 1 ; cxiv, 3, 5). Ils parlent souvent de la mer et des 
mers, des quatre coins de l'horizon, des extrémités de la terre, 
mais la terre connue par eux était assez petite et sans le secours 
de l'imagination elle aurait eu des limites fort étroites. 

157. Jérusalem et Sion. — Les Psalmistes confondent dans 
une même pensée et sous le même nom Jérusalem, la ville sainte, 
et le Sion qui porte le temple, qui est la montagne préférée de 
Dieu et sa résidence. Jérusalem est entourée de murs qui la pro- 
tègent (cxxv, 2) ; elle est aussi (ou sera) entourée de murs, gardée 
par des tours et des remparts (xlviii, 4, 13-14; cxxn, 7); des 
portes bien verrouillées (cxlvii, 13; cf. ix, 15 ; lxxxvii, 2 ; cxxn, 
2). Sion est la perfection de la beauté (l, 2). Cette Jérusalem si bien 
fortifiée est plutôt la Jérusalem de l'avenir, à ce qu'il nous semble, 
que la Jérusalem présente, et, d'autre part, la Jérusalem présente, 
quand même elle aurait déjà reconstruit son mur et ses forls dé- 
truits à l'époque de l'exil, est cependant considérée, à cause de 
l'asservissement politique du peuple et en comparaison de la Jéru- 
salem de l'avenir, comme une ville en ruines et sans défense. Dans 
tous les cas, les passages des Psaumes où il est question de la re- 
construction de Jérusalem (li, 20; en, 14-17 ; cxlvii, 2), tout en 

1 Ed. Glaser, l. c, p. 387 et suiv. 



j% REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ayant peut-ôtre en vue la Jérusalem actuelle et son relèvement 
prochain ou récent, ont tous une forte couleur messianique et 
semblent moins décrire le présent que prédire l'avenir '. 

158. Nous terminons ce chapitre en donnant ici la liste alpha- 
bétique des noms propres qui se trouvent dans les Psaumes et 
qu'il sera facile, au moyen de ce tableau et des dictionnaires, de 
retrouver dans le texte : 

,^b»*nN rTBI» ,1")i"ïN ,DT7N , ÛlbttaN ,ûma« ,ÛT28 ^b^a» 

,riaii dna ,& te '' , ir» dna ,nmBK ^nsa ,cp« ,"nfc« ,TnT«n )r\*& 
,*&! t m m ,19n ,nbtt N^.baa ,rnïï na ^pa /"pa-oa ,bnn ,m«N 
,tan , ann ,d^T ,ïibaT,naT ,3ot onnTan ^r: f&nan /^ni ,Tn 
,t|D"p , aam ,EpYrp ,rmïT rlin^ »"pnrp ,v^ /û^nn ,ïimn 
, pnïî"' , irb»*»©'* , "pE 1 ^ / ûb»yr , "pT ,(?) nan ^« , ap:r> , spo a^ 
,1^tt ,*nbtt ma ,-jib ,ïaab ,1*5:3 ,vw la oia ,iïna , bornai 
, ibnsa , ^«5» ,!-ito ^a-ma /û-nm ,riDE ,niZ5:» . pwsb» , a^a 
nao p* ,ai3> ,mao p:aa> ,f*na"»D , "^p ,iw? ,a:ia ,&oaarï )rù 
,ivx ,ni£ ,i-ïans ,tD\-naba ,niab£> ,Dnaa , anb ,pb?aa* ,1173a» 
,am,mp ^a , iin^p ,tnp ^a^ ,mp ,la»s: s-nia ,W)»bK ,yi»bs 
man ,yvnw ,b»TOP ,s-7îabtt ,tabra ,V?^ taao ,t<ao ,bi«ia 

.©■ninn 

Nous ne savons s'il faut ajouter à cette liste iira-iira (Suse?) de 
lx, 1, et M53T7, qui pourrait être quelquefois le pays de Duma, 
en Arabie. Les îles de la côte méditerranéenne d^a sont nommées 
Ps. lxxii, 10, et xcvn, 1. Les principaux numéros où nous avons 
parlé des peuples mentionnés dans ce tableau sont n os 121, 122, 
123, 124, 135, 146, 148, 150, 151, 153. 

34. Observations sur le texte des Psaumes. 

158. Quoiqu'il n'entre pas dans notre sujet de traiter de l'état 
dans lequel se trouve le texte des Psaumes, nous voulons cepen- 

1 Nous n'avons pas voulu traiter avec de longs développements cette question de 
Jérusalem et de Sion, nous nous bornons à renvoyer encore à quelques psaumes où 
il est surtout question de la Jérusalem future, de sa gloire et de celle du Messie, qui 
y régnera, du culte que les Nations viendront y rendre à Dieu ; ce sont xlviii, 3; 
lxxiv, 2 ; lxxvi, 3; lxxxiv, 8; xcix, 2; en, 22-23 (les Nations à Jérusalem), 
gxxxii, 12 ; voir aussi les n os 125 et 130. Le dbiai^P Î12"ia de gxlvii, 2, n'indique 
pas nécessairement qu'au moment où l'auteur écrit Jérusalem soit détruite ; la recons- 
truction dont parle ce verset est une reconstruction tout idéale de la ville sainte ; 
elle sera agrandie, embellie, fondée plus solidement et pour toujours. La formule 
ab'vU'H" 1 îljia des Dix-huit Bénédictions pourrait avoir le même sens et il en résul- 
terait que cette formule, et aussi la suivante, peuvent avoir été écrites avant la 
destruction du temple par les Romains. Le Ps. li, 20, cependant, paraît bien parler 
de la reconstruction des murs de Jérusalem détruits par les Babyloniens. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA RIRLE 197 

dant placer ici quelques-unes des observations que nous avons 
relevées en passant. Nous n'avons fait, pour confirmer ou contrôler 
nos corrections, aucune des reclierch.es qu'il faudrait ; notre liste 
avait été préparée avant que nous eussions consulté aucun com- 
mentateur, nous nous sommes borné à en effacer ensuite les cor- 
rections que l'on trouve dans les ouvrages suivants, les seuls que 
nous ayons consultés pour cet objet : Paul de Lagarde, Prophelœ 
chaldaice (Leipzig, 1872), p. xlvi et suiv. ; le même, Psalie- 
rium iuxta Hebraeos Hieronymi (Leipzig, 1874), p. 164-165; 
Cheyne, The Booli of Psalms (Londres, 1888), p. 369 et suiv.; 
Graetz, Kritischer Comment ar ; et par endroits Schultz et Strack, 
Die Psalmen u. die Sprùche Salomos. 

159. Une partie des variantes que nous avons remarquées dans 
les Psaumes ne paraissent pas être de simples erreurs ou malen- 
tendus paléographiques ; il nous a semblé que quelques-unes d'entre 
elles viennent de ce que la transcription s'est faite de mémoire ou 
au moins de ce que le copiste, ayant lu plusieurs mots dans l'ori- 
ginal, les transcrivait plus ou moins librement, s'astreignant 
seulement à conserver exactement le sens. C'est à cette manière 
de procéder que nous attribuons des variantes telles que bttâ et 
nfcâ , wb et -sasa , nbttfi et nisbn . *ïi£» et n^nïï , ipyv et 
Tp*ar», et autres. 

Nous signalons à l'attention du lecteur un genre de fautes qui 
n'avait pas encore été remarqué, à ce que nous croyons, et dont 
on trouvera des exemples frappants auxPs. xxn et lxxxiv. Il 
consiste dans la juxtaposition de deux leçons différentes, d'un 
même passage, dont chacune en soi peut être correcte, mais qui, 
amalgamées à tort, forment un singulier mélange. D'autres 
exemples se trouvent xliv, 3; lv, 16 ; lvii, 5 ; lviii, 10 ; lxii, 9. 

160. Dans la liste qu'on va lire, nous suivons l'ordre des 
Psaumes. 

i. Nous supposons qu'on a déjà remarqué avant nous la grande ana- 
logie de ce psaume avec Ps. xxvi ; — vers. 4, "DS^n, on pourrait 
lire aussi Wfin ; cf. xxxv, 5. 

v. Les vers. 8-9 semblent être une interpolation; le vers. 10 se rat- 
tache extrêmement bien au vers. 7 ; cependant, il faut être très 
réservé dans ce genre de corrections, on a très souvent l'im- 
pression que la pensée des Psalmistes fait de véritables sauts et 
soubresauts. 

vi, 41. Pour "DOi, voir ix, 4, TifiN ^ÎN SVJ53. 
x-x. Il va sans dire que ces deux Psaumes ne forment qu'un seul 
morceau (voir n° 54). 



198 REVUE DES ETUDES JUIVES 

xi, G. Au lieu de d^Mô, peut-être ûfis ou d^ûttD ; — vers. 7, lire d^-)\2P 

irm. 

xiv et lui. Ces deux psaumes ne sont pas, à notre avis, deux ré- 
dactions un peu différentes d'un même texte, mais simplement 
deux copies différentes, les divergences sont de caractère pu- 
rement paléographique, elles montrent l'étendue et la singularité 
des erreurs que pouvaient commettre les scribes. Ainsi on a, 
tour à tour, la^nrt et ïavnm, bl* et iibib* (vers. 2), *id et te 
(vers. 3), dDNto et ifïOrito (vers. G), et peut-être même le reste des 
variantes du vers. 6 a-t-il la même origine; les mots iTft fcô 
nïiD de lui, 6, sont évidemment interpolés. 

xviii. Nous nous demandons si les versets 8-16 ne forment pas un 
morceau indépendant. Ce Ps. est à comparer avec II Sam., xxn, 
la comparaison des deux textes montre également les plus cu- 
rieuses altérations paléographiques : T et ïp(vers. 1), tabulai 
■m£ ^ba et "mas "ttba *>b lûbstei (vers. 2, 3), an et *cm (vers. 
•11), ind& et mdd, ndtSfi et mon (v. 12), rua et na?, & et 
û"<73 (v. 16), b"*B©n mian dm* et b^Biïîn d'W b* ^pv (v. 28), 
^riîNtt et "TOtt, ^rvn et nm (vers. 33), drp^N et dTOTO (vers. 
38), isntKn et wtn (vers. 40), ïnnnj et îinn (vers. 41), i*W et 
iWi (vers. 42), dp^Net d^p^N dp^N (vers. 43), ^tt^ttn et -anttttn 
(vers. 44), wm et "i h -i^ï~i"' (vers. 46). On pourrait relever bien 
d'autres différences dans ces deux morceaux et quelques-unes 
semblent provenir de ce qu'ils ont été d'abord transcrits de 
mémoire. Au verset 47 de notre Psaume ">nnn d^33> "D^P, il 
faut comparer xlvii, 4, et cxliv, 2, où il faut évidemment d"W, 
non "W ; voir aussi xlv, 6. 

xix. Ce Ps. est composé de deux morceaux différents, amalgamés à 
tort. Au vers. 8 commence le second morceau, qui est comme 
un chapitre des Proverbes. 

xxn, 17-18. Si Ton compare avec Isaïe, xxxvm, 13, on voit clairement 
qu'il faut lire "WWM:* bd *Û12^ "nad ; les mots ">b:m iT» sont 
un doublet de TrtMfc* bd. — Les vers. 28-29 pourraient être 
une interpolation. 

xxvu, 11, IW»» ma ; cf. Cxliii, 10, ll^tt y^N. 

xxix, 1-2 ; cf. xcvi, 8-9. 

xxxi, 12, 1812, probablement nTO ou ibft (Lagarde) ; vers. 22, *p3> 
Titttt, cf. lx, 11. 

xxxiit, 7. Il faut peut-être 15a au lieu de i3d. 

xxxiv. Le vers. 17 interrompt la suite logique de la pensée ; il faut 
peut-être le faire permuter avec le verset 23 qui commence 
également par un D ; tous les deux versets seraient alors très 
bien à leur place. 

xxxvi, 2. Lire ywib *£n dfitt ; le Ps. met en scène deux Méchants, 
dont l'un se vante devant l'autre de son impiété. 

xxxvn, 35. Au lieu de 1^1 rrtttf ne faut-il pas 'psn na? 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 199 

xxxviii, 13; cf. xl, 15; remarquer l'analogie de Wpy*\ avec le mot 

suivant TOpan. 
xl, 8. Il est clair que les mots "6 m*id d^Ttf ne sont pas à leur place ; 
on pourrait les mettre en tête de xxxviii, 14. — Comparer vers. 
14-18 avec lxx, 2 6; ItttiD* (v. 16 de notre Ps.) avec "mt^, lxx, 
4 , ^b îVW (vers. 18 de notre Ps.) avec "h iTOltt, lxx, 6. 
xlii-xliii. Il est évident que ces deux Psaumes n'en font qu'un seul 
et sont séparés à tort.— xlii, 6-7, iftb» ,Y^s mj>itt)\ xlii, 12, 
et xliii, 5,^81 ^D nwttx — xlii, 11, fiï-û vient peut-être des 
quatre premières lettres du mot suivant; on a proposé de lire 
np'in (voir Cheyne), nous supprimerions volontiers le mot. 
xliv, 3. Le mot "p" 1 est un doublet du mot îtpn qui précède. 
xlv, 6. Effacer ^pnftn d'W qui est une interpolation évidente, et 

vient peut-être de xlvii, 4. 
xlvi, 7. Le mot 'jm paraît faux; il faut peut-être le supprimer, 
xlix, 13 et 21 : T> ba np-o et ï*:n Nbi ip^n. 
l, 10. Cf. lxxvi, 5. —Vers. 20, au lieu de aian lire BTiû? Cf. Graetz, 

qui, avec Krochmal, propose riTO. 
li, 20-21. Voir n° 105. 
liv, 5. Voir n° 52. 

lv, 16. Les mots ù^npn bTft»a font double emploi l'un avec l'autre. 
lvi, 14. Cf. nbatti avec cxvi, 8, nifcbrt; et tin a d^i-ïbN rçab *jbïwttb 

b'wfitt avec cxvi, 9, d^nn msi«a i-nîr "^sb ^brina. 
lvii, 5. Le mot "»1DB3 est un doublet du pronom de la 1 re personne 
compris dans le verbe suivant, il faut le supprimer ou lire 
ns^n, non ms^N. — Les trois vers. 10-12 se retrouvent 
cviii, 4-6 ; cf. trac 19 bro de lvii, 11, avec ù^QW byii br^ de 
cvin, 5. 
lviii, 10. Les mots ^n i^d viennent de *pn lto5 et doivent être sup- 
primés, comme M. Graetz l'a déjà vu. — Voir aussi n° 60, pour 
le vers. 8 de ce Psaume. 
lx, 10. wnnn rnabs ^b* ; cvin, 10, wina niûba ■£*; lx, 11, *p* 

ma» ; cvin, 1 1 , n^ntt w. 
lxii, 9. Est-ce que d? ne serait pas un doublet de nr qui précède et 

ne faut-il pas l'effacer? 
lxv, 2. Les mots fVïtd d^ïrbN paraissent interpolés ; de même, peut- 
être, le mot marna du vers. 6. 
lxviii, 7 et 19. On peut se demander si le ttrprûÉ ttdlZi Û^ID t]N et 
û^ïibN îr pïîb û^iHD tiN ne sont pas deux lectures différentes 
d'un même texte. Cf. Graetz. — Sur ce psaume, voir n° 95. 
lxxi, 6, ^rw, cf. Tlâ, xxn, 10 ; — vers. 13, ittbd^ irait mieux que ib^ 

(Voir Cheyne). 
lxxiv, 19. Voir n° 69, notes. 

lxxv, 7. On dirait que le verset est ajouté. Cf. avec cvn, 3. 
lxxvii, 11. Lire )vby w mat), non pîB\ 
lxxviii, 60. Au lieu de d^fcO ptt briN lire y-i&o pttî bïiN. 



200 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lxxix, 6. Au lieu de tn^r? b», lire d'ntti by. 

i.xxxiv, 4. Il manque certainement quelque chose avant ^mMï'aPN; 
peut-être le mot ÏIMDK, cf. xxvi, 6 ; le sens est clair : l'oiseau 
trouve un abri, moi aussi, je me réfugie auprès de ton autel. 
— Vers. 11. On a ici évidemment deux leçons différentes 
amalgamées et qui ont toutes deux pour conclusion les deux 
mots Jim ibttfcW; il faut choisir entre tpNtt ^n^m d"P ma 

»©n ^briNa, ou 3>iûn ^b^aa we inb» mna Éjoinsn vnrD, 

en effaçant le commencement du verset. — Vers. 12, au lieu de 
ttïtttt), il faut peut-être lire nttîp. — Sur ce psaume, voir J. De- 
renbourg, dans Revue, VI, 161. 

lxxxvii, 4. Voir n° 151. 

lxxxviii, 5. Cf. -m *nv dj> inarcro avec td ^n-p d* vom^ xx, 
1 ; cxliii, 7. 

Lxxxrx, 6-19. Le morceau interrompt la suite des idées et on peut 
se demander s'il n'est pas ajouté. Sa présence à cette place 
peut cependant se justifier d'une certaine façon, mais assez pé- 
niblement. — Vers. 44, au lieu de min TiSS ^ûn, ne faut-il pas 
lire mm mnN STOn ? Les vers. 48-49 sont sûrement une inter- 
polation, ils pourraient provenir du Ps. suivant (Ps. xc), où 
leur place est pour ainsi dire marquée. 

xcvi, 1-13. On peut comparer avec I Ghr., xvi, 23-33, et relever 
quelques variantes qui ne sont pas sans intérêt. 

en, 4. Au lieu de V^ 3 » probablement ^0*5. 

cv, 1-15. Cf. I Ghr., xvi, 8-22; les deux textes sont, en général, d'une 
étonnante conformité. 

cvi. Les vers. 1, 47 et 48 se retrouvent I Chr., xvi, 34, 35, 36. 

cvii. Cf. lp*at\ vers. 6 et 28, avec lp*n, vers. 13 et 19 ; db^->, vers. 6, 
avec d3^Y\ vers. 13, 19, et dfiO£T\ vers. 28. 

cvin. Voir Ps. lx plus haut. 

cix, 18, voir n° 60. — Vers. 28 : au lieu de lttwn "ittp, lire ittbd"» 
mmi ou bien mm* 1 Y^p, les deux dernières lettres ^tëp se 
seront transformées en deux vav, cf. cependant Graetz. 

ex. Voir n° 136. 

cxn, 9. Le mot iïd nous parait contenir une faute. — Vers. 10, mNn 
m^n d'Wiai, c'est le seul exemple de cette alliance de mots, il 
faut plutôt lire mpn. 

cxvi, 8. Voir lvi. 

cxviii, 26. Cf. îTifr nmxa avec ïn!T dian de cxxix, 8. 

cxx, 5. Voir n° 151. 

cxxxn, 15. Au lieu de UTO lire rtip^St ou !TW. 

cxxxviii, 7. Au lieu de t]N, lire peut-être tp*, ou tp, ou même "p ; 
cependant t|N n'est pas impossible. 

cxl, 14. Au lieu de mtt5\ lire iKT ; M. Graetz propose Wffi\ 

cxliii, 9. Au lieu de THOd, lire Vi03. 

cxliv, 2; Voir xviii. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 201 

161. Beaucoup de psaumes finissent par des versets qui 
semblent n'avoir aucun rapport avec le psaume, et on a souvent 
le sentiment que ces phrases ont été ajoutées plus tard, pour ar- 
rondir la période et marquer fortement la mesure finale 1 . Mais il 
ne faudrait pas se fier à cette impression ; dans tous les cas nous 
ne sommes pas arrivé à nous former une conviction sur ce sujet 
et nous croirions plutôt que ces versets font partie de la rédaction 
primitive. Nous avons aussi cru autrefois que le Ps. lxviii était 
composé d'un morceau central très ancien, inséré plus tard dans 
un cadre banal, mais nous sommes revenu de cette opinion et 
croyons plutôt que ce psaume est d'une seule venue. Les hypo- 
thèses que nous avons proposées plus haut sur des interpolations 
qui se trouveraient aux Ps. xvm et lxxxix ne sont pas plus cer- 
taines. 

Les principaux finals des Psaumes qui peuvent plus ou moins 
donner lieu aux doutes que nous avons exprimés sont : 

vin, 10 ; xiv, 7 ; xvm, 51 ; xxvi, 12, 2° partie du verset ; xxvn, 
14; xxix, 11; li, 20-21; lxix, 36-37; lxxvii, 21 ; lxxxii, 8; 
cxxxvi, 25-26 ; cxlvii, 19-20. 

La vraie difficulté qu'offrent ces passages vient de ce qu'ils dé- 
passent ordinairement en portée le psaume auquel ils sont atta- 
chés ou semblent même s'en écarter entièrement ; mais la pensée 
des Psalmistes obéit à une logique à laquelle nous ne sommes pas 
habitués, elle fait des bonds prodigieux qui nous déconcertent. 
Il nous est bien difficile de savoir au juste comment les choses se 
passaient dans l'âme du Pauvre, naïve et mobile comme une âme 
d'enfant. 



35. Ordre dans lequel se suivent les Psaumes, 

162. On nous permettra d'ajouter quelques observations sur 
l'ordonnance des Psaumes dans le recueil. 

Nous croyons que la division en cinq livres est originale et 
qu'elle indique des séparations faites par les premiers rédacteurs 
ou qui se sont faites d'elles-mêmes par additions successives du 
second livre au premier, du troisième livre au second, et ainsi de 
suite. Nous croyons également qu'il y a lieu de considérer comme 
ayant formé des collections spéciales et indépendantes les Es. xlii- 
xlix attribués aux fils de Corah 2 , les Ps. lxxiii-lxxxiii attribués 

1 Le début de certains psaumes fait naître quelquefois les mômes doutes. 
' Se rappeler que les Ps. xlii-xliii, ne forment qu'un morceau ; Ps. lxxxiv-v 
sont aussi attribués aux fils de Corah et viennent à la suite d'une collection attribuée 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

à Asaf, les Ps. cxx-cxxxiv, dits Chants des Degrés 1 . Il est bon de 
remarquer que tous les Psaumes du^ premier livre, à l'exception 
des Ps. i, ii et xxxm, dont nous parlerons plus loin, sont attribués 
à David - ; que le second livre commence par la collection des fils 
de Coran, le troisième par celle d'Asaf, le quatrième par celui de 
Moïse. Les psaumes attribués à David dans le second et le troi- 
sième livres sont encore assez nombreux (li-lxv, lxviii-lxx, 
lxxxvi), dans les deux derniers livres ils n'apparaissent qu'à l'état 
erratique (ci, cm, cvni-cx, cxxn, cxxiv, cxxxi-cxxxiii, cxxxviii, 
cxlv), et il faut remarquer que les psaumes cxxn, cxxiv et 
cxxxi-cxxxiii que nous venons de désigner font partie des Chants 
des Degrés. 

La valeur des observations qui précèdent est subordonnée à la 
valeur qu'on attache aux suscriptions. Le caractère interne des 
Psaumes peut fournir des indications moins contestables sur leur 
classement. 

163. Nous commençons par le premier livre. Tout le monde est 
d'accord que les Ps. i et n ne font point partie de ce livre, et qu'ils 
ont été mis en tête de la collection comme un frontispice, à 
cause de leur importance et de leur signification particulière. On 
peut croire que c'est pour une raison analogue que le psaume 
messianique lxxii finit le second livre, que le Ps. xc est mis en 
tête du quatrième livre, sans parler des derniers psaumes de la 
collection, dont le classement se justifie par des raisons évidentes. 
Les Ps. i-ii étant mis à part, le premier livre est d'une homo- 
généité remarquable. Il est consacré presque sans exception à 
décrire la situation du Pauvre, sa lutte contre le Méchant, et les 
relations du Pauvre et du Méchant avec Dieu. Ce livre est en- 
tièrement monochrome, à part quelques morceaux qui tranchent 
sur le fond commun, sans être néanmoins étrangers aux préoc- 
cupations ordinaires du Pauvre. Ce sont le Ps. vm, où il est ques- 
tion de faiblesse de l'homme en général comparée à la puissance 
de Dieu ; le Ps. xix, qui semble composé de deux morceaux diffé- 
rents, consacrés l'un à la grandeur de Dieu, l'autre à la beauté de 
la Loi ; enfin les Ps. xxiv, xxix et xxxm (grandeur, puissance et 
justice de Dieu). 

164. Un examen même superficiel des Psaumes attribués aux 
fils de Corah et qui commencent le second livre, montre de suite 
que la hôte dominante n'y est pas tout à fait la même que dans le 

à Asaf; inversement, le Ps. l, attribué à Asaf, vient à la suite de la collection des 
fils de Corah. 

1 Ou du pèlerinage. 

5 Se rappeler que les Ps. ix et x ne forment qu'un seul morceau. 



LA LITTÉRATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 203 

premier livre. Cette petite collection s'occupe déjà, comme les 
Psaumes postérieurs, de la destinée du peuple juif (xliv), du Messie 
et des Nations (xlv-xlviii), de la vanité des biens de la terre 
(xlix), et le Ps. l, attribué à Asapli, développe une théorie sur les 
sacrifices qui est la théorie des Psaumes, sans doute, mais qui 
est cependant un sujet très spécial. Les autres psaumes du livre 
nous ramènent, sauf quelques exceptions, au thème ordinaire des 
psaumes du premier livre. Il faut seulement remarquer, comme 
sortant plus ou moins du rang, le psaume historique lx, la fin 
du Ps. lxv, à partir du verset 10, qui semble être un morceau à 
part, les psaumes messianiques lxvii etLxxn, et enfin le fameux 
Ps. lxviii. A part la collection des fils de Coran, les deux pre- 
miers livres forment donc une collection d'une grande unité de 
ton, et c'est ce qui justifie la note de la fin du second livre, qui 
met le sceau à cette collection par les mots : Fin des prières de 
David fils d'Isaï. 

165. Un changement très visible s'opère déjà dans le troisième 
livre et s'accentue de plus en plus dans les livres suivants. Le 
troisième livre est surtout historique et messianique, non sans des 
retours nombreux au thème des deux livres précédents. Sur dix- 
sept psaumes dont il se compose, il y en a au moins sept qui sont 
consacrés à des récits ou à d'importants souvenirs historiques. 
Ce sont d'abord le beau morceau historique formé par le Ps. 
lxxviii, et le Psaume lxxxix, moitié historique, moitié messia- 
nique; ce sont ensuite les Ps. lxxiv et lxxix, qui ont pour toile 
de fond la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor; puis 
viennent les souvenirs d'Egypte, Ps. lxxvïi, lxxx, lxxxi; et 
enfin, les hostilités des Juifs avec diverses nations, Ps. lxiii et 
lxvii. Les Ps. lxxv et lxxvi nous paraissent être fortement em- 
preints de messianisme, et il en est peut-être de même du Ps. 
lxxxv ; le Ps. lxxxiv et les Ps. lxxx et lxxxv déjà nommés 
s'occupent du peuple juif plutôt que du Pauvre. Les seuls psaumes 
du livre qui appartiennent franchement au cycle littéraire des 
Pauvres, sont le premier et l'avant-dernier (lxxiii et lxxxviii). 

166. Le sujet dominant du quatrième livre est la description de 
la grandeur de Dieu et de son empire sur la nature. Les Ps. xcv 
à c, consacrés à ce sujet, semblent même faire une petite collec- 
tion à part ; nous avons déjà parlé plus haut du magnifique tableau 
de la nature décrit dans le Ps. civ. Les Ps. cv-cvi sont purement 
historiques, et on voudrait y rattacher le Ps. cvn, également his- 
torique, qui doit peut-être faire partie du quatrième livre ou qui 
a été mis en tête du cinquième livre pour sa parenté avec la fln du 
quatrième livre. Quand on a mis à part, pour des raisons que l'on 



204 1{E VUE DES ÉTUDES JUIVES 

connaît maintenant, le Ps. xc, et qu'on a rapproché le Ps. xcm de 
la collection xcv-c dont il fait probablement partie, il reste, pour 
les Pauvres, les Ps. xci, xciv, ci-cm. 

167. Les Psaumes, pour parler leur langage, commencent dans 
les pleurs et finissent dans la joie. La note triomphante s'est déjà 
fait entendre dans le quatrième livre ; on n'entend qu'elle, ou à 
peu pi;ès, dans le cinquième livre et il ne peut pas y avoir de doute 
que cet arrangement est intentionnel. Les psaumes consacrés 
exclusivement aux souffrances du Pauvre et aux infamies du 
Méchant y sont comme égarés (cix, cxxxvni, cxl-cxliv 1 ), et il 
faut remarquer qu'ils sont tous attribués à David ; ce sujet paraît 
donc avoir été le thème favori, sinon exclusif, et le signe domi- 
nant des psaumes davidiques. Le cinquième livre contient, en 
outre, un certain nombre de psaumes plus ou moins historiques 
(cvn, cvin, qui est le doublet de lx, cxiv, cxx, cxxvi, cxxxn, 
cxxxv-cxxxvn). Il faut y signaler le Ps. cxix, qui est certaine- 
ment un des plus jeunes du recueil, et le Ps. cxxxix, belle compo- 
sition appartenant, comme certains autres morceaux des Psaumes 
(par ex. xxxiv, 12-16, lxxviii, 1-8), à la classe des poëmes 
sapientiaux. Le reste du cinquième livre est, avec des nuances, 
un continuel hymne à Dieu, un chant d'espoir, de délivrance et 
de triomphe. 

168. Pour le classement des Psaumes à l'intérieur de chaque 
livre ou même pour leur classement en général, il nous a semblé 
quelquefois qu'une espèce d'attraction s'est exercée d'un psaume 
sur l'autre, par affinité de la pensée ou de l'expression. Nous 
allons en donner quelques exemples. Ps. m, 3, et iv, 7, dm 
ûmaiN; m, 6, iv, 5, 9, v, 4, vi, 7 : ixrïsrpïi rwwi vas» - tD^M 
■jiDwi ïrnsiDa — ^bnp raon npx — 'jn ina» ïiroBN. Comparez de 
même vu, 7-9, et ix, 20 'n nttip, et justice ; xn, 2, et xiv, 
1-3; xvi, 5 et 11; xvu, 5 et 7, les mots rares ^pann et ^pn, 
et "p^ ; xix, 11, et xxi, 4; ïb ; xxn, 30, et xxm, 5, ibisN et 
)nbv; xxxn, 11, et xxxm, 1, îawïi et imi 2 ; xxxi, 24, xxxni, 
4, xxxvi, 6, la nâitta de Dieu; xxxii, 10, et xxxiv, 20, les 
maux nombreux du Méchant et du Pauvre ; xxxm, 5, xxxv, 
24, xxxvi, 7, xxxvii, 6, la tipiat de Dieu ; xxxiv, 8, et xxxv, 
5-6, les anges; xxxiv, 11, et xxxv, 17, les û^dd dans le sens 
de Méchants ; xxxiv, 14, xxxvm, 14-15, et xxxix, 2-4, 10, ûb« 



1 Le Ps. gxliv est consacré, comme on sait, à la guerre du Pauvre contre le 
Méchant. 

2 Nous nous demandons si le Ps. xxxm ne doit pas à cette analogie de termes 
sa place dans le premier livre ; il figurerait bien dans la collection commençant 

PS. GV. 



LA LITTERATURE DES PAUVRES DANS LA BIBLE 20". 

et inttbfiO, etc. ; xxxv, 14, xxxviii, 7, xlii, 10, et xliii, 2, *Hp ; 
xlvi, 5, et xlviii, 2, 3, 5, la ville (cf. l, 2) ; xlix, 7, et lu, 9, va- 
nité des richesses ; lu, 9, lui, 3, et liv, 5, méprisé de Dieu ; lvii, 
5, lviii, 4-5, lxiv, 4, mauvaise langue; lxii, 2, et lxv, 2, l-paii 
ribnn; lxiii, 6, et lxv, 5, se rassasier; lxvi, 8, et lxviii, 7, 19, 
cnTiD. Nous nous arrêtons sur ce dernier exemple, qui est un des 
plus frappants ; le mot tn-mo ne se rencontre plus qu'une seule 
fois dans les Psaumes, il est assez rare et ce ne doit pas être un 
pur hasard s'il se trouve ici dans deux psaumes voisins. On pourra 
allonger et enrichir notre liste, nous ne voulons en aucune ma- 
nière épuiser ce sujet *. 

36. Retour à la question de Vâge des Psaumes. 

169. Nous revenons, en finissant, sur la question de la date des 
Psaumes que nous avons traitée au commencement de ce travail, 
mais pour laquelle nous avons maintenant beaucoup d'éléments 
nouveaux. 

Nous remarquons d'abord que rien n'indique qu'il y ait des 
psaumes composés pendant l'exil de Babylone, quoique le con- 
traire ne soit pas prouvé non plus. En revanche, un nombre très 
considérable de psaumes parlent de Jérusalem et du temple de 
telle sorte, qu'on est parfaitement sûr qu'ils ont été écrits dans la 
Palestine à une époque où le temple de Jérusalem existait ou 
avait été restauré. On n'est pas forcé d'admettre que les auteurs 
des Psaumes aient tous demeuré à Jérusalem ; beaucoup d'entre 
eux, dans tous les cas, connaissaient si bien la nature, les mon- 
tagnes, la mer, les bêtes, les rivières, les orages, le désert, les 
travaux agricoles, qu'on doit supposer qu'ils avaient au moins 
séjourné longtemps à la campagne, sur le bord de la mer, ou dans 
les voisinages des montagnes du Nord et du Nord-Est (le Basan), 
et l'un d'eux (Ps. xlii) paraît connaître le pays situé au-delà du 
Jourdain. 

170. Un très grand nombre de psaumes portent la marque 
certaine de l'époque du second temple. On peut, à ce qu'il semble, 
les classer comme suit : 

1° Ceux qui parlent clairement et même en termes formels de 
la destruction du premier temple, de la grande défaite des Juifs, 
de l'exil de Babylone et du retour de l'exil; par exemple, xiv, 7, 

1 Nous voyons au dernier moment que Fr. Delitzsch, dans son Symboles ad Psal- 
mos illustrandos, Leipzig, 1346, a dû exposer, sur le sujet développé par nous dans 
ce numéro, des idées semblables aux nôtres. 



9M REVUE DES ETUDES JUIVES 

x\v, SB, xxviii, 0, xliv, li, 20, i.x, 12, lxix, 36, lxxiv, lxxix, 
lxxxi, 12-13, lxxxv, 2-5, lxxxix, 39-52, en, 14-17, evi, 39- 
47, gvii, 2-3, etc., cvm, cxxxvi, cxxxvn, cxlvii, 2; peut-être 
aussi les Ps. xlii-xliii, qui semblent demander le retour des 
exilés à Jérusalem. 

2° Les psaumes où sont célébrées les anciennes victoires des 
Hébreux sur les Égyptiens et sur les Canaanéens. La note triom- 
phante de ces morceaux semble répondre à la joie des exilés de 
Babylone revenus dans leur patrie. 

3° Tous les psaumes où le poète montre un enthousiasme spé- 
cial pour Jérusalem 1 . Ce sentiment doit être né dans le cœur des 
Juifs pendant l'exil de Babylone. 

4° Ceux qui parlent de l'humiliation des Juifs en face de leurs 
voisins et des Nations. Ils s'expliquent surtout par la situation 
politique des Juifs à l'époque du second temple. 

5° Tous les psaumes, et ils sont nombreux, où il est indiqué 
que la prière remplace les sacrifices et qu'elle est le vrai sacrifice. 

6° Les Ps. i et exix, visiblement inspirés d'un esprit rabbinique. 

7° Probablement les psaumes messianiques , et aussi les 
Psaumes où David est entièrement transfiguré en Messie. 

8° Enfin, les psaumes qui font de la polémique contre le paga- 
nisme. 

Si l'on ajoute ce que nous avons dit plus haut (n° 3) de l'unité 
du culte, de Jérusalem reconnue comme le centre religieux de la 
nation, et de l'absence de toute idolâtrie parmi les Juifs au temps 
des Psaumes 2 , on verra qu'il reste bien peu de place, dans notre 
collection, pour des psaumes antérieurs à l'exil, et s'il y en a 
quelques-uns, ce que nous ne voudrions pas contester d'une ma- 
nière absolue, il faudrait les considérer comme de rares débris 

d'un autre âge 3 . 

Isidore Loeb. 

1 Sur Jérusalem dernière étape, résidence de Dieu, menuha, Ps. cxxxn, 8, 14, 
voir Giesebrecht, l. c, p. 35. 

* Ce que nous avons dit à ce sujet au no 3 se trouve déjà dans Ernest Havet, 
l. c, p. 252. 

3 Nous plaçons ici quelques notes qui servent à rectifier ou compléter divers pas- 
sages de notre étude : 1° Sur le b^l3 dont nous avons parlé au n° 85, voir Fried. 
Delitzsch, Prolegomena eines neuen Helr.-aramâisches Wœrierbuches zum Altcn Tes- 
tament. Leipzig, 1886, p. 61, où ce mot hébreu est expliqué par regarder, lever les 
yeux vers.., — 2° Pour l'étude de notre n° 95, voir, dans le même ouvrage, l'expli- 
cation du mot VTJfàn de Ps. lxvhi, 24. — 3 e Sur la 6 e note du n° 95, à la fin, au 
lieu de « l'Egypte ou l'Assyrie », lire t l'Egypte, ou l'Assyrie, ou la Babylonie », ou 
bien * l'Egypte ou l'Assyrie et la Babylonie ». — 4° Sur notre n° 101, où nous 
avons dit que pas une seule fête juive n'est mentionnée dans les Psaumes, voir le 
Commentaire de Graetz sur Ps. lxxxi, 4, qui fait remarquer que le 125H ÛV de ce 
verset désigne probablement la Pâque. 



RECHERCHES BIBLIQUES 



XXI 






Les chap. xvn et xvm du livre des Juges contiennent un récit 
des plus curieux et qui a peu d'analogies dans la littérature bi- 
blique. Ils rapportent la fondation d'un sanctuaire pourvu d'une 
image divine et d'un prêtre lévite dans une localité du mont 
Ephraïm, à la première époque des Juges. L'importance de ce 
récit pour l'histoire du culte israélite en général et du sacerdoce 
hébreu en particulier a été depuis longtemps reconnue. Les vues 
différentes soutenues par l'école critique récente qu'on est convenu 
d'appeler l'école grafienne s'appuient tout particulièrement sur cer- 
tains passages de ce récit. J'ai pensé qu'il serait utile d'examiner 
à nouveau et sans parti-pris ce document devenu classique, afin 
de voir si les conclusions tirées de ses données doivent être con- 
sidérées comme absolument acquises à la science. Cette sorte de 
cross examination est aussi réclamée, si on se place seulement 
au point de vue de l'exégèse biblique, car plus d'une expression 
de cet ancien document est restée obscure ou, du moins, n'a pas 
été suffisamment éclaircie. 

Résumé de V histoire. 

Du temps des Juges vivait sur le mont Éphraïm une femme 
avec son fils nommé Michée. Un jour, la femme s'aperçut qu'on 
lui avait volé onze cents sicles d'argent qui lui appartenaient. 
Après avoir fait de longues recherches et désespérant de re- 
trouver l'argent, elle fit le vœu qu'au cas où elle le retrouve- 
rait, elle le consacrerait à Dieu et le dépenserait à l'acquisition 



208 REVUE DES ETUDES JUIVES 

d'une image divine pourvue d'un masque (!"D3tti bps). Or, le 
voleur n'était pas loin, c'était le propre fils de la femme qui avait 
commis le vol ; pris de remords, il avoua son méfait à sa mère 
et lui rendit l'argent. Conformément à son vœu, la femme dépensa 
une partie de l'argent pour faire fabriquer l'image, et de l'autre 
partie elle fit faire un vêtement sacerdotal nommé éphod, ainsi 
que des figurines de divinités à l'aide desquelles on consultait le 
sort (îr-nn); elle improvisa ainsi un sanctuaire, que Miellée fit 
desservir par un de ses fils (xvn, 1-5). Le narrateur, évidemment 
choqué de ce procédé, ajoute, en guise d'excuse, qu'il n'y avait 
point, dans ce temps, de roi en Israël, sous-entendez pour organi- 
ser le culte légal, mais que tout le monde faisait alors ce que bon 
lui semblait (v. 6). 

Peu après, Michée reçut la visite d'un jeune Lévite qui, après 
avoir séjourné pendant quelque temps à Bethléhem de Juda, 
allait chercher un emploi ailleurs. Michée invita le Lévite à s'é- 
tablir chez lui afin d'exercer les fonctions de prêtre dans son 
sanctuaire, et lui stipula des appointements annuels de dix sicles 
d'argent et d'une quantité de vêtements, en dehors de sa nourri- 
ture. Le Lévite accepta, fut traité comme un entant de la maison 
et remplaça désormais le fils du propriétaire dans le service du 
temple. Michée était enchanté d'avoir un Lévite pour prêtre et 
croyait avoir mérité par cet acte la faveur de la divinité. Cet 
épisode appelle de nouveau cette remarque du narrateur que dans 
ce temps il n'y avait pas de rois en Israël, ce qui signifie, chez 
lui, que cet acte n'était pas non plus conforme à la légalité. 

Mais cette nouvelle organisation du sanctuaire éphra¥mite prit 
subitement fin par un événement imprévu. A ce moment la tribu 
de Dan, n'ayant pu conquérir tout le territoire qui lui était échu 
au milieu des autres tribus, se trouva à l'étroit et résolut d'en- 
voyer des colonies au loin. Cinq explorateurs danites partirent 
vers le nord pour chercher un nouvel établissement. En passant 
par le mont Éphraïm, ils s'arrêtèrent la nuit près du temple de 
Michée. Ayant appris du jeune Lévite, dont ils avaient reconnu la 
voix, qu'il officiait comme prêtre salarié dans le temple de Michée, 
ils lui firent consulter l'oracle sur l'issue de leur exploration, et, 
ayant reçu une réponse favorable, ils continuèrent leur voyage 
jusqu'à la ville de Laïsh, qu'ils trouvèrent sans défense. A leur 
retour, six cents Danites bien armés partirent vers le nord. En 
arrivant près de la maison de Michée, ils enlevèrent par force les 
objets du temple avec le jeune prêtre, et les établirent dans la 
ville de Laïsh, dont ils avaient chassé ou détruit les habitants. 
Une note ajoute que le jeune Lévite, qui avait nom Jonathan 






RECHERCHES BIRLIQUES 209 

et qui était un descendant de Gerson, fils de Moïse, y exerça les 
fonctions de prêtre, qui restèrent dans sa famille jusqu'au moment 
où les dix tribus furent expulsées de leur pays, c'est-à-dire proba- 
blement jusqu'à la destruction du royaume d'Israël. Une remarque 
finale nous apprend que l'image fabriquée par Michée y resta 
aussi longtemps que la maison de Dieu, c'est-à-dire le tabernacle, 
demeura à Silo (v. 31). 

Observations critiques. 

J'ai dit qu'un certain nombre d'expressions de ce texte n'ont pas 
été suffisamment éclaircies par les exégètes. Les observations 
suivantes ont pour objet de combler cette lacune. L'histoire ne 
doit faire son profit que de textes clairs qui ne permettent au- 
cune ambiguïté de sens. 

Vers. 1 3. Ce passage se trouve dans un certain désordre dans 
notre texte à cause de la petite phrase : « et maintenant je te le 
rendrai » qui clôt le troisième verset et qui, d'après le contexte 
actuel, parait être mise dans la bouche de la mère, comme le reste 
de la phrase qui précède, ainsi que l'indiquent les mots ïteN nftNrn. 
Cependant le commencement du verset suivant dit, au contraire, 
que le fils rendit l'argent à la mère. Il est évident que la petite 
phrase dont il s'agit doit être placée au deuxième verset après le 
mot v^nn^b, et alors toute obscurité disparaît du passage, dont voici 
la traduction littérale : « Il dit à sa mère : les onze cents sicles 
d'argent qui t'ont été enlevés et au sujet desquels tu as prononcé 
un vœu en ma présence, cet argent est chez moi ; c'est moi qui l'ai 
pris ». La mère répondit : « Que mon fils soit béni par Jahwé ». 
Il rendit les onze cents sicles à sa mère, et celle-ci dit encore : 
« J'ai consacré cet argent à Jahwé, de façon qu'il passera de 
mes mains en celles de mon fils pour en faire une image et un 
masque. » Le verset suivant reprend le commencement du verset 
3 et raconte la fabrication des objets du culte. 

Vers. 5. L'expression "pn 1 ^, a remplir la main », signifie seu- 
lement mettre en possession, et il ne faut pas y chercher le sens de 
salarier ou payer un service, comme quelques-uns le pensent. C'est 
une expression très usitée en assyrien pour la prise de possession 
de la royauté. Un dieu babylonien dit de lui-même : « Les puis- 
santes montagnes sont à ma disposition » [shadi shaquti umallu 
idiya). C'est aussi le sens de l'hébreu tr&wbîp, qu'il faut traduire 
par « prise de possession, transmission du pouvoir ». 

Vers. 1. Je reviendrai plus loin sur le membre de phrase nrt5p>p?p 

T. XXI, n° 42. u 



210 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ï?jnï"P. Je me bornerai à remarquer ici que l'expression ûnb ma» 
ïTysfp ne forme pas contradiction avec la fin du verset ûrâ na airn- 
Le jeune homme ne faisait que séjourner à Bethlehem, quoique 
probablement il fût né dans cette localité. Gela signifie que ses 
ancêtres ne jouissaient pas du droit de cité dans cette ville ; 
l'auteur indique ce sens par l'expression iib fiMîr;, faisant allusion 
à l'absence d'un territoire particulier aux Lévites. 

xvin, 1. L'expression naçb ïtbrts ib XÔJM signifie seulement 
qu'il cherchait un territoire particulier pour s'y établir, car les 
droits des Danites sur les villes de Çor'a et d'Eshtaol ne souffrent 
pas le moindre doute et l'auteur ne devait pas ignorer que le 
Danite Samson était natif de Cor' a (Juges, xm, 2). On sait que le 
territoire de Dan formait une enclave dans celui de Juda et que, 
de plus, les Danites furent impuissants à chasser les Chananéens 
de la vallée (Juges, i, 34). Cette double circonstance pesait beau- 
coup à cette tribu, qui ne voyait aucun moyen de s'étendre à son 
aise et de continuer sa vie de clan. La crainte de se voir absorbée 
soit par les Judéens, soit par les aborigènes, leur donna la pensée 
de chercher un nouveau territoire non encore occupé par les 
tribus congénères. L'auteur exprime cette idée par la reprise du 
mot ïibrrç, qui désigne un territoire appartenant en particulier à 
un ou plusieurs individus. 

Vers. 7. Les mots D^tiS asç^s, « suivant l'usage des Sido- 
niens», semblent faire allusion aux habitudes peu guerrières de 
cette population si adonnée au commerce. Le sens de nx? lânii est 
des plus obscurs, cependant, il n'y a aucune raison pour ne pas 
expliquer nsj par « retenue » dans le sens d' « isolement », et 
l'auteur veut dire que le peuple de Laïsh se plaisait dans les habi- 
tudes d'isolement absolu qui lui furent transmises par ses ancê- 
tres, et ne se souciait nullement d'avoir des liaisons avec les 
populations des environs. 

Vers. 30. La leçon ïiiâatt établie par les Massorètes à l'aide d'un 
3 suspendu est sans doute une correction tendancielle ayant pour 
but de laver la famille du grand législateur Moïse de l'opprobre 
d'avoir eu un petit-fils qui servit comme prêtre devant une idole. 

Considérations particulières. 

Ce singulier récit fait naître plusieurs questions qu'il sera bon 
de discuter : 

La première observation se rapporte à l'endroit où cette his- 
toire s'est passée. L'auteur dit simplement : « un homme du mont 



RECHERCHES BIBLIQUES 211 

Éphraïm ^ û^bk nttn »•»« et cette désignation vague se retrouve 
dans les deux autres épisodes de cette histoire : le jeune Lévite 
arrive au mont Éphraïm, chemin faisant; les explorateurs danites 
viennent également au mont Éphraïm et ils font connaissance 
des idoles devant lesquelles le jeune Lévite exerce le sacerdoce. 
Il est évident que l'auteur n'a pas pu penser à augmenter l'obs- 
curité en répétant plusieurs fois cette expression, mais qu'au 
contraire, il croyait être très clair et déterminer d'une façon pré- 
cise la position de cette localité. Cette réflexion m'amène à con- 
clure que l'auteur a en vue la localité la plus célèbre de cette 
région montagneuse, qui n'est autre que la fameuse ville de Bé- 
thel (barma), où se trouvait notoirement le sanctuaire principal 
des dix tribus à l'époqre de la royauté d'Israël. Cette hypothèse 
est confirmée par Josué, xvi, 1, qui mentionne Béthel comme la 
première ville de la montagne qui limite la plaine de Jéricho. 
C'est précisément ce qu'on appelle, en général, la montagne 
d'Éphraïm. 

Une autre observation s'impose également à l'esprit en pré- 
sence d'un agissement qui a pour facteurs une femme et son fils. 
Le père non seulement ne joue aucun rôle dans cet événement, 
mais l'auteur ne daigne même pas le mentionner d'un seul mot. 
Il ne peut pas non plus avoir été momentanément absent, puisque 
l'accomplissement de ces événements a demandé un certain temps 
pendant lequel il aurait dû être de retour, et cependant il ne figure 
même pas parmi ceux de la famille de Michée qui coururent après 
les Danites pour leur reprendre les objets enlevés. Tout cela rend 
extrêmement vraisemblable que, selon le narrateur, le père de 
Michée n'était plus parmi les vivants et que tout l'héritage se 
trouvait sous la gérance de la mère, ce qui explique la présence 
de la somme, considérable pour le temps, de 1,100 sicles d'ar- 
gent entre les mains de la femme, qui pouvait en disposer à 
son gré 1 . 

Au sujet du droit à l'exercice du sacerdoce, on voit, tout d'a- 
bord, que Michée ne veut pas faire lui-même le prêtre, mais 
confie cette fonction d'abord à son fils, ensuite au jeune Lévite. Il 
y perce l'intention de perpétuer sa fondation pieuse par l'établis- 
sement d'un prêtre jeune, afin d'échapper aux difficultés qui se 
présentent au moment de l'élection d'un nouveau prêtre. Michée 
devait bien prévoir que le sanctuaire fondé par lui ne resterait 
pas toujours une possession particulière, mais, pour ainsi dire, un 



1 II se peut même que l'auteur ait voulu insinuer que cette grosse somme avait une 
origine inavouable; cf. Michée, i, 7. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bien commun à toute la tribu. Quant à la nomination momentanée 
d'un laïque à la fonction de prêtre, nous savons par l'histoire que 
Jéroboam avait agi d'une façon encore plus illégale en choisissant 
les prêtres dans la classe ordinaire du peuple, sans jamais chercher 
à les prendre parmi les Lévites (I Rois, xn, 31). 

Le problème le plus difficile à résoudre est celui qui concerne 
l'origine et la fonction primitive du jeune Lévite. D'une part, 
l'expression ïtjw anb piç» semble bien indiquer le lieu de 
naissance ; d'autre part, la remarque explicite ûtp ns Nim fait 
bien voir qu'il ne jouissait pas d'un véritable droit de citoyen 
pour être compris avec les habitants de la ville. Cet état flottant 
entre la qualité de bourgeois et celle d'étranger nous est ex- 
pliqué par la phrase significative "n'b éwïti, qui rappelle la pres- 
cription du Pentateuque qui prive les Lévites du droit à la posses- 
sion d'un territoire propre et, à titre d'indemnité, les autorise à 
se disperser parmi les autres tribus pour y exercer certaines fonc- 
tions réservées à eux seuls. Mais que signifie la seconde qualifica- 
tion rrriïT nnsç^ti « de la famille de Juda », qualification qui ne 
peut que se rapporter à n^3? Cette difficulté a été surtout relevée 
par l'école critique moderne, et le célèbre auteur de la Geschichte 
Israeïs, M. Wellhausen, en conclut que le terme "nb n'était pas 
primitivement le nom d'une tribu, mais la désignation d'une qua- 
lité ou d'une occupation sacerdotale. Le Lévite de Miellée aurait 
donc été un membre de la tribu de Juda qui, par vocation, se 
serait consacré au service des Lévites, c'est-à-dire à exercer les 
fonctions de prêtre dans les temples privés ou publics. Dans cet 
ordre d'idées, les Lévites pouvaient avoir leur origine dans toutes 
les tribus indistinctement, et pouvaient remplir les fonctions de 
prêtre sans la moindre entrave. Cette opinion est naturellement 
contestée par d'autres critiques qui admettent l'existence séparée 
des Lévites en qualité de tribu ou, du moins, de classe particu- 
lière. M. le comte de Baudissin, dans son étude très remar- 
quable sur le sacerdoce israélite, cherche à écarter cette diffi- 
culté, en admettant que l'expression ir^i-p nrjDt?53îa indique 
seulement que le jeune Lévite était affilié à la tribu de Juda par 
une sorte de clientèle ou d'adoption, et ajoute cette sage obser- 
vation : « L'action de séjourner (comme un ger, étranger) n'est 
pas en contradiction avec l'appartenance à Juda, car le séjour 
se rapporte seulement à Bethléhem. Mais l'appartenance à une 
tribu n'implique pas toujours une parenté ; des étrangers peuvent 
aussi se faire accueillir dans une tribu et en faire partie. Banirn, 
fils d'une tribu, sont tous ceux qui y appartiennent au point de 



RECHERCHES BIBLIQUES 213 

vue politique. Le Kenizzite Coleb qui s'établit au milieu de la tribu 
de Juda apparaît, quoique étranger, comme un chef de cette 
tribu (Nombres, xm, 3, 6). Les désignations hébraïques pour 
la tribu, scïiébet, matté, comme pour la race éleph, indiquent une 
origine non généalogique. » Cette explication, quoique très admis- 
sible en elle-même, ne trouve pas, malheureusement, un emploi 
efficace dans ce cas particulier, car le verset dont il s'agit ne 
contient pas une de ces trois désignations non généalogiques, 
mais le terme rïrfôrâtt, qui est bien l'expression propre pour 
marquer la parenté du sang. Il me paraît que le problème com- 
porte une solution toute différente. Elle réside simplement dans 
cette réflexion, que, si l'auteur voulait nous présenter un Lévite 
judéen, il se serait exprimé beaucoup plus simp'ement en disant 
ï-J^iT &t$ rn: ?. s ? *>? N:irn . ^ Nrii-n . ïwî-n rinsiôtep ijj? ^ïrn. La 
tournure du contexte atteste plutôt le désir de l'auteur de bien 
déterminer l'origine généalogique du jeune Lévite, et nous 
sommes ainsi conduits à voir dans imm nnsttj'n non une famille 

t : : • 

judéenne, soit d'origine, soit d'adoption, mais une famille lévi- 
tique tirant son origine d'un personnage du nom de rmir. Un ha- 
sard des plus inattendus nous a conservé très heureusement des 
mentions réitérées de cette famille lévitique sous des variantes 
assez curieuses, quoique ayant de nombreuses analogies. La 
forme ordinaire de ïttiït se trouve dans Néhémie, xn, 8, donnant 
la liste des chefs des familles lévitiques qui sont revenues de 
Babylone avec Zorobabel. La série entière y est formée par six 
noms dont celui de mim est le cinquième. Dans la liste consi- 
gnée dans Esdras, n, 40, on trouve, à côté des b^W^i *snâ* "^a, les 
fPViH ^a, nom qui est produit, sans aucun doute, par l'interversion 
des deux éléments de rr-nr-p *. Et pour qu'on ne puisse pas y cher- 
cher un autre nom, l'auteur d'Esdras, m, 9, venant à mentionner, 
à son tour, les trois familles qui précèdent, fait usage de la forme 
régulière de rmï-r (rmm *as vwsi 'bawp ■nn&n -pas 9W* "ifeyn). 

t : t : •■ : tt •• • : '- t v : ti - •• -s 

Enfin, parmi les signataires lévites de l'acte composé par Né- 
hémie au sujet des mariages mixtes, on voit figurer deux person- 
nages du nom de ïijYirT, dont l'un est certainement identique à 
rnirp = m-nn des autres textes. Cette constatation inespérée de la 
famille lévitique de !Tjn!"p fait disparaître toute difficulté du pas- 
sage du livre des Juges, qui atteste d'une façon évidente que l'au- 
teur, non seulement connaissait l'existence d'une tribu du nom de 
■nb, mais aussi les divisions intérieures de cette tribu. C'est abso- 

1 D'après l'étymologie populaire (Geuèse, sxix, 35). 



214 REVUE DES ETUDES JUIVES 

lument le contraire de ce que les critiques de l'école grafienne 
ont cru y trouver. 

A peine cette question résolue, qu'une autre se présente à notre 
méditation. Cette famille lévitique de Juda, qu'a-t-elle pu faire à 
Bethléhem? Ce bourg important, qui fut le berceau de la famille 
royale de David, ne figure pas parmi les villes destinées à l'éta- 
blissement des Lévites (Jos., xxi). Impossible de penser à la fonc- 
tion de juge ou d'instructeur du peuple qui est attribuée aux 
Lévites par le Deutéronome (xvn, 8) : l'histoire montre continuel- 
lement que cette législation, si elle a existé anciennement par 
écrit, n'a jamais été mise en pratique et surtout au temps des 
Juges. Il faut donc supposer l'existence à Bethléhem d'un sanc- 
tuaire local desservi ou bien par des prêtres et des Lévites en- 
semble, ou bien par des Lévites seuls, en faisant abstraction des 
prescriptions pentateutiques, qui n'étaient pas alors la forme nor- 
male. L'existence de ce sanctuaire, peut-être une simple dama, a 
déjà pu être soupçonnée de ce fait qu'en se rendant à Bethléhem 
pour oindre David comme roi à la place de Saùl, le prophète Sa- 
muel donna pour prétexte son désir d'offrir des sacrifices à 
Jahwé, et, comme on n'offrait pas de sacrifices au premier en- 
droit venu, il devait y avoir un lieu consacré à cet usage depuis 
longtemps. C'est la vraie cause pour laquelle les habitants, 
quoique surpris de cette visite inattendue, n'y trouvèrent rien 
d'extraordinaire. Mais je crois pouvoir signaler un passage plus 
concluant, à cet égard, dans les Juges, xix, 18. Le héros de ce 
récit est notoirement encore un homme de Bethléhem qui retourne 
chez lui. Il raconte ainsi que suit l'accident de son voyage au 
charitable Benjamite qui l'invite à passer la nuit dans sa maison : 
« Nous voyagions de Bethléhem de Juda jusqu'aux confins du mont 
Ephraïm, d'où je suis; j'étais allé jusqu'à Bethléhem de Juda pour 
visiter la maison de Jahwé (^biln ^a snï-r n^n nai).» Ce fait est 
resté inobservé jusqu'à présent, mais il n'en est pas moins réel. 
Dans ces sortes de sanctuaires locaux, les Lévites établis dans la 
ville ne trouvaient pas toujours leur subsistance, et ils étaient 
obligés de chercher à se placer dans n'importe quel autre temple. 
C'est précisément ce que l'auteur fait comprendre dans les ver- 
sets 8 et 9. 

Une autre considération doit aussi appeler notre attention. 
Michée stipule un salaire annuel au jeune Lévite ; il ne compte 
donc pas sur la possibilité de faire aussitôt de son sanctuaire 
particulier un sanctuaire public. Il n'y est pas question de faire 
vivre les Lévites du produit des sacrifices. Michée tient, du 
moins pour le moment, à profiter seul de la divinité dont il 



RECHERCHES BIBLIQUES 215 

installe le culte chez lui. Il craint probablement la jalousie des 
voisins, qui, voyant sa maison prospérer d'une manière extraor- 
dinaire, seraient portés à le lui enlever par la force. Les événe- 
ments ne justifièrent que trop ses appréhensions; toutefois le 
coup ne vint pas de la part des voisins , mais de la part de 
maraudeurs étrangers qu'il était loin d'attendre. 

Le récit concernant l'arrivée des cinq explorateurs danites 
ajoute expressément que les nouveaux-venus reconnurent la voix 
du jeune Lévite. Cette remarque ne doit pas être sans portée : 
elle suppose comme une chose connue que le Lévite s'était arrêté 
pendant quelque temps sur le territoire de Dan pour y chercher 
un emploi. C'est une nouvelle preuve de l'idée d'instabilité et 
presque de vagabondage que l'antiquité attachait aux mœurs des 
Lévites, lesquels devaient former un corps spécial et distinct des 
autres tribus. 

Enfin, l'enlèvement du prêtre et l'établissement de l'idole de Mi- 
ellée dans la ville de Dan constituent également des événements 
insolites. 11 y a en même temps cette bizarrerie qu'un descendant 
de Moïse devient, de propos délibéré, le prêtre autorisé de toute 
une tribu et que l'établissement de ce sanctuaire doit son origine 
à un vol et à un rapt. D'ordinaire, les temples se construisent sur 
un emplacement consacré par une apparition de la divinité; le 
temple de Dan ne peut pas invoquer une si noble origine, et il 
paraît que l'auteur cherche à le vouer au mépris public. 

Je crois qu'en effet, c'est le but unique de tout le récit, qui, à en 
juger d'après les traits caractéristiques que je viens de relever 
ci-dessus, visait tout particulièrement les deux grands sanctuaires 
des dix tribus, celui de Béthel et celui de Dan. L'autonomie de 
ces sanctuaires paraît résulter de ce récit du livre des Rois an- 
nonçant que Jéroboam, ayant fait faire deux veaux d'or, plaça 
l'un à Béthel, l'autre à Dan. Le temple de Béthel devait cependant 
jouir d'une sainteté beaucoup plus grande que l'autre. La légende 
patriarcale du Jahwéiste fait remonter la consécration du temple 
de Béthel au patriarche Jacob, qui, y ayant passé la nuit, vit une 
apparition céleste et reçut la promesse d'avoir en possession 
cette terre sur laquelle il vivait comme étranger. Jacob recon- 
naissant oignit d'huile une stèle (îiaaira) et prédit que celle-ci de- 
viendrait un temple de Dieu. Aucun autre sanctuaire de Palestine 
n'a pu prétendre à une si noble origine. Eh bien, notre auteur, pro- 
bablement un patriote judéen et un partisan convaincu du temple 
de Jérusalem, s'est chargé d'abaisser la gloire du temple rival 
par un récit qui porte la condamnation sur les deux sanctuaires 
principaux d'Israël. D'après lui, le temple de Béthel aurait dû son 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

origine à une action aussi profane qu'illégale d'un simple parti- 
culier. Son fondateur ayant volé une somme d'argent à sa mère, 
celle-ci, superstitieuse et ignorante des prescriptions légales, con- 
sacre l'argent pour en faire une idole et les autres appareils d'un 
culte hybride qui adore Jahwé sous une forme matérielle et par 
des cérémonies empruntées aux idolâtres. 

Quant au sacerdoce qui y fonctionne, il est doublement illégi- 
time. On a commencé par le confier à des laïques, qui n'ont aucun 
droit à cette fonction. Plus tard, on a plié sous les remontrances 
de la conscience et nommé pour prêtre un descendant de Lévi, 
qui n'était pas encore de la classe sacerdotale légitime des fils 
d'Aron ; et, qui plus est, dans son ignorance absolue des prescrip- 
tions légales, le fondateur du temple de Béthel croyait encore 
mériter la faveur divine. 

Voilà sous quel jour défavorable l'auteur a fait paraître la 
fondation de ce temple. Ceux qui se rappellent l'histoire de 
Jéroboam trouveront que notre auteur n'a pas trop noirci le ta- 
bleau, mais qu'il a tracé une image assez fidèle des innovations 
religieuses de ce roi qu'il regarde comme un usurpateur, qui a volé 
à la dynastie légitime de David les deux tiers de son royaume. 
On sait que le temple de Bamot qu'il construisit n'était pas des- 
servi par des prêtres lévitiques et qu'une partie de ces prêtres 
profanes ont été installés à Béthel même (I Rois, xn, 31, 32). Il y 
a plus, ce que Michée n'a pas osé faire, s'emparer du sacerdoce à 
son propre profit, Jéroboam Ta accompli impudemment en opé- 
rant lui-même la fumigation des sacrifices sur l'autel (Ibidem, 
32, 33). 

Après avoir raconté à sa manière le premier épisode des inno- 
vations religieuses de Jéroboam, la fondation du nouveau culte 
à Béthel, l'auteur procède au récit de l'origine du temple suc- 
cursal de Dan. Son établissement est également dû à un vol, mais 
à un vol commis au détriment du temple de Béthel. Ce sont les 
hommes de Dan qui l'enlèvent de force à Michée et le transportent 
dans leur nouvelle possession. Le sacerdoce héréditaire de ce tem- 
ple remonte, par sa généalogie, à l'ex-prêtre de Béthel du nom de 
Jonathan, petit-fils du grand législateur Moïse. Le temple de Dan 
est relativement moins profane que celui de Béthel depuis Jéro- 
boam. Il subsista parallèlement à celui de Silo, où se trouvait 
pourtant l'arche sainte, révérée par toute la nation (Ibidem, 30). 

Le but final de l'auteur était, comme on le voit, d'établir une 
comparaison entre les origines du temple de Jérusalem et celles 
du temple de Béthel. L'emplacement du premier sanctuaire a 
été acheté honnêtement, et à un fort prix, par David (II Sam. 






RECHERCHES BIBLIQUES 217 

xxiv, 27; cf. Ghron., xxi, 25). Celui de Béthel, au contraire, 
doit sa création à un vol. La même différence existe entre les 
prêtres de Jérusalem, qui remontent à Aron, le pontife légitimé 
et consacré par Moïse lui-même, dès la sortie d'Egypte, et le sa- 
cerdoce le plus légitime du royaume d'Israël, celui de Dan, qui 
tire son origine d'un petit-fils de Moïse qui a eu la faiblesse de 
céder aux sollicitations d'ignorants guerriers danites pour usurper 
le droit des Aronides, malgré les défenses formelles de son grand - 
père. Ces circonstances nous aideront à fixer avec une certaine 
précision la date de notre récit. Il est tout d'abord certain que ce 
n'est pas un produit postérieur à l'exil de Babylone. A cette 
époque, une telle comparaison n'avait aucun sens, car les deux 
temples israélites de Béthel et de Dan formaient des monceaux 
de ruines et ne pouvaient plus menacer l'autorité de celui de Jé- 
rusalem. En remontant vers les époques antérieures, on trouve 
que, depuis l'établissement de colonies étrangères sur le sol de la 
Samarie, le rôle de Béthel et de Dan est devenu si insignifiant que 
le roi Josias a pu détruire les Bamot de la première ville et en 
exterminer les prêtres sans avoir à craindre la moindre résis- 
tance, ne fût-ce que celle des Samaritains. Notre récit doit donc 
remonter, pour le moins, au dernier temps de l'existence du 
royaume d'Israël, où la rivalité de ces sanctuaires israélites pou- 
vait encore entrer en ligne de compte ; mais il est plus probable 
qu'il a été rédigé à un moment où Israël était encore en pleine 
prospérité comme, par exemple, sous le règne de Jéroboam II, fils 
de Joas, c'est-à-dire vers le milieu du vm e siècle. Nous pouvons 
donc y voir une nouvelle preuve que le sacerdoce de Jérusalem 
était connu alors comme la légitime descendance d'Aron ou, ce qui 
revient au même, que les Zadocides, qui formaient le sacerdoce 
jérusalémitain depuis le règne de Salomon, étaient généralement 
considérés alors comme les descendants légitimes d'Aron. Cette 
tradition rédigée au vm e siècle me semble avoir plus de poids que 
les spéculations de quelques critiques modernes qui attribuent à 
Zadok une origine non aronide. 



XXII 

LE LIT D*OG, ROI DU BASAN. 

Le m chapitre du Deutéronome affirme, comme un fait connu 
de son temps, que le lit d'Og, roi du Basan, se trouvait à Rabbat, 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

capitale des Ammonites. Lo narrateur ajoute ces doux autres 
particularités : le lit était de ter et il avait pour dimensions 
neuf coudées de long et quatre coudées de large, en coudées 
ordinaires (ej^n nttfio). Cette donnée soulève une foule de ques- 
tions qu'il serait bon d'envisager de plus près. Elles concernent 
aussi Lien la nature du meuble, que l'intention de l'auteur qui l'a 
enregistré dans son récit. 

La première de ces questions a été résolue par les exégètes 
modernes d'une façon qui me paraît assez peu satisfaisante. M. A. 
Dillmann s'exprime comme il suit : « En se conformant à la signi- 
fication ordinaire de fcn?, la majorité des exégètes y a vu un lit, 
un meuble à coucher (Bettstelle, Ruhebett). Mais il est plus 
convenable au caractère monumental de l'objet d'y voir un 
« sarcophage », puisque les mots pour « couche » ou « lit » 
sont aussi employés pour désigner la couche funéraire; c'est le 
cas de l'hébreu Inatt, de l'hébréo-phénicien yy^iz et de l'araméen 
NrtBiy, bien que le mot propre pour sarcophage soit fn». Sous bna 
on doit, en tout cas, entendre la pierre de fer, c'est-à-dire le basalte 
ou le dolérite, qui prédomine dans le pays situé à Test du Jour- 
dain. Plusieurs voyageurs y ont signalé l'existence de plusieurs 
sarcophages de basalte de très grande dimension, qui servent 
aujourd'hui d'auges pour abreuver le bétail. Un tel sarcophage 
gigantesque existant à Rabbat-Ammon était attribué à l'ancien 
roi-géant Og. Il est inutile de demander comment il y est arrivé 
et on ne peut pas non plus en tirer de conséquences historiques 
relativement à la participation des Ammonites à l'expédition des 
Israélites ni à une guerre antérieure entre les Ammonites et Og. » 
Je prends la liberté de soumettre au savant exégète quelques 
considérations qui semblent peu favorables à cette interprétation. 
Le sens de sarcophage pour bn* n'est pas si facile à admettre, 
surtout pour l'hébreu, où ce vocable désigne toujours un trône ou 
un lit portatif; c'est aussi le cas de l'arabe ci*, qui n'est jamais 
synonyme de cercueil. L'application de bna au basalte est égale- 
ment d'un usage trop moderne pour que l'on puisse s'en servir 
pour le passage du Deutéronome. Enfin, le fait même que des sar- 
cophages beaucoup plus grands existent dans le pays enlève à 
celui-ci le caractère monumental et surtout gigantesque que l'au- 
teur vise à lui assigner. A ce sujet, du moins, il faut revenir à 
l'ancienne interprétation qui prend le bï*"û fcn* pour un lit de fer 
destiné aux vivants. D'ordinaire, le lit est proportionné à la 
taille de la personne qui l'occupe, et l'on comprend ainsi que les 
dimensions extraordinaires du lit de fer conservé à Rabbat aient 
pu être attribuées à un géant. 



RECHERCHES BIBLIQUES 219 

Dans cet ordre d'idée, la question relative à l'intention de l'au- 
teur, en plaçant ce meuble extraordinaire dans un pays étranger, 
devient plus urgente, et l'on se demande pourquoi il ne l'a pas 
placé sur le territoire israélite où il aurait pu servir en même 
temps de trophée attestant la victoire d'Israël sur les Amorrhéens. 
On peut encore se demander si les mesures auxquelles le narrateur 
s'arrête sont purement fortuites, ou bien si elles ont un sens qui 
mériterait d'être connu. 

La réponse à ces questions ne peut être donnée qu'à la condition 
d'expliquer au préalable divers points obscurs qui ïigurent dans 
le récit deutéronomique sur la façon dont les Israélites ont fait la 
conquête du royaume d'Og. 

On connaît l'histoire de la dernière marche des Israélites au- 
tour du pays de Moab. D'après le Deutéronome, un ordre divin 
défend aux Israélites de s'emparer de la moindre parcelle du pays 
d« Moab. La raison alléguée est que les Moabites ont été mis en 
possession de leur pays par Dieu même, qui leur donna la force 
d'exterminer les anciens habitants, qui étaient de la race gigan- 
tesque des ù"»ndi Rephaïm. Gomme les Moabites avaient refusé de 
livrer passage aux Israélites sur leur territoire^ ceux-ci furent 
obligés de faire le tour de ce pays et abordèrent ainsi, du côté 
de l'est, la partie sise entre l'Arnon et le Iabboc, que l\Amor- 
rhéen Sinon, roi du Galaad méridional, avait conquise sur les 
Moabites. Malgré ce changement politique, les Israélites, ne 
voulant pas se fixer au-delà du Jourdain, demandent à Sinon, 
établi alors dans sa nouvelle capitale dTIesbon, sur le territoire 
conquis, de leur accorder libre passage jusqu'à ce fleuve, qu'ils 
avaient l'intention de traverser pour procéder à la conquête du 
Chanaan. Sur le refus de Sinon, les Israélites, vainqueurs dans la 
bataille de *p-p Jahaç, anéantirent les Amorrhéens et s'empa- 
rèrent du pays pour leur compte. De là ils se dirigèrent du sud 
au nord, envahirent le Basan, et, après avoir anéanti le roi Og 
dans la bataille d'Edréi, prirent possession de tous ces pays jus- 
qu'au mont Hermon. Et ce n'est qu'à leur retour dans l'ancienne 
province moabite que les Hébreux effectuèrent le passage du 
Jourdain. 

Certains auteurs modernes ont raisonné à tort et à travers pour 
démontrer le caractère fictif de ce récit. On a prétendu que la 
conquête faite par Sinon du territoire moabite était l'invention 
d'un rabbin du 11 e siècle avant notre ère qui aurait voulu concilier 
la prise par les Hébreux du territoire moabite avec la défense de 
s'emparer de la moindre parcelle du pays appartenant à ce peuple 
congénère (Deut., n, 9). On a ajouté un argument que l'on croyait 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

être très décisif. On s'est demandé comment les Israélites au- 
raient pu passer le Jourdain si les territoires précités n'avaient 
pas été enlevés quelque temps auparavant aux Moabites par le roi 
arnorrhéen Sillon. On n'a pas réfléchi que le passage du Jourdain 
aurait pu être effectué du côté du Galaad soit paisiblement, soit 
après la destruction du même roi qu'ils ont combattu sur l'ancien 
territoire des Moabites. Sans l'entreprise de Sihon, les Israélites 
auraient simplement fait le tour du pays des Ammonites, ce qui 
aurait allongé de quelques journées leur marche dans le désert, 
mais n'aurait entravé en rien leur projet d'envahir la Palestine du 
côté de l'est. Grâce à la conquête du roi arnorrhéen, les Israélites 
ont pu s'établir un peu plus tôt dans un territoire dont les habi- 
tants ont dû les recevoir comme des libérateurs, du moins aux pre- 
miers temps de l'occupation, lorsque, d'une part, la haine des 
Amorrhéens était encore très vive dans l'esprit des Moabites et 
que, d'autre part, les Israélites n'avaient pas encore montré leur 
dessein bien déterminé de rester dans le pays. L'accord relative- 
ment sympathique qui s'était établi au début entre les indigènes 
et les Israélites a même fini par être mal vu des chefs de ces deux 
nations. Du côté des Moabites, c'est Balac, roi de Moab, qui con- 
çut des craintes de voir son peuple absorbé par les Israélites 
(Nombres, xxn-xxiv). Du côté des Hébreux, c'est Moïse et les 
autres chefs religieux qui prennent des mesures très sévères pour 
empêcher les alliances matrimoniales entre Israël et les habi- 
tants du pays (Ibid., xxv). 

Une autre particularité mérite d'être relevée, et cela d'autant 
plus que les critiques dont il s'agit sont tombés à ce sujet dans 
une erreur manifeste. Ils ont imaginé que les Amorrhéens des 
royaumes de Sihon et d'Og étaient des Chananéens venus de la 
Palestine cis-jordanique. Or, les auteurs du Pentateuque sont 
absolument unanimes à affirmer le contraire. Dans toute la lit- 
térature biblique, on n'entend jamais mentionner les Chananéens 
parmi les anciens habitants de la Palestine transjordanique. Là, 
ils ne connaissent qu'un seul peuple aborigène, les Rephaïm, et 
trois peuples conquérants, les Amorrhéens, les Ammonites et 
les Moabites, dans la direction du nord au sud, depuis le 
mont Hermon jusqu'aux rives méridionales de la mer Morte. 
Ces populations primitives , qu'on aimait à se représenter 
comme une race de géants, portaient plusieurs dénominations. 
Les Moabites les appelaient tTTON, « les Terribles » ; les Ammonites 
d^rm, « les Bredouillants (?) » ; la désignation primitive de d'Wûn 
est même restée pour le territoire qui s'étend depuis le Galaad 
jusqu'à l'Hermon. D'après le Deutéronomiste, Moab et Aramon 



RECHERCHES BIBLIQUES 221 

avaient conquis leurs territoires respectifs sur ces aborigènes (n, 
9-11. 19-21). D'après le même auteur, la partie septentrionale des 
anciennes possessions rephaïtes se trouvait , à l'arrivée des 
Hébreux, entre les mains des Amorrhéens, qui avaient pour roi 
le dernier survivant des Rephaïtes fondus dans la masse amor- 
rhéenne. Ces conditions ne peuvent se comprendre qu'en suppo- 
sant que la destruction des û\SDn a été la suite de leurs guerres 
désastreuses contre les envahisseurs amorrhéens, dont le point 
centrai paraît avoir été de tout temps la région de l'Hermon. Le 
Deutéronomiste tient si fermement à ce fait, qu'il donne le nom que 
portait cette montagne chez les Amorrhéens et chez les Sidoniens 
{Ibid., m, 9). En suivant strictement le procédé qu'il emploie à 
l'égard de Moab et d'Ammon, l'auteur a certainement été amené 
à considérer aussi les Amorrhéens comme les héritiers légitimes 
de l'ancien territoire des Rephaïtes, et cependant il trouve non 
seulement légitime l'occupation du Galaad méridional apparte- 
nant au royaume amorrhéen de Sihon, mais il raconte que les 
Israélites prirent l'offensive à l'égard d'Og, roi du Basan, sans 
même lui avoir fait au préalable des propositions de paix. C'est que 
le Deutéronomiste a eu présent à l'esprit le passage de la Genèse, 
xv, 16, qui fait coïncider la sortie d'Egypte avec la suprême cor- 
ruption des Amorrhéens. Les Israélites, dans son idée, remplacent 
par un décret divin les Amorrhéens , comme les Amorrhéens 
avaient jadis remplacé les Rephaïm. L'idée est empruntée au 
Lévitique, xxiv, 24-28, mais c'est encore la Genèse, xiv, 5, 
qui lui a servi de source relativement aux anciennes appella- 
tions du peuple aborigène au-delà du Jourdain. En effet, les Re- 
phaïm qui, à l'époque d'Abraham, furent battus à tnanp mrw 
l'ont parallèle au Rephaïte Og, qui a sa capitale à mntzjy, les 
Zuzim (ù">tit) de la localité inconnue nommée Ham (an) ' répon- 
dent aux Zamzummim ( d^ïttï ) de l'Ammonitide ; enfin, les 
Emim (ïton) de trrmp ïtto répondent aux Emim de la Moabi- 
tide, car t^mnp est notoirement une ville de Moab. Comme on 
le voit, l'auteur place la décadence du pouvoir rephaïte entre 
l'arrivée d'Abraham en Palestine et la sortie d'Egypte. Battus 
pour la première fois par le conquérant éiamite Chodorlogomor 
("îttbVro), les Rephaïm sont successivement anéantis ou dépos- 
sédés de leur territoire de deux côtés à la fois : du côté sud 
par les deux petites nationalités Térahides Moab et Ammon , 
du côté nord, par le peuple montagnard des Amorrhéens. A 
l'arrivée des Hébreux, l'empire amorrhéen était divisé en deux 



1 Voyez la note 2 de la page suivante. 



222 REVUE DES ETUDES JUIVES 

royaumes dont celui du sud était gouverné par Sinon et celui 
du nord par Og. Ces deux rois n'avaient aucun lien de parenté 
entre eux \ et se trouvaient plutôt dans un état de rivalité l'un 
avec l'autre, ce qui explique pourquoi Og n'est pas accouru au 
secours de Sinon. 

Cette exposition nous fait comprendre le sens et le but du récit 
relatif à la présence du lit d'Og, roi du Basan, dans la capitale 
des Ammonites. Le narrateur indique par là que le pays d'Am- 
mon ne s'était débarrassé entièrement des Rephaïm que depuis 
relativement peu d'années et que les Ammonites avaient eu 
aussi maille à partir avec les congénères d'Og. Il se peut même 
que le mot v~\y ait dans ce passage le sens de « berceau », de 
façon que les dimensions extraordinaires indiquées pour ce meuble 
se rapporteraient au moment où Og était encore enfant. En tout 
cas, l'auteur considère Og comme étant natif de la ville nommée 
plus tard Rabbat-Ammon 2 et comme ayant été obligé d'émigrer 
vers le nord après l'anéantissement de ses compatriotes par les 
Ammonites. Le désir d'invoquer le témoignage de ce peuple a été 
inspiré à notre auteur par l'exemple de celui des Nombres, xxiv, 
27-30, qui fait confirmer son récit de la conquête de Sinon par 
un chant amorrhéen, ainsi que par un drame moabite (ibîd., 
xxii-xxiv). 

Enfin, pour se rendre compte de l'idée qui a déterminé l'auteur 
à donner les dimensions du lit en question, il faut se pénétrer tout 
d'abord de la valeur intrinsèque de ces mesures, et sur ce sujet 
aucune explication n'a pu être donnée jusqu'à présent, de façon 
qu'on s'était habitué à y voir un produit spontané de la fantaisie 
de l'auteur. Une circonstance des plus inattendues est venue me 
montrer que la chose avait une signification beaucoup plus grande 
qu'on ne pensait. 

Un texte babylonien traduit par M. G. Smith, dans YAlfie- 
nœum du 12 février 1876, contient la description du temple de 
Bel à Babylone, depuis la cour extérieure jusqu'aux divers sanc- 
tuaires qui occupaient le centre de l'aire. Les dimensions du grand 
édifice et des édifices mineurs qui le composaient sont données en 
coudées. Du côté de l'est, il y avait plusieurs édifices. L'un d'eux 
renfermait le lit du dieu, ainsi que le trône d'or mentionné par 
Hérodote. Le lit est dit avoir eu une longueur de neuf coudées sur 
une largeur de quatre coudées. Il est impossible de ne pas être 

1 L'Aggada en a fait deux frères, fils de l'ange déchu iNïnfalD. 

* L'opinion que la ville rephaïte ùï"î (Genèse, xiv, 5) était identique à Rabbat- 
Ammon a été déjà émise par Tuch et M. Dillmann ne semble pas la repousser 
(Cfenesis, 5, p. 235). 



RECHERCHES BIBLIQUES 223 

frappé de l'identité de ces dimensions avec celles du lit d'Og, et 
aussitôt l'intention du Deutéronomiste devient d'une clarté évi- 
dente, car les Rephaïm, assimilés aux Anaqim û"»pa2 (n, 10-11, 20- 
21), sont, d'autre part, identiques aux Nephilim D^bsa (Deut., xm, 
33) qui, selon la Genèse, vi, 4, sont issus des jeunes dieux (^n 
D^nban) qui ont épousé des femmes humaines avant et après le 
déluge, ce qui revient à dire que les Rephaïm sont d'origine 
divine. C'est cette origine que l'auteur vise à accentuer en donnant 
à la couche d'Og les dimensions que la croyance polythéiste don- 
nait à la couche de Bel, le plus ancien des dieux sémitiques. 

On comprend maintenant beaucoup mieux l'insistance avec la- 
quelle l'écrivain deutéronomique désigne la partie transjorda- 
nique de la Palestine par l'épitbète de « pays des Rephaïm » (ynx 
tpaa - )). Son but est de légitimer l'occupation par les Israélites de 
ce pays, qui est situé en dehors de la Palestine propre. C'est une 
nouvelle allusion au chap. xv de la Genèse, mais tout particu- 
lièrement au verset 20 qui met les Rephaïm sur la même ligne 
que les Amorrhéens parmi les peuplades dont les territoires 
sont destinés à devenir les possessions des descendants d'Abra- 
ham. Israël a donc occupé de plein droit ce pays, sans être obligé 
d'entrer en composition avec les habitants. Ainsi Moïse, loin de 
faire des propositions de paix à Og, comme il en avait fait à 
Moab et à Ammon, prend l'initiative de l'attaque (Deut., m, 1; 
Nomb., xxi, 33). S'il agit pacifiquement à l'égard de Sinon, roi des 
Amorrhéens, c'est parce que, à ce moment, Israël n'avait pas 
encore l'intention de se fixer au delà du Jourdain. La victoire 
remportée sur Sihon lui a fait changer d'avis et lui a inspiré le 
désir de s'emparer de tous les territoires amorrhéens de cette 
région. 

Pour la critique biblique, les références plus ou moins expli- 
cites aux récits des autres livres du Pentateuque ne manquent pas 
d'importance, parce qu'elles en attestent l'antériorité sur les récits 
deutéronomiques. 

J. Halévy. 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES AHAMÉEKS DU CORPUS 



Le premier fascicule d'inscriptions araméennes que la commis- 
sion du Corpus inscriptionam ssmiticarum vient de publier était 
attendu avec une véritable impatience, non seulement par les 
sémitisants de profession, mais aussi par les historiens et les 
archéologues. Les premiers comptaient pouvoir y étudier commo- 
dément les formes linguistiques inconnues de l'araméen d'ancienne 
époque, les autres, ayant des visées plus hautes, désiraient con- 
naître et apprécier plus exactement cette race araméenne qui, 
encore qu'ayant joué un rôle aussi durable qu'important depuis 
l'Egypte jusqu'en Asie-Mineure, et des bords de l'Oxus jusque dans 
les oasis de l'Arabie centrale, semblait vouloir toujours se déro- 
ber à la recherche des origines et des aptitudes intellectuelles. 
La publication de ce fascicule donne pleine et entière satisfaction 
à l'attente de tous ces chercheurs infatigables. Sous la main ha- 
bile de M. de Yogùé, ces textes, en apparence très infimes, sou- 
vent effacés ou misérablement mutilés, ont pris un aspect d'oeuvres 
d'art brisées par des barbares et ont presque revêtu l'auréole des 
martyrs. En les voyant sous un jour si savamment éclairé, les 
traits vigoureusement tracés, les mouvements si harmonieusement 
dessinés, on se prend à les aimer, à vouloir les examiner à tous les 
points de vue et sous diverses dispositions d'esprit ; et l'on trouve 
un plaisir infini à panser leurs blessures ou, du moins, à en deviner 
la nature et l'étendue. Quand M. de Vogué publia pour la pre- 
mière fois, il y a quinze ans, son étude magistrale sur les inscrip- 
tions palmyréniennes, il inaugura un progrès scientifique qui n'a 
cessé de grandir jusqu'à présent. Les inscriptions mises en lu- 
mière par ses savantes interprétations, quoique limitées à un coin 
restreint du monde araméen, ont été commentées et recommen- 
tées par les érudits les plus compétents, et les résultats de leurs 
efforts combinés sont passés dans le domaine public de la science. 
Cette fois, grâce à la libéralité du ministère et à l'initiative de 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES AHAMËENS L)U COUP US 225 

l'Académie, M. de Vogué a été mis en mesure de nous livrer une 
œuvre parfaite, pouvant se mettre dignement à côté du corpus 
des inscriptions phéniciennes et embrassant l'ensemble de l'épi- 
graphie araméenne. Il est facile de prévoir que le fascicule qui 
vient de paraître, se rapportant aux âges reculés de cette race 
encore si peu connue, ne manquera pas de faire événement dans 
le sémitisme et que les savants les plus autorisés tiendront à hon- 
neur d'y consacrer leurs études et leurs lumières. C'est en prévi- 
sion de ce mouvement imminent, destiné à alimenter pendant 
longtemps les recherches du monde savant, que je demande la 
permission de faire quelques remarques sur certains textes dont 
la concision ou la mutilation a obscurci le sens et empêché de les 
élucider du premier coup. J'y joindrai quelques considérations gé- 
nérales sur la cause qui, suivant moi, a amené la prédominance 
de l'araméen sur les autres langues sémitiques dans l'Asie anté- 
rieure et en Egypte. J'ai à peine besoin de dire que ces modestes 
remarques, inspirées du simple devoir de la science, n'ont pas la 
moindre prétention d'être définitives ou seulement importantes. 

N° 1. 

La légende araméenne unilingue, gravée aux deux côtés et à la 
base d'un lion de pierre servant de poids, a été transcrite comme 
il suit : 

a (côté gauche) Npn« n n 15 ■p» 

b (côté droit) minimum 

c (base) "jbtt ■> [t s] pan *i©* nioan. 

La traduction porte : 

a Minœ XV [iwplices) regionis 

b XV 

c Quindecim minœ (duplices) régis. 

Le commentaire relève très exactement le défaut de la dési- 
nence &r dans -pïï (-«t) régis, en face de wp^m On) regionis, qui en 
est pourvu, et il incline à l'attribuer à un assyriasme. Cependant, 
bien que les mots empruntés à l'assyrien ne soient pas rares dans 
nos textes, on ne conçoit pas la nécessité d'un tel emprunt par 
rapport à un mot aussi usuel et commun à toutes les langues 
sœurs. Le fait que la forme nue *p 72 persiste dans toutes les lé- 
gendes pondérales me semble indiquer qu'entre l'expression ^t 
Np"iN et celle de ^bn ^T il y a une différence remarquable quant 
au sens. En effet, lorsque le nom du poids, notamment du poids 
contenant une ou plusieurs mines, est déterminé par l'expression 
« pays » ou « région », on sent tout de suite qu'il s'agit d'un poids 

T. XXI, n° 42. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ordinaire et usité dans tout le pays, et personne n'ira y chercher 
l'idée d'un objet appartenant au pays ou à la région. k\i contraire, 
lorsque le poids est déterminé par le mot « roi », il y a lieu de dis- 
tinguer s'il s'agit d'un poids formant la possession du roi, ou bien 
si le mot « roi » n'est qu'une sorte de qualificatif du poids. Dans 
le premier cas, l'araméen dira asbtt (n) n:tt, dans le second, fiatt 
^biz hT). Dans les langues modernes qui possèdent l'article, cette 
distinction sera également faite, et dans notre langue aussi l'ex- 
pression « la Mine du roi » n'est pas équivalente à celle de « la 
Mine de roi », c'est-à-dire: une Mine royale, et différente de la 
Mine vulgaire. 

Je prends encore la liberté d'appeler l'attention sur un point 
qui doit être éclairé. En insérant la lettre n dans la légende c on 
a également mis le mot daplices dans la version latine. Il en 
résulte une sorte de contradiction entre les légendes a et c : l'une 
annonce un poids de 15 doubles mines ordinaires, l'autre, un poids 
de 15 doubles mines royales. Est-on bien sûr que les deux épi- 
thètes sont absolument équivalentes, ou bien n'indiqueraient-elles 
pas plutôt deux étalons différents? Chez les Hébreux, le sicle 
sacré paraît avoir été plus fort que le sicle ordinaire; y aurait-il 
quelque chose d'analogue pour les poids assyriens? Fait à relever : 
aux n os 2, 3 et 4, qui contiennent côte à côte les mots *fift et NpnN, 
ce dernier seul est précédé de 3, ce qui donnerait à penser que le 
poids royal pesait le double du poids ordinaire. Dans ce cas, il 
faudrait enlever la lettre 3 de la légende c et le mot daplices de 
la version latine, et l'harmonie des deux légendes deviendrait 
parfaite, car 15 doubles mines régionales font exactement 15 mines 
royales. 

N° 3. 

Le nom de nombre 3 est écrit tvoh'û, avec deux chuintantes, au 
lieu de la forme araméenne ordinaire anbn, avec deux dentales. 
Gomme c'est un mot d'usage commun, je ne pense pas qu'il y 
ait un assyriasme. C'est plutôt une forme archaïque conservée 
dans ce dialecte particulier. Cette considération m'amène aussi 
à penser que le nom de nombre « deux », effacé dans la lé- 
gende c du n° 4, doit être rétabli sans hésitation 'pus, au lieu de 

N°7. 

Le mot 350, indiquant la fraction 2/3, peut bien avoir été em- 
prunté aux Assyriens, mais son origine sémitique est absolument 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARAMÉENS DV CORPUS 227 

hors de doute. Cela est prouvé d'abord par les variantes shi-i- 
ni-bu, si-in-bu et shinipaium; cette dernière est péremptoire, 
puisque la terminaison du n féminin ne peut, dans aucun idiome 
sémitique, se joindre aux substantifs empruntés aux langues 
étrangères. Du reste, le mot shi-i-ni-bu non seulement ne figure 
pas dans les textes « sumériens », mais il y donnerait le sens 
étrange de « face-gloire-élévation-largeur », ce qui est bien loin 
de l'idée de fraction. Enfin, la racine 23Œ réside dans l'hébreu 
nitûN « grillage », et l'arabe possède aussi les racines aso et aa©. 
Le sigle qui désigne la fraction 2/3 est visiblement dû à une sim- 
plification du caractère archaïque du D, abréviation du mot 350. 
C'est une nouvelle preuve en faveur de l'origine sémitique-ara- 
méenne de ce mot. 

N° 10. 

Le mot exprimant la demi-mine sns n'est pas simplement la 
transcription de l'assyrien parasu; c'est, au contraire, l'ancienne 
orthographe du verbe signifiant « briser, séparer, disperser », dans 
les langues sœurs. L'orthographe dis ne se constate que dans les 
livres les plus récents du recueil biblique ; elle est usuelle en ara- 
méen de basse époque. La même observation doit être faite au 
sujet des mots )bpv (n° 13, passim) « sicles » et niïîN (n° 15) 
« femme », qui ont conservé la chuintante primitive et ne sont nul- 
lement de simples copies de termes assyriens. 

n° n. 

Le texte a un intérêt particulier à cause des noms propres que 
fournit l'original assyrien. Le plus important d'entre eux est, 
sans conteste, celui du témoin, Am-yaiëu, rappelant par son 
second élément le nom du roi arabe vaincu par xissurbanipal, 
Ahiyate' ; il est permis d'y voir un indice que les peuplades 
arabes combattues par les Assyriens étaient des Araméens, et non 
de vrais Arabes dans le sens moderne du mot. 

L'inscription araméenne est ainsi restituée : 

Ce qui est traduit : 

Venditio Husiae 

siff{abaej, capilîim septem toO Arad-J[s(ar) 

A propos du mot nn, le commentaire fait cette remarque : as- 
syriacwn vocabulam, lilteris aramaicls transcripliim : e verbo 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

n:i quod assij)'iaco sermone eumlem sensum habel queni licbr. 
cl aram. fps. Si je ne me trompe, cette explication présente deux 
graves difficultés. Autant que je sache, le vocable nsn ne figure 
nulle part dans les originaux assyriens de nos textes; on y lit 
constamment tadâni, pour exprimer l'idée de « vente ». D'autre 
part, le verbe signifiant « donner, vendre » est nadani "ps, avec 
un noun troisième radicale, racine qui existe aussi en hébreu à 
côté de ina. Il vaudra peut-être mieux voir dans le vocable rm 
une forme araméenne régulièrement tirée de "pi. Comparez les 
infinitifs hébreux nn = njn, ntçj, nns, de frû, w, nsa. 

A la seconde ligne araméenne la restitution Na(nD) ne semble 
pas nécessaire ; de plus, l'esclave dont le nom s'écrit en assyrien 
si-gab-a n'a rien à faire ici, puisqu'elle est une des filles de Houri. 
Dans la version latine on a traduit le mot tt»« par capila. Je suis 
porté à croire que l'araméen ^D est identique à l'assyrien saqû, 
babylonien sagu « tète ». Notre texte se lit donc : 

C'est-à-dire : Capila hominwn septem toû Ard-I(slar). 

N°23. 

Les deux mots du texte araméen ne donnent lieu à aucune re- 
marque, mais je prends la liberté d'appeler l'attention des rédac- 
teurs sur un lapsus qui s'est glissé dans la traduction du texte 
assyrien. Ce passage porte : « Quicumque deinceps quocumque 
tempore, sive Abuahusurus, sive Ahuni, sive Ahinur, aut eorum 
fllii aut filiorum filii, aut fratres, aut fratrum filii, aut eorum 

uxores, contractum coram me adducit duas solvet argenti 

minas. » A moins que le magistrat ninivite ne se fût assuré par un 
oracle une longévité extraordinaire pour lui et pour l'esclave, il 
n'eût pu prévoir le cas où les petits-fils des contractants lui de- 
manderaient l'annulation de la vente. Effacer simplement les mots 
coram me auxquels rien ne correspond dans le texte assyrien ; la 
désinence ni du verbe ublauni n'est pas l'affixe de la première 
personne du singulier, mais une syllabe de prolongation. 

N° 27. 

Le nom de l'acquéreur du champ se lit sans hésitation Tawa 
(non "PJtea !) et, ainsi que M. de Vogué l'a vu, répond au groupe 
Bin-naHd « Bin est glorieux », conformément à la lecture que 
M. Oppert a admise pour les idéogrammes im-i. Le nom divin Bin 
avait été supposé dès le début par le même savant dans le nom du 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARAMÉENS DU CORPUS 229 

roi de Damas, qui est orthographié en hébreu "^"ï? (mieux" que 
T15-15) et en cunéiforme im-idri. Notre légende change cette 
supposition en certitude et fait voir, en outre, que le sens de ce 
nom propre est « le dieu Bin a glorifié, ou, est (ma) gloire ». Com- 
parez h n:?î' 1 « Ialvwé est gloire», Wi** « Iahwé est secours ». Je 
montrerai plus loin que la lecture Adad-idri adoptée par 
M. Schrader pour le nom du roi que je viens de mentionner est 
encore impossible par une raison toute linguistique. 

N° 35. 

Ce texte, entièrement fruste, nous a heureusement conservé un 
mot important iïtib « témoin », orthographié avec ta, comme le 
Nrmma du passage araméen de Genèse, xxxi, 47; comparez Job, 
xvi, 19. L'araméen postérieur ne connaît plus que la forme ino 
avec 0. 

N° 36. 

Le nom propre nmtïîN est expliqué « ad quem se vertit Assur ». 
Comme la dentalisation du tu en n n'apparaît nulle part dans nos 
textes, j'incline à en exclure la forme moderne ari pour 3«5, et à 
considérer ce nom comme l'équivalent de l'assyrien Ashshnr- 
tabbn « Assur est un compagnon, un aide ». 

N° 38. 

*>ï . [ ] .'psnïî Hordea hœc sunt que 

hy . fctsbtt , -12 filii régis, de 

STHH »\a .qtafcn Hamatuto ex (urbe) Hadduah. 

1 7'a 5 Homeri V, B VII et' 

5 pisn Messores V 

O^oan .ùfctb Anno eunuchorum principis 

nst^OM Nebosarusur. 

L'objet de cette inscription est très clairement exprimé dans le, 
texte assyrien. Taquni, le mandataire du prince royal, avance à 
un agriculteur nommé Hamatut, de la ville de Handuat ou Haduat, 
cinq homers d'orge à la condition que celui-ci lui rendra un ho- 
mer et 30 qab (en abréviation qa) en plus. Le texte ararnéen dit la 
même chose, mais quelques expressions y sont douteuses. Après 
le mot yi*ia « orges », il y a trois lettres peu distinctes, que 
M. Berger avait lues ns" 1 « beau ». M. de Vogué remarque juste- 
ment que la forme du singulier n'est pas en accord avec le plu- 
riel du substantif l^ffl, et il préfère la lecture rwt, « ceci » proposé 
par M. Duval et traduit : « hoc est hordea », en ajoutant : comis 



230 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sane sacco alligabatur quod hordea coniinebat. Cependant l'ap- 
plication à !-£î du sens neutre de hoc n'est pas facile à admet- 
tre ; le féminin nt y conviendrait mieux. Il faudrait, du moins, &«t 
■pan». 

Après un examen réitéré, j'ai constaté que la première lettre du 
groupe n'est ni un \ ni un î, mais un n. La seconde lettre, dont il 
ne reste que la haste penchant vers la gauche, se complète aisé- 
ment en un 53, et comme le reste est tout à fait méconnaissa- 
ble, on hésite en face de deux restitutions possibles : celle de 
[mil yi]ttrt liomeri 5, et celle de wan quinque. Je préfère cette der- 
nière par la raison que le nom de la mesure est souvent sous- 
entendu ; notre îûwn "py-o offre un beau parallèle à l'hébreu uîo 
d-nsna (Ruth, m, 15, 17). 

La quatrième ligne commence par le chiffre 5, c'est-à-dire 
« cinq homers ». Sur Jes signes 7 3 qui suivent, le commentaire 
s'exprime ainsi : Quod sequuntur oh s cura ; littera a abbrevia- 
tio quœ aut ad mcliendi rationem aut ad ignotum aliquid 
spectàt. » D'après le résumé que j'ai donné ci-dessus, l'explication 
devient très simple : 7 a 5 signifie « 5 contre 7 ». En effet, au 
moment de la restitution, les 5 homers prêtés feront avec l'intérêt 
5 + l h + 30q = 6 h 1/2, et le demi-homer restant était visiblement 
perçu à titre de commission par le mandataire du prince ; de telle 
sorte, l'agriculteur avait à rendre 7 homers d'orge pour les cinq 
qu'on lui avait prêtés. Outre cela , il devait encore engager 
5 moissonneurs pour parfaire sans retard la quantité d'orge à 
restituer. 

J'ai signalé, ailleurs, l'importance de cette inscription au point 
de vue de la critique biblique, je me bornerai donc à dire que 
Nabusarusur était archonte en l'an 682 avant J.-C, la dernière 
année du règne de Sennachérib. 

N°42: 

• 

L'état emphatique wnyxû ne peut pas s'accorder avec pEp^, 
il faut donc lire p*tD. Quant au sens de l'adjectif ïTtfp», l'idée de 
colligata n'offre rien de satisfaisant. Comme on est, en tout cas, 
obligé de recourir à l'hébreu, j'aimerai mieux rapprocher l'ex- 
pression nViiDptt, qui s'emploie pour désigner les brebis qui pro- 
duisent pour la première fois. Il s'agit d'orge qui provient de la 
première moisson, celle de l'automne, Cela semble résulter du 
texte assyrien, qui stipule expressément que la restitution de 
l'orge prêtée doit être faite au mois d'Arahsamnu, c'est-à-dire en 
octobre -novembre. 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARAMÉENS DU CORPUS 231 

N° 43. 

Cette inscription a été traitée brièvement à la dernière séance 
delà Société asiatique ; les modifications que j'ai proposées con- 
cernent la traduction du texte #, que je reproduis ci-après : 

nty£frn . ittn Manni et Emazar 

ûmoab . "Dï-n pignori dederunt i& Assurraham 

C]0S3 , tlblilBb gemmam (?) pro argenti 

7 'jbpta siclis septem. 

b$i , dm In diem producit 

NSD3 argenti (pondus) 

L'objet servant de gage est déclaré douteux par le commentaire, 
qui s'explique ainsi, à propos du mot fibnstû : « Primum voc. rem 
pignori datam désignât, quod si "jb'OT légère vis, conf. voc. 
psbtJO in Targ. et Talm., quod « gemmas pretiosas » désignât; 
quomodo legendum et interpretendum sit non liquet. » Je crois 
que l'idée de chercher un nom de pierre précieuse dans fiblsiD, 
quand même on pourrait le lire *]b*WTB, doit être définitivement 
abandonnée, le targumo-talmudique 'psb^o étant, sans aucun 
doute, une altération du grec zapSovûxiov, une variété de sar- 
donyx. Il faut donc voir dans le mot qui commence la troisième 
ligne un nom propre d'homme. Celui-ci sera Sin-delâ « Sin a 
sauvé » en bon araméen , si la lettre finale est un !-i, ou Sin- 
idi-illik de physionomie assyrienne, si la lettre finale est un "j. 
Le régime direct du verbe nain, conformément à la construc- 
tion des langues sémitiques du nord, est probablement ùmûN. 
La fin de la ligne 3 jointe à la ligne 4 fixe à 7 sicles la somme 
du prêt. Les deux dernières lignes ne peuvent pas, suivant mon 
sentiment, indiquer l'idée d'intérêt. D'abord, le calcul de l'in- 
térêt par jour est peu conforme aux habitudes de l'antiquité. 
Ensuite, la somme de l'intérêt journalier n'est pas donnée, et 
il est peu probable qu'il manque une ligne à notre inscription. 
Toutes ces considérations me font croire qu'il s'agit d'un prêt 
de 7 sicles fait par Sin-dalê aux deux individus mentionnés 
dans la première ligne. Ces individus s'obligent à donner leur 
esclave Assurrahem en nantissement au prêteur, le jour où il 
remettra la somme prêtée entre les mains des emprunteurs. Le 
verbe h^ peut être soit, au qal, b*"» « entrera, sera apporté », soit 
ba£' a i! (le prêteur) apportera ». La traduction littérale du 
texte est : 



232 REVUE DES ETUDES JUIVES 

<<. Manani et Emazar (?) sont convenus de donner en gage Assurra- 
hem à Sin-delà, pour la somme de 7 sicles d'argent, le jour où 
celui-ci lui remettra cette somme. » 

N u 49. 

Le nom propre cwaN transcrit la forme assyro-babylonienne 
abu-liiiti « père de la vérité ». Le mot kittii, contracté de hintu, 
vient de la racine '{■o « être ferme, vrai, etc. » A remarquer la 
prononciation a pour 5, qui revient dans la forme hébraïque 
yîJno; pour shar-ukîn. La façon de rendre le t assyro-babylonien 
par un a se présente aussi dans l'hébreu iszv, qui transcrit l'as- 
syrien tipshàru « écrivain, régistrateur »,àepasharit « expliquer, 
interpréter. » ...... 

N° 52. 

La troisième lettre du nom propre est distinctement un T, et non 
pas un n, comme on l'a admis jusqu'à présent. Il faut donc lire et 
traduire : ftTanwb « à Azri-uzza ». Ce nom signifie « secours 
d'Ouzza ». Le culte de cette déesse chaldéenne s'est conservé jus- 
qu'au sixième siècle de l'ère chrétienne chez les Arabes de Hèra, 
sur le bas Euphrate. Il consistait souvent en sacrifices humains, et 
Mondhir III, au retour de sa razzia en Syrie, immola en l'honneur 
d'Ouzza Hârith, le fils du roi ghassanide, ainsi que 300 sœurs 
chrétiennes qu'il avait enlevées aux couvents de cette région (Pro- 
cope, De hello persico, II, 28; Land, Anecdotœ, III, 247). 

N° 53. 

La vraie lecture de cette légende a été parfaitement rétablie, 
mais je crois néanmoins que la pierre servait de poids. Je 
prends !-ppn au sens de Npna, et je traduis : « Mine régionale en- 
tière ». L'adjectif ttttbia se rapporte, non à rrbpn, mais à la mine 
[rw]». 

N° 69. 

Le groupe initial ne peut être séparé en deux mots *iri« et 
acn, qui ne donnent aucun sens satisfaisant. Du reste, dans le Tal- 
mud le mot signifiant « condition, pacte » n'est pas fcwri, mais \N^n. 
La troisième lettre n'est visiblement pas un t, mais un trait de 
séparation. Je lis pab **ï Nin-inN « Alhrotâna; de briques ». Le 
nom propre est un mot perse se composant de athva [= athars) 
« feu » et de tâna = tanu « corps ». Le mot à mot de cette compo- 
sition est « celui qui possède un corps de feu ». 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARAMEENS DU CORPUS 233 

N° 54. 

Le nom ■•sbibN s'explique très bien par l'araméen. Il signifie : 
« Dieu m'a sauvé », et est synonyme de bw'TO (n° 43 c) « Dieu 
m'a aidé ». Le verbe abl nous est déjà connu par le nom ïibisia 
« Sin a sauvé». 

N° 82. 

La forme onomastique binD& est l'original théophore du fameux 
nom chananéen anD^D porté par le généralissime de Jabin, roi de 
Haçor (Juges, iv). 

N° 97. 

Le nom œE'CTïbîD est en assyrien Knli zaïri Shamsah « arrête 
mes ennemis, ô Shamash ! » 

N° 94. 

Un nom d'homme : « Perfectus ut El » est peu probable. Dans 
b«^?a « qui est comme Dieu » il y a, par suite du pronom interro- 
gatif, une idée respectueuse envers la divinité, ce qui n'est pas 
le cas dans la forme affirmative « aussi parfait que Dieu ». Il 
faut revenir à l'ancienne étymologie, qui traduit baottn : « Dieu 
a soutenu ». Le verbe yir, est synonyme de ^ïïo, mais n'en dé- 
rive pas. 

N° 102. 

Une composition analogue à Mithra-içtâcl a quem Mithra cons- 
tituit » me paraît impossible en perse, voire même dans les lan- 
gues indo-européennes en général. Je transcris nnsr.nto, avec une 
r finale, et je l'identifie à Mithracithra « doué de la semence de Mi- 
thra ». Comparez le zend Atareciihra « possédant la semence du 
feu », et le moderne Mînocehr — Mainyocithra « possédant la 
semence de l'esprit ». A noter l'emploi de la lettre £ pour expri- 
mer le son tsch, emploi qui s'est perpétué dans l'écriture pehlevie. 
LesNestoriens, qui introduisirent l'écriture syriaque chez les tri- 
bus turques de l'Asie centrale, se servirent aussi du £ pour rendre 
cette consonne, tandis que chez les Mongols le y rend le son tz. 
J'ajoute que les Juifs caraïtes prononcent comme tsch le £ hébreu, 
de telle sorte que les noms propres p'Wsbto, jV»», fnsx. sont arti- 
culés par eux Tschion, Tschippo^a, Malhilschedec. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

No 105. 

Le nom tta^a est le babylonien Nîr-igish, forme abrégée de Bel- 
nir-igîsh « Bel a donné la puissance ». 

N° 108. 

C'est l'inscription dite du lion d'Abydos, qui a été l'objet d'un 
grand nombre d'interprétations. Elle se compose de cinq mots 
ND03 "»T K"nno bnpb yie&K, que M. de Vogué traduit : Exacium 
teslificatum coram castodïbus argenti. La première difficulté à 
signaler est le manque, dans l'original, de l'expression répondant à 
teslificatum, car le terme araméo-biblique awisON (Esdras, v, 8 
passim), auquel on a comparé le psoN de notre texte, n'a que le 
sens de « exactement ». L'interprétation de bspb au sens d'une 
vérification du poids par des inspecteurs présente une seconde 
difficulté, étant donné que dans Faraméen biblique cette préposi- 
tion, quand elle ne signifie pas « à cause de, pour », indique l'idée 
d'une situation en face ou contre un autre objet. L'expression 
convenable serait iï wr bs> ou simplement ù^jp. La troisième 
difficulté réside dans l'interprétation de N-v-ino par cuslodibus, 
sens que le verbe nno « cacher, détruire » ne semble pas com- 
porter aisément. Enfin, l'objection la plus sérieuse, celle que le 
commentaire a enregistrée en mon nom, consiste en cette consi- 
dération que l'expression asos v ne saurait être prise au sens de 
celle de ndss 3* n, seule possible en parlant de fonctionnaires 
chargés de la perception des impôts. Toutes ces réflexions m'a- 
mènent à penser maintenant que le terme -ino représente une 
unité pondérale, notamment le talent. Je considère ce mot comme 
d'origine perse et je proposerai de transcrire aoino au lieu de 
wnno. Le mot perse pour « talent » semble avoir été stada, de la 
racine sta « s'arrêter, se fixer, s'établir ». C'est de cette même 
racine sta que le grec, sous forme de 'wt^f, a obtenu les noms 
aTaOjAo'ç « lieu d'arrêt » et « poids », <rcaT*ip « poids, statère », ordôw; 
« stable, solide » et « pesé dans la balance ». Comparez aussi l'ad- 
verbe poétique at^faiv « au poids, en pesant ». Par suite de cette 
analogie, je crois que la traduction définitive de notre légende 
doit être : « Exact, pour les talents d'argent ». 

N° 109. 

La restitution ïwinoa = pehlevi asludâna « récipient d'osse- 
ments, tombeau » a été faite avec certitude par M. Darmesteter, 
mais, pour construire une phrase araméenne correcte, il faut sup- 






NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARAMEENS DU CORPUS 235 

poser la perte du b initial marquant l'accusatif et lire rwnnOKb, 
et, en effet, la partie inférieure du b a encore laissé des traces sur 
la photographie. Le texte araméen a dû avoir deux lignes, puisque 
le nom du dernier occupant du tombeau, qui portait le nom de 
son ancêtre, ne pouvait pas être omis. 

N° 113. 

La restitution de la première partie de ce texte, quoique satis- 
faisante quant au sens, n'est pas exempte de difficultés. Il paraît 
évident que le début de la ligne 2 a dû contenir le nom ou le titre 
du roi de Teima, dont la 22 e année de règne forme la date de l'ins- 
cription. La première ligne, après le mot presque certain aobiab 
« du roi », n'a de place que pour un seul mot. Puis, quand même on 
admettrait un nom propre unique sans autre qualificatif, la men- 
tion de awn après le verbe ip^ paraît tout à fait superflue, et 
cela d'autant plus que les sujets de ce verbe sont immédiatement 
qualifiés Ntt\n ^ba « dieux de Teima ». En troisième lieu, enfin, 
l'idée de « sanctionner » attribuée au verbe npias se rapportant au 
dieu tutti ->t ûbst paraît assez singulière, et le sens de « don » ou 
« redevance u inhérent au substantif «np^ra:, qui figure à la ligne 
15, ne milite pas en faveur de cette idée. 

A partir de la ligne 10, la traduction devient certaine. Je me 
rallie maintenant à l'opinion admise par M. de Vogué, que les 
malédictions énoncées aux lignes 12-15 ont pour objet le destruc- 
teur de la stèle, mais je maintiens la lecture khdo avec d. Com- 
parer l'hébreu g]0 « poteau ». L'étymologie proposée pour justifier 
la lecture smo avec i ne me paraît pas très vraisemblable. 

A la fin de la ligne 17, on ne saurait approuver la restitution in 
au sens de « scilicet ». Dans Genèse, xxiv, 55 auquel renvoie le 
commentaire, in signifie « ou bien, du moins », et non pas « savoir, 
c'est-à-dire ». Il faut supposer Kïiba « dieu », ou nten « le 
susdit ». 

Les chiffres de la ligne 18 sont ou 15 ou 17, non 16. A la ligne 
suivante, il y a distinctement 6 unités. La somme totale marquée 
à la ligne 20 peut donc être soit 21, soit 23. Cette dernière alter- 
native paraît plus probable, et, de telle façon, il n'y reste pas 
d'espace pour le démonstratif nï-j, que le sens général de la phrase 
est d'ailleurs loin de recommander. 

N° 122. 

Je crois que l'araméen de cette inscription est très correct. 
L'emploi du singulier ■pna, se rapportant aux deux personnages 



REVUE DES ETUDES JUIVES j 

nommés immédiatement après, a de fréquentes analogies en hé- 
breu. Comparez, entre autres, ■piiK'i îra» awn (Exode, vu, 10), 
Vinrent Moïse et Aaron » ; mot à mot : « vint Moïse ainsi qu'Aa- 
ron». Le mot Nranp ne saurait signifier « accedentes » ; c'est un 
substantif et il a le sens de « offrande ». La petite phrase -vntf p 
exprime le vœu fait par Absallî. En hébreu aussi, le verbe nfctf a 
souvent le sens de promettre. A la dernière ligne, les lettres -na 
sont certaines; en suppléant un n, dont on voit encore le jam- 
bage droit, on obtient le mot rrps « au mois ». Le mot suivant 
fait voir très distinctement ses trois lettres initiales 5ttD, puis 
vient la silhouette effacée d'une lettre qui peut être un n ou un i. 
C'est le dernier qui est à retenir à cause des deux traits qui sui- 
vent et qui forment visiblement la fin du mot et de l'inscription. 
Comme le premier de ces traits est cambré et d'une longueur qui 
dépasse celle de toutes les lettres à haste de ce texte, on ne peut 
qu'y voir le côté droit d'un a, auquel se joint très bien le trait de 
gauche qui a perdu son prolongement un peu oblique qui le réu- 
nissait à la base du premier. Par suite de ces considérations, on 
obtient la forme aiitts, qui rend très exactement le nom de mois 
Phamenoth, le dernier de l'année égyptienne. 
Voici comment je propose de traduire cette inscription : 
« Béni soit Aba, fils de Haur, ainsi que Ahatabu, fille de Adia, 
tous deux pieux et fidèles. Offrande devant le dieu Osiris. Absallî, 
fils d'Aba, dont la mère est Ahatabu, avait fait le vœu, l'an IV, le 
mois de Mekhir, de Xerxès, roi des rois. (Fait) au mois de Pha- 
menoth. » 

N° 123. 

Je considère ^ann comme désignant le vase contenant l'oblation, 
et non pas l'oblation elle-même. Cette pratique cultuelle est 
exprimée par rwp, état construit de Nranp, qui figure au numéro 
précédent et signifie « offrande, don ». Comparez le verbe n^ip 
du n° 114 désignant la consécration d'un siège. C'est Abitâb qui 
place ce vase dans le sépulcre de son père Banit, afin que celui-ci 
puisse l'offrir à Sarapis, juge des morts. Cette idée est exprimée 
dans la phrase finale que je transcris (non *ny ■ro) tnp Tay rû 
isn "noiN « qu'il (Banit) fasse ainsi devant Osiris-Hapis ». La 
séparation i^y iïis « sic fecit » n'offre pas de sens satisfaisant 
pour le contexte. L'expression *ïïïn p de l'inscription précédente 
appartient à un autre ordre d'idées. 

N° 145 a. 
Les lignes quatre et suivantes peignent visiblement la démora- 



NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARÀMEENS DU CORPUS 237 

lisation des derniers jours. En prenant le mot ïip^E au sens de 
« aumône », au lieu de celui de « justice »., on restitue aisément la 
phrase entière rrhaab rrpTO [arp Nbi r^oa ©■»«] bsfin pnru< ïttTm 
« aux derniers jours [l'homme] mangera [son argent et ne don- 
nera pas] l'aumône à son père ». L'expression en apparence mo- 
derne « manger l'argent » se trouve déjà Genèse, xxxi, 15. Les 
deux phrases suivantes se rapportent, suivant moi, au mauvais 
traitement que le serviteur fera subir à son maître.et aux enfants 
de celui-ci. La première, dont l'objet se restitue avec quelque 
doute, ttaba ^nabpm [r»n»b ©■*« flan « et l'homme veml[ra son 
maître] et le scandalisera en son cœur ». La traduction « et per- 
pendat .in corde suo » n'offre pas d'attache avec ce qui suit. Le 
verbe bpn rend, dans le Targum, l'hébreu b v iar> « scandaliser, 
faire trébucher ». La seconde phrase a été très bien complétée. 
Seulement, la lecture mcn produit le sens invraisemblable de 
« et alter occidet filios domini sui et alter liberabit filios domini 
sui [ob] panem ». Donner la liberté à quelqu'un, même par intérêt, 
ne peut pas être considéré comme une mauvaise action. Je pense 
qu'il faut lire mum. Le verbe naiïî « faire captif » forme un pa- 
rallélisme naturel avec b*jp « tuer ». Dans le papyrus B, 1. 5 on 
lit aussi rraiû ■•ï araïai « et les captifs que tu as pris ». Par suite 
de cette circonstance, la phrase que nous considérons se lira bap'n 
artb [ban] tt&n» ^a »•»« mtzî'n rwi» ^ab ©to « et l'homme 
(= l'un) tuera les enfants de son maître, et l'homme (= l'autre) 
fera captifs les enfants de son maître pour avoir du pain », en 
d'autres termes : l'esclave tuera ou réduira en esclavage les 
enfants de son maître suivant ses intérêts. 



Considérations générales. 

Les spécimens linguistiques que cette partie du Corpus vient 
de nous fournir, sous une forme qui mérite toute notre confiance, 
donneront lieu à plusieurs considérations qui ne peuvent qu'être 
profitables aux études sémitiques en général. Je prends la liberté 
d'appeler l'attention sur quelques points spéciaux qui m'ont été 
suggérés pendant la lecture de ce fascicule. Ils concernent la 
nature de la langue en même temps que l'origine et l'extension 
des peuples araméens dans l'Asie antérieure avant l'époque 
grecque. 

Ces inscriptions nous apprennent tout d'abord que, dès le 
ix e siècle avant J.-C, comme date inférieure, la langue ara- 
méenne était déjà parfaitement développée et écrite avec l'alpha- 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bet phénicien. Grammaticalement et lexicologiquement nous y 
trouvons tous les traits caractéristiques qui font la spécialité de 

Paraméen. Signalons entre autres : 

1° L'état absolu en N— : fiqna , NDM ,Kbpn /M^, quelquefois 
en n- : rtbpn ,!n»biB ,mT. 

Au féminin : nî-ien ,NrmD ,Nmi8 ; 

*2° Les prénoms démonstratifs nsî (rttt) /NT ,Nr7; 

3° Le pronom relatif ^t et le composé ^îd ; 

4° Le suffixe de la troisième personne, masc. rr (= 7:7; pi. *rrr ; 

5° Le suffixe verbal de la troisième personne pi. "p : ^w^wasrv 
■pnm ,i"nttao /finir /TO-d* 1 ; 

6° L'emploi usuel des propositions ûïp ,bnpb ,isra )iï ,S|brî ; 

7° L'emploi de verbes et de noms tels que : ,13* ,fcnrï ,pD2 ,nï"p 
rn» ,^525 ;ana ,abpn .«nne^l^sn ,8Tnra,fintt , «n» 1 »©, etc. 

Parmi les mots qui sont plus usités en hébréo-phénicien que 
dans les dialectes araméens on signale les substantifs ti5"»K,ma« et 
le verbe npb (d'où mp). 

Mais, si la langue de nos inscriptions est franchement ara- 
méenne, elle possède un certain nombre de traits distinctifs qui 
sont autant de marques d'une haute antiquité. Ces traits ar- 
chaïques consistent : 

1° Dans l'emploi du préfixe ri, au lieu de n, pour la voix cau- 
sative : mpri /pMri, pour nnpN /pea» ; 

2° Dans la prononciation avec ia au lieu de des mots "p3>ia et 
Tïtd, qui deviennent plus tard "jn^d et *iriD. Cette dernière forme se 
constate déjà dans le dérivé Ninon, qu'on lit dans un papyrus de 
l'époque perse (n° 145 B) ; 

3° Dans la prononciation non dentalisée des sifflantes î et 125. 
A ce sujet voici ce que l'on peut constater : 

Le t est conservé intact jusqu'à l'époque perse inclusivement. 
On a ainsi : ,bft«w ,îwit* ,wnrï ^Wtts ^wbyî ,Tft2 ,M n^t 
nt /vd. L'araméen moderne emploie dans ces cas un 1, au lieu 
de t. 

Le o demeure intact dans les inscriptions de l'époque assyro- 
baby Ionienne : jbpT» ,rvûK /ittN /"ptDpn ,N©bï5, et non ,mnN /pap7û 
Knbn ,lbp n ,nn«. A l'époque des Achéménides le •û de ces sortes 
de mots se change en n aspiré. Le premier exemple nous est 
fourni par le nom perse de l'Assyrie, Alhara, qui reflète, sans 
aucun doute, l'araméen nina. Nos inscriptions y ajoutent les mots 
anm» et -in», hébreu-assyrien niaitt, mushàbu et asJiru. 

Le £, au contraire, montre dès l'époque assyrienne une transi- 
tion en p dans le mot NpnN, pour le nord-sémitique ynN. Les 






NOTES SUR QUELQUES TEXTES ARAMÉENS DU CORPUS 239 

autres dialectes araméens ont le v réglementaire et écrivent 
Bttn«. Dans les papyrus égypto-perses on constate aussi la tran- 
sition du £ en a , dans le mot ^bb-j, héb. ^pbbx. 

Il est facile de tirer la conclusion de ces faits : la dentalisation 
éventuelle des sifflantes en araméen s'est effectuée lentement et 
inégalement pour chacune d'elles entre le x c et le 111 e siècles 
avant notre ère, et n'est nullement une caractéristique pri- 
mordiale des idiomes araméens, ainsi qu'on l'avait cru jusqu'à 
présent. 

Cette conclusion, pour ainsi dire évidente, aura une portée au- 
trement considérable pour la solution de la question de savoir si 
laraméen est une langue originaire de la Mésopotamie du nord 
ou non. Sur ce point fort important, il sera désormais impossible 
de maintenir l'opinion courante qui s'est prononcée pour l'affir- 
mative. En effet, cette série de dentales transformées de l'ara- 
méen correspondent presque entièrement aux sons dentalisés des 
idiomes arabes et sabéens. Le rapport à ce sujet entre l'hébréo- 
assyrien et l'araméo-arabe, constant et presque sans exception, 
est le suivant : 

1° Chaque fois que le ia hébréo-assyrien correspond à un n en 
araméen, les idiomes arabes montrent un ri aspiré ; 

2° Lorsque le t hébréo-assyrien répond à un i en araméen, 
l'arabe et le sabéen emploient le ■ï aspiré ; 

3° Lorsque le £ hébréo-assyrien correspond à un v en ara- 
méen, les idiomes arabes montrent un £ dentalisé ; 

4° Lorsque le x hébréo-assyrien est représenté par un a en 
araméen, les idiomes arabes le représentent un â pointé. 

Un tel accord, en ce qui concerne la dentalisation éventuelle 
des sifflantes dans l'araméen et dans l'arabo-sabéen, est trop 
intime et trop régulier pour qu'on puisse l'attribuer à une for- 
mation séparée dans ces groupes de langues. On ne saurait 
davantage expliquer la dentalisation araméenne par l'influence des 
langues arabes. A aucune époque de l'antiquité l'élément arabe 
proprement dit n'avait occupé la région sémitique du nord et en- 
core moins la Mésopotamie. Puis, la divergence assez notable qui 
se manifeste entre ces groupes par rapport à la transition du £ 
montre clairement que c'est une loi phonétique restée latente 
dans les langues du nord, qui s'est régulièrement développée dans 
les langues du sud, groupe auquel il faut désormais joindre l'ara- 
méen. J'avais depuis plusieurs années émis l'opinion que l'ara- 
méen était une langue de transition entre le groupe nord et le 
groupe sud. Cette fois elle peut être considérée comme parfaite- 
ment démontrée. 



240 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Le résultat linguistico-géographique que nous venons d'obtenir 
nous met à môme de fixer la provenance de l'araméen archaïque 
que nous étudions. H n'y a pas le moindre doute que ce ne soit la 
langue native des peuplades chaldéennes et araméennes qu» occu- 
paient depuis la plus haute antiquité la contrée maritime et ma- 
récageuse du bas Euphrate. C'est la Chaldée proprement dite, la 
patrie d'Abraham et le berceau du peuple juif d'après les tradi- 
tions de la Genèse. Aux environs de 2100 avant J.-C, l'idiome 
chaldéen prononçait les sifflantes comme le phénicien, de sorte 
que les colons hébreux vivant mêlés aux Phéniciens ont pu facile- 
ment adopter l'idiome de ces derniers, tandis que les branches 
mineures qui se sont établies dans le sud, .comme les Ismaélites 
et les.Qaturéens, ont conservé leur ancien idiome à cause de leur 
contact avec d'autres tribus araméennes au nord du Hidjâz. 

L'extension prise par l'araméen dans l'Asie antérieure peut 
maintenant être tracée avec une certitude presque entière. Depuis 
l'antiquité la plus reculée jusqu'au x c siècle avant notre ère, la 
civilisation et la littérature babyloniennes rayonnaient sur tous 
les Sémites du nord. Avec l'avènement du nouvel empire assyrien, 
l'influence babylonienne fut éclipsée, et l'araméo-chaldéen, qui 
avait conquis une place considérable dans l'administration de 
l'empire, devint la langue officielle du gouvernement assyrien 
dans les provinces occidentales. Tous les gouverneurs assyriens 
de la Syrie et de l'Asie-Mineure étaient ou Araméens de nais- 
sance ou des Asiatiques sachant l'araméen. Les Assyriens, comme 
les Égyptiens et plus tard les Perses et les Romains, n'avaient 
pas les aptitudes nécessaires pour faire accepter aux autres 
orientaux leur langue et leur littérature. Les fréquentes .trans- 
portions en Syrie de nombreuses colonies araméennes consolida 
la prédominance de l'araméen jusque dans les campagnes, en 
rétrécissant de plus en plus le domaine des idiomes locaux. L'avè- 
nement des Achéménides a répandu l'usage de l'araméen jus- 
qu'aux provinces occidentales de l'Asie-Mineure, et les conquêtes 
d'Alexandre lui ont frayé la voie jusque dans la Bactriane et 
dans l'Inde. 

J. Halévy. 



I POINT DE REPÈRE DANS L'HISTOIRE DU ROI DAVID 



Le deuxième livre de Samuel suit un plan bien arrêté jusque 
vers la fin. Il a pour centre la vie de David depuis son avènement 
au trône de Juda jusqu'à sa victoire sur son fils Absalon et la sé- 
dition du Benjaminite Séba. La succession des événements est 
indiquée explicitement ou à peu près. Souvent la date d'un événe- 
ment est fixée chronologiquement par sa liaison avec l'événement 
précédent ; dans ce cas, le narrateur se sert de la formule : « Et 
ce fut après cela p "nriN im », circonstance qui ne se rencon- 
tre pas dans les autres livres historiques. Ainsi, cette formule se 
lit ch. vin, 1 ; x, 1 ; xin, 1, et xv, 1, qui ouvre le récit de la révolte 
d'Absalon et de ses conséquences. A partir de là, c'est-à-dire du 
ch. xxi, jusqu'à la fin du livre, plus d'apparence de plan. Deux 
faits sont racontés, la famine de trois ans et, à la suite de cet 
événement, la vengeance des Gabaonites sur les sept descen- 
dants de Saùl ; puis, au ch. xxiv, le recensement du peuple et la 
peste. Jusqu'à ce jour ce n'est que par hypothèse qu'on a pu 
ranger ces événements parmi ceux qui sont racontés précé- 
demment ; il était impossible de savoir au juste à quel moment la 
famine a réduit la population à un désespoir tel, que David dut 
céder à la cruelle exigence des Gabaonites et livrer sept descen- 
dants de Saùl comme victimes d'expiation. Ce fait arriva-t-il au 
début du règne de David ou plus tard ? Ce qui frappe surtout, 
c'est que ces deux événements si importants, la famine et la peste, 
ne sont racontés que dans notre appendice. Ajoutez à cela que le 
récit en est interrompu par des incidents hétérogènes que rien ne 
relie au reste du texte. Le récit de la famine est suivi d'un mor- 
ceau sur les guerres avec les Philistins et les exploits accomplis 
dans ces guerres par plusieurs gïbborim ; puis viennent deux 
psaumes de David, et de nouveau, brusquement, le tableau des 
37 gWborim de David, leurs noms et leurs faits d'armes ; enfin, le 
récit du dénombrement et de la peste. Aucun fil ne relie ces diffé- 
rents appendices ; il semblerait qu'ils aient été ajoutés postérieu- 
rement et pêle-mêle au livre de Samuel. Une indication qui a passé 

T. XXI, N° 42. 10 



242 REVUE DES ETUDES JUIVES 

inaperçue jusqu'ici nous donne la clef de ces énigmes et nous 
fournit Tordre chronologique des faits. 

Le chap. xxi raconte que l'oracle avait annoncé que la famine 
fut envoyée par Dieu à cause de la cruauté de Saùl envers les 
Gabaonites, qu'il avait voulu mettre à mort, malgré le serment 
solennel qui leur avait été fait de les tolérer dans le pays ; à la 
demande des Gabaonites, David leur livra les descendants de Saùl 
pour en tirer vengeance ; les Gabaonites les mirent à. mort sur 
une montagne, et Rispa, concubine de Saùl, protégea leurs corps 
contre les bêtes féroces et les oiseaux de proie jusqu'au moment 
des pluies ; alors David accorda les honneurs de la sépulture à leurs 
ossements, avec les ossements de Saùl et de Jonathan. Après 
tous ces événements, Dieu exauça la prière du peuple, c'est-à-dire 
que la pluie tomba et la terre redevint fertile. Suit alors, sans au- 
cune transition, un morceau commençant par ces mots : « Les 
Philistins firent de nouveau la guerre à Israël (xxi, 15) ». Dans ce 
morceau final sont racontés les exploits des gïbborim de David 
dans des combats singuliers contre quatre Philistins de Gath. 
Cette manière de raconter ex abrupto des événements qui n'ont 
aucun lien avec ce qui précède est, comme nous l'avons déjà dit, 
très singulière et cette singularité est encore augmentée par le 
début du morceau : « Les Philistins firent de nouveau la guerre ». 
De nouveau ? mais dans ce qui précède, il n'est nullement ques- 
tion de la guerre des Philistins ! Ce de nouveau (tij>) est répété 
quatre fois, pour chacun des quatre combats singuliers des gïbbo- 
rim contre les géants de Rapha. 

Si on tient compte d'un mot en apparence insignifiant qui se 
trouve dans notre texte et si on en ajoute un autre qui est néces- 
saire ici, nous aurons la clef de cette énigme et en même temps, 
l'indication chronologique nécessaire pour la place à donner aux 
faits racontés dans notre appendice. 

A la fin du récit de la famine et de l'expiation qui s'ensuivit, 
il est dit que Dieu exauça de nouveau le pays ou lui redevint 
favorable après cela p -nna yn&6 tri-iba *in:m (xxi, 4). Ces mots 
p "nnN sont tout à fait superflus, il va de soi que si Dieu redevint 
favorable, c'est ensuite, après cela, après l'expiation. Les mêmes 
mots y-itfb '- nn^n reviennent xxiv, 25, après le récit de la peste, 
mais sans les mots p "nm, qui sont évidemment de trop. 

La solution de la difficulté est simple. Les mots p "nriN de 
xxi, 14, ne font pas partie de ce verset, mais doivent être placés 
en tête du verset suivant comme préambule du récit de la guerre 
contre les Philistins. Si on y ajoute le petit mot wi, on retrouve 
la formule d'introduction souvent employée dans ce livre "nrïN Wi 



UN POINT DE REPÈRE DANS L'HISTOIRE DU ROI DAVID 243 

p. De cette manière, le récit des combats contre les Philistins, 
qui est inattendu, est parfaitement à sa place, puisque l'événement 
s'est placé après l'événement précédent; les deux récits sont liés 
par le lien chronologique.* 

La particule n? s'explique maintenant dans l'épisode précé- 
dent ; la guerre des Philistins à Guilboa est mentionnée inci- 
demment (v. 12). L'auteur rattache à cette mention les combats 
contre les Philistins, sous David, qui ont eu lieu après la fin de 
la sécheresse et des années de famine. Les événements se suc- 
cèdent donc comme suit : trois ans de famine, expiation obtenue 
par l'extermination de la maison de Saùl, que les Gabaonites 
mettent à mort ; sépulture accordée aux suppliciés par David et 
ensuite, après ces événements, guerres contre les Philistins. 

Ces guerres dans lesquelles les gibborim de David se distinguè- 
rent en des combats singuliers contre les géants philistins eurent 
lieu dans la capitale ou près de la capitale des Philistins, qui était 
à cette époque la ville de Gath. Dans le récit d'un de ces combats, 
cette ville est nommée expressément (xxi, 20) : nmhiï w "wn 
ma. Dans ce qui précède (v. 18), le texte porte, à la vérité, "*nrn 
aiaa îranbtt Yi*, mais les versions grecque et syriaque ont ici 
aussi la leçon ma. On est donc fondé à admettre qu'au verset 19, 
il faut lire ma, au lieu de aiaa ; de môme au verset 16, au lieu de 
man ^nm, il faut lire mn. Par conséquent, dans cet appendice 
sont racontés les combats de David et de ses gïbborim à Gath 
ou près de Gath. Ces combats et la conquête de Gath sont aussi 
mentionnés dans le récit principal de notre livre, mais unique- 
ment en quelques mots (vin, 1). « Après cela David battit les 
Philistins, les humilia et conquit Gath ». Dans le texte, il est dit, à 
la vérité (vin, 1) : dviobs t» îittN!"; anE na "m HP" 1 !, mais ce texte 
est sûrement corrompu, car le livre des I Chroniques, xvm, 1 
porte ici srnam m ns. La prise de Gath, capitale des Philis- 
tins, avait été précédée de combats et de défaites des Philistins, 
comme notre verset 8 le dit brièvement. Ces combats ont dû être 
acharnés et durer assez longtemps, car les guerriers philistins 
étaient forts et comptaient dans leurs rangs des géants. Pourquoi, 
dans le récit principal, n'en est-il fait qu'une brève mention? 
précisément parce qu'ils sont racontés avec de plus amples détails 
dans l'appendice. Ce n'est que d'une manière générale qu'il est 
dit, xxi, 15, que ces combats eurent lieu après la famine de trois 
ans. Comme la conquête de Gath et les autres combats dont "il est 
question dans le récit principal y sont rattachés chronologi- 
quement à un autre événement, la famine de trois ans vient donc 
se placer après cet autre événement. La succession des événe- 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ments de la vie et du règne de David, dans la partie principale 
du livre, doit donc se déterminer comme suit : 1. David est 
proclamé roi par la tribu de Juda, à llébron ; 2. Combats sin- 
guliers entre ses serviteurs et ceux de son adversaire Isch- 
Boschet, sous le commandement d'Abner ; 3. Trahison d'Abner 
envers ce dernier, sa mort; mort d'isch-Boschet, qui détermine la 
reconnaissance de David comme roi de tout Israël; 4. Conquête de 
Jébus-Jérusalem, qui devient la capitale ; 5. David est reconnu 
comme roi et allié par le roi des Phéniciens ; 6. A la suite de ces 
événements, c'est-à-dire de la proclamation de l'indépendance vis- 
à-vis des Philistins et de l'alliance avec le roi des Phéniciens, in- 
cursions des Philistins dans le royaume de David, leur ancien chef 
de bande, et leur défaite sur deux champs de bataille. Pendant 
ces incursions des Philistins, David se tient sur la défensive; 
7. L'arche d'alliance transportée du temple ; 8. A cet événe- 
ment, le narrateur du récit principal rattache les luttes contre 
les Philistins et la prise de Gath, à la suite d'une guerre offen- 
sive-, cet acte important est raconté avec le préambule "nriN Wi 
•p (vin, 1), c'est-à-dire après le transfert de Farche à Sion. C'est 
entre ce transfert de V arche et les combats contre les Philistins, 
près de Gath, qu'eurent lieu la famine de trois ans et les inci- 
dents qui s'y rattachent. La courte indication du récit principal 
(ch. vin) sur les guerres contre les Philistins est développée plus 
longuement dans l'appendice (ch. xxi), et les combats contre les 
Philistins y sont mis à leur place, après la famine. 

Ce qu'il y a de surprenant dans le fait que le narrateur n'a pas 
placé cet incident à son rang chronologique dans le récit prin- 
cipal, s'explique si on se rend compte des motifs qui l'ont guidé 
dans sa rédaction. 

Dans le récit principal son but est de démontrer que Dieu a 
toujours été avec David, ce roi si pieux et si équitable, et avec le 
peuple gouverné par lui. Les malheurs qui ont atteint David, 
étaient, il est vrai, mérités, mais ses fautes ont été expiées et ont 
tourné pour son bien, comme le crime commis, avec Abigaïl, 
sur son mari, ainsi que les forfaits d'Amnon et d'Absalon. Le 
pays et le peuple n'ont pas été éprouvés par des fléaux envoyés 
par Dieu. Cependant le narrateur ne pouvait passer sous silence 
les deux fléaux destructeurs qui avaient signalé le règne de David, 
la longue famine et la peste; mais c'est avec intention qu'il la 
placé dans l'appendice, en dehors de la succession chronologique, 
en indiquant que la famine a eu lieu avant les expéditions heu- 
reuses contre les Philistins. Ainsi, entre le moment où l'arche fut 
transportée à Jérusalem et la défaite des Philistins, il s'est écoulé 



UN POINT DE REPERE DANS L'HISTOIRE DU ROI DAVID 245 

au moins trois ans. Il est possible que les Philistins aient profité 
de la détresse dans laquelle la famine avait jeté le pays pour y 
faire des incursions, comme ils firent jadis sous le règne de Saùl et 
dans les premières années du règne de David. Quand le pays fut 
de nouveau favorisé de la pluie, David se leva avec ses gens 
pour faire aux Philistins une guerre offensive. C'est là le contenu 
du premier morceau de l'appendice. Un autre morceau raconte 
la seconde catastrophe qui eut lieu sous le règne -de David, la 
peste avec ses suites. Si le narrateur place cet épisode tout à la 
fin du livre, c'est que la construction du temple par Salomon s'y 
rattache. L'endroit où David éleva un autel pour obtenir la ces- 
sation de la peste fut choisi plus tard comme emplacement pour 
le magnifique sanctuaire de Salomon. Notre récit sert donc de 
transition pour passer à l'histoire de Salomon. La version des 
Septante y ajoute même, à la fin, cette phrase complémentaire que 
cet autel dut être agrandi sous le règne de Salomon. 

Entre le récit de la famine et des combats contre les Philistins 
qui s'y rattachent chronologiquement, le narrateur a placé les 
noms et les exploits des gïbborim dont il est question souvent 
dans la partie principale du livre et dans l'appendice, et il y a 
mis le préambule Tnb «ton d'maan n\ttia i-sba (xxi, 8-39). Deux 
psaumes, à la vérité intercalés dans ce morceau *, en détruisent la 
cohésion, mais il est peu probable qu'ils y aient été placés par le 
narrateur. Le premier a certainement été tiré du psautier et le 
second emprunté à une collection de chants -na^ft nDD (plus exac- 
tement *PW ^do). L'appendice contient donc, comme partie ori- 
ginale et comme complément du récit principal : la famine, les 
guerres contre les Philistins, les combats singuliers des gibbo- 
rim, les noms des 37 gibborim, et enfin la peste et la construction 
de l'autel sur l'emplacement où s'élèvera plus tard le temple, 

La famine qui désola le pays eut donc lieu dans la première 
moitié du règne de David, avant les guerres contre les Philistins, 
les Moabites, les Ammonites et les grandes victoires sur les Ara- 
méens qui s'y rattachent. Tel est le résultat qu'on obtient en rec- 
tifiant la ponctuation qui, au chap. xxi, rattache au verset 17 
l'expression *p "nna appartenant au verset suivant et formant le 
préambule d'un nouveau morceau. Les appendices peuvent donc 
avoir été rédigés par la même main que le récit principal et ne 
doivent donc pas être considérés comme des Paralipomènes. 

H. Graetz. 

1 Ces deux psaumes peuvent bien avoir été insérés dans le texte comme intermezzo 
par un motif pieux, car David y attribue sa victoire non à la force de son bras, mais 
au secours de Dieu dans lequel il avait mis sa confiance. 



AHRON BEN GERSON ABOULRABI 



Il y a déjà un demi-siècle que (Zijon (1840), I, 166-68, 193-196) 
M. Schorr a appelé pour la première fois l'attention sur Ahron 
Alrabi, de Catanea (Sicile), et cependant personne, depuis lors, 
n'a consacré d'étude sérieuse à cet auteur. L'ouvrage qui ren- 
ferme le commentaire d'Alrabi sur Raschi, avec les commentaires 
sur Raschi de Samuel Almosnino, Moïse Albelda et Jacob Kanizal, 
est intitulé Perouschim le Raschi et est un des plus anciens livres 
imprimés à Constantinople ; il est aussi rare qu'un manuscrit 1 . 
Les lecteurs semblent avoir perdu de bonne heure toute estime et 
toute considération pour l'ouvrage d'Alrabi, à cause des asser- 
tions téméraires et hétérodoxes qui s'y trouvent en grand nombre. 
Il nous a donc paru intéressant d'étudier à nouveau Alrabi, et 
de rectifier en même temps quelques erreurs répandues sur son 
compte. 

Le nom même de notre auteur, Ahron ben Gerson Aboulrabi 
(im ba -dn), n'est pas toujours donné exactement. MM. D. Cassel 
(Lehrbuch der jûdischen Geschichte und Literatur, p. 344) et 
Karpeles (Geschichte derjùd. Literatur, p. 771) l'appellent à tort 
Ahron ben Mosché. M. Graetz, se référant à l'opinion de Schorr, 
écrit (Geschichte der Juden, VIII, l re éd., 259, 247) que d'après 
Alrabi « le Pentateuque ne serait que la traduction d'un ouvrage 
arabe ». M. Karpeles dit également que « parmi les assertions ris- 
quées et controuvées d'Alrabi, la plus extraordinaire est certaine- 
ment celle qui fait du Pentateuque la traduction d'un livre arabe ». 

Déjà Jost, dans une note (Zijon, I, p. 193), s'était étonné de 
l'affirmation de Schorr et avait émis la supposition que les paroles 
d'Alrabi avaient probablement été mal comprises : aitt ïwa ibna 

1 Un manuscrit plus récent du commentaire d'Alrabi sur la Genèse et une partie 
de l'Exode, accompagné d'une observation de Rabbênou Nissim sur le commence- 
ment du Lévitique qui existe aussi dans le commentaire imprimé, se trouve dans le 
n° 2245 de la Bodléïenne. 



AHRON BEN GERSON ABOULRABI 247 

hiffïï pn dN "5 rmnfi tt»tt pvo>ttiB w ba ^3N abi msda 

n^a dtn ^a iTUDb» dpinytt itk wob nia» d-isd"> tb« mn»h 

. 'idi «-m na^ int ûsn «npft 'piabb dilata ia iMti 

Avec sa prudence ordinaire, Zunz, en parlant d'Airain [Zur 
Geschichte, p. 518-520), d'après l'article de Schorr, passe sous 
silence l'opinion que Schorr lui attribue relativement à l'origine du 
Pentateuque. Et, de fait, il a eu raison, car M. Schorr a mal inter- 
prété le texte d'Alrabi. Nous allons donc examimer de plus près 
les trois passages qui ont induit Schorr en erreur. Voici le premier 
passage, que M. Schorr a cité lui-même, sur Genèse, xvm, 5 : "moi 
•pa in»K !-n- daab &6n )tfà avù "pa aaaab nhn a 1 -! Itttf daab 
■praba im*) dïi»? ir\m dï-naa a"N biwab »i a^dab^a iabtiû anïi w 
biaabn ynmb dîia t>pa *pa "p dan d-'dabft ■prna £"* ddab tït 
ï-ît ■patai nttia ijki fnnttbi biaab d"oabaîi ù&ttïaa 'pai dnbnti 
•pobb ««a'i^ ■piDba pTiyfcîn ïfiûtt "nai ï-îî *»d îraw ntûp 
nfcNimpn ivobn n^»r! J-nDa 1131 naœrrtt.bsn uiprt 
t^sb hat* d^d^b^d •para trtimîi d'nai ib« ïtïhb ^p&n ï^na '1 

.an abï a/ia 

D'après l'interprétation de l'aggada admise par Raschi et aussi 
par Alrabi (cf. Bereschit Rabba, xlviii), Abraham crut que les 
anges qui lui rendaient visite étaient des voyageurs arabes, et 
il leur parla arabe. Cet entretien, qui a donc eu lieu en arabe, 
a été rapporté par le rédacteur du Pentateuque en langue hé- 
braïque, et il faut entendre les paroles d'Alrabi de la façon sui- 
vante : L'observation de R. Aha relative à daab et aaaab se rap- 
porte à la version hébraïque de l'entretien donnée par Moïse, et 
non au texte original de la conversation, qui avait eu lieu en 
arabe. Mais Alrabi n'a jamais voulu dire que tout le Pentateuque 
soit une traduction de l'arabe. 

C'est ainsi qu'il faut également comprendre la deuxième re- 
marque d'Alrabi relative au commentaire de Raschi sur Genèse, 
xxiv, 23 : t^StEa tjDWtt Niï-nû ^ bv g|&n nriN î-wb idts "pbb 
npabi iaa irr» a-i?a nna rtnb fr^iïn oantt \m by banar» ma 
bpr-tt) ymb ttaTOfi ripai diEN tplaïitt tabai nb^btt fia i^b i-rn 
ïia^h m^b man trpo r-masnE mrb bprra î**st»a abra mayai 
and in «73 îa na? ■jiwb d -> n n ^ 72 rr. ûmauiiû na-ib ^nati 

.maniïiri "ibsa anima 

La distinction établie par le Midrasch entre les mots "pbb et 
■pbb fait supposer, dit Alrabi, ou bien que la conversation a eu lieu 
en hébreu, ou bien que c'est le narrateur qui a employé ces deux 
mots différents dans la version hébraïque qu'il donne de la con- 
versation, pour préciser les intentions des interlocuteurs. Dans 
son commentaire nan ïidi, sur Bereschith Habita, lx, Samuel 



248 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Jafé cite l'explication de Kanizal, qu'il nomme, sur ce verset de 
la Genèse^ et ensuite il mentionne l'explication d'Alrabi qui se 
trouve dans Perouschim le Raschi sur la môme page que celle 
de Kanizal, mais il n'en nomme pas l'auteur * : i-iana inta rtain 
rtwa 15 na«b ait: nn-n bna anpn in-iaba nai dmatato 

.mNTirtn îban dnand and 

Exode, 11, 10 : lïrmaa bpiûaa siraa witt imon "piûb nrprp©n 
nn^ïitûnïaNaiN u n p n •puibbn , a ,, )t:bp^na>n'!-;u)ai wrrap 

. "> n a ^ iiï)b nw* 

Dans ce passage, pas plus que dans les précédents, il n'est ques- 
tion d'une traduction complète du Pentateuque. Pour expliquer 
comment une princesse égyptienne a donné ce nom de Moschè, qui 
dérive d'une racine hébraïque, Ibn Ezra fait une supposition ana- 
logue à celle d'Alrabi : mnprî "pioba d*na&a ïiiaba damna ïroa d© 
rtbMtt in la^lttïb ttans na mab ^biN. D'après le caraïte Ahron ben 
Mosché , dans son Mibhar , Moïse a été appelé ainsi par sa 
mère : ^ïi dab ïiana na nba^ in îrwam bi noia i»id *npm 
tt^npfi iiiab dj>:a tib man. Ahron ben Elia rejette la première 
hypothèse et dit : id îïwam ba adia ia\N S-iida îaœ mpm 
iianprr ïvtfb i-nab ^ a"nan» id" 1 wmffia d^jars 173 "O d^ta r»a 
. d*naaa l'isba damna n^to d'naia «yn pni Mb J-in 

C'est dans le même sens qu'à propos de Genèse, xxxin, 21, Al- 
rabi explique, comme Samuel ben Méïr et Ibn Ezra, que les pa- 
roles que le Pentateuque fait prononcer par Jacob lui ont été 
attribuées par le narrateur: i-naa -nai ras. irnsda naa ira 
na^na ywb 'ob na Tnasn i7a^ naen n^a>b apa^nnaab dra ina 
mais rit i-rn *a> nnaan ia ïTOatr -iu:a>b mbtob apa^b msa îro ^ 
, mNsnbn "naab aba it ïiaiidb bapjsn ibapa mn t**bi ïmaa 

Voici encore d'autres passages d'Alrabi qu'il faut entendre dans 
le même sens que le précédent. Sur Genèse, 11, 24 : ata^ p hv 
, dan aa a^aa a>T ab d*i« id iitoa ^an na^ nan va^ na ta\N 

Sur Genèse, xxxii, 33 : ttiaa 'haï banur ^aa ibajo Nb p b3> 
înaam Ta na* b&w* ^aa nbapi î^b^ didn î-nat rrob d^a wnîi 
rtuîaja ma»a bidab abia anaa barna^ "oaab mn ntb dnpra naatï-n 
.îtiîtïk u>api maa «rai -dt tp a>pm jtnïï 

Sur Genèse, xxxv, 6-7 : ï-nn ^bnan 'idn fa^aa y in a TO» trnb 
nbx« d^awn û^aaoan- a^n-ban -nba* nbaa y-iaô n^in nnat s-rnb 

1 Dans la préface de son commentaire, Samuel Jafé dit que, pour diminuer les 
frais d'impression, il s'est abstenu de donner dans le livre imprimé les noms des 
auteurs qu'il a utilisés et qu'il a mentionnés partout très exactement dans son ma- 
nuscrit. Est-ce pour ce motif qu'il ne cite pas ici le nom d'Alrabi ? Ou bien n'a-t-il 
pas osé le nommer à cause de sa mauvaise réputation parmi les croyants ? Ce qui 
est certain, c'est que Jafé a utilisé le commentaire d'Alrabi. 



AHRON BEN GERSON ABOULRABI 249 

fc^bx ma un -»a ï-it ^n n»N wpïim îxnbna Tttniù tims Dm 
tnpttb «np rrcjb ù^a ns^na n^tt liai tin ba n^.Ntm 

.ba ma 

Sur Genèse, xlviii, 8 : ^ rttttt "nai rpT "«sa n« ap2"> acn 
rpT "oa Vn fca&t **m s-pïi s^b bas ûm ^il web î-nh ap:n 

, 'isi s-ib« ■»» bfiWJ pb 

Les explications que nous avons données justifient également 
Alrabi du reproche que lui fait M. Schorr [Zijon, I, 194) d'avoir 
soutenu que, de sa propre initiative, Moïse aurait ajouté certains 
passages à la Tora. 

Alrabi a écrit son commentaire sur Raschi en l'an 1420. Nous 
savons d'abord, par plusieurs indications, qu'il l'a composé dans 
la première moitié du xv° siècle. Ainsi, il cite comme contempo- 
rains Moïse Gabbaï \ son beau-père, ainsi que le Nassi Moïse 
Hefez 2 . Mais nous connaissons l'année même où il a publié son 
ouvrage, et qui est l'année 1420, parce que lui-même a indiqué 
cette date dans Deutér., iv, 29, date qui n'a pas été comprise ni 
par M. Schorr ni par Jost. (Zijon, I, 166), par suite d'une faute 
d'impression : rwiOT "jï^b -na "irirnn "o nattai ûot ûnttpm 
•wtp ba ir-miOttT n:>£ r^ba mt rma* "irpa ■pan nmaiïîm s-wfi 
. va nnnp t^b ûbaai mw ab vir& s<nm îanai»» pnn'-b ^a 
■p ba trbmo i3wNi b\Nï- pDD ^bn ^a „ WùV\ ab ban " miTû 'pan 
bvixnb'h tno >ibi fca , wn îana» liiDDiai nsaba m?n mai rnnss 
aaoi '^D3 m-p-itt nnm ai*i ba laamïi i* ma-Hpri innn w&ttibi 

• 's'rvrj rtain avaria ruai btai ab 

Au lieu de D'nh, il faut lire bpft = 1420. Dans notre édition de 
Gonstantinople, imprimée en caractères rabbiniques, le n et le 
p se confondent très facilement. 

Maintenant que nous connaissons cette date, nous savons aussi 
que le pape qui reçut Alrabi à Rome en présence des cardinaux et 
devant lequel le savant juif fit une conférence sur les Keroublm, 
était Martin V, ce pontife si juste pour les Israélites, qui accueil- 
lait avec bienveillance les députations juives des communautés 
italiennes et s'entretenait avec elles de questions religieuses (Voir 
Graetz, Geschichte,YlU, 139-140, d'après Schèbét lefiuda, 141, 
et Schalschéleth Hahkabbala). En recevant les députés juifs, le 
pape leur demanda, avant tout, l'explication de ce passage de la 
Mechiita (nbtaa's) et de Soferim (fin du chapitre xv) : û*naaia ma 

1 II cite des opinions de Gabbaï dans les péricopes de m'ÛN'ia, ypft (2 fois), 
Î"î73"nn, a>"HTn, mp et TlNl. Moïse Gabbaï élait contemporain et parent de Simon 
ben Cémab Duran. Cl'. Jaulus, dans Monatsschrift, 1S7o, 174. 

2 Dans les péricopes ©:pi et 3»*nTn : TMÏ1 Dam V 3 " 1 *^3 WH rpibntt 

b"sî y an trima 'n. 



250 HE VUE DES ÉTUDES JUIVES 

yn!-: (Voir Schèbét Iehuda, éd. Wiener, "79 ; traduction, p. 160). 'Il 
avoua qu'il avait déjà interrogé d'autres Juifs sur ce passage. 
Alrabi, dans Exode, xiv, G, explique également ces mots : 
nroa toia ïi*ttu) '-i ï-p- )X5K *i5i driïaa> "'D ta^ra asi bd-i 
toftvrona ba« b&nii^b ta^ÉWTOtt B^iznri b"n ,/iai a-nn B^iaana 
a"n*b pbn t=nb o^ ûbv- mai» ^ofi b"naia ittd ûniadb i-ian 
Oj'bibBitao'na ^as baipai isb baob^a p*n n»» ■p-nwo s-ûûlaa 

• .«'nai ia*-nn 
Alrabi a peut-être fait partie de la députation envoyée en 1418 
(cf. Schalschôlct îlaliliabbala, éd. Amsterdam, 1589, 114 &) par 
la communauté juive de Forli auprès de Martin V. Il fait un récit 
très animé de l'audience que le pape lui accorda : « Quand je me 
trouvai à Rome, en présence du pape, entouré de cardinaux, on 
me posa la question suivante : Pourquoi Moïse a-t-il reçu l'ordre 
de construire, dans le Saint des Saints, des Keroubim, de telle 
sorte que la réponse à toutes ses questions lui fût donnée par 
eux? N'était-ce pas là une transgression évidente du précepte : « Tu 
ne feras pas d'idoles en fonte? » et ne peut-on pas supposer que 
Moïse n'était capable d'opérer des miracles qu'avec l'aide des Ke- 
roubim ? Peux-tu nous répondre ? Après avoir entendu ces pa- 
roles, je demandai humblement à cette assemblée si illustre l'auto- 
risation de répliquer, et voici ce que je dis : Il est connu de tous 
que, déjà avant la confection des Keroubim, Moïse avait accompli 
des miracles devant Pharaon et son entourage, sans autre aide 
que celle de Dieu. . . (Chapitre Terouma ; cf. Nizzahon, n° 73) : 
'imo tFMBffinm "ns^BÉtti b^ï-ra ^nan rwn -n^ai irrpîia 
trarûï-î ■ps*» irbsai ûii-nan lanaN iwNtt -n^N iï inbwa *nb«TM 
bdn nw^iîri bip;-; ro-o piaa d'nDiptt ©npa rrno*b iwn îmoataiû 
mNoîabïaîi ndabttd bn ^d lit 'pa an» N*arn rpïi nanb naniû ïth 
t-nna tmbK inr "pan to^ùatth ï-itodm B^ad-ûn mnaa BM5a>an 
*p pt>!-p s^b taanbnnm rrnairî *itm np:>a wrïi "!adi s-rra 
t -i7ûnNi 'i^t ï-mfcn bdi bdd "jb ï-ro*n t^b ^d ba> ta^nN d^nbN 
î-rdo?a ^i-jbtf mr 'ptn fcarm inb*oi ^b întu^n î^b ï-idD73 ^nbN 
bans ï-nsrû intt bd ^d d^!N bd t-ui ba> nbn* ï-nm tra'nwtia 
*wn "îEnara n?ad ta^n-ndï! ndiï K*n *-n«bMi t^oa» s-na» 
pb 'idi taronndî-; ira "patt r-TTiBBn ba>tt Tb« naitt bipïi hx 
Bimaa fcaimai ia>Md irm . ipnbwob inaa>72 u^n *jib» lauw 
nanirittti rr^d^ï-n r-irah nbiisa nna ^aibat: *tiû&6 irwn ^n»b 
inai nbnn i-in *-nNraan ïib^wd idna* ^dd ihn bd drpba ^7353 
inob J-rarra nï-p î-ia^a wnb t-watti "pfcianb s^nTadn a!7H ï&wa 
b&tti 'pttna ira? naa ^"a» la^ri^ i-i^^ao Inmna taon^B^l bdb a>iia 

1 Cf. Le colloque de Yehiel de Paris, éd. Thorn p. 9. 



AHRON BEN GERSON ABOULRABI ?31 

*ttn nîTiirm a^ana^ ï-iwn tmp mai t-n«bôM ta^a:: îmrm 

.lai 'nai H3i impna n^Maawi w-ia 

Dans le chapitre Bereschit, Alrabi parle encore d'an autre col- 
loque qu'il eut avec un savant chrétien, en face de personnages 
considérables : îibYrt îimïTi ï~ib$p ^hixo tnaïi 'wrw ma lïïna 

nw -rba iriawn nan va-ao tîiib ta^ttîi ba lavai Y^*a 

. û"nran ba 

La discussion roulait sur un passage de Bereschit Ràbba 
que les chrétiens appliquent à Jésus : dltftt b^au^ -^a* b^a^ M3!rj 
mon ^aabtttt 1*02 î-iiabïD» ttam ïTOfcn arc^i dmatta dit. En réa- 
lité, ce passage ne se trouve pas dans notre Bereschit Rabba, il 
est cependant tiré du Bereschit Rabba de Mosché Haddarschan 
(cf. Yalhut, Zacharie, 571; Neubauer, le 53 e chapitre d'Isaïe, texte 
hébreu, p. 8, 40, 75, 197, 243. A tous ces endroits, il manque les 
noms d'Adam et de Salomon mentionnés par Alrabi.) 

Alrabi fut sans doute provoqué souvent à de tels colloques, car 
il a composé une œuvre spéciale, le 'pîia rrûiz *, pour défendre le 
judaïsme contre les attaques des chrétiens, et son commentaire 
contient bien des passages de polémique empruntés à cette œuvre. 
Ainsi, à propos des mots "Débita tm ttB5*5, il parle contre les 
chrétiens qui veulent voir dans ce verset une preuve en faveur de 
la Trinité; à propos des mots c:at5 -nO"> aô, il parle du Messie et 
termine ainsi : mima fibtfîEfcrt mo^ Nb a^sfi ^b piaai-7 wwb 
Nia-< *\y rmo birs Tfryn a-b ^ Tan i-ib'un ^ara ibi&« abw 
ins aao Trm^b 'n taïaa isato tawn bao pao *pis îîo n^aa 
•pba ibinpa t^b ab"i?na d^pbn 'a ^a 'mn t<b \**ï9 bi-iprir: irn 
□■nsaai nairnna w*ïtû "aaîa û^a ^nwîm î-fnrm bww* a-isai 
&^tt53N wan 113^1 ni?a i£a ta^abi t^spi ■n ta wopban *ptt»Yi 
tamisa nb^aa naan nsa s-ibVM ï-TiÉOtt» ^b^a ï-raiba!-; 3>nta 
"ïban ni :nïa ama ïia&n bî-pb* TtbwDi ai sni^an araranna 
ara baaaia rrpba TOfin iba b"n '«ai s-mttïi a ara r^-ii-na r"y 

, ÏTTttTi uatta 
A propos de ïiaiaM nfittt, il établit une différence entre les mi- 
racles racontés par la Bible et les miracles que les chrétiens attri- 
buent à leurs saints. Dans impna, il parle de la rémunération 

1 Ce livre, pas plus que ses autres ouvrages, dont il parle dans son commentaire, 
tels que sa grammaire ""ptU^aîl '0 (312^1 'D et nptl 'D), ses écrits philosophiques 
£D;n 'a [NXn ^a), lïHp m («INI] et mïlbN niD (miZJ&m), et son grand 
commentaire sur le Pentateuque ("HipD, "'iD'^^a'O), n'ont été retrouvés jusqu'à présent, 
quoiqu'il se soit écoulé un demi-siècle depuis que Schorr et Zunz ont publié leurs 
travaux sur Alrabi et qu'on ait découvert depuis de nombreux mss. hébreux. 

2 II dit que, d'après son expérience, ces deux villes sont les plus belles du monde : 

pisaii û-nsaa nnaas m^ia nn-p abiya "pa ti^o^i ^marua r»a *abi 
liin nbuîa 'oj. 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

future et des diverses opinions qui existent sur ce sujet : en 
irm mot nbn ■ntD'v ba na^TNn ararn bs nNï n*»u) /Tinpna 
t^btt *-«3Dnnd» STfina ùn ^a m\N-n nnana s^a Nb n^nai ï— i"r 
na*w bîTOnOTn d^iaïi t-ipn ba« 'iai 'nai auiTûnb d^N drna bar 
in bn»aa rrcaanb a^bnsi aaw tana ^ s-n»a>» tzania -najan p 
tan» *aa ainttnwa nsaa dîwa» n^rnn dwa* n»Nb nana raana>a 
nna dbna»a ïtït ©an^ïn bnjaantB nnttNn imu p^m" 1 npiûb iwnïi 
■pnanb nma na*ab naTnn in ï-wjaran i;b s-iban ^a inn^ Ham 

«n ■wan ba> ï-pn-i nnr "pan aasnna ^robnnm dïmai 

informazionc) nan^K sit^n ^an^Kfcnna^N mjanwi fi-mpi» Nain abia» 
'-»npiNi nïa b&ntfii na •pan^ta abna>n mfcnab "nan nra (vitac acicmac 
■viMtnn tok da^ba 'n t;n nanan î-nnnîto a"n;'n ^n anb yvm 
ib^DNT Nan abna> ^n ddb tnvnb ntn dbi^a d^nst» y in» dan» 

.bm*»» nb ^abcap^ un mbaa naN 

Dans lafnnNn, il dit : nanàNïttï *a&52 in» 'paaa nnaiDn ^b nttian 
uttnna nai nmaa nbfinïra naip ht •wa dn -o banpn Nb nan baa 
n»a ïiNnan 1» nn£b^ nnoan ^a ttinn^a tab^an nwDrt banpi ïn 
ïiibj» np 'iai 'naan snnsftan 1» anna lob-» fc-nfcnpM î-ianna b'mwo 
tarbns^ mban a^na^a ana "<aa fcnnttnb J-r^n t^b n"a> irai ï-nwa 
nbyiû dîTonja^a fcnn»n»tt nwana nos n^an an^b? t^anb aiNn 
m btt tardais a aamN d^STan s^TOrtn tnaoïBiTi taaarpAn fcamcsa 
î-isnai laai» a^an? tranaari diota fi* ïaa nsb"»n mnan fc-nbnannn 
nbia"> anb t- Nb -«a nnaao a^a-naa avpb mwanïi ht nioan a^ans 
•nna d^aiûaa ù^ncim ani avpa m\am?: nn^finn nenaa mNnnb 
*in» ï-innnn nab rtr^nTM pb t<nrt po ^mi ■jn^yna dïtb ban 
■«rrb no» rïtt53>ia sman mabsûn d^oD» dmav in^'o ï-im m^wa 
Dnann n« naian p ^nïï ^oaa 1^20-1 ^b nattn pn n»«n bt^no^ ba 

. yy*9 iNn n^N 

La remarque suivante sur Deutér., xm, 7, est également dirigée 
contre les chrétiens : nato naaa Ti^T^a t^n p ^m« ^n^D"" ^a 
h y ï»*) t**b« n*»oîfl na^N aN p nN ^ai ^aN p «bn ^on p pn« 

,pa7Db ^nn n-onb ^t^id un» fa 

On trouve la même dénomination dans Juda Halévi, qui appelle 
les Arabes et les chrétiens aw\;i hen ^a (cf. Zunz, Syn. Poésie, 
447). 

A propos de Genèse, xvn, 20, Alrabi parle de l'islamisme : 
û"wnï» rùyn an a^^ a\^oa ^a „ -iba-» a^a^a d^Érôa *nu)a» a^o " 
no^pna am nabnaa nn»nan naNa irba nan^N a^ann na^nnan^a baN 

. na^ba» psa^biann bNn nanaa 

D'après les théologiens musulmans, le verset de Genèse, xvn, 
20, se rapporte à Mahomet (nwa ^nw). Maïmonide avait déjà com- 
battu cette interprétation dans lggêreth Tèman (cf. Steinschnei- 
der, Polem. Literatur, 364, 396; Schreiner, dans Zeilschrift der 



AHRON BEN GERSON ABOULRABI 253 

deatsch. morgenlàncl. Gesellschaft, XLII, 627 et G39, à propos 
d'un livre du sicilien Ibn Zufr.). Le Midrasch et d'anciens exé- 
gètes juifs (Léhah Toi)) déclarent que, par suite du double sens 
du mot dWTDS, qui signifie princes et nuages, il ne faut pas 
prendre comme une promesse de grandeur pour Ismaël les 
paroles prononcées à son sujet par Dieu. Mais Alrabi combat 
cette assertion et déclare que, pour le moment du moins, la puis- 
sance de l'Islam pèse lourdement sur Israël. D'après Hananel 
(cf. Migdal Hananel, 25, xxm) la réalisation de la promesse faite 
à Ismaël doit donner bon espoir aux Israélites. Enfin, d'après 
Bahya ben Ascher (dans son commentaire sur le Pentateuque), le 
double sens du mot dwioa indique le développement rapide, 
mais aussi la décadence certaine de la puissance de l'islamisme : 
ï-ib£ bnban msn — rtVttn anb^tti ùrnKttsnïi by smmïib 
^Bmoa ywbii s^nma ftbTMïi Tiby^n nna abi^n )i2 "HafirnB a^aroa 
bv ainan ■piabn - MynnKrt Y't non damas wt-ïariw ttt — mm 
,'««n idiot pîn "înbnmo bnyKw* mab?a 

Alrabi dirigea des polémiques non seulement contre les chré- 
tiens et les mahométans, mais aussi contre les Caraïtes. C'est dans 
ces polémiques qu'il émit les assertions les plus hardies sur la 
Aggada et aussi la Halakha, et ce furent elles qui le firent aller 
quelquefois plus loin dans cette voie que les Caraïtes. Dans l'in- 
térêt de la défense, il se faisait tantôt rationaliste, tantôt cab- 
baliste. Quelques-unes de ses assertions relatives à la Aggada 
et à certains personnages bibliques rappellent son contemporain 
et presque voisin Eléazar Aschkenazi, qui habitait l'île de Crète 
ou l'Egypte, et qui a composé le commentaire Sofnat Paaneah 
dont M. A. Epstein a publié plusieurs extraits, dans ses Beitràge 
zurjûd. Alterthumsliunst, I, 125. 

Alrabi se rencontra avec des Caraïtes à Jérusalem et, sans 
doute, aussi en Egypte, et à Kaffa (Theodosia, dans la Crimée), 
où vivaient des Caraïtes et qu'il visita dans ses voyages. Il discuta 
avec des Caraïtes sur le sens de la défense édictée dans Deutér., 
xxv, 4: ts lrr,i t-o ïizs'H tnm b"n w^a tkû tnonn ab 
ba-iao twvf maïam yift n»p mnnb n^n a-np nnttor; nb->DN Dion 
bnN naiBfi dva *-*p-iTi naiûfi ara ©8 viran r<sbb iron irai 
b"n ava ntmïï tzmr; ba p-ibn nwi33 ib^sao ima ïnau>n ta'-np 
•ppma naiû naoïaa b"mMi2 1720 ï~raab?a mwa -noaia *<in avr» 
i-imn nbN©n it nmoi n^ d*Ptt bai nais a-i?» ïisab d^» 
13 'prraa ïwd a^p^E an -o a^bsn-pa difinpii y ai "^a 
Kbœ aïonn t^bl t^'Wi cn nyan f<bïï naiB am* amaa pibn 
dm aïs Tinpr; iaan natan amp nra ïrs» nataa nanan mm 
rra a"N nramn naob f*rr; riTawifi aa>;a "o nnsn rmao vitin 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bias bia*> -onn b\^n ai t^irra na>a in camp m?aan un ^b 
tffrtn û*np n^nn b*6uj Kfc3>a r^ar? t-iaïua m^ana baK va-na 
nTaa t^bT roian dTa >np "îfc&Htt t^p^m ia na^bw mos a^n 

.naiabttïi m on a-p a"N naaa 

Le Mïbhar et le Kêtêr Tora expliquent dans le sens caraïte 
l'analogie entre les deux préceptes dnonn ab et en ivan ab. 

Plusieurs des aggadot rejetées par Alrabi sont aussi l'objet 
des attaques de ses adversaires. Ainsi la légende d'après laquelle 
Asnath, femme de Joseph, aurait été fiile de Dinah, qui est re- 
poussée comme fausse par Alrabi, est également combattue par 
des polémistes caraïtes, musulmans et samaritains. Voici ce que dit 
Alrabi sur Genèse, xlvi, 10 : n^man 'ib nia^araîn } a biNtai 
i&n nu "Wii xb*\ b*ja- nanan îtn ">aa>aab !-iba>aau: na-»*? *ja 
tamp d^affi a>a'a dira non &tnû 'a pb na aia^ ap*i ^a naa br 
tTflaana r»3»M aia© sia? an*] nasi lia» .îiïid y-» ■natta r»abb fcwsstû 
p-iam "pbian naïaiB'n riabT aia a->au:i ïirrta b^a a^aia dm n^bw 
nwaa rrn nan î-Èni mbia ibN nn&n nttipia iTTiîrn ^ibn "pariai 
ï-imn vim ,-njan p ;-ïba>a-aa na-^b "nn a^aia ntobia , d^atarra 
rtmn w»ûib na n a o « à na-ma^i i-iana aina inasctt pi ? sn^i 
iraaïi ï^an ïttm irakien wn ï-nb^aaï ïwnb ba>a;a mjMtn na 
rpvb nfiwàn nn^aa ttbTin ane^ais bia na^n ba> rrmwn nbiaan 
naoa ïratûtt îpiii iVian m»bïi ^vn to mpifta» nyno lin ibai 
» V*im?i ^iaa TiJanrî p anrca sors wa nanpaui 

Ainsi, d'après Alrabi, la légende a désigné Asnath comme fille 
de Dina et de Hamor, parce que, par le son, Asnath rappelle 
Asinus, en hébreu Hamor. Des commentateurs modernes ont vu 
également dans Hamor l'âne, c'est-à-dire le symbole de la las- 
civité et de la débauche. (Voir Fùrst, Geschichte der biblischen 
Literatur, I, 255, où l'auteur mentionne le passage d'Ezéchiel, 
xvi, 26, et xxiii, 20, ainsi que Movers, Die Phônizier, I, 365, 
383.) 

Alrabi revient sur cette légende dans un autre passage (Deutér., 
i, 15), où il reproche à certains de ses compatriotes de Sicile de 
se qualifier du titre de "paa (cf. Zunz, Zur Geschichte, 518, note 
d) et de se déclarer d'illustre naissance, tout en ayant une origine 
aussi douteuse qu'Asnath, fille de Dina, que l'aigle apporta dans 
la maison de Putiphar : iN^iïa ab ma» i^aia -nttN a^anvn a^an 
a^an arra anaa anb^afat ^a nr laa^ra -<a ^nNbsa wa ♦ amaa 
n n n n i a a a ar»b d'nEian rwb&fta annnm dîi^na a->aiaa i&npa 
bu: ï-iniaa -naan ranarro t\to na naoa ant» in m i ï-ï ^aan 

. * aau5 "jTa rtnaa^natt) inaa rfnjn a>-iaiana 

1 Nous trouvons encore d'autres aggadot où Faigle joue le rôle d'un messager très 



AHRUN BEN GERSON ABOULHABI 255 

D'autres aggadot sont encore attaquées par Alrabi en même 
temps que par les Caraïtes, par exemple, la métamorphose de la 
femme couschite de Moïse en une belle femme : nn rwoïi îtûnï"; 
Dibm mm nb "pa ipiorr baa nain nai nrnttjb b"n mVirnbîi 
Cf. M-lbhar d'Aron ben Elia : ban nam d^-it û^n ^lai miaia ; 
Ibn Ezra, Samuel ben Meïr et Kétér Tora d'Aliron hen Joseph. 
L'explication d'Alrabi sur niiûia n'est pas plus satisfaisante que 
celle de TAggada. — Alrabi déclare que la coudée qui a servi à 
mesurer la longueur du lit d'Og, roi de Baschan (Deutér., m, 11), 
est calculée d'après le coude d'un homme ordinaire et non pas 
d'un géant (Voir aussi Ibn Ezra, Samuel ben Meïr et Mibhar) : 
ab p ibNïî t^naob bmpiï ir« fin îvj nttaa 'ia «i« n^aa 

rapide. Ainsi, Salomon, assis sur un aigle, se rendit en un seul jour à Palmyre 
(Midr. Kokélét, n, 25 ; Yalkut Kohélét, 968). L'aigle apporte le Schamir du Paradis 
(Grùnbaum, dans Zcitschr. der deutsch. morgenl. Gesellsch., XXXI, 213, 317). L'aigle 
joue également, dans la légende, le rôle de protecteur des jeunes bouquetins aban- 
donnés par leurs parents. Raschi et Samuel ben Nissim d'Alep (xin e siècle), éd. 
Buber, sur Job, xxxix, 1, racontent, d'après Baba Batra, 16 b, que le chamois hait 
ses petits parce que leur naissance lui coûte beaucoup de mal; il cherche alors à les 
tuer en les faisant tomber du haut d'un rocher. Mais, sur l'ordre de Dieu, un aigle 
survient et les reçoit sur ses ailes. Dans la Bible et la littérature rabbinique, on vante 
l'aigle pour son affection pour ses petits (Kiddusckin, j., 61 c). Pline, au contraire, 
dans son Hist. nat., X, 4, dit qu'en général, l'aigle abandonne deux de ses trois 
petits pour n'avoir pas à les nourrir, mais l'orfraie les adopte et les nourrit avec ses 
petits. — Que signifie l'expression ")H 1JTJ 1513 ettfïl Nï"î 1j3 ? J'ai d'abord pensé au 
iXÏ"î Nï"î 'p d'Abût, V, qui, d'après la tradition, était un prosélyte (Bâcher, Die Aggada 
der Tannaiten, I, 10-12). Alrabi aurait donc dit que ces gens orgueilleux craignaient 
de faire connaître leur famille autant qu'un prosélyte d'origine douteuse. Mais alors 
comment expliquer jtf")7"; &OÏ1 1513 ? Je suppose qu'il faut lire. 153 NTÏI SX")!"» 1513 
&OÏ1 fcOïl et voir dans cette expression une allusion à la remarque faite par la Mas- 
sora que, dans trois endroits du Pentateuque, le mot écrit JS1Ï"Ï doit être lu ^iJl, par 
exemple dans Lévit., an, 29 : fcO!"î 3>55» et Lévit., xvm, 23 : *7733>n fitb Ï^UJNI 
Nï~ bmn Ï13>3")b ÏTOÎia I3&b (Cf. Lonzano et Norzi). Dossa, de Widdin, un 
contemporain d'Alrabi, raconte (voir Neubauer, dans Lettsrbode, VIII, 41) que de son 
temps, en Autriche, quand on lisait les trois passages douteux dont il est question 
ci-dessus, on disait ÎS"lï"ï et 507», et une note de la rédaction de cette Revue dit que 
cet usage existe encore dans certaines parties de la Bavière. Alrabi voulait donc dire 
que ces prétendus nobles avaient une origine légendaire comme Asnath, étaient 
peut-être nés de mariages douteux et avaient des parents dont le N"|!"î (père) et la 
&07Ï (mère) avaient une noblesse bien problématique — . Il exista pendant quelque 
temps, en Sicile, des relations d'amilié entre Juifs, chrétiens et mahométans (Gùde- 
mann, Juden in Italien, 285), qui devinrent souvent l'origine de mariages mixtes. 
Alrabi se prononce vivement, à propos de Deut., vu, 3-4, contre les mariages mixtes : 

ibiDN ïnnnri s^bizî nprnïr î-tt ba 13 "{nnnaii *pa na moi "O 
■o\Nn nnb ï-ôttin riiDaii ia ^na s*bi *pa n^ai ,taria biœttn 
î^ib ^na ibis» anpft batt iniDab ©i«rj toi* fi^ui 1112 ït*wjo 
i-piiab b&niai N^Jib pm twi n^N^r: ïiïtt in^ riEn is&n , 1535 inn 
ï^bx ?m«i«a diDDinn ^tt)i*Tpn ii5Ki ?*nab bfimai na NiBsn isbT 
tansiis 13 ûîib y^Nn ba aav/:a bvn&* Tiiiv® ûrt»3> risnn ibisat 
iMi naiiûna "nm un . ^ab jnnnn? «bn 'n i^n&ro ^ab na nionb 
. dïia innnnb bain t« bfirn^s ûnmb WTDa matta 

Je consacrerai dans le prochain fascicule un article spécial à la légende d'Asnath. 



256 REVUE DES ETUDES JUIVES 

*pN ittb i-ibnn r-is^b isb "px irn ^ ■rain? "pa »tw Jtpïi 

ravnnb isi5 d£*a Kbi «ma rmuJ isb nw*o 'ia*i nanioNE in»« 

mrôtt n»NttJ Fifc bai bna bu toi* imii irmaa a-nb p ta 

, înfcaa abi wn TO5K n»&n ia^ nttNa — . rwi rvna 

D'après Alrabi, on ne devait pas élever trois fois douze nou- 
velles pierres après le passage du Jourdain, mais on devait 
employer trois fois les mêmes douze pierres, et l'on ne devait 
pas graver sur ces pierres toute la Tora (Deutér., xxvn, 2-3), 
mais seulement les lois fondamentales. D'après Saadia, Ibn Ezra 
et Nahmanide, on devait y réunir les prescriptions bibliques, et 
d'après Ahron ben Elia la ïtrDin du Deutéronome, ou peut-être 
tout le Deutéronome: ">ab tt&rp ïibtffi d^nxn ns na^pn 
û^Mjm d^pTOK-in dm ^b mjapïmiawD a^as a"i on ^a m «b pnin 
wpn nttNtD'ïTWim d"aaa ^a 's ta^&o b"n ilaNE ta^'wiwîTi 
mayai fa^ttÉnti dwon d^aatt b:? t-ianai nb^ïi ta^a^-i k— in 
s-aniDan a^t^bia d^aio tana r<np a^naa maipaa jtwd \avrn 
iban bav nm naîa ana ittJmB î-nato o:rt 'p-Dîb p-pa lapin 
ï*un tana t-pdïti babab p-iN i&raii p inan Taa rmma T>n 
ta m fmnn -np? b"n rrnnn i^ai ba na . munn nan^ia ^na 
b? imarji a^aaa t]ba ib^ai t%6 dinain ba ^a ^ab -ota msaaïi 

.ÏTO 3>T bai vis D3 ^pi 

Alrabi émet assez souvent sur les aggadot des assertions dans 
le genre des suivantes : ynaa nimba) ta^aNba '*d tan'n'm ta-ibi? 
•nb^a tapiî-na b"T ïRnman nonn («m) ï-nan i-iîb ta^a ^n 'ian 
maa nîsw w araa ; (anan) ar^rs uni m Tapab '■'-a rwnorr n^t 
fmpD) rrn "nai nn. D'autres fois, Alrabi se sert, au contraire, 
de l'Aggada pour expliquer certains passages difficiles de la Tora. 
Ainsi, Deutér., xxiii, 13-14 : laa -it )^y m pin S-rau3 nwm 
■»a pbro s-itdib ^b^ vapab taana* ^j-natiû na> baau pm ^a ^a 
ma tepuîn ba bv nwn a^ai mai "pb->a n"i î-rin ban^ mna 
u"aai tb baa "pb^a nœœ ib ï-pït^ ït»?i 3>i:7DNa ato^rti dd^miB&a 
pn^ b"^ pb n^BN ^b^i na^î ï-it d^vîa ""bin in tafias t»îi^ un 
n» n^oai ^7:nu5 r»7û-i imti 135352 rrvyi ï-^n Nbi d^a^a 3>baa frîi 

,pa d^^p»n a\s-jinb ^riNir 

Il arrive encore à Alrabi d'expliquer d'un ton moitié sérieux 
moitié moqueur une aggada par l'autre, par exemple, à propos de 
Genèse, xxv, 23 : pvm 'iai ^a^i ois^ntaaN ibi* a^na a^a d^a 
•^^na b^ i-nTna a^ab aa3> ^an irnriD ts^a» ït^pdk-ib s^^" 1 mt 
tarbnTT pm ^a^n^i tan^m ffeabtD3 anbiT t^bi ib« ina» fca^SN 
"in^am ta^jswnïi ^^a rnc -na^a ap5>^ itt)3> ^a?3 m a"a ib»ttî 
bsnboa ipaa Nb^ dx ^a a'n^^^ ba n^iaî t>ïbu: û^pm aniia^» 
rr\bya t» bs> i-in-« talion ibN^a rna^a nnîn t-<bi *jiDi: ï^b 
l^b^dNîa TifnD ma^n n^bana mû mn^n m^baoi miî3 rmaaa 



AIIROiN BEN GEBSÛN ABOULBABl 257 

■»15 rrnaoïr jaijai bawan mNn naha»» mm ûanbw b* ana ^aa 
biasb nnn firah pipera "paatm tsnbiî nwim i-ianr; in^ia 
lawr Y»ïi arraan anb s^m nvbaon ïmbJtti vr^iib irratti 
baa î-i"m T»n amTaiin &amî narai ^aEï baa imxn»ïi ^aa 
1*75 nrmtt ^biïta ùtosk WU3 t**?Eaa tien naai ï-rnsn in©* 
i-irw in ar; »bpN ï-rpKtt iwm mpjaîi *iaa> "pjaana w c^bia 
o^ia na^ia^a \-nmai Tmn tabiai naa>n im» t^m wnabw 
^■ïï ïnasn riab'-a "p-iira riro nnm tr^non ^baiN?^ *rn« f<n;a 

.ïisbrta p^nn» 

D'après une communication de M. Neubauer, ce passage man- 
que dans le ms. 2445 de la bibliothèque Hodléienne, qui contient 
des fragments du commentaire d'Alrabi. Mais il ressort de ce pas- 
sage que notre auteur, qui, à cause de ses nombreux voyages, se 
qualifie de th ba ^m^a babia?:, fréquenta des écoles talmudiques à 
Trévise, dans la Haute-Italie, où il se rencontra avec des talmu- 
distes allemands et slaves. Ce sont, sans doute, ces derniers qu'il 
appelle des « mangeurs d'ail ». On sait, en effet, qu'il y avait des 
Juifs allemands et slaves dans la Haute-Italie, au xv e siècle. (Cf. 
Gùdemann, Juden in Deutschland, 244, et H. Simonsfeld, Fine 
deutsche Colonie zu Treviso im spàleren Mitielalter Mùnchen, 
1890.) 

Les observations d'Alrabi sur l'aggada relative au mariage 
d'Isaac (Genèse, xxm, 10) sont particulièrement sévères : 1 a 
ripant nNab a^an i-nanaian niapa ta-nmaja ©i nao a^anN 
hbsi-naa ^a ûii^pram maa ww** abai a->a^ ©bia na pnsrb nNiaa 
a"^-i na 19 i-iaba "usîti "sa 'jsia *i7aa -i?a pn^ rr^rr ïrbia*b priarb 
avatars lan *î^a)?j-i bvraîi ^a" 1 ania n: ( a r*npa û^aio N"a w\ naia 
»aia -iNaa nauji irmEi-w i^a *in«œ ïtwi wi nrinart w an 
■nna ba b"n«i "nna ^irn n7aN3 nriNi r-nan aa^ao iaa*na s"aaH 
b* larr s^anb na a"a nao 'a na r-raupb ît»ït ^pa nan abai7a 
■"iTa^bab mmaars manionn ïma ba a*nai-ïb riaïaa nan a"a in anan 
ba>7a bnam wmm T-i?aN n^i biia taia pna r-na^n îrrï riT "O 
wtw rna Tararnin^i — non nasapb 'pai non î-inania b?aart 
fca'HJasi ibia^i t^ba mn a^iaa -maa taba 'iai many ïimniaa 
. -ib^ao *ina* son a^aa aa-isna abia w^l 'lai ^n^n 

Voici ce qu'il dit à propos de Genèse, lix, 3 : '^^iNn^Nn 
nansii it ^abn abir^a np n«n «bo ibu: rtai«fir, nota isnn ^o^r: 
yairNa lambina ^^17:0 b"n i-i7aN NbN naicj^-i nb^a nn^n inTD 
vnrca baa ïtwj naaiiî nttib ^^,^1 nb'jab inbva ït^ït» Nbo ma 
ariia m^n tainp ïtt Tiy^ ib^i ^a iia^ irnaNln n^o taa -^bito 
ï-tt ^abi î-tt ta-i7aNa fcaïrba wn m^a ti^t s*<an ^n taa maa 
Vppra im »b mnpa> mmrjaa im ^i^a apa>^ pwi anna^ a^ar? 
Vppfa vu pb rtb^a baw inmn "pbapM im ^bix n"«i pmroa a^ 

T. XXI, n° 42. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

û-nm ib« naaa ttbtaab d^-it na^bia !-pri nn Nbia ny ba a"N 

baia ^K r-nrcfin 'ifi mm baa anafib Mb t|N nwNi-rb isns Mb© 

miwb mo» Mtt^b dn ^a mn Mb pbb ina vnyob ap;" naa» 

»1iN miMn *op3 pb amb "piD&ri mn pism a^a 

Alrabi ne s'en prend pas toujours aux aggadot , il attaque 
aussi parfois la Halakha. Là aussi, la plupart de ses observations 
se retrouvent dans les écrits caraïtes, et on ne serait pas taxé 
d'injustice envers Alrabi en le déclarant entaché de caraïsme 
et de rationalisme. Tout le monde sera cependant d'accord avec 
lui quand il prétend qu'il est plus honorable pour le savant de se 
tromper, faute de perspicacité suffisante, que d'altérer sciemment 
la vérité : Nb mab i-nfcKfi naran bao'na fcz;ana "j-nan a*a nnm 
(aa'a) npiam nȔtti baa-na. 

D'après Alrabi, la raison des prescriptions bibliques est incon- 
nue seulement de la foule, mais non des savants : 'paia nma ^bi 
&WHï-jb ab bas to-rçpnb s-m*a ^tid «b» mittti i-ïpn tanffl 
(npn 'a). 

Le commentaire d'Alrabi contient de nombreuses critiques 
contre l'exégèse rabbinique, critiques qu'il atténue parfois pour 
ne pas se mettre en opposition, dit-il, avec la tradition ni avec 
l'opinion de ses contemporains, qu'il traite d'ignorants. Ainsi à 
propos d'Exode, xxi, 6 : 'idi ï-tïtopxû )m Wpd i^ns jsn 
■o "pwaa -i^js rmnan bia anaan Mb ^a ^nttK ira Miti^n ittï 

lïwtt "pb» a-^ma œsa a:ma aa 

Sur Exode, xxi, 11 : wra naa b"n*i 'iav nbat ©btt a an 
. Mnaaa *b ïwû *p Mba "WJijaa b-ja mrwn r-nriN nj-na 

Sur Exode, xxi, 24: tziba pi "p* i»i b"na \^y nnn i ^ 
■p* •'ttia lairr Mb mia* an^n fma da ^a bpisa m ii«-p ûs^n 
N7303n dN ^ana p-i amw maob Ta'nN bab biaa abia bbia"> a"an 
piaan M&a ru»*» ^aa en a* ba *;rjb pirw s-nr» pb 'iai mia» 
m»ai n^^: "pHio ^a d?am n^ai-r aim b"n '^aa aba "ûb p« baa 
■on* isa »■»« bai rtaiars nwon ^aa an iiw»a aiian tan» bu: 
na-ittb a^aa mïi rnbann r-fà rjv^aaa }■»? nnn p* mn ibN wi 
rtmnm nab riTnTSKi napa n^a na m- naian lia in "p* maria 

. dipn ab ï-n»N 
Sur Exode, xxn, 13 : b"n -nana J-ram itt» Ta T»b.*a 
in MnpT api^iE bpu» aau>iï r;7D nsna ^bi 'nai iib^ia n^oa 

, 'lan Nnaa7a 

Sur Exode, xxn, 15 : b* ^to^j nu:Nb ib n^nn^-' ma 
*na^a rrnasïa na«b ribina bs» "jaianN r?ai np^ba ï-ibina aa\a?: 
an iin na^bi tiiinaana sttïi ^biNi Bfo.a a^Tan bw ca^ia nan 
nauî: Nain n^)d:i nn-»^ mrro ïrrp ^ni uî^n n^apTa rwi Mb 
qio ba viTr pb nn^srt ^n» ^a ^n^a iias^b ^in-i rr^r; ^rwi 



AHRON BEN GERSON ABOULRAB1 259 

tp*rx\ nanm usai* niï-i 'iai na-in^i nï-7aa ïto»™ rmntt na>i 
pb mbasn *nn« rinnsnaia pnaa mb'MiB trai'npbi î-rwn "<a«b 
cnabin ns ^a ntra t»ri nn^s ib ï-wm i-iT-pfta l'isba n>aN 
nicin ™«b ib ïmïrab aNM ïtsm r-ib aaNia 7a")a inann nva^ttb 
bs^îi ï-TD-in "o abapb narr ta» cpa 's baron ans^ tabubi "iva 
(cf. Ibn Ezra et Ahron ben Elia). , ant drottna "fanaa ib 

Sur Exode, xxm, 2 : «i n^^rr 'ib aa^a-i "nna n^n ab 
piosa iBiaa tan»an fianh 'ian 'paa "pfiws ijoe 'ia-i s-itîi f<"ip7aa 
■pBTa n"b m n"^ stïi jmra&ri "o an-n nn^N b"T irmnn bas ï-îî 
Ba^N "»b t^rrro t^bi n"a> ia^an ïtoïïe ï-îbap t*n!ri ïtto "mai 'iai 
aas fana r-iabr: B^a-n , rrr nn^Nu: "^Bîa snn a^sr: ^aa rowa 
a^an bïti b"WM nttNn bs nana Tiba rrro irsa "pâma a*w man 
nwrb "j»3X* ûron ?^b b"n an bs» na^n t>ibi anw ^aa a*iï-;as 
■yr rron ba *i»îwî raa ta jrma>a -pb» imaab ami* ï-ttw maya 
bbi*b la^ann ù^na?aa marrb a^an nns na» m^inb a>m Bar 

. an- nns ^b" 

Sur Lévitique, xi, 8 et 13: ro*PB i?;n t^b aanbaaai 
ibaK^ ^b 'iai tnfi aiBBtt s-r&nro ^a? bas narra rna irmni 
aaroaiB is^mai» ^nàbsa aa^aapb ^b^DNttfi a^nb b"7n roms 
Si73« "pan ya^a narri i-ttr; on ^b a^aapb b*ONnb ro-ps t**b aip72 
bpoan nroa pi y7an ba&r t**bi b"n "pana r-wan mas ï*a» 
braN'nb ban b^BNnb va-PB e^'an Inaai-ia "PiBtfb ttob hN baso r^bn 
t*«b broaiib "nsn ia\s nb^asa mas ba Mb» tp* yp'o apvr isb 
t^btaa tapanrs TrroaE a\san ^^?a baa nb^sNi û^bmab t^bn a^aapb 
a^nb '^b bas^ r^b - izv- "i^a n?ana £a« ^a î-tt i\n aa^n^ 
aaip?a droa t^ia?aa t^bi ï-ît r-nvo iniîra naa baixa b^Dwan 
. 'nai ï^4 ,, r; a^aan nnao t**?K f*4">an?aï , i min ïia^nb 

Sur Deutéronome, xix, 19 : ianr; niDa? nosa t^bi a 7a t n a N a 
tjîtd ^as^a na^rti ann: ^ana namN l^n ïtt^d -«aa rs»n 'iai p^ 
aa^np nb^BNttï b"b Mïï^ n^sa n?:N t<b ^\x n"Ni inroinb nao 
nacra rra rn7a»na nïaa> naa ta- ^a annb aa^iNi i»nn nnaia 
baa ^asi ïh?:n annai ^a rninb û^aa rtba?a ^\nt 'iai 'iai a7:nn?a 

, an^wa 

Sur Deutéronome, xxi, 14: t^^^a ^a^K ï~in^a^ nos nnn 
n^awN ri^^bai n^ai^wN inc« nv-b nb ana> na-ins r;- iia^a aa^a 
b^ibn a:\\ ibwa marai -b ina pi T.aa ^b» rb ^rr ia^s riTaai 

/iai piD3 b"a anp?a ba?a B^nssT'B t<b yn^n ^:^ ihbi f^naaa 

Voici encore d'autres passages où Airain blâme l'ignorance de ses 
contemporains. A propos de WBn n a 'a : i^man» s^a^ana'a t^xaNi 
, y n n ?i ^? r? n a> a^ai ^a «nb» ^aïonsb 

A propos d'Exode, vi, 3 : r-,*i?:an- naaa aa>?a ^nsaiM ^aso 
a^abin'- ynsn ^aa>?a ti^W ^ aan^a b^t^i ni^?" ib^a na^jarî 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mnb«îi TOnfc "pKtt} œipin nîaa vn&ra naai û*ni:> ir* npab "fuma 

. 'nai ^aDia Dm taira 

A propos de Deutér., xvm, 17 : -o snt* Wnin tin n^a 
t-nbaan attisa nsari nattîri mbso tawi ^nuî b* an*ra rvtowi 
i:iti3 nn* MSttaaia iTaa mi?: a h mbaott fcon m attisa npran 

.'tti trai 

Le passage suivant sur Genèse, xxvn, 12, est particulièrement 
intéressant: maoaa ama ^na^tt rtt ntf • • • o^^ni^i a^bi:> 
»■*« înw b* rpttaïaa (lis. ynnsi-i) b*na»n naaa miprt nmo 
en ■*» bwnatt ïtbibïi ira n?a« ab non ûin tans ban Tina:? bas* 
ï-tt n^an ib b* nbnatt pam 'ib 'iai ;a\\ aba nar? taipi»* 
naa ta™ msana (Us. miaanîrs] hnann» aiab missi anrt nr^ 
t**bN niba>tt nbj> ma^b ©■*« ba-p t^b t^nap na ra-rr ta^n a^s 
ûnsiT baa msartns riapra ntta abra t|iDib^B in vaaa w»n r^naa 
&nm?a ta m aams t^bwN r-sat^D û^as taa^tt br inbiî ta^iaiy 
ï-ibN p*n nan <•» piosa a^bram a^an îîiiattTn ûmbsai aairaba 
taatt anp" 1 ^a a™ pnoaa r^np'n 'nsa i^sn pi 'iai D3>m Jiaa 
ia&b anpttïi bao^s ht '■« a-np^ "a taas tana isib nb mn 13 
aniN "piab ^a t**btt maya na>»tta lanban *pN rtttbi iibki bisn 
t^in htïï "piasH 'iai la^antt nbâttin hm« ba> r-inuan r-nman 
laviibao ainb mbattisn fs la^prmb ™?a iis ana >*b lanawa 
■nasa rra? lanaan ->\ïîpb waa isasn ï-it "maria iaNi msanns 

.msann» ttiaT»a«b 

Quelle est cette œuvre de philosophie religieuse dont Alrabi cite 
le commencement ainsi que les premiers mots sur tum 'e ? Son 
titre est-il rrnnïi mno Tiaoa, ou ces trois mots indiquent-ils le 
sujet traité par l'ouvrage ? 

Même les récits de la Bible ne sont pas à l'abri des critiques 
d'Alrabi.' Il fait ressortir à plusieurs reprises les étrangetés et les 
contradictions qui se rencontrent dans la description du carac- 
tère ou de la façon d'agir des patriarches et autres personnalités 
marquantes de la Bible. Ainsi, il s'étonne qu'Abraham ait donné 
une fausse indication sur Sara et l'ait fait passer pour sa sœur : 
nttN apa>a ira-para isa •pb^raan iana> ib^K naitttt ^n *px 
vna na imriN t^uaaua nm^n hy nay -j^n 'iai anna^ 3>7aia 

Ailleurs, il rejette comme « radoterie de femme » la tradition 
d'après laquelle Sara se serait mariée à soixante-cinq ans et 
Rébecca à trois ans : t— jNtoa îm\atî na-p rwïi bipiz) *«sb . . . 
ï-m ri"o na napT nN^aa mio tin^n "^abi ïna^: û^nu:^ n^ a"i na 
tpaia 'a» mnsîittî a^au: '$ na nwoiffl û^nett nstp tien npan b^i 

C]b ^jb) m^iûTDrt ib«a anb ^nn r^ann^ Nb a^binan nnnn 

na pmrb n^uîa npan^ nxab a^an maïaw n^îpa aiuîna?a w< 



AURON BEN GEHSGN ABOULHABI 261 

i-T3tfp rmnb pni ^\x ■jrppiTam maa w:»*'»* aban sa^au) rcbw 

i-ia-ôa mm a"a in tjnart ba> nai-» ï^naïib na a"a Snaia ttbtt na 
pria m^ian mn nt ^a ita^bab mmaart rvnTOntt dm» ba a^rïb 
•pai r-ia-ii iinîntt b»an b^7û bnsm na^man vien man bt-ia a^ 
'iai îmana» ï-rrr^riDS -iian^itïD ^12 fca^aarr îaat'nm — nom s-jacapb 
"iai vn fca^wîi ibw nfca piaar: ^a mil taa->Taa ^iso taba 
(rmbin 'a) , nbiaia -ina t^ba* aa»aa aa^ana t^buj ntDïra 

Dans le passage suivant, il marque son étonnement au sujet des 
faux renseignements donnés parlsaac sur Rébecca : rna* pnatTa 
np*>ia *mo bao i-ira* mns t^aroaiB T11212 inabpa "rs» — npan 
n>aa*?aa mabiab mabiott -wb to» ïwb-Yn ^ann na^ nmtiK ©i» 
a'ndïlb nm 13a taa^a* a*ia* ^aa "»di kpïi Tnna* bab pmm taarnaa* 
r-nna* ■pbïttb ib ira "nttao ^a ma^a pata ï-pït t^bta i-it br 
S-iBnWib in ima-np biaa* ï-nwib ib S-pïi *m ba* ^m?a ï-rantt ns-> 
*i?awa prtsra npa u^a* aai ïi-nmttnpMa "i&uua man irn?aa ^a -iTanp^aai 
■»a nan"> s*<btt 12 sto* sna> "nditotta "irrTa r<b *pa* -mina* iwma 
car ib^aa* wtnv t>*bo ^na rïbma ma^aata a^tiia a^na^i an iba* 
iaaa* b"n n»an *»r»ïi ^rnriN ikxk *9}yw ^ab imnao n"np iroûK 
f*biû *p a"tta hn^a trai t>^b;a *ib nmbaa Vwtt rï'n rrrt 

(rrnbin) »"inbiT ia wa-r 

Il condamne sévèrement le stratagème employé par Jacob pour 
obtenir la bénédiction de son père : itDTatt) ïîft 'piaa.nttîa* ">aaa* 
rtbasi — wndtt t^bi na^Tan naiarfla ^aa ntta wnsib pm b"n na 
ractb riaa> *rç>w ït-psè -na-ira ta^Hanyw ^sra b-iaan -iwa ■» n -« az 73 
tw* abai ap2-< nbatnb ttî br wvb taw-iafc ^ann ^aa n^^^T 
na^n baip^ a»7aiU5rt nan ba» ra^a- in nai^an bao n^^rri mi 
taa^" 1 na-ipa-i nn^r nrm b« taibo ^a nan a^5ars rna'n b3> t^bn 
d^T^fn va^ nM n»"! lançai T'nN n« apa» paa nîM nbi^r: TaiN 
■>naa a^:a bia ax prc ^^ ï-îtï-i n-nt!i?a ">aNa l^aa» nb^ iia^ ^^ 
iiBa» "ii^a mn^ïï i^^ ^tatt ">7an a^ra ^na^ t*<btt) ^\aa>7ûr!i ara;-» 
ca^aaïi yw ^72» rm^a»«n mvvtfst r 3 1^^ ^^ s ^ T ^'^ SN 
intns npbnai n^aa tt5tû!ab ib r-pr; paaïi^a pbnorib ^ai m^ran 
^a>a'j v 35 ' f<ir;^ bipa r-ns wntaa na^na ^«n "ip^na it^ D">aanbi 
in^an t^bi "i^ï-î piaano a^n nbnann ait&a imassb ma* bar t^b 
xb-a: dnt» 'ria» na»m na^a^a n^baa t^^n ban m-na^ n^^ r»^rî ^a 
nanati rrn^- n^«n n^a^ai riana aaaa Mb -a ap^^b riana ftb-ynn 
nmat tna>a vaaîb naa?^ rrn« vaab nnbia>Bi in« "nauî ^a r«a^b 
îtthqi M^anb ^^aa ^taab mnïi naaoa iTaaaa» a^a)ai nnp^Tai nb^awNTaT 
©•»« îTïn ar;w^ niDKa û^»a»ï3»a n^aa Niba N?aian pT r;^n^ T»a«b 
i-sbiia nana ra« t-na-ia bia^pb ï-iarj nama ib n^rri ^aaa rnt 
nb-na mna D*n»b inp^aa nnb^i v»a«b N^anb matb nnt îTfcnîri 
d^bïT» aiav ici tan na aina n?a apr^an anbiîi inana npb^î ba» 
Tnaflo Nbn bNiia n^n r^b i^wN nitan ^bibi f<a ^»i t**»r 1^ ^^^ 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a^ha^ih m*T a^Nha hab^raa :>aiah nbnna naiNi vaN na*:a 
Vw? ^ iMtfca nsh l"»yb awnah an&mna dh^t bap"> ûiTrwoa 
aab 'aa'VBÈC bai a^abai û^ïïi a^aiba vh -paai hb^aa b^a cpn 
■»33ïn npcoa haa>aa un ^ b*ini 'asa m&nhb û'Wpnarra baia 
.'■oi a^ah ha laïaara -naa>a -ma»© haa ■wi mn« 

Voici ses réflexions sur la première rencontre de Jacob 
et de Rachel : ta*np ttpttsw rrnttrt rnN nbpbpa hahian 
fr-iMtv nain ntn mittiD haio"> ^a ^aw t^b . hs ^a na ttbanîœ 
aa^ara jaran ■»»•' iNba nmwa nam sîn t^stn ->a *j^^ manb moa 
aparro "pm "pN mttp naib "aarKh -naT bm maya ^b Tiiûannaia 
ï-ianana Tma h&naa brn i-rrpht t-^bra *t xb h«b ba> r>jaraa 
hatuiaba nacah la rnampn aa^ah ya a\Nah ahaaa wiawa 
(«an) . 'iai npa ïrh apa^ra naia ia« pb (voyez Daniel, v, 2) ^aba 

Son jugement sur la conduite de Ruben est très sévère : 
snoisb t*^bN irrba» ï^a «b\a narr* paa ^ba hhba na* aara^n 
nawNa apan bia nptan ba !-phpra "^a hn^h "ina-na rnbam -paN ba» 
&Tuan aa^p">ha£ aabiara a"^ apa>i ^a rrrn b"n iwtxs -iaa nab 
ana nnr hrh hî iiiaah ibs ^a ban h? aa- pien aan b*ôb 
ras tntDN aa> aarab r<bi mah tao hnnpiahb in ha>aa:a rr^-nï-ib 
. ana» *pbp haïai aa niDNa anaai b:\raah nbaaa hbaa "pan 

Voici ses réflexions sur Amram et Jochabed : ha ï™in np*n 
ibaia mannn Ta hhbia ■naav -nawa ha a b"n -na» hann ■•ib 
nbn hara tartan nah aabia>n ba labsa mta ba> hah naa* ir\hi 
-sn hîai 1 hara ambrai hwxa na hhb^ra t-*aran airannraa haa-m 
■ph naai pa hb h v m iaND inbiaio inTn t<^j aia^ ^k t<bsa 
ihiaai ma^hh n^bnna aa-'aa dhâ iéwéi T"a^i nn^n^h br attisa 
y'rv n ai i^^b i5tt>â hab©i h^aNiah f-n^a ■ ,, sa , "i inbaa n^nn^ *aa 
(ma\a 's) . mbiha la^m^ab nwi "«nbïti ?ïT»oa ï^af r-ia^a 
na niaa hi^biha hn^h^a baa mainn i^a hhbnaa iaST> ' , ^a^Nh^ 
■jan 'at na hT^ ^a^ h^hïî a^aaha V" in " n ^ :,û ù^biai h^a 

(NiNn) . ia sbsna abn^n bai ûinp 
ana^ nraN -narb h^h nnah ha *n3T- xh 'iai ana^ nu?» tarai 
raaha pirn nhNh mao ^nrab hnavb r**b«3 aia invi hftb^ nra^ 
hn^hra n^arah ïiraab hlb^ra n^a hara ta^rabrai n^sa na hn^-b 

(Oha^a 'd) .ann^ *pbp hanai la^a mm 

Sur Jes fils de Moïse et d'Aron : ^nabsa hraai IhhJN rmb*in hb^ 
is^a taaaa^ hni^pa aanrab nraa ^aa ï-r-nna ihara r<bra inaa 
vr^abri yraih"> "jvby Tniûa naara a^ana -paai rhwN phN ta oia-»rah 
•^apia ■'abn h"ih yy ^ns vhi inpca Nbn -naïa ^b i^aa rnnn ^haa 
imatan b^-ira^b haibah ^ann a^ara n*.Tn^h y*p ïwnxû hiaya naNb 
•pb aa^a-in na\mamra t^aiaara laa mai rmaïaa i^rr 1 a^ah 

1 Cf. Mibhar et Ahron b. Joseph sur UJiPI 'D. 



AHRON BFN GEKSON ABÛULRADI 263 

^taaa dï-»?aa> nVai ï-nna ^ia ï-ibwtttt dfib ^nai baw^ di^bïi 
nps «•« ît»m -nrr> dapna n^wa n»ai n*i- w nttî&ta dmm b--n 
bwa iiaia ittaw i?aa fcavïi la» t:nb«»»a natt» pb yan-> abs 
■pn» apa ><b rsttb nmb "rçsrwi *ab ï-nam nba^b nan rva>a ^aai 
■na ^bi&n rttoasa napars imn« fcav-tfatt jT-ia «in Nbn &oaa taaujn 
ïiafi ip rr ba> nabïi -annnn abn nwaaa ™^b nnno nsêe^ abus 
ta^npsT d^aam ■pfia biri pb intt ïiamn mwa ba> "rt-paNi aïs 
d"nu:an n&ta ^n intiK raïri tpb^uînb ^i a^ba drrnu b^Kiib -pri 
tarainp itn îiaa abaia prrn ûna 'n en ^a ib laaMaa sbi ttaffii 
a^aia tnaniDÉnrt ûwïi "pai abim smnb ïiaio û^sb» "wuiii mnbb 
ha-naa 'a] . rrnuîa» a^bTaïû o^irpo ttbfiwa 

Alrabi ne suit aucun principe dans son commentaire. Tantôt il 
est le plus hardi des rationalistes, marchant sur les traces de ces 
philosophes qui ont interprété la Bible avec la plus grande témé- 
rité, et parfois même les dépassant, tantôt il fait appel à la cab- 
bale et à l'astrologie. D'autres fois, il combat les opinions des 
cabbalistes et notamment de Nahmani. 

Voici d'abord une série de passages où Alrabi fait intervenir, 
dans ses explications, l'esprit philosophique et les sciences natu- 
relles : *n»a banab wi^sa ûbc b"i '-on ^pnn pïm ^s 3^pn w 
m&*att t^- misîi ^a -raa» ba» lapn ûien iï-it-i ■nn-nin "inaïana 
*-nw rtn^ ^pa ïnanb iman ^nïï irai n^aa banab ^^^3 ba 
t^bi iT3»b xh d^-a ïŒ^auj la» a^nbii d^a'n i-ïwnpn hiDN "ftan 
■nmbwa ûTiaroai a^ïibaa ta^ybtt ib^a dm nanan *j\n b^ahîib 
totab fcaJïa n;nj tfbi izpft dtt aanttNn tzPM diab da>ra nsna bas 
ma 3» -vas ba na .(msans) 'nan ïit î-r^a ban ïit ritt tut • «b yna* 
-naam riban -ib "rwa Sba'n narra ttKT ï&OTa n»» ma naiii 
la-pa-» Nbi imab a-na-> ab ^a a n s b *nfcn "iN^a ma na n»w nm nir3 
(cf. Nahmani et Sforno). (rr>\D&na) . i?aip?a T\y 

— ta^-nana bo ta-n !in 'lai miir ^nia yi^ ""3^a ^st^.^-i 
n^T 'nstt riî p^"; 'nai n^ana ba Sa» ama "j^ab^a '^ û3>Dn n«ï 
t<b tni na 1 »» id^o "^v c**ta nni>aa dbuî ld^îmu) tDibun om da>Dr; 
npnia t**b« ir» ir^an n^sN \n y?aï-! avpbi a>nn n^ ib in^r: 
s — imac Sapb nnwa n:an N^7a «bi a^n •'ba^n Sa maan "iba^aa 

IrYîiOÉria) ,mn ay Nb^ n^aa n^ttia» 

(Voir Nizzahon de Lippman de Mùhlhausen, n°9, cf. Geiger, 
Jud. ZeUschrift,V> 58-59 ; Centralanzeiger fûrjûd. Liter., I, 2] .) 
rt^n îTfcro&nri Kb^i f'^ba inmiaritt b"n 'n -«asb^a "pp «it^n 
la^nn i^^arib nm-" tattJîn ia n^a-a:^ t^b'a -naaa (délia grazia divina) 
'nai riT- &np?aa 'r\ «i pN n)2NC i)aa t-in^onb a^.na dzipTanu: 

: (miBana) 
'lai ria^riTa fc 'ba dnb fi*r, ^b n3 Nn Kbuî ^y _ (■•"ttîn) nuj^n '""B 
r-ivaEiN tzi^a'3 vm M7an« ^aiy vi-> ypi dnwN'a nTaN riT ^pai 



264 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

*]\nt aaian -naa iiddim d^aai bnai niana "nasaib dfnattîa mai 

: lois) niann?: *>bd mia*b wt Mb 
la^arn m»b ïiaaïiai y»*7ïi m» dian ï-tt '^d d^nb» *iam 
dmb* nTYftjïi ma«în rn*ron "-a !ni83>?a!H "nnx ^b" 1 " ban p as 
«bi ibw t^b mfcidfi *o n?ûiw\ ^aa pb t^iaa^rj -«sa &adiin» 
vnan Saa wajnîn rouan in« ^birr Sam fittîn nu ^a ib^ 
ax*n di8 mina dimD&a d^ama a*n»iN diinattïii d*oapnEfi 
ib r-pban 'pwa ■»» Sa *a mïibaa dnanT ïnatib m dïib i— inpn 
■nîn "pN pb Y»b* min a*bi wa «bi aiaa «b wt ia sppn «b 
FiiiibNïi tawias?a ari *»a imo nm ^a aba d^biban Sn mssb 
niT'Bo 11a* Sba^ mrtb»ïi italien nar? ^a Dïman nibaaa 

,(naj 'îai sibapn ^an n aa anpai 

Voir aussi ce qu'il dit dans mcana : p?aip niwNi inaan -naa 
v :an aroba» itm*ii — ittiptttt 'n *naa ^m ma "pan r-îT^a-i — 
idniiia "paî-fà îanaa traia» Sa&* lî^nia n» s-ibapn 

Et ce qu'il dit dans Niari ia 'a : tra^ia rt?a fiiBttiB variai 
ï-tï ■pai — 'spr So lans nb^noa a^iampn miae naa ron 
r-r?an aiaaîi n^ab aiiaan niîibKii nbapn p^i? mna i&ab itoipE 
: Ë rtbapn irnamia Spa nmfl «in nan tin iiaaia 

Sur la construction de la tour de Babel : nNmanb'ïi TTn 
fcaonisttfi "«fib "»b î-jôtp Sa« ■pajn fit aa^an liants naa -p^fi 
i-raia mbanb ^a fniwb lanaia ritta dîrb* U52ia> "pn •pN biasir-E 
dibiai î-idîiNtt innN ï-iana S^ ^rm dnrnb 'nai ikidi p lia? 
ï-rabi s-niaa>b isiidia s-iioa dMb a^aîib "nai î-pïi nan^ai aïwa 
*b ï-iétf aa^N Spi^E asiatt aat ^a n? pa dnaia '-aabai did^yrs 
nitin^i ^p n"^ bia?aa drons nn^nia iia^a n)2wN5 ïit lipna maob 
maab in?aNi dai^?3 diû^^nb Snïi» listi ^bi d^aaia nwsm yaars 
nn^ nis^nia in nnw\ Sia73 ï-;t\n ï-inp* 1 dNia naïaa Si^?: iniN 
i^?2^ia ^na anit3> iDï-ib S^r: n^n pb imîjn irr^n ïhn o-»» 
Mtta naaa in^N a3>a 11^1 ybann &n»aïi bai isi^na Na ^afiia 
iiannn^i yixri -^aaa Saa ù^nm Biûdma ^a d^sîia b^n "juaio 
Nb»ni taaip^rr ^aa a"»abn?o ta-'ai^:! mrvri to^aiia ta^iaiin a«?i73 

1 DDpn^i ana^û ^an bia a ^ b 1 ^ ^ 2 n 1 a a tiei ï-it N^^aia i»d 
:b"T dibia -11a r\ov i"nb irpapn naa iis^aai 

8 Alrabi ne mentionne nulle part le Zohar. Outre les ouvrages de Nahmani, il ne 
nomme comme écrits cabbalistiques qu'un commentaire sur le 8èf€r Yecira de Joseph 
Sar Schalom et le Sèfér igtjoulim (a^bl^ït 'a) de Menahem Récanati. Ce dernier 
ouvrage, par suite d'une faute d'impression, est appelé par M. Schorr Sèlér Dégou- 
lina (C^blinT! 'a) et mentionné sous ce titre par Zunz {Zur Geschichte, 520), 
M. Steinschneider (Cat. Bodl., 1734) et Benjakob [Oçar Hasefarim, n° 162). Abraham 
de Balmes, originaire comme Alrabi de l'Italie méridionale et qui a vécu près d'un 
demi-siècle après lui, nomme parmi ses maîtres Moïse Sar Schalom (Cf. mon ouvrage 
Beitrdge zur Geschichte der hebr. und aram. Studien, 194). Abraham Aboulafia a éga- 
lement composé un d^blSS^ 'a (Cf. Benjakob, n° 556). Comme cet ouvrage traite 
aussi des noms de Dieu, comme celui qui est attribué à Récanati, on peut supposer 
qu'Alrabi s'est peut-être (rompe sur le nom de l'auteur. 






AI1R0N BEN GERSON ABOULRABI 265 

ifcwnûb mantaïia inas?3 y-ian Sa abana 'n na tw ynan 
(Voir aussi, pour sa dernière explication, Éç Hayyim d'Ahron 
ben Elia, 157). 

Sur le sacrifice d'Isaac : fca^aiN fca v maa w "p a nN «3 np 
•osa ma*b iaa fis «^a jrnïr *pN ^a s-Knaaa tamaab n^n ntta 
mara î-rri t-iaaï-i ^ab inon î-»ï ld^^d nbaa pb rua twïi Sam 
ûbi3>in Sab amiïib San ïian rrarm naaai rpjata naaa nana™ 
*!a:£3>b r**bi trab r-nitnb 3>aab s^b"} wnb inv "fia a a tamaaia 
ta™ ba ab Sia-> tsbïî n^ip 11 îiaan Sa> t-mn imman t — tt Soi 

(«n^) nnanb 
Voici encore d'autres explications intéressantes : 
i-w frrna maa ta^aanna inann — apa>"> *p^ sqa a>pm 
b« taras cmba wan n a nawa naa Irtonaan ï-ianaa apa^b 
*dm a>pa?pna ^a banan nara Tinw Sa> Tan ?-ïî ïrma npN ta^aa 

(nbia-n) : ^b^ars 
rrN-i^ "iaa> paNnra ^«ba Sœ ti^nain baa î-iab Szaa>ta vcni ab 
ta">«bs maa *p Saa a^nna tannpa m i-ma wa vma ta^iaaan 
tramn mara ria&n "n»«b '■pan i-nn ab ma na^i iiaa fcaaipaa 
ï-ibn Nbi aipa imaa naaa in&riaan mpbnoïi r^ni-n p ï— i^j'ar» anrr 

(tau:) ii-tttt a"a ^ *nba> 
n^asi-; baaia !-na*ann taaœaa baam b""i i-raaïr n^n^ Nb 
Sœab i-Koaan rrônaa rraiab ï— 1->— rit Sa-i anïi nna>ai îaa 
i-rm 2^b bvra na-'ata m^3 Sama^ wna a"a*wa snn bïîaam 

(ma») :"naa.b îr^a tanb 
np^ fca'wa? ta ■» b a p n a if a fca^an ta ^ :-; b n n "y a b a ^^ 
"ma Sa n-priiN paa iN^a nias maw ta^piaa -w ibaa Si^a 
■»r^a *-n&n!"i:n tamaan tau: fi&npn î-nn^ paiaro a"a> tana 
t<b triDi* taa^NO ï-ibi m^bas mbi^a to:^ a^a\a tzi^n^anN a">baa 
taars tînprr ^baa mœb d^nbKïitt int^hî 'ratîa Nb« i^^^ «bw ^7^73 
n-»ab -ain •jabnïi rrtia a^b« ^wsba '"«pi ta^ttipnMrttt l ^ttrort 

1 Alrabi attaque aussi certaines explications talmudiques données par Nahmani et 
reproche même à ce dernier de n'avoir pas compris le Talmud. Ainsi, à propos de 

Exode, xxin, 11, il dit: !rmm st*t»3Jm TOOtttBn '*»b ïinu5t:3i nrja^n 
-pby ^\an ^Mnsrn opiapbi barba innc-jDi rr^^Ti ï-iû^n paa 
ibwN ^a Trabntt ^ni pan «b mmaa pm ^an-in «npepi . biat ^a 

tano ^^13 inva nanoaa nm« nony Ti^n "nb r:3£:73ïîn naN 
Nnaaa« arr«:oT ©iptopi biaî r-na-ib nnïîtasi naNi r^nn n\a"«nn 

C]aa pN Cain «am ib N^m B^n^*n«*l ■ Élia Mizrahi donne également 
tort à Nahmani, à propos de ce verset, et admet l'opinion de Raschi. Voir 
aussi' sur Exode, xxv, 9 : a^ÛM ^ttfÛÏII ^ai mil^b '"»D l^^n pi 

tzpTvar arirn na.N ania^ "pn^ naTa in^y ïi"3» ï-rab^ ">*\nw rky 
t<b ï-r^n ami ma« c»m ^n» r-na« 'vaan î-pn n\aa bttîi ï-ia^ 
Ma pan «b ^a -m^a ^b Sina^ naiN ^dni i©a?n pi taa^p 
an la» imaa i^a Nbi nnm^a nnaiDm imawa b"n moin pi ^a 



266 REVUE DES ETUDES JUIVES 

■nDWBa lab^ann fro im* xb •pn nia na^pau) n"apn a»ra iri 
(nboa) nwrt ibtbizj i-raa *n irn n^a aa-w &*a«b»ïi San 
p^mîib gbtt &naD3 *ibn •«■»« ia\\ ^in st-it ^J. S «5 an Nb 

i?3N abna via l b«ab eaïwnpa "pâma "pïto t"3> win barnoib 
naiûiaa mmsKic toawn mabfcbiatt naana air^n rnïb i-!»m 
Snï-j lab^ati ■wjnwi naaj Sam arbn «na nïti nainfi nan nna 
aito îinttan NbN *iioa!rî da> \aaai-; Saan Nb lah-înTM "jai s-w^tt» 
ï-prttta y*iNîi SwX ns^î-ï aiw n?awa nas nab "»i»iatïa r-narroa 
Canasta»! :ïiana nïiN trnbN Sa aman rmm 
Wi "STbVtttt w 'ii r* «b:> Inn^n nwa ma b"n ï*p nbuî «b 
ûiidb ^nbN na bapb ï— ra^rr ba tetta s-nri «bia i-i&n ^a nspn 'n 
r-nan* îbap t^b nnia'n îbawn ta-ua -,7:a m»»wi anwa t^ba 
irr-i^ft jTDiïrn nraa ap^i * nvasia, mna ta* aa ^a bvcjd *arm 
Nbn to^attttn -iwatt nnr -ihbaraa topn awii-p ï-na'Wi nab ton 
iaa a>£ttNa fa^tt ^nna 3 ï — Tarr taa ^a m^fi \+i* ib -ûta 
iaa>m jaai iaa>a Niab bw mr; ^a *az73Na jasi ^îna ta^nn fan 
taptta> anbn msbnn» ms^M ^a&t mbacnaii mMDïirt Sn toa*n 
hn-pM ï-i^nrr friH© iainb aaaa rraai ïaa>b tama irai to-inom 
marna (?) 5 — raï-r b"n i-r"apïi ib si©*© Statuai fcabatt inbina 

(&«3Diaa tpa) irnJW 
ntxnn am s-i'maa m smwa» T^n n^ a a n a y b a -vaiN ->a an 
Ytfà ina-iann ^aan Sab îrwm 4 n a i a a rr ^aaia n ^ ai» S^* 
nanaa -îxana 'jai û^bs ^attisa waieh n iN72 ^b« xnaa an^ ai^ab iin 
^n an^ana arpba y^ a^apn bru: mnab y^aïi ^inm© ntt« fab 
ï-T):ana ^^7:a nann ï-rm^ar: t|ia Nirti vbmkïi Nnlnttî în^aa -iay 
taprn ^aa niN^iîûi nna?"ian q-ibm smapn ^h> nab ^aaia tnyaujn 
ta^prûa dvaaâ aïia t^*i n-nauïna nNanaw iwa o^ujï-î Sn aa^npi 
[naihn) rj^aa a-iwNab naip?a mt ^ni mmai ïr^-nnaai 
tD3>Eaïii ppa ®rû "j-nabia r^nab pn^ tiuîa ^aa m a? 1 n p ^ a 

nïntta iu5a>n t^îb inaanaai -iene i^aa ayw ta^i , Mizrahi est de l'avis 

d'Alrabi. Aboab essaie de défendre Nahmani. Voir enfin dans ^J"p") 's : îa^H 

; tnyï t-nbpb ta^b Mnp SriTi la?:n^ ^'naai fcb'umBîaîma tz^nn 
et dans N3 'a : ^^"1 n^^r; N^n an la^a^i b^j fcrujipn n«n3 ïiana ^bi 

.lia' 1 ïib 

1 C'est aussi l'opinion de Maïmonide. Voir surtout les observations intéressantes 
qu'Abravanel fait, dans son commentaire, sur les usages encore existant à son 
époque en Espagne et en Italie. Ce passage a été donné par M. Dukes dans le ^aip 
1-i S*, p. 54. 

2 C'est ainsi que l'explique également Abraham Saba dans ^72^1 Hll^ : nblD N5 

^ai 'n t *h9 rtn^rt 172a nnNiaai ni\ 

3 Cf. Nahmani et Bahya ben Ascher. 

* Cf. Isaac Karo dans son commentaire sur le Pentateuque : i~1"nj)aM mij 'T 

^TatM» Nin-^ i— TTarr b^ba ^aa vatna»în ^aïn — a^aaia n^n\a i^aa 

, V'aan û"ituj ^m b* nab ^aa^a 'îb 



AHRON BEN GERSON ABOULRABI 267 

ppa iotûi vas ïaniBaiB Sa*»!-: ï-rosnaa nb- ï-pto a3>an aTiîa 
R£œ larairna «ann p ûwto vas ik-nb v»b« nœaia int n?ûN pb 
prvn fno» vas S:> taia t^sn aan&ttan taîrb* Tippa teTW* 
nïnTïi ba la-ip na3»a vibbw ib -p^tt dwpi itta s-iaia •piûb isnsb 
a?» mbab ma marn 'nai naian ^a Y»b« nœatt int© irrai ^bta 
na«n nratt bapb iba-» ab dNcan ma^aia fcnn s-ianai-n mc-in s — it 
rpiro *iy »jm»a taaïib na^to i3> D%jbb a^rt i-natta ïmbatûttïi 
ï-iot naona aaiïa ïnoa vas b^ ira îtt^n a'nanb ar:b n\aaa 
mon tnaan a*aa Sn d^aa un ->a "tfaiEN ^piat rprt ab ria^ararra 

(wan "O] lînottlri -PO* 1 'il ^aab 
Dans le passage suivant sur Moïse et Bileam il réfute une as- 
sertion de Sifrè : a^anrra tznm 'nai b a nas y 12 ira a n a 
tara ttana Nb \njn nanpb vidîi ^aa ^b-i p-iaan ïit tnaa^a laïaa 
Sans^a ny aoaa dp abi naia;-? jriNti tpo ^aaa n^a ib m«a 
ea3»ba rit N*in ^*n dp dbnyn m?2"iNa ba&* dp ab Samo^a sro»a 
naiti Titt 3»tp Itpïi a:>bai 1533» naiïï ^ntt 3»tï* fT»tt aô nmu 
•\ny nai?a t-î^a a>nr ï-pîi t-ïb r:U)73 ^-pb* s-i3H 3W1 nEatara 173 y 
rna» ,ba* ^a* ^ttïta aaa*a ittaoui i»y naia i-153 3»tp rrîi aa^ban 
d^bai *rny naj na s-wwi -ittaaia Wtf» r*ôa* 1533» na^tt î-t>- a*b 
n?aN *p a-w ^bai baia -viivv baia aoï-naa nb^SN 1733» nai» s-nn 
ta m î-nabttn i-tbaa rraoaaa i-na»» ts^ba thn i— r^niia Nn^naa 
ï-iNnn b"n ta^a^ ^ba î-nn baia ib^DNi iaia ^n^i 12^ n?3 
ta^nstt) "nûa (?) i^Ta'nnyi ><a "ji^^rî rtro fn^na ^bi i-ra^aor; ^as 
noaa ^ana Nit^a Sarr ^a ?— r?a ^y i^an «b ^a ï-ittï-ra n;^a h^an 
rtttîîta yan *T»n» n^ baato ta ^atirt 'iai ^^u:ni 11»^ 'iai a\na 
'n -ip"» ■'b-iN 'nai a->na iaarbaai na^i^ s-r^n da^nb^rr d=y na^b 
t^b -nx ^"^n i733> naT taa« ^"na miaa ï— r-^rr c<bia ^"*^ ^nN^pb 
■«niwD Sa 7 n nna^ na^» î-wa ^v ïrr; taa^batî aa^^^r! n^wai 
aa^aNb^n pna ib^a^ a»a»a Nirî ïtt ^a mbina n^ia^iTa iitob mpbn 
drbaa ■^a'TiNi n»a> liai nnN Nbs f n 121^ rra n^nb d"iN ^aa ^a"a 
^b->rî ib 12112 i-na y*rr ï"Pîi Nbt5 53"© ^bN 'n nai^ nia^a a\na 
y*r "ji^ba» in^^ a»i^ *6 nn^na nri Nnian b"Tn^T 'ian ^b^ Nb aa^x 
naiTTab d3>ba nam» "j^^ttîrï pna •j-i'-ian ïtt !t»!t»i rib^a taa^an pi 
tjiatnaa "rtanau: a"^N ^n^b Smnn "p^a- !n"3' , -i?3 aa^^aan ba *jtin 
J-i^^a S^no^a ^na» t^i^aa aap Nbi pnaab inaan 'id aaa^N 'nai 
N«a:!aa Nb'^a -na^a s— tti bamDia Nb« • • • • n^xa sb S^nu:^^ 
ni- ^a Naa^n b^a^noa ^a 'idT bNiiaia dM ">a dbira n*irtb« ûid-id 
S«-i^^a -iTaN baniû^ ma^ianbi '"iai abi3»a Sxia^ pr Saa -îa^iTa 

(pba) : '"idi abvrt n?3iNa ^ïi Niri^: nab 
i-rba Nb^T (Q3»ba S\D) rr^y- ï-int rttt5»a ï-r^ûbra ^^n ^nabsa 
'ri7a ^a n?3Na aaN iab ^«nva^tt ^a Sa inn»i Nb\a ^a ^"dh ib 
ï-!ï:3>?3 S3nab ^arinbi aaniT7a *$xv bw l^ba ta^bttïnb na^in nh^ 

(ûva) .'n mattïn» np5a3» n?a onaa 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Voir aussi l'explication qu'il donne du verset na^b nnnn tth* 
(Deut., iv, 35) et du verset d^a ba» ma&* witt'n Nb (il)., xxiv, 16). 

Dans certains passages de son commentaire, Alrabi parle de 
l'astronomie et de l'astrologie. Ainsi dans mra&na 'b : 

t-ùh ^53 iprn»a \n:rm a^anmpn "maria Tnprno ira ^sb 
tara tavp'im mjaipjaa 'ptt&nïi "-naarrca fcawypïi tzpaaarna t— litpn 
: a^ans inaw vwsa ab t|bnrua ptai ï-rasa^m 

L'astrologie qui, d'après son dire, lui a rendu de grands ser- 
vices, lui a été enseignée par son père, quand il était encore 
enfant : 

iw inwa ^a» "«an»» tznaattn n^am ï-rawïi t-mprt ^bibi 
■^n:na rrasriïi PNta nnb^auîa "»5&o aai-j abvïi» naa w»tt naa pp 
■<iï3D3 rnw bTfcirb "wntt t-ito *nanab pisn Sa> Tri» an TMKni 

(naa) :nrna rm» ->3iîa> Sett-n nrna?a 
■roafca rîpTOa» r-T^am rna» irnûa» pb • • * tzmaa i-na» i^rn 

: r-TT T^xb Sa-n ab "pimn n»ana tablai! «bu) nn — ta^aa-ûrr 
twi riTn iaa>» wmntt ^ni — ta^wa t-narna — Tua Sî» 

:nai TPfintt) In» la 

Alrabi éprouve la plus grande estime pour Raschi. Malgré cela, 
il l'attaque souvent avec vivacité, comme le prouvent les pas- 
sages suivants : 

(rmDÉria) b^an» Tibai ttîibn kiïi 10 * ïi ynTita da»att mt 
danab a"^a naib nb ï-tti &*b arauiaa aa*^ dnann nbarc) d":wi 
mai nwai — rrn n^ ûbia — r-iwa ra-pdiû rm ba r-i^Nai naoa 
*i»a« laarn "ibïiN inoa a-na^ tid ù!-îb uni nattai n» bs> anb "pa 
casw N^Kin !"i»b — yian p^ata ab ^a pîb d^aa nïîn abn d-nain 
ana» n 115 1 !m — a*w ib ■pa* tt"nn rtt (mia&na) 'îai bp*ia*E 

rnan mm ïian tj wam Laman ainana ab rrnao os» fm mai 

Idttî) idïia ina-ian "pN d'na'i ^a^ib diNr? 
la^N ibttw î-tî maa» yim — w*i '*s — ta^aia niaa» yp» 

fjb *]b) jy«wa 
ta^twa prna dW mea taba nu^ fcar-îb "paio ta^air» nbN 
mi »tt5"s ûbiaT — ïi^n N^m (nt^i) rrnaa my npu) i^naa^a oin (nth) 

(M) 

(n^-i) jî-tt ^nncb mars iai«i ata^rt ^a-i^s Nb 

(nb^i) :piaarî nuttï)» ^s^ niïî^rj n3>nu5 rtNT< 

(a^^n) :uî-ia^ iba n^nr? ia p^tt rrn 

f»rpn) :'-ia-i \w ^bai ujn^ iba T^n ï5^3ï5 in» 

t^iobi lignai nadina a« ^a lapnb ^bi ipTipia ^j^Nln 'nffl^rti 

(^rm) :bp"i3>» nsadiBtt n^ 
(bnp^) inaia naia» -ja>73 rt«Ti 
pa^ttî) : «Ta abi wn ib V N WTT«rt !-it 



AHHON BEN GERSON ABOULRABI 269 

na*a îia* np pb - mnaa yin acrïi pwj ab nta -«m pb 

(^nb^na) :nas nrvm in 
ï-n h"©n) „TWaa ^oà ■a'w -na^n uni" tain^s maaa -^aya 
nb i^aa toi nanab a";aa inaiNb -nai ira* naan uni bo rnifctt 
pjmbjna tpo) :rm itw un ^a m "pa nman m 

Dans rnuï&na 's, Alrabi cite un proverbe italien : "praba pnaN 
Tb*a a^ari Tnatitt atanuî fia T3>b. Il traduit aussi quelques mots hé- 
breux en italien (b'np'n) îrba b&maap, caporale; (npn) UNsmôû'w, 
isforzaio. Parfois, il utilise la langue arabe : ïianrt ans*» w* 'bai 
(anen) DfiwbN mm A remarquer sa traduction du mot "<abrj3> 
(Genèse, xxxviii, 1) qu'il rend par entremetteur : do kiïi ^abriy 
T3>ba i^a-i-i (l. mat) nsiT 'pTa tro^b d^3 'pwa ^a bab nan 
(rufflano). 

Alrabi était le plus jeune d'une famille de savants. Il mentionne 
souvent des explications de son père Gerson et ses quatre frères 
Schalom, Baruch Moïse et Jacob. Zunz (Zur Geschichte, 519) 
parle à tort d'un cinquième frère, Joseph. Les notes marginales 
de Salomon ben Gerson sur les Milhamoth de Lévi ben Gerson 
(ms. 1290 de la Bodléienne) émanent peut-être de l'aîné des 
frères nommés ci-dessus. 

J. Perles. 



ADDITIONS 

A L'AUTOBIOGRAPHIE DE LIPMAN HELLER 



Un vif amour de la vérité, une probité inflexible et une véri- 
table noblesse de caractère s'unissaient pour former un diadème 
d'honneur et de vertu autour du front de ce grand esprit qui 
s'appelait Lipman Heller. Plus d'une fois dans le cours de son 
existence pleine de vicissitudes, cette couronne honorifique de- 
vint pour lui une couronne d'épines, qui lui fit de profondes bles- 
sures et lui causa des chagrins. 

Nous trouvons des détails sur des incidents pénibles de sa vie 
dans l'appendice d'un exemplaire manuscrit de l'autobiographie 
du maître *. Cet appendice se compose de deux parties. La pre- 
mière contient, sous le titre de cartel 2 , trois lettres des principales 
communautés de la Wolhynie, Ostrogh 3 , Krzéminiec 4 et Luck 5 , 
à la communauté sœur Wlodzimierz Wolhynsk, dont Lipman Hel- 
ler était alors le chef spirituel G . Dans la seconde partie intitulée 
délivrance' 1 , Heller se défend contre les accusations formulées 
dans ces lettres s . 

Ces pièces nous donnent des détails précis sur les difficultés 

1 Le ms. appartient au libraire Jacobsohn de Breslau. Il a été écrit, il y a environ 
150 ans, sous la l'orme usitée peur le rouleau d'Esther, sur parchemin, en écriture 
carrée. Le texte diffère fréquemment, seulement sur des points secondaires, de celui 
des éditions. Le récit est défectueux au commencement. L'introduction et le récit des 
événements jusqu'à la dixième année de la guerre de Trente ans manquent. Le ms. 
débute par les mots : '"O^ W$ niBSO fiblia rTOTlb» rtrPÏTO inN» TsiTA 
(éd. Bresl., 1837, p. 5). 

' Ï12C3ÏÏ3 3rO, cf. Ezra, 4, 6. 

3 Datée du dimanche, 15 ab 1 640, revêtue de cinq signatures. Il y a là une erreur : 
le 15 ab ne peut jamais tomber le dimanche. 

4 Du mardi 2p2 'D = 19 ab = 7 août 1640, revêtue de sept signatures. 

5 Du mercredi 27 ab = 15 août 1640, cinq signatures. 

6 1634-1643. 

7 rVD">m, cf. G en., 26, 22. 

s La réponse est datée du lundi 25 tebet = 7 janvier 1641. 



ADDITIONS A L'AUTOBIOGRAPHIE DE LIPMAN HELLER 271 

que Heller s'attira en faisant renouveler les anciens décrets syno- 
daux * contre la vénalité des fonctions rabbiniques, par une déci- 
sion du synode provincial de Wolhynie 2 du 18 adar 3 = 12 mars 
1640, et par une publication faite dans la synagogue de Jaroslav 
le 1 nissan = 24 mars 1640 4 . 

L'excellent homme, sans cloute faussement soupçonné et accusé, 
s'est borné, avec la délicatesse exemplaire qui le caractérisait, à 
indiquer sommairement toutes ces contrariétés, dans le récit qu'il 
fait de ses malheurs 3 . Les documents que nous avons sous les 
yeux nous font connaître clairement ces tristes incidents. Se fon- 
dant sur les dispositions renouvelées et modifiées, Heller avait 
été chargé par le synode de notifier à la communauté de Lokacze 
d'avoir à renvoyer son rabbin R. Josel, qui était, au su de tous, 
un homme riche, mais qui, d'après ce qu'assurait Heller, jouait 
un rôle assez triste. C'est contre cette missive de Heller que se 
forma l'opposition de la communauté d'Ostrogh. Ils exigèrent que 
l'affaire du rabbinat de Lokacze fût encore une fois examinée lors 
de la prochaine foire de la Chandeleur, et que jusque-là Heller, vu 
sa partialité et ses préventions, s'abstint de tout acte dejudicature. 
Ils ajoutaient que R. Josel était nommé par sa communauté pour 
deux ans encore : ce qui l'autorisait à rester à Lokacze pendant ce 
laps de temps et même six mois au-delà jusqu'à ce qu'il eût en- 
caissé ses nombreuses créances. Si leur proposition d'ajourner la 
décision finale à la foire de la Chandeleur ne paraissait pas accep- 
table, qu'on s'en remît à Heller, soit pour porter l'affaire de- 
vant le prochain synode, soit pour convoquer un tribunal spécial 
pour en décider. Dans ce dernier cas, ce serait à lui de supporter 
la moitié des frais qui seraient occasionnés. 

Les Juifs de Krzemieniec et Luck déclarèrent brièvement s'en 
tenir aux mêmes raisons et insistèrent spécialement sur les senti- 
ments malveillants de Heller à l'égard de R. Josel. Ces derniers 
osèrent même faire allusion à la parole de la Mischna : « Celui qui 
s'empare par la force des fonctions de maître et de juge, doit 
être considéré comme un fou arrogant et un scélérat 6 ». Heller 

1 Des années 1587, 1590 et 1597, cf. Monatsschvift, XVI, 222 et suiv. 

8 Le nom de la ville où eut lieu le synode n'est pas donné avec exactitude. Dans 
les éditions, elle est appelée ya^ttî^Yl ou latatSD^IT, dans notre ms. : yiïlïî^Tl, et 
dans les mss. 39 et 45 de la bibliothèque du Séminaire de Breslau : ■ v pN£D" , *n. 

3 Dans notre ms. il y a par erreur ""p"^. 

4 Cf. la publication faite à Posen, à la date du jeudi 25 iyar = 17 mai 1640 ; Perles, 
dans la Monatsschrift, l. c, p. 224. 

5 Voir ïiai» nbSft, p. 29 et suiv. 

6 Abot, iv, 9. Il est vrai que, dans la lettre, ils citent le commencement de la 
phrase ]^ir> "{73 'V ^'win™, mais il est évident qu'ils virent la fin de cette sentence. 



272 REVUE DES ETUDES JUIVES 

réfute toutes ces épigrammes et ces accusations entortillées avec 
indignation et colère. Il dit qu'il n'est nullement prévenu contre 
R. Josel. Les accusateurs actuels étaient présents quand, au sy- 
node, R. Josel a été apostrophé de toute part pour s'être permis de 
l'accuser de prévention. Du reste, il est faux que R. Josel fût 
nommé encore pour deux ans et qu'il eût beaucoup de créances 
à recouvrer à Lokacze. R. Josel l'avait, au contraire, supplié de 
renoncer à toute mesure coercitive pour éviter qu'on sût publi- 
quement comme il lui avait menti. Ses adversaires se donnent, 
d'ailleurs, un démenti à eux-mêmes, puisqu'à Lokacze il n'avait 
agi que comme leur fondé de pouvoirs. 

Mû par un sentiment de dignité facile à comprendre, il repousse 
le reproche insolent d'avoir fait peu de cas d'une parole de la 
Mischna. Ses accusateurs savent comme tout le monde que son 
commentaire de la Mischna s'est répandu et a été accueilli avec 
faveur jusqu'au fond de la Turquie et en Palestine, et qu'il 
n'ignore pas les sentences de la Mischna. Il reconnaît volontiers 
que les charges de son ministère et ses affaires l'empêchent, à son 
grand regret, de retenir mot à mot chaque disposition particulière 
de ce livre. Mais lui reprocher d'avoir oublié un passage que 
chaque écolier studieux sait par cœur, c'est une sottise et une mé- 
chanceté gratuite, d'autant plus que tout le monde sait que cette 
sentence ne convient guère à sa conduite en cette circonstance. 
Du reste, l'affaire du rabbinat de Lokacze est vidée définitivement, 
puisque, le 10 kislew = 24 novembre, une nouvelle élection a eu 
lieu. Le même jour où il a écrit cette réponse, il a vu passer les 
messagers qui ont été envoyés auprès du rabbin nouvellement élu, 
R. Salomon b. R. Nathan [Spiro], exerçant à ce moment à San- 
domir. 

M. Brann. 



ï-tjM ana 

no^n trwom r-nnart d-matti "^bta r-raiii î-rcmpîi îTwsib 
r-iop r-isra •i"af -mab -p"? t<p^p «binpi wmn bani^ >sb« 

rpbNfi bïî û"nm n^^ir; (!) owrîib n"aa>tt ^sb û-pï-î Nav nsno 
dVd mari ,«3baipi npssta / iDDNpib py*! Y'aai »"n bm n"7a >a"n 
&"n nro bto ï-nœ mi» b*mïi "p^tt tt"n tw rmaaraa ta^^a 
W^a *pbaib p"pa na^asb *■*£» î-ttï nu?N /a iwasnb 'in Y'aai 



1 Lokacze est une petite ville au sud-est de Wlodziemierz. 



ADDITIONS A L'AUTOBIOGRAPHIE DE LIPMAN HELLER 273 

•nfcaa ,mp*:jt b->"r^^ k-w*btt tarin pia^'m p"pa a* /fra^sn:* 
Ti* tomba » Wfc n V'aab win ibnp laaap'ib p'^ nrbïip ijpmjaiB 
*no tn^i?^ 53"ni Va^n ymn m» î-mjam . a^sisn û'W vita b:> 
?3"n ib È-mïib nbaab ta^iwa» Lai-ma^ai ,ta-nno nb^tt t> nb-iia 
i^ni ib Nàira aabiû fiatti aima ii^Nn ia*ib spoiîi as . dia Y'aan 
y»Nn» ii&wm ,V«ett!i 2 rr^n?o i^rt aoa naa ">3£>b *"« n^b bnai 
donnai mu mraaîi as , d^nmo a? rb* usrattb maaa ata^b y"** 
fui ,nnbïipa naîtrai** *p îb «m ,pnb ma nm» iièwïi nrati 
ib\a nainïi ï»3*a mai ^pT3 ib pnm b"3a iiarpam a-ino nb^^r» 
YVtïi ma an r-iN niisib t^iab lab ^« pa .NWfcinb biai i\no 
*ni«H nbsnn in*»i a^a sia^m b-ii^n Va -o .nr^^b mB*»m 
tanana 3 S3>nsa s-ims ann ï-i-prib abiai a"»iM a^ptanb îmminb 
msairt mba i»î ihn c;n pï iîton uns nainn arsiïib "Haï ,ûtitt 
fttfc *pna *ra ,£"i qpm baa inbiïîfctt b* ni*ïib m« r*n br ib;a 
D"bjn # v^aafitnii m^ ^^ taw rrr-bi main t-rwn brsfci pîr; 
im« lu» 13^373 yp ^TOtob iiaa "pi ^b^r» ^ab iaibi *pab 
ta«i , !iT73 itt£*a ew îtrraa d^pbx œi« pao ^nbai . b"3H pt u 
taaai , ï-taittars îwdwi -73> a^rai-r anim imaH rrnn a^np" 1 ab 
rnrptt a«a ii3 a"ïiN53ïib trpian n TN , anpa b"3- nan^n mm *ô 
•w fmb a-nntt s^im ,Y'aN lifcwn ma mium »"H ->"n spoab 

Wîtl B&ttJH "»T« dSOINb a"nN53lTÎ ïl^l^ N5 dNT , rî^ONÏ! ïlNitlîlîl ?£fi 

mri73b i\n i"nn73 ain ^i-j^^ a^anai mvaTm i"am / ï-j3i^Nna 
maîoiN nia^n tt53i3»a la^mi^w p'^i d^^wi d^Taïîln b^i ,ib imb;o 
maai . tirtb yi^© t-rnn tsnnm aina bart imb ï-13^73 lip^n d"^ 
^3 m^T m-p'n \nbab ta^rr i3Ni:73^ b"3ïi imnb isbia ta^-itoiN 
/ b"5î-î Taa ^"-i'rn73 taa"n bttî ta^^ia n73£3> n« 3>i3?ûb mm inaa 
tDdTD^ ûnj^bwïTi d^373N3î-î ^121 na ,hkt nvy* nwx^a ^ms iiûNa 
ta^anarn ^"ar; bai , p"sb Y'ti a^a i«y ï— T\a^n '« tDT 1 ï — it dv- 
aina ban }rptv o-j^p-ib p"-pi \n danbnpa )n na^-« iu:n m-pan 
173T u n"a3>73 l^a ri3i?: nrnbi mnsb Nbffl n:>at3 nwnna dinm 

,b"3r: l3D\u?d 

.... 4, ->N3 

5 b"T N3'r;a ^tw rtiûtt Éwan N3173 N"Nb p N3ia^ yj3 p3 '^31 

1 C'est le terme polonais gromnice = Chandeleur. 

2 Lire ntttTÏÏ. 

3 Le D qui se trouve à la fin de la ligne est le commencement du mot suivant et 
sert ici de gardien de la ligne. 

4 La première signature, qui était probablement celle du président du rabbinat, 
manque dans l'original. Il est probable qu'en 1640 R. David b. Samuel ha-Lévi, 
l'auteur du commentaire du Schulchan Arouch aîlT n Tlîl3, qui était originaire de 
Wlodziemierz, était déjà en possession de cette fonction (cf. Dembitzer, nb">ba 
"^DV, p. 22 b., et Azulaï, I Daletb 37). Serait-ce avec intention qu'il s'est abstenu de 
signer le présent acte? 

5 11 donna une approbation aux Derouschim sur la Genèse, imprimée sous le titre 

T. XXI, n° 42. 18 



274 REVUE DES IÏTUDES JUIVES 

,V'T a^n N"aba pnr* *«r 
,V'T ap3>i na w»b« '\N3i 
. b"T ■nbin bfcn»iû 'iïim ïi&tth p ïiaiïabt rraiafcïi n^jbir) "wi 
>n ^6» inbvwn v"r û'wnsi J-ibn-pn "W»» ù^ibisrr na£> as 
baa* ,.tnnnrt bj> abia "usa «b p ban an^V wn 13>D3 a"na^ pm 
p ,nrp waofi ï-rb^^b maan baa nna nanb w abia n?aaan 
ûwrao tj^Mbwn Y'aa iwan «vrpn ï-hdm amnbi annab wncn&a 
♦ frn:aaiN p"pn nsiDi tt5»tt3 *nb pi 'îaw , Van a^amnn Y'sr 

mna ^d» mf tok , a-n^aa û-n-wo a*nai t-na'ntt (!) w* iisin 
auifcna aab?ai isfei B^nooiK p^pi ««^p abnp f^ip n^N» pw 
maa b^ iina ^pi ■nm ^ïsn ï-in watt ,w taanbtt Y'na yisttii 
ï-ia£*b r-i*»n» ina ba> iei* "ittiptta w tzaabtt Y'aaïi ^"a yttttïi 
taip» ba w^i -iicn ï-tt niï-j ^ / 'na i^r» va i?aa:a> ^tainn a-^an 
•»a nawfitt wti nsio"» "o i?ai&o Nbt ,nrm3 ib ^n i"i a"a*a p^ibi L3Dtt»!-» 
3>a^"> -nmavmaan Tma^ai , isf b"an ïiécuh laraa nb« na-nan iTaip^ 
inb^bm îsr iiwn m» TmmbÊ tab aifi nb^bm . ïïast* t-iN "parm 
ï-ib^nrs a^-ja a^nn tt^pmb irmaa» baa ^a ,-iï im ab ba> !tb**n8 
tarn» aa> taanaanb twwa aivi ns nba lanaN pa ,'ia a^73 nca-iDa 
b? aipibia a>"a iaz"> iiawn pbo^ia , aiai tD"»nbN 'Wa nttî^ïi wnTW 
1* ï-;\Drn b^T a^n r-iîtt ITOn rt*»tT»i , laf btT» 'Ta ann b^u iùaDUî?a 
n.N .anbttsa «a^ i^anpTa ba> tt)"»Ni abonnai T'nip DVTnïi ^wn idd^ nu;^ 
•Vat* 1 r-nbtipn ^n-i ^nu: na?a^ i7a^ao^ ûNn ^i©^n ^-n na^azTa n^T 
ri» li^Tattn apa> n^ob ^ ût> (!) tar tamnn yian^np p"p ^auji^ T'a 
'■û tn^naïi h« 'i^nbN "n n)au:i nb^'n a^D^TaM 
, » nnar tî^ bNiTau: 'i» N"«ba ta^n a^a 
.îi"rt bT ^i^ia 'i^a N"^b p ^T3>^n û^ot 
♦ iaf bio^ b^ttî^ n"nn N"aba n?ab^ a^an 
»pnN n^n N"aa tpv a^a 
2 «"ta^b^ baiM '» N"«ba pnai"> 'imi îiuî» '^an 
, N-j^b^ y"a urpïi ^as 7 ?aa N"Nba nnnsN "»Mn 
a^ainm a^aina N"a a^an a^ana iau5 ia^^b (!) «ain am p 
tlib«M va^i paa>a Y'ati mittÉnrt p"p ^nn ^DibNi ^ai^7a ûïrna^ ■'atttt 
p"p ^DibN a y a^aDMb ia^m , ircaispib p"pi T'a^ n"afci bn^ 'i5a '»i 
p"pa bïr 'i» '»n rpbisri bu: maan iTaT ^uî?a a^nb 1»*» isntaa^ 

de ÏT71ÏT 1 bip,' et à l'édition de Lublin de 1645 du a*HOT3 ^^53 attribué à 
R. Joseph Caro. 

1 Ses approbations se trouvent en tête du 1"na3T!TÏ '0 (Prague ? 1640 ?), du TU73 
a^niIviTa, attribué à R. Joseph Caro, et du np^ nbtîa'O de Jacob b. Naphtali 
de Gnesen. R. Abr. Rapaport de Lemberg prononça son oraison funèbre en 1649 ; 
il l'appelle son parent (tanin») ; cf. iniT^n I^N, f° 48 b. 

8 Peut-être est-ce le même que R. lsaac de Krzeminiez, dont R. Abr. Rapaport fît 
l'oraison funèbre en 1643. 



ADDITIONS A L'AUTOBIOGRAPHIE DE LIPMAN HELLEH 275 

iadb m»*» é6 ïn b"arî p"p» a ïaibni dN*i , ttarc istn ^ tt-japib 
û'û ïtasttn 'Art Van dif? ïmpi Nbn ,b"an Yaan btt cadran nos 
anaib» a>"a pboi ïiÉwmB ,"iari nviûa-i F-nbnpïi -nn wr hnn b^ 
■*ba blv 'irrTab ïam nratt ,it)ùNpib p"pïï *faKn btE5 rjsra b^ 

trMttï-î bv p"p lara niTn rcaia»ai ^icairia rw ba aaa>>ai nrna 
ivp«»nji mbnpn -ihh» , (!) d-nia naa baî-n . ib jrria» na^i un , '?a»«yi 

.•«p psmb p"p î-îd p"Db rn anatt ^"t /ta i av dvn T"a 
.'n"- bî yy$ anpan d^ba '1*3 a"<sba sp-n -p*atïi i«a 
.dîna iTOtt 'iÉ«i T 1 " 12 2 &ma '^aai apa^ d^i«i baniai 'i«a 



II 

mairn 

a>"7aa Y* -nayb ib ^b"»bn s-wnirt ^biœa dinnrt mta dT ^ni 
>ibt) "nn , ntiï yttia aion abi da-na ■pa a^.M aina braab nb"ttai 
nb">nn i^nai aWtt r^"a !-ra>aî!-j tznta jmb abra r-iapn ba> Swb 
. Tb *jrrb>a mapnrr 'vpaam tanan ,5*onrf s-ib^p^i to^NIrt ^aab 
çivtfb na ^a ini *parp ïYapn maaa a^ma dianaM t|Ni , 3>ainïi 
b"n ^3^1 , tzprrOT aa\n dnsnn dvttiia d^aVi? aawi d^ab^an *jtt 
(î) inbnp ^nattiD'iana)© s-^n ,ia *patt rrTaa "«m» m»m a>u;a>a ipa 
•îba t*<b rrabi ^naia ûfittan dnsrmioa ■to'nrt ^aaN abï-î ,imx -ibap 
*pi« i"n na> ia^T a^rnrjb ©plaies n>aa im . lîiaE y^ ^awi *-in 
\nana-i ,Np^a^Tia • m WflûïianDûKpib p"p ibia^ s^bua ib ^taon 
ib tàw "»3NT0 tn ntta ; iabid nTaaor; -»Da ffltaNpib p"pb "mM ^aN 
t^7aaNd r,, ap Nbrap "»dT iian , -i^dTnb)a ('■) dn dn^asa dbia imp'vittjm 
«bi ïmp^nttïi ^ba'iba d^i ^iib biD2 t^STOttid sïv ^ ]\n\d «as 
taïTbM 9*$h ïn?a ^na»T Nb "oaNi / ta^^iinîaîi ^asb onaab imrpati 
p"p1 bfîprt wnattifi nana (a) .diptti TwNW nm^ i^iosa» "ibipb VMttw 
♦ na?a)a nb^ab d*nno nb^?a ama ^a«i ^"a^i tt"nb nm« ibap la-j^p-ib 
Nb rwab ib iana dw\t maa-i ana ib nana ib fr^b nmfit ibap dN 
'^"i «m t mai^a dn "inbnp ^ujawSU5_ na^r; n?aN ^n , im« ï-rantt 
bd ,-inbnp b^ dnna -nnb ti^i b"aa'iniN ^^in C.jNin^d (!) ina^aiDd 
i?ai£ra Niîi ^n , ba ^a»b lni« ïi«n^ , ^aaa D^ana nn^ nnn w^d •»» 
nTaist: landu: (a) .na*7 'ip'OUJ nban ^tbia maa ^D?a ^m» (i)ana^ 

1 C'était le gendre de R. Méir de Lublin ; il mourut rabbin du faubourg de Lem- 
berg (ou des faubourgs rnainb yilt), le 17 septembre 1651 (mp na^tt, I, n« 43). 
Outre les ouvrages cités par Dembilzer, i£)"p nb^bd, 26 ô, 43 a, ii y a encore 
de lui les consultations: n° 22 datée du vendredi 5 mars 1649, n° 44, datée du 
lundi 27 novembre 1647, et probablement aussi le n° 46 de la collection 'jrPN 

2 11 faut lire sans doute b&ntt)i. 
s Lire ■ppajn. 
4 Ces trois derniers mots sont peu lisibles dans l'original. 



27Ô HEVUE DES ETUDES JUIVES 

w&npn lœfctei iSPhs» te abri , nv» h?2) ib irnb» ïimi ^5i«B 
dinm a-ina i-rspnm i^n D "^ teïi ib imb wrsw inw «a*™ 
ïit ya .hmnr: y5*a mai nra pT2nD ^j© inp^at b^wir» (i) 
«jbi D"nib bm^n ib«5 ©ONpnb p"p *i»3Na ip^o ^pia mbnb aa un «5 
1 ^tttriaosna p"p7û a"a '3 b* nattTrt rrçrb '« ara N"a Na Nb *o ,aïEbt573 
'nnnbi '-inab wdîti i37afc ir vipmfi da nafcîri -imai paiîiï n"bp "pyb 
lîwnnb ïrmm Nnb^ pia i*t Y'ar a^a&nn nana (n) . triBant-ra 
ï-ttaa i"pn o"dt ,bbai bba 'n maa nr« r^-irn ^n ,a"nrf trptûïib 
Nbn # *naT p ab nta« imsi \iin a'miaM a*nn srpianb -n^wa 
ï-iaintt ya ibi ^b ï-t» bban .tzsnsu: hy mb^nb ï-ind arrb î-nfi 
bi^a i-ûti "n»» b^ up-rta rav ^to / an"» airr ^n^n»a t^bi vin 
rwts ^n by iet ti* nb ù^mata lanara (i) *ypd maas bisn imn 
Tûeap'ib p"p i«»k m^ biaab ibar dN fcaaviN 'y 3 ^"^ '•ten 
viaro naa , y^Nns 13> aia vroi-ib ^ab b? a^m-in naTna nans (t 
tanai main *-man ,am vivra Nb abi^-i ia -nbn nanti ywa 
■m* *\y®m wn ^i^a dam 'ipbm u^n nana (n) ia"72a an d'nia 
laaibttïîib a"a -mas Tin ^n '^pbN «■»« un .yi t^aa ï>3> vb? aur»b 
nsnca ^nib a^ana ^ibp aanabi s-inna "Hnaa bvttïnb ynN û^aia» 
• ittac^ yâb ira nvnrjb ib m dtsk ûn^^a rr^n dNi / n3M3?a naia 
8 3>p£iB3na p"pa i-rs^&Na innuj .nnbnn b^ naio n^a^: m? (a 
tn*a iana tï^-C») nan^b ^bm n^a ï-rata Nbn tzsu? ï-ttj ain t]«i 
ba ivtii iab -ni t"3> , i^b ib n^aa ^« ta« ♦ i^3> i^n î-td-idn!! 
I 1 »»» ya^ ^bn i-wn mo^ ^na ^?a . ï-int ïn-iarbi ">b ï— r^a ^ , crm-fii 
î» r-nns ^3i«5^ ï-rn^i taan tin i^-ip Mb^wbn , ï-tt b^ y^ib y^b 
fa 3n»ra ab b^ 4 nnwu5 ^b in^arj fcaï-p^ ribN ba bax .ta^iai^ïi 
(ît) . tjitpi inna ^ai ^z is^abn a"^ / «nia 3>53ia aian Nbn taaTiN 
p ab i5 /i-naittîNin V 3 ^^P ^ï J-i^n sipin ta^pb lanauj 
rnn TwN , pina ima^n Nb a^i , ^ai ^a ^b ynnttb namnîi i-rnTa 
, im« i^ttîn^ ït^a nbas dïi ^-in , y^iiinb lari Nb dNT d^ana .aanab dab 
y^ny^-p p"p73 î^iï-î ^\an ana (a^) 3>^d ina^ ywta r|N b"n ia p«.i 
ma-nanrr ba a"Ni .JsmaiN p"p ^ai ba j-in 15 an in^m i^aan^a 
ta^an in^^ bapwa ittînna ianai ia^D"in ^n . drr^bN di ï— rb^^abiD 
Kint: tonsKD by ib^rt «bi 'nb ynn i» i^ar^ ^u:nn b"T d-wN^a 
ics-i^a shnt p"p n"a^ 'ia ym i» ^iu:nbi nar iiraba ^n taan?a^7a 
dD-na^bn ynwi )inw dbnytn bai on*? dm . rtattja nana ïwita ^3N© 
ûioanaŒ ïn» 13 ^"n mnNanrr U'îVft i-rra i\n d^i '^Nn ^nar yx 
b^ imoDin ï-non'rprt ynaan '^nann y-iN ^atpa tiNïi tob-^n baa 
^?i"T5>a mw^tta ^b ta^baa baa "^a taann:a ï-ini^ a"wa , m^3©7a 

1 Beresteczko, bourg de Wolhynie, sur la rive gauche du Styr, au nord de 
Brody. 

2 Dans l'original, le yod est placé en travers du mot. 

3 Sans doute identique avee la petite ville citée plus haut. 

4 Peu lisible. Peut-être "lftia. 



ADDITIONS A L'AUTOBIOGRAPHIE DE LIPMAN HELLER 277 

î-i:ia» bna .tabn^în maatti nma ^att viBia b^ tibia ^n ï^id 
nEKïi bai* , n«n niioa bs> "W©m ^w , rimN awn a^:^ t]wa m 
'«a ib^ai anattb ba*n Nbi wnexib !-»tti»îi "p 3 * V N ^ ^^ ^HT 1 
ùïrb* au: pbn ^ana rrcaa "para ba ar6 pptnb a^n sriap '«a *p 
dïmaia pTp'raîTi ,parnb p"p?3 nim ^biaïi ^na (m) *«b^ nataro» ï-je 
mwi mv m^aa "p^a M «nb» Nïib -nn» wot naama "i^dn"» 
, ia rtsm» ira ibna aa* , niziam Nb i"n aaam , ar 'b i»t iVaairT 
/a"ï'rt'b TO« ca-<b'ja tannai by a^nb ib in^bi ^aa ">b in» 
,«■001» p"p nana p abi ^«tott Ta aTuntt vît mwn iana (-T'a) 
a^imma pmb p"p ma f-wrim , ria p"p ww\ *na awi» 'iït»td pi 
t^twî imsriKrt baa ^biïi Mettrai , i— td p"p itainb ta^inNE a^an 
i-ianûn Nttn , i-tfbia hv rsbn^ii bba (t"û) ma ti p'-j^an cas©» M^b» 
î-iapn tattïJa itûjib s-rob ab nnirs ab "pa , mbnpn niDbœb t-im:3 
(!) rrrmo» ï-ra^ar: anim , ann nbap ^ara ta^bi^ cariai m^na 
Tôîib ^ ï— 7T7a na^btt "»n&n t^sb ^ao ,o-ja<p-ib p'^n nta-na^rn 
■pjw i^riNi «33» p"p'nb ta*nïïa* a-nanb ab t]an 'osn fc-ûibntt 
ara a m ,m3Ntt , ba b3> a^ba ia^aï-j a*b p'^ iwi a ai lij^nan w 
'a* an innai laaNpib p"pa aa-naaa* taenia* isONnïi i^boab ithb* 
3>E» 'îtt ïi&ttfi p nnbtt Y-niia ï-j"n i»mx p"p*i Y'aan aorn 
■na* n"a naa na 'a ai* 1 avï-iai , 3 n"n bî a*panp p"p"i Va^i »"n 

^m anr: nnN d^nbitt573ln 
, -]b3>!-ï ^b i^as^b 



» Cf. à son sujet ÏTD72N3 ÎT^pi P- 59, 66, 268, et p^li^ 1^^, p. 58. A San- 
domir (= I^T" 1 !^) un descendant de Heller subit aussi le martyr en 1698 (d'après 
un ms. "V'^N que j'ai sous les yeux en triple exemplaire et qui énumère huit 
martyrs). Il est dit à son sujet ^S^b mt: Û"P T'mïTO 'nitUaîll ©1*lpï1 5"N1 

nn-i'j-i 3>w53 ma a^ maain b3>a ïiawn iaa n^N» n /, -n!i?aa. Cf. Ben 

Jacob, Mem, n° 1780, où N /r Toa doit être corrigé en 73 //ta IDD, Wolf, III, p. 380. 



NOTES ET MÉLANGES 



UNE MISCHNA MAL. COMPRISE 



I 

Une lettre de mon collègue M. Simonsen, de Copenhague, m'ap- 
prend que l'explication que j'ai donnée de la Mischna de Sabbat, 
140 ô, se trouve déjà dans plusieurs commentaires. Il me reste, du 
moins, l'humble mérite d'avoir appelé l'attention sur cette expli- 
cation, qui me paraît irréfutable et qui semble avoir échappé aux 
commentateurs modernes tels que M. Schwarz, l'éminent com- 
mentateur de la Tosifta (cf. son édition de la Tosifta, Sabbat, 
p. 118). 

M. Simonsen est remonté jusqu'aux premières traces de cette 
explication et m'a autorisé à communiquer aux lecteurs de la 
Revue les résultats de ses recherches. 

Déjà Rabbênou Hananel (dans le Talmud, édition Vilna), rem- 
place, dans la Mischna de Sabbat, 140 b, le mot w par les mots 
mnrta *1KW, qu'il oppose à das. Ainsi il dit : bu: bsaiïïi iwia 
yvvù Tpbo?û miaî-n imd b^Niai dast-i ^sb» irsî-n. Meïri dit, plus 
explicitement (ib., éd. Vienne, 1862, f°79&) : nwD ntt"iba Wîi ■rçBE 
'131 *p ba dm 'ppip^'E "para îmtt bu: mîaîia. Un passage ana- 
logue se trouve dans les triavrn, attribués (à tort) à R. Nissim 
(éd. Varsovie, 83a), et où on fait remarquer que R. Jonathan a 
adopté également cette explication. Elle est restée ensuite dans 
l'oubli pendant plusieurs siècles. 

Vers 1800, le savant R. Manassé ben Porat, de Vienne, auteur 
de l'ouvrage rt©Ma ^aba et d'autres travaux, pendant un séjour 
qu'il fit auprès du bibliophile R. Joseph, de Viasin, près de Vilna 

1 Voir t. XX, p. 307. 



NOTES ET MÉLANGES 279 

(voir Zunz, Zur GescUicMe und Literatur, p. 244), apprit 
de ce dernier l'explication de ^n, appuyée sur le verset de I Rois, 
y, 3, et le passage parallèle du Jeruschalmi. Il trouva cette expli- 
cation tellement satisfaisante qu'il la communiqua immédiatement, 
dans une lettre envoyée par un exprès, à son disciple R. Jehuda 
Loeb, deuxième rabbin de Kowno. Plungian, qui raconte cette 
anecdote dans son mis fa (Vilna, 1858, p. 12-13), n'accepte pas 
personnellement cette explication ; il fait dériver le mot baiN du 
Jeruschalmi de la racine MbD et dit : mrnoi DBSïl yn wpiû fto 
vna ttbs'n. 

Cette interprétation fut ensuite adoptée par R. Samuel Abigdor, 
qui la mentionne dans une note de son ïittBoin awn, commentaire 
sur la Tosifta (Sabbat, xvn, 2) imprimé à Vilna en 1841. Mais, 
tout en approuvant cette interprétation, il n'ose pas s'écarter, 
dans son ùmaa nrfett, des autres commentateurs. Il est probable 
que R. Hirsch Chayot a puisé à la même source (nnx biia) l'expli- 
cation qu'il donne du mot i*n dans ses notes marginales sur le 
Talmud (imprimées à Vienne en 1844). Dans *natt>73ïi (Varsovie, 
1858), Schônhak traduit également le mot m par << bétail au 
pâturage », mais on y trouve la faute d'impression i"p rûtiJ (au 
lieu de to"p rûiû), que Schulbaum reproduit fidèlement s. v. ian 
dans son ^bban nafcn» (Lemberg, 1880). 

D'où provient donc l'erreur commise par Raschi et Maïmonide 
sur le sens de ce mot ^n ? C'est qu'ils avaient sans doute dans leur 
Mischna la leçon \sn (au lieu de w) et que ce mot ne peut si- 
gnifier qu' « immondices ». Dans son commentaire sur la Mischna 
(éd. Naples, 1492), Maïmonide dit: ^ tos *tim (cf. û-nsno "p^pl, 
id.). Dans les éditions qui ont vi, on n'a naturellement pas com- 
pris l'explication de Maïmonide et on a imprimé ces mots ab- 
surdes vn 173S wi. L'édition de Vilna a cette correction fausse : 
■w tes ">:n ; il faut mettre le contraire : \n -itts w. 

C'est cette leçon de nn, que Maïmonide, et sans doute aussi 
Raschi et d'autres commentateurs, avaient devant eux (la Mischna, 
éd. Pisaro, a également ian), qu'il faut rendre responsable de 
l'oubli dans lequel était tombée l'explication vraie du mot w. 



Porgès. 

M. L. Bank, de Paris, et M. Halberstam, de Bielitz, nous ont 
transmis des observations analogues à celles qui précèdent. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



II 



L'explication que mon cher collègue M. le rabbin Porgès a 
donnée de la Mischna de Sabbat, 140 b (Revue, tome XX, p. 3(H), 
en s'appuyant sur le texte du Jeruschalmi, ne me paraît pas 
pouvoir être acceptée. Cela pour plusieurs raisons. Ainsi, 
M. Porgès commence par corriger le texte du Jeruschalmi, au- 
quel il ajoute le mot rpj, et il invoque ensuite ce texte, qu'il a 
lui-même modifié, pour corriger le texte de la Mischna et lire 
isebîq au lieu de ^Dtt. En second lieu, si vraiment la Mischna, 
comme le prétend M. Porgès, voulait désigner « le bœuf de pâtu- 
rage » par le mot w \ qu'on ne rencontre qu'une seule fois dans 
la Bible, pourquoi n'emploierait-elle pas le mot biblique ama 
(I Rois, 5, 3) pour désigner le « bœuf à l'engrais » ? Enfin, si la 
Mischna, en expliquant la façon dont il est permis de nourrir le 
bétail le jour de sabbat, avait tenu à opposer le bœuf de pâturage 
au bœuf à l'engrais, pourquoi les suppose -t-elle placés devant 
deux crèches différentes, quand il serait bien plus logique de 
supposer une seule crèche. En effet, les mofs : dasn ^sbïï "ps^m 
indiquent une crèche vide, au moins en partie, puisque l'action 
de iiD'nJj ne peut s'appliquer qu'à la poussière et aux petites 
pierres mêlées au fourrage, ou encore au restant du fourrage 
qu'on pousse d'une partie de la crèche à l'autre. Les mots *ppb073 
•p^Eb font croire, au contraire, à une crèche remplie de fourrage. 
Donc, si la Mischna avait voulu opposer le bœuf de pâturage au 
bœuf à l'engrais, elle aurait dû dire -ODbto ab bsa dtasrt ^sbtt iwtt 
vnîm, ou, en supposant qu'il faille faire p'natb fip^bo avant ïw^a, 
ûUDn issba pBWi v^n "osb» "p^n^b *ppbDfc. De plus l'explication 
donnée par M. Porgès rend étrange l'opinion de R. Dossa ou R. 
Jossé, qui irait jusqu'à permettre d'enlever le sabbat du fourrage 
placé dans la crèche devant le bœuf de pâturage pour y mettre 
d'autre fourrage. Ou bien les mots vnrt ■rçûbft •p'nsb 'ppbofc si- 
gnifient-ils qu'il est permis de mettre de côté le fourrage destiné 
au .bœuf à l'engrais, mais avec défense de nettoyer totalement la 
crèche pour y placer du fourrage devant le bœuf de pâturage ? 
Dans ce cas, on ne comprendrait plus le Jeruschalmi. Car, d'a- 
bord, la crèche ne contient aucun restant du fourrage mangé par 

1 Les premiers manuscrits lisent ifcV), au lieu de ^^ ; cf. Maimonide, commen- 
taire, et Dikduke Soferim. La mischna du Jeruschalmi a aussi la leçon VH, et non 
iyi. Du reste, ce n'est pas M. Porgès, mais M. Schulbaum, qui prétend à la priorité 
de cette explication contestable du mot 13H. Cf. sou ibblDil tpbfaiTi I^IN, p. 265. 



NOTES ET MELANGES 281 

le bœuf à l'engrais, et ensuite le bœuf de pâturage ne mange pas 
le restant, mais le fourrage placé devant lui. 

Les arguments empruntés par M. Porgès à la Boraïtha de 
Sablât, 140 &, et à la Tosifta ne me semblent pas non plus très 
heureux. Car, si les Haliamim ne veulent réellement pas établir 
de différence entre le d^D et le *y~\, on devrait dire : ^sbtt qat aV'm 
•pvn:b *ppbDE "pa ûbsjït. Mais c'est précisément à cause de cette 
Boraïtha que les commentateurs ont été obligés d'interpréter la 
Mischna comme ils l'ont fait. Les mots nt -mao HT ina* et i&oi ï«3, 
comme le disent Raschi et, après lui, R. Nissim, ne peuvent se 
rapporter qu'aux deux parties de la crèche. Il suffit d'avoir vu 
une fois une crèche dans une étable pour savoir qu'on ne la rem- 
plit pas complètement de fourrage, mais qu'on en laisse une 
partie vide pour y faire manger le bétail. C'est à propos de cette 
partie que R. Dossa dit qu'il est permis de nettoyer î-îD'nsto i"j 
pour le bœuf à l'engrais, parce qu'il se montre plus difficile pour 
la nourriture que le bœuf de pâturage. Quant à l'autre partie qui 
est remplie de fourrage, R. Dossa dit qu'on peut enlever une 
partie du trop-plein j^^sb 'ppbott pour que le fourrage ne soit 
pas souillé en tombant par terre. Le Jeruschalmi demande alors : 
!-î7o "EMa « Pourquoi R. Dossa ne permet-il d'enlever le fourrage que 
lorsqu'il s'agit d'un bœuf à l'engrais et non aussi d^d vwon? » 
Et le Talmud répond: b^a* wïi "prntt DtfDï-nï). « Parce que le 
fourrage mangé par le bœuf à l'engrais est exposé à recevoir de 
nombreuses immondices », en d'autres termes, le fourrage qui 
tombe par terre dans une étable où se trouve le bœuf à l'engrais 
est plus exposé à être souillé. 

A mon humble avis, ce n'est pas la Mischna qui a été mal in- 
terprétée par les commentateurs, mais c'est le Jeruschalmi qui 
n'a pas été compris pas plus par M. Porgès que par l'auteur du 
nwi yryp et celui du imBE ">dd. 



Carlsruhe, 11 septembre 1890. 



Ad. Sghwarz. 



UNE VERSION ABRÉGÉE DE LA GRAMMAIRE DE MOÏSE KIMIII 



Le manuscrit de M. Epstein dont nous avons parlé dans cette 
Revue (t. XX, p. 138) renferme, dans sa troisième partie, la célèbre 



282 REVUE DES ETUDES JUIVES 

grammaire de Moïse Kimhi rifïïi "»V»:hd 'prin (appelée aussi par 
abréviation "jbîitt) sous une forme notablement différente du texte 
imprimé de cette dernière. Avant d'indiquer en quoi consistent les 
variantes, nous donnerons un rapide aperçu des chapitres du 
traité de Moïse Kimhi, qui se distingue surtout par sa concision. 
On peut le diviser le plus facilement en vingt chapitres contenant 
ce qui suit: 1° Les parties du discours; les noms ; les particules ; 
2° le verbe et les catégories grammaticales usitées pour sa conju- 
gaison ; 3° les lettres ; 4° les règles des lettres ■nïi» et nsa naa, et 
les règles des accents, en appendice; 5° les voyelles; le Scheva. 
Après cette partie générale, vient l'exposé des règles de la forma- 
tion des mots, avec la répétition du paragraphe sur les trois par- 
ties du discours qui se trouve au début de la partie générale. Puis 
on trouve : 6° la théorie des genres du nom dans ses rapports 
avec le verbe; 7° les formes radicales et la flexion des noms ; 
8° le verbe et ses huit formes radicales (d^an) — chapitre le plus 
long du livre — ; 9° les verbes 3"s ; 10° les verbes k's et *'b ; 
11° les verbes i'3> ; 12° les verbes a"b et n"b ; 13° les verbes 2"d »"b 
14° les verbes a"d ïV'b ; 15° les verbes avec faible son initial et 
désinence ; 16° les verbes avec a au commencement et à la fin ; 
17° les verbes y"y ; 18° les verbes quadrilittères ; 19° le verbe avec 
les suffixes objectifs ; 20° autres règles sur les suffixes pronomi- 
naux. (Je me sers de l'édition d'Elia Levita, dans la collection 
d'vp'Hpi ; Venise, 1546, p. 2 a — 44 b.) 

Dans le chapitre 1, le passage trpbn *mNb pbna diûft manque, 
et l'énumération des parties du discours (ba>D rfyn dra) est im- 
médiatement suivie de la spécialisation des noms : d^Eia y-itt dti5!"î 
(2 b). A la fin du premier paragraphe de cette énumération, le 
mot ù^yn manque, le terme dssa>rr DU5 n'étant pas encore employé 
dans cette version. 

Le chapitre 11 est tout différent dans notre manuscrit ; la termi- 
nologie surtout diffère de celle du texte imprimé; en outre, la 
conclusion du chap. 1 (sur les particules] est transposée au com- 
mencement du chap. 11, et est augmentée de l'énumération des 
pronoms et suffixes pronominaux. Voici les termes de toute cette 
partie, en supprimant la ponctuation et les exemples faciles à y 
adapter : 

d*a Mb *pN iras fcOM nbtttt ♦ û^-itti-n b'WTDBtt d^iadîn Mbtti 
ts*b bb:n maya )9tà ni b>a ba> hN nia» rrs "a w pn. ^ vis 
fcir^b î-inK dba>ab nij-j d^iffistt dnaaî-n ♦ s nbiï Tibia oen ba ba 
î-ran in in ris a^îi i-iapabi nariïN ana tan dianbi na^n^b ^n 
û^aa-ittii a-nsai-n . nana&t ^aaa ik ^n ng d^rwearn . nanx in "jnN 



NOTES ET MELANGES 283 

*b ib "ittbr: .... îïrflaa Bfbïi , . . ♦ '• *p ia n'^dî-ï dbdd da> 
a^ana a^bran ,b*3!i . pE pto . . . . lïiatt in istttt Blain . . . 
Tib^s N£7aab nba>a aba»ab ba>a *û*irft a^tta aba>a a m l-nabia n^ab 
iaba»a fca^^aab tanb^s * ta^jaba»ab iba>a fca^ -piaba pi *i:nn7ap 
d^ruaam mMtna pba'a n&wwaa nb*a nfrba>a ïib^a ïiapabi d-na^irvab 
nr« ^n a ma a^naar: naanm a^ia^m . iaba>a *nba>a iba>a rtttïbttî 
■niatm . bi^di-i pi . -ittvo nim -flairo Wim -iete 15a -naso a^ama ann 
aa*>anbi t-ïafctta ba*an aba>a ba^a 1 * nann» ba>aN p^ai-n . "idb N^ttab 
îrfâbJan tnWMàa *ba*an *n?aba>a ba>dn s— rnpabn iba>an nba'd"' ba>a:j 

.ba>S3 ba>aN û^inwarti mwtTaabi m5aba>ab 

La dénomination des trois personnes si différente, dans le ms., 
de celle du texte imprimé est particulièrement digne de remarque. 
Le ms. appelle la première personne ^rn» (sic ; grammaticale- 
ment il serait plus exact de l'appeler "la^tt), au lieu de : na^ift 
i7a£3> *voa>ai, c'est l'exacte reproduction de l'arabe dbdnTa; la troi- 
sième personne est appelée aba>a, au lieu de '■maa du texte im- 
primé ; la 2 e personne NStfta (cf. la dénomination Nittta iï»ï«), 
usitée par Ibn Ezra et Joseph Kimhi pour la 3 e personne) ; le 
texte a rtaia (ce dernier terme est aussi employé par Ibn Ezra 
et J. Kimhi). La certitude que ce chapitre, qui se trouve à 
la place du 2 e chapitre du texte imprimé, est bien de Moïse 
Kimhi, que, dès le principe, il faisait partie de sa grammaire, et 
que, par suite, il ne faut pas supposer l'interpolation d'un auteur 
postérieur, est établie par le fait que le chapitre xx, qui est 
omis dans le ms., s'y trouve également. 

Les chapitres m, iv, v, vi, vu manquent tout à fait dans le ms. 
Ils contiennent les règles des sons et du nom, parties essentielles 
de toute grammaire hébraïque et qui précèdent aussi l'exposition 
des verbes dans la grammaire de Joseph Kimhi. Dans la première 
rédaction de son traité, Moïse Kimhi paraît avoir songé avant 
tout au verbe. 

Les chapitres viii-xix, qui ne contiennent, à vrai dire, autre 
chose que des paradigmes entremêlés de quelques exemples, 
offrent une foule de différences entre notre ms. et le texte im- 
primé. Mais ces différences consistent, en grande partie, en ce que 
le texte du ms. est plus court que le texte imprimé, conservant 
mieux le caractère paradigmatique , enfin dans la manière de 
classer les diverses formes verbales et dans l'admission de quel- 
ques formes nouvelles. Il serait sans intérêt et trop long d'énu- 
mérer ici les variantes les plus importantes du manuscrit avec le 
texte imprimé. Il suffira, pour la connaissance des faits, de citer 
quelques passages du texte imprimé et d'indiquer les variantes 



284 REVUE DES ETUDES JUIVES 

du ms., en mettant entre parenthèses les mots qui manquent dans 
ce dernier : 

1. Dans le chap. vin (15 b) : 

mipsa [psDï-n t^b &n nnsa is;^) ipDD ia pain b^sr; ■paa 

IN) !T7pÛ3 ia*7pB3 t=mp53 (mtttt3 tZ)bl3>b 1*7)563 1» ) Ï1p&3 THpB3 

1nipD3 'j-^P 33 (ïnai»3 t^b ï-ïsï-î^ nn« i?û^ r;b;>ttbtt toraa rtnjjw 
ta^aa mpea in) mpM ta^psa (*]iroora Nb t=N y?:pa) "ipsi -waïi 

.mYipea (niaisa rm i^a nattb 

2. Du chap. xt (25 a) : 

lainïi (v.nawi in) ^niara* ma^ajj (in nia^art) 'part b^Dïi 'paa 
.taba pi hn'aaïi naan in) imaraîi ma^an n'a^aïi lai^aîi dmawj 

3. Du chap. xiii (31 a) : 

■untftDa nNTïîa nidd qba tani^ob^ ^abn -^nm NDrt iiûnfà bpn ^aa) 
(«rtrt iba>a -j-na taan^ba na iiaai «ai) inwûa maœs H8ï5a imû3 
rpNn tnanana «ai) sparï t=3ba>iia in snaraia ta'WDia Niûia '•aiatan 

.mwBia (îwioia aïiti tpa naisia 

La ponctuation dans le ms., qui, pour ces paradigmes, sans 
doute les plus anciens et les plus complets en leur genre, est par- 
ticulièrement importante, peut être considérée comme très exacte, 
et on n'y trouve pas les fautes qui pullulent dans le texte im- 
primé que j'ai sous les yeux. Il faut remarquer que û"na5!i n'est 
pas ponctué jd^astt, mais d")")33ïj. Sur la marge et parfois aussi 
entre les paragraphes, notre manuscrit a des gloses contenant, en 
partie, des corrections d'après le texte imprimé (par ex. la pre- 
mière parenthèse du premier exemple ; la seconde du troisième 
exemple) et, en partie, d'autres additions. En deux endroits la 
glose est précédée de la notice n"o (— nna iso), notamment au 
chap. 15 (33 &), avant la glose maiT rwiT tP^T-p Nm bia»dtt 
(ce passage ne se trouve pas dans le texte de l'édition), et au 
chap.' 17 (36 &), avant le passage qui se trouve effectivement dans 
le texte : mttin ft?ain d^ain din bi^sn. Ailleurs le glosateur cri- 
tique une opinion de l'auteur, au chap. 12 (29 a) : 

iDioii na»ta p ban (savoir le Poual) ht psa nba îznta» i3N£ïï Nb 
b^D i"»aai laroa. 

Au sujet de la l re ligne du texte, il y a une glose plus longue 
ainsi conçue : 

"pan fîT» iNati ( savoir les trois parties du discours ) dmûbta 
nrrora -nD"> Nb pp^ ^ da iaii ^d bi na>3b. Suit alors une analyse 
grammaticale complète de cette phrase biblique. 



NOTES ET MÉLANGES 285 

Je crois qu'il est impossible d'expliquer l'abréviation de ce texte 
de la grammaire de Moïse Kimhi autrement qu'en admettant que 
nous avons là la première rédaction du traité grammatical, tan- 
dis que le texte imprimé contient la rédaction définitive un peu 
modifiée. Cette dernière, si répandue, a rejeté complètement la 
première dans l'ombre, et ce n'est que dans cette copie, qui date 
du premier tiers du xm e siècle, par suite de cinquante ans envi- 
ron de la meilleure époque de Moïse Kimhi, que le premier travail 
nous a été conservé, ce qui augmente encore l'intérêt que nous 
offre notre remarquable manuscrit. 

Budapest. 

W. Bâcher. 



LÉON X ET LES JUIFS DE ROME 



Jusqu'à présent, les historiens juifs, en parlant de Léon X, ont 
plutôt considéré son attitude dans la lutte des humanistes alle- 
mands contre les obscurantistes que les mesures de gouvernement 
qu'il prit à l'égard des Juifs des États de l'Eglise. Cependant les 
sentiments bien connus de cet humaniste entre les princes de 
l'Église, libre de tout fanatisme et même de toute influence 
catholique, s'affirmèrent indirectement et même directement en 
faveur de ses sujets juifs de Rome et des États de l'Église. Ce 
qui montre combien il était personnellement éloigné de tout 
préjugé, c'est le fait que, depuis le début jusqu'à la fin de son 
pontificat, Bonet de Lates 1 jouit de sa confiance illimitée comme 
médecin, et eut libre accès auprès de lui. C'était l'époque où 
Élia Lévita répandait la connaissance de la langue et de la lit- 
térature hébraïques parmi les plus hauts dignitaires de TÉglise 
à Rome. Cependant jusqu'à présent on ne pouvait se faire que 
par hypothèse une idée de la situation des Juifs à Rome sous le 
gouvernement de Léon X. De là le grand intérêt que présente 

1 David de Porais, De Medico hebrœo, p. 70, dit : Subséquentes etiam surami 
pontifices (maxima ex parle) Judeum medicum, in eorum curatione vocarunt. Léo de- 
cimus et Clemens VII. Paulus tertius pncsertim . . . Roma Bonetum commendat com- 
probatque. Reuchlin écrit, dans sa lettre à Bonet, Graetz IX, note 2, p. xix, : irWft 

Ta iro vrrpn isna "o c^m TpôiDfi mm T»n mas n$3>» viyîDTO 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour nous la bulle de la fin de l'an 1519 de la 1° année de 
son pontificat, qui nous donne une preuve des dispositions spé- 
cialement bienveillantes et gracieuses dont les Juifs de Rome 
et des États de l'Eglise bénéficièrent sous son règne. Jus- 
qu'alors les Juifs de Rome, en vertu. d'une loi antérieure de 
Léon X, qu'il avait dû édicter sous la pression de circonstances 
extraordinaires, étaient soumis au paiement d'un impôt d'un 
ducat par feu et de dix ducats par banque de prêts et ils étaient 
exposés à toutes les chicanes et à toutes les charges d'une percep- 
tion confiée à des employés spéciaux. Désormais ils devaient être 
affranchis de ces impositions. Une disposition plus importante, et 
plus heureuse par ses conséquences, fut celle qui mit fin à cette 
procédure de l'Inquisition où toute latitude était laissée à l'arbi- 
traire des commissaires ecclésiastiques, et ordonna que doréna- 
vant l'instruction serait fondée sur une accusation bien déter- 
minée et portée devant les juges spécialement institués pour les 
Juifs. La bulle accordait ainsi une sorte d'amnistie aux Juifs de 
Rome. Les procès pendants furent simplement abandonnés et les 
peines édictées remises. En même temps, la bulle renfermait la 
confirmation de tous les privilèges accordés aux Juifs en général 
et à quelques-uns en particulier, aussi bien par Léon X lui-même 
que par ses prédécesseurs. Aussi n'est-il pas étonnant que la copie 
officielle d'une bulle de cette importance ait été demandée par' 
diverses communautés juives et par des particuliers. 

Sur la situation intérieure de la communauté de Rome, la bulle 
ne nous apprend rien, sinon que le nombre des synagogues de 
Rome ne pouvait dépasser onze. jNous avons, il est vrai, de 
nombreuses indications éparses dans la littérature, depuis les 
temps anciens jusqu'à l'époque contemporaine, au sujet des noms 
des synagogues de Rome, mais il n'est guère possible d'en trouver 
une liste de onze ayant existé simultanément en la 7 e année du 
pontificat de Léon X. Dans tous les cas, il ne faut pas s'imaginer 
que ces synagogues étaient des bâtiments spéciaux, d'une super- 
ficie considérable; c'étaient de simples lieux de prière apparte- 
nant à diverses communautés ou sociétés, réunies dans le même 
édifice, comme furent encore dans ces derniers temps les syna- 
gogues de Rome, qui disparurent avec la destruction du ghetto 
romain, pour faire place à une temple digne de sa destination. 

Schwabenberg, 29 juin 1890. 

David Kaufmann. 



NOTES ET MÉLANGES 287 



APPENDICE 



Bulle de Léon X. 

Collegium Scriptorum Archivij Romane Curie Universis et singu- 
lis présentes inspecturis salutem in domino sempiternam Noveritis 
quod literas sanctissimi in christo patris et domini nostri Domini Leo- 
nis divina providentia pape decimi eius vera bulla plumbea cum filis 
sericeis rubri croceique Coloris more Romane Curie impendent(a)[e] 
sanas siquidem intégras et Inlesas non vitiatas non cancellatas, 
nec in aliqua sui parte suspectas sed omni prorsus vitio et suspi- 
tione carentibus nobis in nostro offlcio coram Reverendo pâtre Do- 
mino Philippo de senis prothonotario apostolico Camere apostolice 
clerico Archidiacono milevitano nostrique Collegij magistro correc- 
tori pro parte universaliter hebreorum tam in aima Urbe quam alias 
ubilibet terrarum Romanae Ecclesie médiate vel inmediate subiec- 
tarum existentium presentatas Idem Dominus Philippus Corrector 
nostro nomine recepit huiusmodi sub tenore, Léo episcopus seruus 
servorum dei Universis et singulis hebreis tam in aima Urbe Ro- 
mana quam alijs ubilibet terrarum Romane ecclesie médiate vel 
inmediate subiectarum constitutis viam veritatis agnoscere et agni- 
tam custodire Religioni Convenit etiam Judeis eo libentius debitum 
prestare subsidium, quo specialius sunt in teslimonium Orthodoxe 
fidei reservati, cum alijs certis Nobis suadentibus causis quoddam 
tributum videlicet unius pro quolibet foculari et decem ducatorum 
pro quolibet Bancho vestris quolibet anno usque ad complementum 
certe tune expresse pecunie quantitatis Dilecto filio Andrée Corsio 
clerico Januensi persolvende et a vobis per eum exigende imposue- 
rimus et deinde Tributum ipsum usque ad nostrum beneplacitum 
modo premisso continuandum et persolvendum ac per eundem An- 
dream aut alium vel alios Commissarium seu commissarios ad id 
per vos deputatum seu deputatos exigendum statuerimus Certumque 
seu certos alium vel alios ad de vestris criminibus et delictis Inqui- 
rendum ac ea puniendum et corrigendum deputaverimus Nos cala- 
mitatibus (nos)[ves]tris Christiana pietate compte) [a] tientes Motu pro- 
prio non ad vestrum alicuius aut alterius pro vobis Nobis super hoc 
oblate petitionis Instantiam se[d] de nostra mera liberalitate et ex 
certa scientia ac de apostolice potestatis plenitudine impositionem 
Tributi ac Commissariorum deputationem huiusmodi cum literis 
nostris de super eoni'eclis auctoritate apostolica tenore presentium 
Gassamus Irriiamus et annuilamus nulliusque de cetero fore roboris 
vel momenti ac illorum prétexta aliquam pecunie quantitatem seu 
bona alia a vobis aut aliquo vestrum per dictum Andream aut quem- 
vis alium etiam Commissarium noslrum aut propterea vos vel ali- 
quem vestrum per quoscumque molestari seu contra vos per dictos 



288 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Commissarios ad dictorum vestrorum delictorura Inquisitionem Cor- 
rc(p)[c]tionem vcl punitionem aut alicuius mulcti proptcrea Imposi- 
tionem ulterius procedi non posse Dec debere decernimus, Vosque et 
vestrum singul(i)[o]s a quibusvis excessibus Griminibus et delictis 
etiam propter Sinagogarum (nos)[ves]trarum in XJrbe factarum numéro 
undecim non excedentium et illarum reparationem ut alias quovis 
modo prêter quam homicidij et delictorum maiorum homicidij reatum 
excedentium aut etiam macchinationis Inpersonam nostram seu ali- 
cuius sancte Romane ecclesie Cardinalis vel Prelati usque nunc per- 
petratis etiam si illorum occasione processus quorum status et 
mérita presentibus baberi Volumus proexpressis contra vos et ves- 
trum quemlibet formati forent eisdem auctoritate et tenore absolvi- 
mus ac penas propterea contingentes, vobis penitus remittimus, sta- 
tuentes quod de cetero contra vos aut vestrum aliquem occasione 
alicuius Griminis vel delicti inquiri aut alias quam per viam accu- 
sationis sub testimonio fide digno aut prout de iure et coram vestris 
dumtaxat ordinarijs Judicibus procedi non possit et insuper omnia 
et singula gratias literas, concessiones privilégia et Indulta (n)[v]obis 
et vestrum, cuilibet tam per nos quam per alios quoscumque Ro- 
manos Pontifices predecessores nostros sub quibusvis verborum 
formis et expressionibus concessa approbamus et confirmamus, ac 
presentis scripti patrocinio convivimus illaque perpétue firmitatis 
robur obtinere et Inviolabiliter observari debere et decernimus Quo 
circa Dilectis filijs nostris Dominico Sancti Bortolomei in Insula ac 
Francisco Armellino medices sancti Galisti tituli presbiteribus Car- 
dinalibus per apostolica scripta motu simili mandamus continentes 
ipsi vel duo aut unus eorum per se vel alium seu alios vobis omnibus 
et singulis Impremissis efficacis defensionis presidio assistentes fa- 
cisnt auctoritate nostra présentes litteras, ac in eis Gontempta om- 
nia et singula firmiter observari. Non permitentes vos aut aliquem 
vestrum per quoscumque desuper quomodolibet Indebite molestari 
Gontradictores et rebelles per censuras ecclesiasticas et alia juris 
remédia oportuna appellatione postposita compescendo Invocato ad 
hoc etiam si opus fuerit auxilio bracchij Secularis Non obstantibus 
costitutionibus et ordinationibus apostolicis ceterisque contrarijs 
quibuscunque Aut si aliquibus comuniter vel divisim ab apostolica 
sit sede indultum quod Interdici suspendi vel excomunicari non 
possint per litteras apostolicas non facientes plenam et expressam ac 
de verbo ad verbum indulto huiusmodi mentionem Nulli ergo om- 
nino hominum liceat hanc paginam nostre cassationis Irritationis 
annullationis absolutionis extinctionis remissionis statuti voluntatis 
approbationis confirmationis Gommunitionis decreti et mandati in- 
fringere vel ei ausu temerarijs contraire Si quis autem hoc attemp- 
tare presumpserit Indignationem omnipotentis Dei ac beatorum Pétri 
et Pauli apostolorum eius se noverit incursurum Datas Romae apud 
Sanctum Petrum anno Incarnationis dominice Millesimo quingentes- 
simo decimo nono Kalendis Novembris pontificatus nostri Anno Sep- 



NOTES ET M KL ANGES 28.) 

timo Quibus quidem litîeris diligentcr per eundem dominum Philip- 
pum Gorrectorem iuspecturis ac eorumden hebreorum instanliam 
per IafrascripLum nostri Archivij Scriptorem illas exemplari tran- 
sumi, et in hanc publicam transumpti formam redigi mandavimus 
decernentes ac Volentes ut huic presenti publico transumpto sive 
exemplo plena et indubia deinceps fides adibeatur in Judicio et extra 
in locis omnibus ubi fuerit oportunum ipsum transumptum fidem 
faciat et illi stetur per inde ac si originales littere in médium exibite 
forent vel ostense. In quorum (idem présentes fieri et per Scripto- 
rem Archivij Romane Curie Infrascriptum subscribi sigillique nostri 
iussimus appensione muniri. Datas Romae in Palatio apostolico in 
Caméra nostri Archivij Die Trigessima, decembris millesimo quin- 
gentesimo decimo nono pontiiicatus Sanctissimi in christo patris et 
domini nostri domini Leonis divina providentia pape decimi — Anno 
Septimo. 

Philippus de Senis Corrector. 

Et ego Johannes philippus Moscatellus de Belforle Scriptor Archi- 
vij Romane Curie qui premissis omnibus et singulis interfuit Iccirco 
hoc presens publicum instrumentum aliéna manu fideliter scriptum 
exinde confeci subscripsi et publicavj signoque et nomine meis si- 
gnavj in fide premissorum Rogatus et Rogatus et Requisitus. 

(Archivio di Stato in Modena — Cancellaria Ducale — Documenti 
di Stati Esteri — Borna.) 



? I 



NOTES SUR L'HISTOIRE DES JUIFS DE VENISE 



Malgré le faible intérêt que pouvait offrir pour l'histoire du 
commerce des Juifs allemands l'histoire de la Bourse de com- 
merce des Allemands à Venise, où se concentraient toutes les 
affaires commerciales de toutes les cités allemandes, parce que, 
suivant une ancienne coutume allemande, l'accès de cette Bourse 
aux marchandises était en général de tout temps interdit aux 
Juifs, les matériaux réunis par les soins de M. Simonsfeld con- 
cernant ce centre du commerce italo-allemand ne sont pas sans 
utilité pour l'histoire juive. Dans le présent article, nous ren- 
voyons à ces études éparses, en les prenant dans leur ordre 

1 D'après Henry Simonsfeld, Des Fondaco dei Tedeschi in Venedig ; I-II, Stutt- 
gart, 1887. 

T. XXI, N° 42. 19 



290 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chronologique. Peut-être y aura-t-il moyen de compléter ou d'ex- 
pliquer quelques-unes de ces indications par des sources juives. 

1329. T. I, 28. Le document n° 82 parle de quatre marchands 
juifs, Joseph de Zurich et ses trois compagnons nommés Jo- 
uas, Josep et Pisis, qui arrivèrent à Venise le vendredi 26 mai 
1329, apportant avec eux de l'argent, qu'ils furent obligés de 
déclarer aux employés de la Bourse allemande, en vue du paye- 
ment des droits d'entrée. Mais, comme ceux-ci ne siégeaient pas 
le vendredi et que le samedi avait empêché nos marchands de 
faire leur déclaration le lendemain, ce retard fut cause qu'ils 
furent condamnés à la perte du quart de leurs marchandises. Par 
égard pour leurs déclarations (considerata qualitate homimim 
et negocii), la moitié de cette amende paraît leur avoir été remise 
à la date du 26 juin 1329. 

1340. T. II, 294, n° 11. Une remise totale de la peine en- 
courue pour une prétendue infraction du même genre fut ac- 
cordée le 24 avril, les 6 et 9 mai 1340, au Juif allemand Samisso. 
Lors de son émigration en Terre Sainte, celui-ci, voulant se 
rendre de Venise à Chypre, avait dû rester pendant la semaine 
Sainte dans le port de Saint-Marc, où les argousins de l'office dit 
de catavere l d'aïîi^urs bien connu dans l'histoire juive par 
d'autres faits, saisirent les objets précieux en or et en argent 
qu'il portait sur lui, dans une valise. 

1365. 76., 304, n° 31. Il est question d'un Juif du nom de 
Vitalis 2 tenant une banque de prêts à Ravenne. C'est chez lui et 
chez un prêteur sur gages chrétien de Mestre que Jean Roliger, 
ancien prieur du couvent de la Sainte-Trinité de Venise, avait 
engagé les objets dérobés par lui au couvent. 

1390. 76., 315, n° 45. Décision intervenue le 12 mars 1390, 
stipulant que les supraconsules sont chargés de toutes les affaires 
concernant les Juifs et ont le droit exclusif de procéder à la vente 
des biens de débiteurs chrétiens, à la requête de leurs créanciers 
juifs. Un Juif, Robert de Nuremberg, avait émis la prétention de 
faire rentrer sa créance sur un débiteur chrétien, Jean Rizo, en 
faisant vendre ses biens. 

1392. 76., 131, n°2 t 74. Ce document, extrait du formulaire de 
Constance, me paraît important pour la question du droit d'entrée 
au Fondaco en qualité de représentant de négociants allemands, 
droit qui à l'origine appartenait sans doute aussi aux Juifs. Ce do- 
cument nous apprend que Henri Ekol, bourgeois de Ravensburg, 

1 D. Kaut'mann, dans Jcwish Quarterly JReview, II, 298, note 4. 
* Sans doute en hébreu Chayyim, et non Lob. 



NOTES ET MÉLANGES 291 

dans le diocèse de Constance, en Wurtemberg, avait nommé, à la 
date du mercredi 2 mars 1392, Symon, juif de Nuremberg, demeu- 
rant à Venise, près Sainte-Sophie, son fondé de pouvoirs et lui 
avait conféré le droit, comme représentant de Conrad, bourgeois 
de Nuremberg, dont il était lui-même le mandataire, de conclure 
toutes les affaires. Bien qu'il ne s'agisse pas ici expressément du 
droit d'accès au Fondaco, comme le commerce allemand était 
inséparablement lié au Fondaco, le Juif Symon, en sa qualité de 
représentant d'un Allemand et fondé de pouvoirs d'un commis- 
sionnaire allemand, dufe nécessairement avoir à faire dans le Fon- 
daco, et, selon les prévisions de son commettant, il n'a pas dû ren- 
contrer de difficultés pour y entrer. Aussi nous semble-t-ii que 
le présent document est plus probant que le fait de la saisie de 
l'argent des quatre juifs suisses par les employés du Fondaco dont 
M. Simonsfeld, II, 287 veut conclure qu'à cette époque les Juifs 
pouvaient encore fréquenter la Bourse allemande en raison de 
cette autorisation. 

1421. Ib., 319, n°54. Un Juif allemand, Ruben b. Isaac {Ruben 
quondam Ysach de Alemanea Jitdeas), avait osé, en compagnie 
d'un Juif sicilien du nom de Chayyim (Vita), faire assaillir un 
médecin, maître Andréas, pour le punir d'avoir abjuré le judaïsme 
pour le christianisme. Sur la proposition des Avvogadori di Co- 
mun, il avait été condamné par le Grand Conseil à une amende de 
1,500 livres, qu'il ne pouvait payer, vu sa pauvreté. Il en demanda 
la réduction à 800. Cette affaire fut mise en délibéré le 17 et le 
22 décembre 1421. 

1467. Ibid., 324. Le n° 64 nous renseigne sur des personnes 
habitant trois localités connues dans l'histoire juive. Il nous 
apprend que Rabbi Phoebus de Nuremberg (Rabbi Veifs Hebreus, 
noslre Nurembergensis civltatis inquilinus) avait marié sa fille 
Rachel en premières noces à Rabbi Jacob, surnommé Reenschs, 
mort à Kremsier en Moravie, sans doute comme rabbin de cette 
localité. La veuve avait placé à intérêts chez Rabbi Chayyim 
Rappe, à Mestre, près Venise, cent ducats qui lui revenaient de 
son défunt mari. L'argent avait été placé plus de huit ans chez ce 
célèbre représentant de la famille Rappoport en Italie, lorsque, 
le 8 juin 1467, le conseil de Nuremberg, à la requête de Rabbi 
Phœbus, demanda au doyen Cristofbro Moro et au conseil de 
Venise de l'aidera retirer le douaire de Rachel de chez Chayyim 
Rappe, celui-ci, en sa qualité d'habitant de Mestre, étant sujet du 
gouvernement vénitien. 

1491. Ib., 332. Le n° 68 nous fait faire la connaissance d'un 
Juif facteur de la cour de l'empereur d'Allemagne, Maximilien I er . 



292 REVUE DKS ÉTUDES JUIVES 

En eflet, ce n'était pas, comme le croit Simonsfeld, un domes- 
tique, ce Samuel de Marele • en faveur duquel l'empereur fit de- 
mander par lettres et représentations verbales la permission de 
ne pas porter le signe des Juifs en forme d'un 0, sur le territoire 
vénitien, et de porter des armes en se faisant accompagner de 
deux valets. Samuel était venu en Vénitie pour acheter, avec l'ar- 
gent de l'empereur, des draps tissés d'or et de soie, et le signe 
des Juifs l'eût exposé à être volé et assassiné. Par considération 
pour les intérêts de l'empereur, le conseil des Dix accorda, à la 
date du 4 mai 1491, mais non à l'unanimité, un sauf-conduit pour 
Venise et le territoire de la République, avec exemption du signe 
distinctif et le droit d'être armé et accompagné de deux serviteurs. 
— Le Samuel Hebreus relaxé le 8 juin de la même année par 
14 voix contre 1 et qui avait été arrêté par suite de la condam- 
nation, pour faux monnayage, du directeur de la Monnaie de Ca- 
rinthie, George Theotonicus, ne me paraît nullement identique, 
comme le veut Simonsfeld, ïb., 332, n° 69, avec le facteur de la 
cour de l'empereur Maximilien qui avait été de la part du Conseil 
l'objet d'une faveur si particulière. 

La seule exception parmi les Juifs en ce qui concerne le libre 
accès du Fondaco est faite en faveur des médecins. C'est ainsi 
que nous voyons, ibid., 287, que le médecin juif David Valenzin, 
par égard pour -sa science et son habileté, obtint en août 1648 
des consuls de la Nazione Alemana le libre accès du Fondaco. 
11 figure aussi dans le registre mortuaire de Saint-Bartolomeo, le 
10 novembre 1647 et le 20 juin 1649, comme médecin traitant. 
A côté de lui nous trouvons, dans le même document, à la date du 
1 er et du 19 septembre 1651, le médecin juif Chébéghé ou Che- 
beghé, qui paraît difficilement être le même que le Cabibi nommé 
à la date du 4 janvier 1657. La famille Valenzin, d'après les 
n os 148 et 197 des épitaphes ù^sn mmb publiés par Berliner, était 
déjà représentée à Venise dès le commencement du xvn e siècle. 
Dans le matricule de l'Université de Padoue de l'an 1658-65, f. 91, 
on trouve Avon Cabibi hebreus Venetus. Le père de cet Aron 
pouvait donc déjà être médecin à Venise. 

David Kauffmann. 



1 Le nom ira probablement rien de commun avec ib*1^73, c'est-à-dire d'Arles, 
comme celui de Josepb ib'lN'ïï (Graetz, IX, note 4, p. lui) ; par contre, il n'est 
pas invraisemblable que Samuel ait appartenu à la famille "J?112 si nombreuse à 
Prague. Voir une réponse de Josepb Colon à Samuel l'^b-jft dans ses Consulta- 
tions, n° 119. 



NOTES ET MELANGES 293 



L'INCENDIE DE SALONIQUE DU 4 AB 1545 



Presque chaque grande communauté israélite a eu un incendie 
célèbre, et cela surtout en Turquie. Aussi, au commencement de 
l'année 1634, Jacob Roman écrivit à Buxtorf qu'à son avis, la 
majeure partie des mss. hébreux devaient se trouver dans les 
pays occidentaux, parce qu'ils avaient été moins souvent ravagés 
par le feu que l'Orient, où éclatait tous les ans un nouvel incendie 
qui brûlait livres et synagogues {Revue, VIII, 88). Ainsi, en 1701, 
le feu dévora, à Gonstantinople, 3,000 maisons, dont un grand 
nombre appartenaient à des Juifs, et parmi elles 13 synagogues 
(Schudt, Jûdische Merchioiïrdigheiten, II, 78). Mais aucun in- 
cendie ne laissa dans l'histoire un souvenir aussi profond que 
celui qui sévit à Salonique, le 4 ab de Tannée 1545. Usque et 
Joseph Cohen, Guedalia ibn Yahya et Conforte parlent de cette 
catastrophe, qui est aussi racontée au commencement du recueil 

La population affolée établit une corrélation entre cet incendie 
et l'outrage infligé dans les circonstances suivantes au savant et 
courageux Joseph ibn Leb, alors rabbin à Salonique. Un jour, un 
homme riche, mécontent d'une sentence prononcée contre lui, 
dans un procès, par Ibn Leb, eut l'audace de l'attaquer en pleine 
rue. Dans son indignation, le rabbin prononça ces mots de la 
Bible : « cieux, faites connaître votre stupéfaction ! » Cet inci- 
dent avait eu lieu devant le magasin de parfumerie du riche mar- 
chand Abraham Catalane Dans la nuit, le feu prit à ce magasin 
et s'étendit avec une telle rapidité que , dans l'espace de six 
heures, 8,000 maisons et 200 personnes furent brûlées. La chaleur 
qui se dégageait de ce foyer était tellement intense qu'elle détrui- 
sit tous les objets qu'on avait transportés, pour les sauver, hors 
de la ville, à la distance d'un trait d'arc. Sur les trente ou 
trente-six synagogues importantes qui existaient alors à Salo- 
nique (Schudt, i&. t I, 207), dix-huit furent réduites en cendres 
avec les rouleaux de la Loi qu'elles contenaient. Dans un exem- 
plaire du û"ibo irti d'Abraham Schalom (Constantinople, 1538), 
que je possède, sur le verso resté en blanc de la dernière feuille, 
se trouve conservée une inscription hébraïque de huit lignes, qui 
a été rayée plus tard, mais qui mérite d'être publiée ici comme 
le témoignage d'un contemporain de cette terrible catastrophe. Je 



294 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ne suis parvenu à la déchiffrer que très difficilement, les marges 
de l'inscription ayant été couvertes de papier par le relieur. La 
voici : 

m»» ©bun ta^ba t-HDîan rots n^-nn ^7: v^tt ïcabiio wa 
ta^^n fa a-'pbN ibn bas a&* «inb van obi^n [msab ra»]m 
m^buî irnw» «bn rtbvwn Tpft r)*-roi ï-naoDttfi ^aibttî T*a 
1535 iD-i05"i rrnn "nôo !-ia"iH[i] rn-rosa via tain»* 12*1^2 wn 
jnrma nmîitt [nn«] ton s-ranna !-rrv»rti rnfctaa ta^^m ï-inw 
[bsbian] r-nb[«]OTfi ïtp nnm ■p»'*h s-rr mnn i-rcai tt5«rt 1» 
î-na s-ib^m tëKin l» nb^nb naab babatt!-: b^Dïib i-i:m S-rmiTi 
trrn naaa babB[3a]tt nbsïi Nb ïtob ïrsaia fib *nttfio hmab [n^ai 
Jna^bttîïii baba[73]n nar^îT>a naunn arm iî"p[n]abiBfi Nb s-twin 

,rta 

D'après cette inscription, le nombre des viotimes s'éleva seule- 
ment à 150, et le nombre des synagogues détruites à vingt. C'est 
à peine si le tiers de la ville échappa au désastre. L'incident rap- 
porté par cette petite note montre d'une façon saisissante la ter- 
reur des habitants. On a remarqué depuis longtemps que, sous la 
menace d'un très grave danger, on s'attache quelquefois à des 
objets sans valeur aucune. L'histoire de cette mère qui, tenant les 
objets qu'elle veut sauver sous le bras gauche et son enfant sous 
le bras droit, court vers un puits pour y cacher ces objets et qui, 
inconsciemment, y précipite son enfant et ne s'aperçoit de son 
erreur que lorsqu'à son retour, ses voisines lui en font l'obser- 
vation, cette histoire, dis-je, montre que l'incendie de Salonique 
fut une de ces terribles catastrophes qui égarent complètement 
l'esprit de ceux qui en sont témoins. 

Le récit d'un second témoin oculaire de cet événement nous a 
été conservé dans la collection de lettres de Joseph ha-Cohen ' ; il 
a pour auteur un cousin de ce chroniqueur. Bonafoux Ibn Alcons- 
tantini 2 , qui s'était établi à Nicopolis, sans doute après l'expulsion 
d'Espagne, était par sa sœur Dolça, le beau-frère de Josué ha- 
Cohen, le père de Joseph. Comme Bonafoux mourut jeune, son 
fils Obadia quitta sa patrie, à l'âge de l'adolescence, et arriva à 
Salonique, où il acquit de la fortune et occupa bientôt, grâce à 
ses connaissances et à ses richesses, une position influente. Dans 
sa maison il y avait une synagogue et une école, avec une riche 
bibliothèque. Survint la néfaste nuit du dimanche au lundi 4 ab 
1545. Une grande partie des habitants aisés de Salonique étaient 

1 Ms. de l'Alliance israélite universelle, cf. Loeb, Revue, XVI, 32 et s. 
* Non fils d'Alconstantini, comme le dit M. Loeb, lbid. f 41. 



NOTES ET MELANGES 295 

encore réfugiés à la campagne, la peste ayant commencé à sévir 
dans la ville. Mais le feu n'était pas seul à fair? des victimes, le 
brigandage et les appétits de la populace, toujours prêts à se 
donner carrière au milieu des calamités publiques, s'étaient dé- 
chaînés sur la malheureuse ville, et plus d'un de ceux que le feu 
avait épargnés était devenu leur proie. Obadia Alconstantini, lui 
aussi, avait vu, non seulement sa maison avec la synagogue, 
l'école et la collection de livres précieux qui s'y trouvaient, de- 
venir la proie des flammes, mais sa femme, elle-même, périr par 
le feu. A une époque plus heureuse, environ quatre ans aupa- 
ravant, il s'était rappelé au souvenir de ses parents italiens et 
avait noué une correspondance épistolaire avec ses cousins Jo- 
seph et Todros ha-Cohen. Désormais seul et ayant pu à peine 
sauver une faible partie de sa fortune, il éprouva le désir de faire 
la connaissance des neveux de son père. De Saraval, sur le terri- 
toire italien, il annonça aux siens sa prochaine arrivée et ses 
douloureux motifs. Obadia paraît, en effet, n'avoir songé qu'à une 
visite et non à un établissement durable. En effet, bientôt après, 
en 1549, nous voj'ons qu'il a porté une pétition de son cousin 
Joseph ha-Cohen à la communauté de Salonique ! pour l'inviter 
à contribuer à la rançon des Juifs orientaux prisonniers sur les 
galères de Cigala-Visconti, pour lesquels Joseph avait cherché 
vainement à réunir la rançon en Italie, Samuel Abrabanel, lui- 
même, n'ayant pas envoyé les cent scudi qu'il avait promis. Il 
est remarquable que Joseph ha-Cohen, en composant sa chro- 
nique, ne se soit pas souvenu de la relation faite par son cousin 
de l'incendie de Salonique. Celle-ci, qui a été conservée dans les 
papiers de Joseph, mérite d'autant plus, après trois siècles et 
demi, de voir le jour pour éclairer ce triste événement ; du reste, 
la pâleur de l'écriture du manuscrit demande que le contenu 
soit rapidement mis en sûreté, sans quoi il ne tardera pas à de- 
venir illisible. 

*w .*WE>nfib 'fi v m ûi2 luttai s-rttam bm ro "pttfro aab ùsn 
ma*b .ia d^is b^™ bn . t-vnsbnb voa "pn bs ican .&nttN 
pbn 'n nm *ito t=n nnsrcttîa 'n wia y-\i .na fipafibi 'fi na 
to? banu^b ma fia . in« 'fi iïïn » ■pn&wa bvwfi "jfisfi .inbnsi 'n 
&anfi . n?n '"tiWtiaa . ab "mapb Ksinfi ♦ ba tasi *n ' "nzmp 

y s part t\ov fi"»a 

1 M. Loeb, L cit., p. 37, place la lettre en l'an 1547. Mais, p. 47, note 1, il fait 
dater la lettre de Joseph de Provence, 7 novembre 1546, tandis que dans le ms. on 
y lit expressément T"U5- La prise rie Juifs par Cigala a donc eu lieu en 1544, et 
l'envoi de la lettre à Salonique cinq ans plus tard, par suite en 1549. 



296 BEVUE DES KTUDKS JUIVES 

Y^ïw *ip^ "^a ^b nsoa w waa» un '-hn ■pava «bs*» bN 
na \nv^3> b*aa «bi maa Nb 13 . aa^aa nmntam Nbi m anaa 
■«a ïfaîii T ■ae» bD*n Nb upttJn ^a abrr nma "aaaa taa»N *]N 
■aiaatt wïb ■ron "aiNsa wa vmaon miNbm *ba> nam naanja 
snaïi mab -manu T^Nan .Tnfcwn nai-n * "aiiia^ "■awmïi înrna» 
, tarNba wr ■•d na> wimD'n inc©» "aa vi'rbaa nN^an . •aiai 
•^aoNa na-ian n« 'n rinas a© i pi ai bâta yiNa d^nbK "aidri *o 
mnn vra .mab by pMWi ap\a iba^rn pNOi w*n ibta tauin 
«ba n*»a • ^aanb "an ma va . ïia bcna *pNi sp* ï»a rtrmb 
irm .trpDrt *b3>» mas a^ain wawa , iba* ba na©ai '*ibo 
*na yiNa [riD^aab 1.] W»o*îb ■aan'n msa nb laaiDrm nsN *ô;> 
t]w\ rnn bwwi ï-vnîD r»"\i5 naia in^ab N"aa ^a , ynNa iai yi ^bto 
■nana nrayn . ")2D n^a* 1 ssa aiNa nnttip ^"n . vbr vp tri na^a 'n 
■pin ara «b pnt baan , û^t maa" t:s> tapissa latern .in» naa 
mm .nbn© a^naa T»an tanvi wn . rbaa m a^rt Nb bNima ein 
a'^bN uîn laN^n Na nn na^a s— it *7[n]a> . laataai mm naa>»iû nanarc 
nbnra taaniaa .ipiaibNE mbnp baa uam .Saurai \n nbaD 
Kiiyn . a^ao nbSN narra »« bNT^a i?am . ûrrnana baa ©n 
ïraina an^ ^a . nbaamn a «ni b* npa> nbm . naa w n abnp dn da>?i 
•o . pirn arn nattëi innanm s-nas dv . 'm nbra PinYiai rtaïa^i 
aN aNb 't a d^ b^b p© manbi nmpbi ^DD^bi ^aab ûT»a mnp 
Nan bN .m© ^^a "irp bN .bsiN ilnrip* 1 Ninn nb^brr ,rvn»h bab 
r^irrri tan^rî ,nn» 'zyzyi ïnixv bNi .an h ^i-iin imapi ,ia mai 
rt"iya ^a . Na*> bN trrrp nso»a mttbati *\m nnb[N](»)^ »^»n ^n- 
.-id-iujd bNnuî^» D^na ta^ÔN ['-» Us.] (p"n) nm h n 7a"ai a"a 'ba nnr 
, ^"a imn^a 'n rr"i^a aarr-ô^ itmi bNnïî^a miasa 'na nnv inai 
n^-iï-îs ùnai isnuja d-a-n , rta^poa inai zr^by n^an baa ûri7o ^a 
ba h* iz ïJna imi .^na ip^na arrai , Ta nabi bbv bibiab £]^aa 
ïînm r-r^ia^r: b^ ^riDDirî ti"i^a ^dni ,^ni-î n^ba nn^ tomnana 
ï-ian^r: ^nna ^izjni nn*j^ rtbsa . ^ba *iy\ laaaa ^aan ^baN rtbn^sn 
in iNi "pu: ta^s^b ->in . naitan ?naN nia ' ^ua rnnt:^ nia^r» 
■^asa aa*«a miT 1 "»av ^^ ï-ib^b^Ni rnaoN ï-int by i^a^a ta^aîNb 
t^nnu: tin^a tpviv a^a ^asba i"iat"i ">m .tniamnp ^bN rmins 
nrmnirb ^^ naN^n bÉn» 1 » ia^ t-navbi is^nnav bab ï-nsd nn^a 
na»b rrna ^n m^n -»b^ -iddn 'is ^rviawi ^mna« b^caribn . ^vs* 
j-ïbsn n^a ^n^a .^n^an "na nsittsa ^aaaa tissma ^a \naa mana» 
ïrmm anaa^ ï-nnn . mnbaa nan naa ta^aiarr ^"janaT ^nao ban 
•jiN ^nNata ^noaa tûn ban .ynan^a Nbn ynaNn b^ ban na b^aï5 
^3>pnpan ûbn? ^n ana ^m d^Nn amN ntt5a»i ï-rpn^n pna» pr? ^b 
'n tanb a^" d^a^iN nbb;a anan . ttîN naniab vu ^babaa *ja^Nn 
■»m«»a ' ^aan wauai . dn^-a©^ t]Na aaiT 1 ùmT» TOa»aa bna^ 
■»a . vn "»ab ^ N^aN *j^^ mas . •'«ea ^ ^sncni am^n bbr»a 
. mnann ï-rmnN b^ ï-t^n ^mnaN mai ï-in^n . a*jp» ta^?:^ \nnat 



NOTES ET MÉLANGES 297 

tsa imbbna mai maia*n m» ma 1 * mw mnam miai-n mis 
nn»«i non at? Nb -«s m«as 'n "'bibn , ^pnn ^ba isinr «b imo-is 
■psb T»no?i Nb a an ■rçO»)* ma* ypia Nb-i nra abn m£?a wa ^wn 
tas»» .vwi i-m73*b vr«ïi tavroa a*:» a inû ^b wm .■rçfcja 
■wowa û*»a in a-ii ^o-inb 'nb iw» "pan »i"ia"M3 t:*» iéw» 
imbi ND->b rab by rtnba* Nbn *naian Nb nraa N^bN'j^ na Ti«a 
mwrbi .M"^a rrabsb iwdsïi ï-ian7jri ïtwi miwû /ta r pm ^bis 
nnba as riDaas m^TWp B^aïawi abna» ^m Nnfcip aip w ^d 
ïiota ra^pn ba-r; aaba^na npabi a-np->ï-5 tant aanaa mmb ""©sa 
Vrb NnNi b*wiii then ûa^mnauî -otb nam a^u avj anytab aa 
û-maan ï-teïi tan rmaia ^aiain ^na n« î-nnan nd î-iaba ^m»» 
T?NinNïï îtïb \n3»an pan . ûttrt ^iaaN ab^Tai mMa iapa ntua 
[r-tRaha^-i .'ttp '^vtt ÎTH31 aa^bN Naa nrittbn .aabna^ ïisp Ta» 

/nbe 

David Kaufmann. 



CORRESPONDANCE 



M. le rabbin Mayer, membre du Conseil de la Socie'te' des Études juives, 
nous adresse la lettre suivante : 

Qu'il me soit permis d'élever quelques objections contre la 
doctrine du savant M. Isidore Loeb qui place à l'époque du 
second temple 1 la composition des Psaumes (que je n'ose plus dire 
de David), comme d'autres savants modernes, celle des plus beaux 
chapitres de nos prophètes. 

Il me semble d'abord qu'à cette époque, par suite de la capti- 
vité de Babylone, le chaldéen était devenu la langue usuelle des 
Juifs et avait presque entièrement remplacé la langue hébraïque. 
Or, est-il admissible, je le demande au sens commun, que les com- 
positions les plus sublimes d'une langue aient été faites à une 
époque où cette langue n'était plus parlée? Et, si c'est à l'époque 
du second temple que se sont produits les chefs-d'œuvre de la 
langue sacrée, comment se fait-il que les relations historiques 
dans la Sainte-Écriture s'arrêtent au moment où ce temple vient 
d'être construit? Comment se fait-il qu'il n'y en ait point de l'é- 
poque contemporaine, ni de celle d'Alexandre le Grand, ni de 
celle des Macchabées ? Il y avait là cependant des événements mé- 
morables à raconter. 

Si, à l'appui de leur doctrine qui jette en quelque sorte aux 
quatre vents des différents siècles, et surtout des siècles les plus 
rapprochés, les feuillets de la Sainte-Écriture, les savants, qui 
contredisent nos commentateurs les plus vénérables, nous présen- 
taient des inscriptions authentiques, des documents irréfutables, 
nous serions forcés de nous incliner devant ces documents. Mais 
sur quoi fondent-ils leur doctrine? Uniquement sur des conjec- 
tures, sur des hypothèses. Or, je le demande, est-il raisonnable 

1 Voir Revue des Études juives, n* 40. 






CORRESPONDANCE 299 

de faire fond sur des conjectures et des hypothèses plutôt que sur 
des traditions qui se sont incarnées dans des générations succes- 
sives, qui sont restées invariables pendant des siècles et qui nous 
ont été transmises par les commentateurs les plus accrédités et 
les plus dignes de foi? 

Gomment peut-on prétendre, d'une manière si absolue, que pas 
un des Psaumes (appelés jusqu'ici les Psaumes de David) « n'est 
antérieur à l'exil de Babylone » ? 

Tout le monde est d'accord pour reconnaître que les Psaumes 
ne sont pas tous de David et doivent appartenir à plusieurs au- 
teurs; mais de là aller jusqu'à refuser de lui en attribuer un 
seul, cela me paraît plus que hardi, téméraire. 

Est-ce que vous vous refuserez aussi à lui attribuer l'élégie sur 
la mort de Saùl et de Jonathan? Cette élégie, qui cependant doit 
lui appartenir, atteste hautement qu'il était homme à composer 
des Psaumes. Pourquoi lui refuser, par exemple, celui où il 
dépeint si vivement les sentiments de sa sincère pénitence après 
la mort d'Uri, l'époux de Bethsabé? 

Mendelsohn, qui a traduit d'une manière si parfaite les 
Psaumes de David, n'a-t-il pas cru qu'il faille en faire remonter 
quelques-uns jusqu'à lui? 

Nous voulons bien admettre qu'à l'époque du second temple, il 
n'y avait plus d'idolâtrie; mais il y avait certes moins de piété 
l'histoire est là pour le prouver, surtout celle des prêtres qui 
avaient joint l'autorité politique à l'autorité sacerdotale) qu'à l'é- 
poque des rois pieux, tels que Josaphat, Ezéchias, Josias et môme 
qu'à l'époque de David et Salomon, malgré les graves péchés 
auxquels ceux-ci se sont laissé entraîner. 11 est donc vraisemblable 
que ces livres ou ces chapitres de l'Ecriture-Sainte, qui respirent 
si fortement le sentiment religieux, ont été plutôt inspirés et écrits 
à l'époque du premier temple, malgré l'idolâtrie qui existait et 
précisément pour combattre cette idolâtrie. 

N'est-ce pas d'ailleurs un fait reconnu que c'est plutôt au mo- 
ment de leur naissance et de leur formation qu'après une longue 
durée, que les religions suscitent des génies poétiques, inspirent 
des écrits sublimes? 

Maintenant nous voudrions demander où l'on en veut venir avec 
ce qu'on appelle la littérature des Pauvres ; quel profit ou quelle 
vérité pense-t-on en tirer? 

Le pauvre, dépeint par M. Loeb, est un personnage plein de 
contradictions. Il est juste, intègre et il est chargé de péchés et de 
remords. Le riche ne peut-il pas être juste et intègre aussi bien 
que le pauvre ? Jusqu'à présent, on a cru que le Psalmiste décrit 



300 REVUE DES ETUDES JUIVES 

les divers sentiments qui occupent l'homme dans les diverses con- 
ditions et circonstances où il peut se trouver. Tantôt il expose les 
sentiments du juste, du pénitent, du malheureux, tantôt il fait par- 
ler le riche, le méchant, l'incrédule, l'impénitent; mais son but est 
toujours d'exhorter à la confiance en Dieu et au respect de sa loi. 
Le Dieu qu'il recommande à notre vénération, à notre obéissance, 
c'est le Dieu tout puissant, le Dieu de justice, de bonté, de miséri- 
corde, qui préside aux événements du monde, qui surveille spécia- 
lement les actes, la conduite des hommes pour rémunérer tôt ou 
tard chacun selon son mérite. 

« Le Pauvre, dit M. Loeb, est un grand pécheur, c'est pour 
lui à la fois un sujet d'affliction et de consolation. » Un sujet 
d'affliction, on comprend ; mais comment un sujet de consolation? 
— « Ses péchés lui expliquent ses souffrances. » — Mais lorsque 
nos souffrances viennent de nous-mêmes, de nos propres fautes, 
ne sont-elles pas d'autant plus cuisantes? Ce n'est nullement un 
sujet de consolation, mais plutôt d'affliction que d'avoir à nous 
dire que nos souffrances viennent de nos propres péchés. 

Quant à Job, comment peut-on dire qu'il accuse Dieu et se ré- 
volte contre lui? Il ne se révolte que contre ses amis qui veulent 
attribuer ses maux à ses péchés. Job sent qu'il est juste, intègre, 
bienfaisant ; néanmoins il ne se révolte pas contre Dieu, puisqu'il 
dit : trïiba n^a bnps ai an dn jipyn 'il ûiû w npb 'm ïna 'n 

• baps Nb anîi n&o « Dieu a donné, Dieu a repris; que le nom de 
» l'Eternel soit béni! Nous acceptons le bien que Dieu nous envoie, 
» pourquoi n'accepterions-nous pas le mal? » 

Job, au milieu de ses chagrins et de ses souffrances, qu'il ne 
croit nullement avoir mérités par ses péchés, persiste dans la 
piété, dans sa confiance en la justice et la bonté divines. C'est là 
le sublime exemple de résignation que nous offre le livre de Job. 
Il soulève la question de la Providence, des peines et des récom- 
penses; mais il ne la résout que par la confiance qu'il faut avoir, 
malgré tout, en la justice divine, sans vouloir pénétrer ses voies 
mystérieuses qui sont au-dessus de notre portée. 

Comment peut-on prétendre que le sentiment de l'immortalité 
de l'âme est absent des Psaumes? Que signifient donc ces paroles 
et mille autres que je pourrais citer : an>n ab ^wj ïins ^n 
jynuj û^n m» ^yinn ,nnia m&nb ^on ïnn sb , b-rob -«irîôa 

♦ m::: "pwa m»^a ,*pB na mnM : « Seigneur, tu es mon bon- 
» heur ; — Tu n'abandonnes pas mon âme à la tombe ; tu ne per- 
» mets pas que le juste voie l'anéantissement. Tu me fais voir le 
» sentier de la vie ; tu me rassasies de joies devant ta face; tu me 
» feras goûter à jamais les délices à tes côtés. » 



CORKESPONDANCE 301 

Dans l'Ecriture-Sainte, on ne trouve nulle part, il est vrai, une 
exposition méthodique des raisons sur lesquelles s'appuie la 
croyance à l'immortalité de l'âme; mais cette croyance pénètre 
toutes les pages de l'Ecriture-Sainte. Pour les auteurs de la Cible, 
cette croyance est tellement innée dans l'homme et tellement in- 
hérente à la croyance en Dieu, qu'ils n'ont pas songé à en donner 
une démonstration, à en faire le sujet d'une exhortation. Ils ne se 
sont appliqués qu'à combattre l'idolâtrie et le sensualisme, à incul- 
quer, à fortifier la vénération du Dieu invisible. Cette vénération 
(qui ne méconnaît pas l'existence de bien des iniquités terrestres) 
ne va pas sans la croyance à l'immortalité de l'âme, aux peines et 
aux récompenses dans une vie future, au-delà de la tombe. 

Quant aux versets où le Psalmiste dit que « les morts ne louent 
» pas Dieu », ils se trouvent dans des Psaumes où l'auteur solli- 
cite la prolongation de la vie présente pour glorifier Dieu sur la 
terre, pour répandre son nom et son culte parmi les hommes ; 
mais ces versets n'entraînent nullement la négation de la vie 
future (Voir Blour, Ps. xxx, 10). 

Pour les Psaumes, ce qui est le plus probable, c'est qu'à 
l'époque d'Ezra et de la Grande Synagogue, à l'époque où le 
temple a été rebâti et le culte reconstitué, à l'époque où s'est 
formé le canon biblique, il en existait plusieurs recueils et que la 
Grande Synagogue les a réunis en un seul. 

Cette opinion parait la plus satisfaisante à tous les points de 
vue, au point de vue rationnel comme au point de vue traditionnel, 
et semble devoir être adoptée. 

Ajoutons : Ce qui importe d'ailleurs, ce n'est pas de savoir quel 
est l'auteur de tel ou tel Psaume, mais de nous pénétrer du senti- 
ment religieux qui les a tous inspirés et qu'ils sont propres à im- 
primer dans nos âmes. 

Paris, le 1 er septembre 1890. 

Michel Mayer. 



BIBLIOGRAPHIE 



REVUE BIBLIOGRAPHIQUE 

[Les indications en français qui suivent les titres hébreux ne sont pas de Vautour du livret , 
mais de V auteur de la bibliographie, à moins qu'elles ne soient entre guillemets.') 



1. Ouvrages hébreux. 

■pD2£ miSN '0 Igroth Zofon, neunzehn Briefe ûber Judenthum (in hebr. 
Lettern) von Samson-Raphael Hirsch, hebr. ùberselzt, nebst cincr 
ausfùhrlichen Biographie des Autors im hebr. verfasst, von Moses Sa- 
lomon Aronsohn ans Kowno. Vilna, impr. Romm, 1890 ; in-8° de 244 p. 

IVHBOÏl "ÎÏTIN Magazin fur hebr. Literatur u. Wissenschaft, Poésie und 
Belletristik, edirt von Eisig Grâber; III. Jahrgang. Jaroslaw, impr. Jos. 
Fischer, de Cracovie, 1890 ; in-8° ; pagination discontinue et recommen- 
çant presque à chaque article. 

îrmn blï) ITP5DÎ3N '0- Die rabbinischen Lehrstâtten, zur Geschichte der 
Talmud-Akademien (Jeschibot) in Russland, von ihrer Entstehung bis 
auf die Gegenwart, mit besonderer Berùcksichtigung ihrer jetzigen Zu- 
stânde und Darlegung zur Hebung derselben sowie der jûd. Lehro 
ùberhaupt, von Moses Reines ; erstes Heft ; Separatabdruçk aus dem 
Grâber'schen Jahrbuche, III. Jahrgang 5650-1890. Cracovie, imp. Jos. 
Fischer, 1890 ; in-8° de 35 p. 

n"DN mn 'O Composé de deux parties, dont la première, mafct "nBfcn. en 
dix-huit chapitres, s'occupe de sujets rabbiniques ; et dont la seconde, 
ÏT£)bo "pN, est un commentaire des Pirké Abot ; à la fin, quelques pages 
de Tm$ ■>125"iin ; le tout par Salomon Zalmon, rabbin de Neustadt 
Cûia^lD ; édite' par Samuel-Isaac Herschmann. Berlin, impr. I. Itzkowski, 
5649 (1889) ; in-4° de xx p.-127 tf. 

p^K ma 'o Beth Aharon, R. Aharoni Fuld Responsa atque Adnotationes 
in plerosque Talmudi Babylonici Tractatus, Aruch, Tischbi, Meturge- 
man, etc., ediderunt filii auctoris. Francfort-s.-M., impr. Slobotsky, 5650 
(1890) ; in-4° de xvi-227 p. 

ap:^ mn 'O Notes sur des sujets de science rabbinique, par Abraham 
Bick, 4 e partie du livre ^VM2 bïlJX du même auteur. Presbourg, impri- 
merie de l'auteur, 5650 (1890), in-8° de 56 ff. 



BIBLIOGRAPHIE 303 

bNTi)i ">53 Û3>b Û^^^rî nni '0 Petite histoire des Juifs depuis les origines 
jusqu'à nos jours, à l'usage de la jeunesse, texte hébreu vocalisé, par 
Wolf Jabeç. Jérusalem, impr. S.-L. Zuckermann, 5650 (1890) ; in-8° de 
v-120 p. 

dW3>3 "^IDI 'O Contenant douze homélies (deruschim) en trois parties, 
savoir : 1° fty\m -nai ; 2° ïibl&U ^31 ; 3° rsobn "nai ; par Menahem 

. Hayyim Lewinsohn. Varsovie, impr. Jacob Unterhândler, 5650 (1890) ; 
in-4° de 168 p. 

T^ÏÏTlTl 1Y1 'o Dor Wedorschow, Bio-bibliographisches Lexicon, par 
L. Efrath. Wilna, libr. Romm. Le premier fascicule que nous avons sous 
les yeux est une brochure in-8° de 64 p., date'e de 5649 (1889) et conte- 
nant le commencement de la lettre aleph. L'ouvrage s'annonce comme de- 
vant être à la fois un répertoire des auteurs D^ûOn nSON et un réper- 
toire des livres aviso nS0N. 

T^Om ni 'O Dor Wachachamaw, Geschichtsbilder aus der Gegenwart, 
ein Beitrag zur Geschichte der jûd. Literatur der Gegenwart, von Moses 
Reines. Erster Band. Cracovie, impr. Jos. Fischer, 1890 ; in-8° de 188 p. 
et 12 planches contenant chacune un portrait. 

DvpU33> n^fàl Dimas Aschukim, Die Thranen der Bedrùckten, Novelle von 
D. S. Silberbusch; 2. Auflage. Cracovie, impr. Jos. Fischer, 1890 ; in-8° 
de vni-158 p. 

mbVM mobîl Halachoth gedoloth nach dem Texte der Handschrift der 
Vaticana, herausggb. und mit kritischen Noten versehen von J. Hildes- 
heimer. Berlin, impr. H. Itzkowski, 1889 ; in- 8° de 380 p. La suite à 
paraître plus tard. Publié par la Société M'kize Nirdamim. 

^"ibnïl Wissenschaftliche Abhandlungen ùber jùdische Geschichte, Litera- 
tur und Alterthumskunde, von Osias H. Schorr. XIII année ; Wien, 
impr. Ad. Fanto, 1889 ; in-8° de 139-(2) p. 

Contient les articles suivants : Critique de Mebo ha jerusalmi de 
Frankel, du Gibat Jerusalaïm de Wiesner. des Consultations rabbiniques 
publiées par A. Harkavy, du Dikduhé Soferim de Rabbinowitz, etc.; ar- 
ticles lexicologiques, additions à YArukh, les mots étrangers du Talmud ; 
élégie sur un auto-da-fé du Talmud, par Mardochée Juda de Blanes. 

abb Ï1S" 1 'O Consultations rabbiniques et autres recherches rabbiniques 
par Hayyim Palaggi ; 3 e partie- Smyrne, impr. Hayyim Abraham de 
Segora, 5654 (1891). L'ouvrage ayant paru vers mars 1890, il y a une 
faute d'impression dans la date. 

Ï1S" 1 f 9 '01 3"n llîûbn 1îS"< 'O- Troisième partie des Novelles talmudiques 
de l'auteur appelées llttbn ÏIS^ et Novelles sur le apji \*9 appelées "pjr 
ÏIQi. Smyrne, imprimerie Hayyim Abraham de Segora, 5650 (1890), in-8° 
de 171 ff. 
d^boil" 1 Jérusalem, Jahrbuch zur Befôrderung einer wissenschaftlichen 
genauen Kenntniss des jelzigen und des alten Palàstinas, herausgg. 
unter Mitwirkung von Fachmânnern im II. L. und ausserhalb desselben 
von A. M. Luncz ; III. Jahrgang, 5649-1889. Jérusalem, impr. et libr. 
Luncz, 1889; in-8" de (2) -232-8-114 p. 

Les principaux articles sont : Histoire des Juifs dans la Terre- Sainte, 
depuis l'expulsion d'Espagne (suite), par A. -M. Luncz; Sodorne et Go- 
morrhe par M. Friedmanu ; Histoire de la synagogue de Moïse b. Nah- 
man, par Isaac Juda ; Lettre de Jérusalem, de l'année 5340, à R. Abra- 



304 REVUE DES ETUDES JU1VKS 

ham de Pérouse, éditée par David Castelli ; diverses lettres ancienues de 
Safed, publiées par David Kaufmanu. — La partie allemande contient 
principalement : Cullur-historiche Studieu ùber das Heilige Land, par 
G. Schick ; J Qd. Schriften, znr Géographie Paliistinas, par M. Slein- 
schneider ; Neue arch&olog. Entdeckungen in Jérusalem in den letzten 
zwoiJahren, par C. Schick. 

5" , 7û5n lias Anhang zum erslea Bande der Acten und Gutachtcn in dem 
Prozcsse Rohling-contra Bloch. Wien, libr. Breitenstein, 1890;.in-8" de 
23 + 31 p. Hommage à M. le rabbin Blocb publie' par ses ouailles de 
Florisdorf. 

b^Tû" 1 "i^j "S 'o Poésies hébraïques par Israël Costa. Livourne, impr. 
Israël Costa, 5650 (1890) ; in-8° de (i)-110 fi. 

bfini2)i DOjS Biographie juive, par Samuel Joseph Fùnn ; fascicules 7 et 9 ; 
lettre yod. Varsovie, impr. Alex. Gins, 5650 (1890) ; in-8°, pages 401-704. 

û^Tl ab 'O Consultations rabbiniques, par Ilayyim Palaggi, 3 e partie. 
Smyrne, impr. Hayyim Abraham "{"lin (de Segora), 5650 (1890) ; in-4° 
de 130 + 8 ff. 

bNTO" y~\$ "H^ mfàttî by "ItoNfa « Mémoire sur quelques noms géogra- 
phiques de la Palestine, par J. Hale'vy ; 1 er fascicule ; tirage à part de 
l'annuaire Jérusalem [de Luncz], volume III et IV. » Je'rusalem, impr. 
A. M. Luncz, 1890 ; in-8° de 60 p. 

Ce travail de M. Jos. Halévy est une des choses les plus intéressantes 
et les plus instructives qu'on puisse lire. Ne pouvant analyser toute cette 
étude, qui est remplie de faits, nous voulons donner une idée de la partie 
consacrée à Jérusalem. 1. Le nom de Dia^ est ma" 1 , comme si on avait lïl 
1232" 1 , montagne dénudée; — 2. 'j'PiS doit être rapproché du biblique 
fp^ ciyyah, de sorte que le sens est à peu près le même que dans le 
numéro précédent ; — 3. fp*"l"Dû est I e féminin de flTTE, qui vient de la 
racine ; , ■^ , ^ ; le mot est un qualificatif d'un dieu indigène adoré en ce 
lieu; par abus, les Hébreux auront supposé plus tard que le mot venait de 
la racine THJ2, de sorte que le qualificatif devenait injurieux pour le dieu 
indigène; remarquer ÏTT173 "pbtf. Gen., 12, 6; TFVn "^bfc*, Deut., 11, 
30; — k. ùbtfJ Salem, est un synonyme de p-j£ cédek, dieu cananéen ; — 
5. ûbttJTT^ est pour fcbft 3HT (cf. ba^TIT pour b23 21") î ; nous re- 
marquons seulement que, dans ce dernier nom, le premier bêt a pris un 
daguesch), c'est-à-dire le dieu Salem fait retentir ses cris de guerre (ou 
de triomphe; — 6. pT3 Bézek a, dans les racines sémitiques, le sens de 
jaillir; il est donc synonyme de flbttJ, siloéh, la fontaine bien connue de 
Jérusalem. 

Û^SIlt Vw». Voir Klein (Moses). 

"nD'n ^ilTfifa Machsor Vitry nach der Oxforder Handschrift (Cod. n° 1100) 
zum ersten Maie herausgegeben und mit Anroerkungen versehen, von 
S. Hurwilz. Berlin, impr. H. Itzkowski, 1889 ; in-8° de (i)-220 p. Publié 
par la Société' M'kize Nirdamim. 

tP533>UW 'O Recueil sur les minhagim par chapitres classe's alphabétique- 
ment. Varsovie, impr. Holter, 5690 (1890), in-8° de 144 p. 

Û^W "p272 Majan-Gaunim, Commentar zu Job von Rabbi Samuel b. Nissim 
Masnuth, lebte in Aleppo im xn. Jahrhundert ; zum ersten Maie nach 
einer Oxforder Hdschr. herausggb., mit Bermerkungen und einer Einlei- 
tung versehen, von Salomon Buber. Berlin, impr. H. Itzkowski, 1889 ; 
in-8° de xv-135 p. Publié par la Socie'té M'kize Nirdamim. 



BIBLIOGRAPHIE 305 

Ï1DTOÎ1 '0 Hammaschneh, der Mischnah-Lehrcr, zweckmassige Auszùge 
aus der Mischnah als Vorschule fur den Talmud-Unterricht, edirt von 
M. Friedmann. Wien, chez l'auteur, impr. Moritz Knôpflmacher, 1890 ; 
in- 8° de(4)-20p. 

ÏTW '0 /Û^jinn^ Û1J033 Lieber Jeremiae, Tcxtum masorelicum accura- 
tissime expressit, e fontibus Masorse varie illustravit, nolis criticis con- 
firmavit S. Baer ; prœfatus est edendi operis adjutor Fr. Delitsch. Leipzig, 
libr. B. Tauchnitz, 1890 ; in-8° de xu-147 p. 

bfinSJi fi£- Nezah Israël, Gedanken tiber die Verewigung Israels, zugieich 
ein neues intéressantes und hoch wichtiges Project zur Verewigung 
der Juden, d. b. zur Aufbewahrung des Andenkens der Juden aller 
Lânder, von Moses Reines. Cracovie, libr. Jôs. Fischer, 1890 ; in-8" de 
54 p. 

ÛU5T *P ou "pttïl "plO Roman concernant l'histoire générale et l'histoire 
des Juifs en 1669, par le D r Lehmann, de Mayence ; traduit en hébreu 
par A. Zuckermann. Varsovie, sans impr., 1890; in-8° de 208 p. 

"p »"% *p rT^57û fm \ 31" WI'-pB Û3> mnïica "YTO Commentaire de Maïmonide 
sur la mischnah séder Tohorot, publié pour la première fois en arabe et 
accompagne' d'une traduction he'braïque, par J. Derenbourg ; quatrième 
livraison. Berlin, impr. H. Itzkowski, 1889 ; in-8°, p. 79 à 244, traite' de 
Para; p. 1 à 64, traité de Tohorot jusqu'au ch. ix, paragr. 7. 

m^N "«p^D *V7D Traité des Aboth avec commentaire appelé d"9~i3b tî"n b J 
par Mardochée Rubinstein, de Zolkiew. Cracovie, impr. Jos. Fischer, 
1889 ; in-8° de 88 ff. 

*PiXtt )^y 'D Novelles talmudiques sur Gtittin, sur le HilMot guéruschin de 
Maïmonide, sur Hullin, et vingt et une questions talmudiques et divers 
sujets de Beça, par Méir Tauber. Presbourg, impr. Alkalay, 5650 (1890) ; 
in-f° de v-168 + 14 ff. 

bm 3^1^ Rachelis citharœ cantus, sive Tergostina3 matronas Rachelis 
Morpurgo e gente Lausatia carmina epistulse scripta, nunc primum sse- 
cularibus sacris natalis eius e manuscriptis descripsit, commentariisque 
auxit Victorius Castiglioni, addita commentatione de poetrise vitse, de 
mulierum conditione apud Hebrseos , deque legibus melricis quibus 
carmina hebraica ab Italis confecta adstringuntur. Tergestc (Trieste), 
MDCCCXC. Cracovie, impr. Jos. Fischer, 1890 ; in-8° de 118 p. 

nsHlTï yy Kurzgefasste Encyclopâdie aller Wissenschaften mit Ilinblick 
auf deren Gestaltung im Alterthum, respective im biblischen Zeitalter, 
von S. Rubin. Wien, impr. Ad. Alkalay, 1891, in-8° de 80 p. 

ûbttîn ■p b 13> ; D Aruch completum... auctore Nathane filio Jechielis. . ., 
edit Alexander Kohut. Tomus sextus. Vienne, libr. A. Fanto, 1890 ; in-4° 
de (2)-400 p. Contient lettres samekh à pé, jusqu'au mot ûp3» 

"^"iNn "HD 'O Notes sur des sujets de science rabbinique, par Abraham 
Bick; 3 J partie de son livre *iy"\u b~i*. Presbourg, imprim. de l'auteur, 
5650 (1890) ; in-8<> de 59 ff. 

fflab© nbnp Catalog hebrâischer Handschriften von S.-J. Halberstam in 
Bielitz. Wien, impr. A. Fanto, 1890 ; in-8° de 127 p. 

ûbl* ûtiî Schem olam, Philosophisch-kabbalistische Abhandlung und 
Briefe von Rabbi Jonathan Eibenschitz, nach einer einzigen Handschrift 
T. XXI, n° 42. 20 



306 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aus der Bibliothek des Hn. D r Ad. Jellinek, nebst eincr Einleitung von 
D r S. Rubin, als Beitrag zur Geschichte der Eibensckitz' schen Kabbala, 
mit erklàrendcn Anmerkungen herausggb. von Arthur S. Wcissmann. 
Wien, impr. Adolf Alkalay, de Prcsbourg, 1891 (paru juin 1890); in-8° 
de 112 p. 

02Î3^73 D'PaNS ïl"M2 •• , m ta lb"in ïlbfc* Fabius Mieses, eine biograpbische 
Skizzc von Israël Gùnzig ; Separatabdruck aus dem Jabrbuche « Magazin 
fur bebr. Literatur u. Wissenscbaft », edirt von Eisig Grâber. Cracovie, 
impr. Jos. Fischer, 1890 ; in-8° de 54 p. 

n"nr^to- *TO "^b Nnsoinn Tosifta juxta Mischnarum ordinem recompo- 
sita et commentario instructa, auctore Adolpho Schwarz. Pars I, ordo 
Seraïm. Vilna, impr. Romm, 1890 ; in-8° de xxvi-430-(l) p. 

Nnp"W Nnsoin 'o Uralte Tosefta's (Borajla's), Sammlung von uralten 
(noch unedirten) Borajta's aus den 2-5 Jahrhundert, oder 5. Abtheilung, 
enthalt Nidda Borajta in 7 Recensionen ; die Geburt des Hohenpriesters 
R. Ismael b. Elisa in 5 (9) Recensionen; die Beerdigung des Gelehrten 
und des Zôllners in 6 Recensionen ; das weise Kind sethiopischer Eltern 
in 3 Recensionen; Agada aus Pirke R. Elieser ; Commentare eines Gaons 
zu den Mischnajot Traktat Kelim, Cap. I, Mischna 1-4, und Tractât Para 
Cap. VIII ; Gulachten des R. Moses Maïmonides, etc., zum ersten Maie 
nach seltenen Hdss. mit Paralellstellen, Varianten und kritischen und 
erklârenden AnmerkuDgen hrsgg. von Chaim M. Horowitz. Francfort-s.- 
Main, impr. Jos. Fischer, de Cracovie, 1890; in-8° de xn-88 p. 

Ù^1253 "1^0 NriDDin « La Tosephta, livraison Naschim, avec le commentaire 
Reschek-Schlomoh, tirée d'un grand nombre d'œuvres et manuscrits, 
corrigée, nouvellement classée, complètement simplifiée et expliquée 
avec l'aide des sources talmudique et littéraire par Lev Friedlaender. » 
Presbourg, impr. Ad. Alkalay, 5650 (1890) ; in-8° de 17 + 248 p. 

'K p^iÎD ,fi«n£33 823 ,ibaa Tlttbn Talmud BabhaM'zia, I. Abschnitt, mit 
Gommentar R. Sch. I. [c'est-à-dire Raschi] zum Unterrichts- Gebrauche, 
edirt von M. Friedmann. Wien, impr. Moritz Knôpflmacher, 1890 ; in-8° 
de (n)-51 p. 



2. Ouvrages en langues modernes. 

Acten und Gutachten in dem Prozesse Rohling contra Bloch. Erster Band. 
Wien, libr. M. Breitenstein, 1890; in-8° de 393 p. 

ALBERs(Emanuel). Die Quellenberichte in Josua I-XII ; Beitrag zur Quel- 
lenkritik des Hexateuchs. Bonn, libr. Otto Paul, 1891 ; in-8° de 150 p. 

Annuaire des Archives israélites pour Fan du monde 5651 ; 7 e anne'e, par 
H. Prague. Paris, au bureau des Archives isr. ; in-12 de 116 p. 

Contient, entre autres, une étude de M. L. Lazard sur Ménessier de 
Vesou, avec renvoi à plusieurs documents inédits, et une étude de 
M. Léon Kahn sur feu l'avocat israélite Michel Hemerdinger, né à Col- 
mar en 1809. 

Baudissin (Comte Wolf Wilhelm) . Die Geschichte des alttestamentlichen 
Priesterthums. Leipzig, libr. S» Hirzel, 1889 ; in-8° de xv-312p. 



BIBLIOGRAPHIE 307 

Blogh (Moscs). Das mosaisch-talmudische Erbreclit. Budapest, imp. Athe- 
nœum, 1890 ; in-8° de vni-70 p. Dans Jahresbericht der Landes-Rabbi- 
nerschule, de Budapest, année scolaire 1889-90. , 

Brinton (G. -Daniel). The cradle of the Sémites ; IL A Reply by Morris 
Jaslrow. Philadelphie, sans impr., 1890; in-8° de 26 p. 

Budde (Karl). Die Bûcher Richter und Samuel, ihre Quelleu und ihr Auf- 
bau. Giesscn, imp. G. Rickert, 1890 ; in-8° de vn-276 p, 

Buhl (Frants). Kanon und Text des alten Testaments. Leipzig, libr. W. Fa- 
ber, 1891; in- 8° de 262 p. 

Cammeo (Giuseppe). La comunione israelitica di Napoli dal 1830 al 1890, 
cenni storici. Naples, lib. A. Bellisario, imp. De Angelis, 1890 ; in-8° de 
38 p. 

Cingoli (Isacco-Giuseppe). Û51^ n*!l5 'O II sacerdozio dell' Umanità, 
operetta didattica. Livourne, imp. I. Costa, 1890, in-8° de 37 p. 

Cohn (Heinrich Meyer). Die Juden im heutigen England. Berlin, imp. R. 
Mosse, 1890; in-8° de 21 p. 

Corssen (Peter). Die Altercatio Simonis ludsei et Theophili Christiani auf 
ihre Quellen geprûft. Berlin, lib. Weidmann, 1890, in-4° de 34 p. 

Dalman (Gustaf H.). Studien zur biblischen Théologie. Der Gottesname 
Adonaj und seine Geschichte. Berlin, libr. H. Reuther, 1889 ; in-8° de 
91 p. 

Dalman (Gustaf IL). Jesaja 53, das Prophetenwort vom Sùhnleider des Heils- 
mittlers, mit besonderer Berùcksichtigung der synagogalen Litteratur. 
Leipzig, lib. W. Faber, 1890 ; in-8° de 55 p. N° 25 des publications de 
l'institutum Judaicum de Leipzig. 

David Gans' chronikartige Weltgeschichte unter dem Titel Zemach 
David... in's Deutsche ùbertragen u. mit Anmerkungen versehen, von 
Gutmann Klemperer. IL Heft, Prague, lib. D r Grùnwald, 1890 ; in-8°, 
p. 67 à 96. 

Delitzsgh (Franz). Messiauische Weissagungen in geschichtlicher Folge. 
Leipzig, libr. W. Faber, 1890; in-8° de vn-160 p. 

Duesterwald (Franz). Die Weltreiche und das Goltesreich nach den 
Weissagungen des Propheten Daniel. Fribourg en Brisgau, libr. Herder, 
1890, in-8° de viii-194 p. 

Eisler (Léopold).Beitrâge zur rabbinischen Sprache und Alterthumskunde ; 
VI. Theil. Wien, libr. Ch. D. Lippe, 1890 ; in-8° de 164 p. Recueil d'ar- 
ticles parus dans le Monatschrift de Grsetz, de 1872 à 1882. 

Euringer (Sébastian). Der Masoralext des Koheleth kritisch untersucht. 
Leipzig, lib. J.-C. Hinrichsen, 1890 ; in-8° de vin-136 + 48 p. 

Fuerst (Julius). Glossarium grœco-hebrreum oder der griechische Wôrter- 
schatz der jùdische Midraschwerke, ein Beitrag zur Kultur- und Alter- 
thumskunde. Erste Lieferung. Strasbourg, libr. J. Trùbner, 1890, in-8° de 
48 p. allant jusqu'au mot *p2")piN. 

L'auteur nous envoie les rectifications suivantes : 1° Parmi les œuvres 
de Josèphe, contrairement à ce qu'il a dit dans l'introduction, c'est seule- 
ment la Guerre des Juifs qui fut aussi écrite en hébreu; 2° Parmi les 
Livres des Macchabées, c'est seulement le premier qui fut écrit en hébreu; 



308 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3° l'auteur ajou'.cra des additions et rectifications sur les passages 1T 

'ai oibpaiK wbo imnn» sur tra^irt p ■pabipbNb (d'après 

"Jastrow), sur ';, ^Vn NpTH "itfb ; 4° l'auteur efface le mut p"»m de la 
série des mois étrangers ; 5° sur le passage de Sifré flpbn U"0 *D !~î"l 
\\tfo pP"in7J, l'auteur a ajouté que dans, les mots bï3173 5TÏHD 1)2012 
ÎT513Ï3 id^D n?3 m12)73| le mot ^SJl signifie ici baiser : r\120 172bl2 

np^'w3 rim». 

Gelbhaus (S.)- Mittelhochdeutschc Diclilung in ihrer Beziehung zur 
biblisch-rabbinischen Literatur ; I. Heft : Freidank's Bescheidenbeit. 
Francfort s/M., libr. J. Kauffmann, 1889; in-8° de 62 p. — II. Heft : Die 
Gcdicble Walthcrs von der Vogelweide ; ibid., ibid. t 1889, in-8° de 40 p. 
— III. Heft : Ueber dcn Parcival Wolframs von Eschembach ; ibid., 
Mtô.,1890; in-8° de 33 p. 

Giesebrecht (Friederich). Beitrâge zur Jesaiakritik, ncbst einer Studie 
ùber prophetische Scbriftstellerei. Goettingue, libr. Vandenhoegh et Ru- 
precht, 1890; in-8° de iv-220 p. 

Glaser (Eduard). Skizze der Gescbiclile und Geograpbie Arabiens, von den 
altesten Zeilen bis zum Propbeten Mobammed, nebst eincm Anhange zur 
Beleucblung der Gescbicbte Abessyniens im 3. und 4. Jabrbundert 
n. Cbr., auf Grund der Inschriflen, der Angaben der alten Arabern 
und der Bibel. Zweiter Band. Berlin, libr. Widmann, 1890, in-8° de 
575 p. 

Le premier volume n'a pas encore paru. Les chap. xxiv et suiv. du se- 
cond volume sont consacrés à la géographie et à l'ethnographie de la 
Bible. 

Goitein (IL). Der Optimisnius und Pessimismus in der jùd. Religionsphi- 
losopbie, eine Studie ùber die Bebandlung der Tbeodicee in derselben bis 
auf Maimonides. Berlin, Mayer et Mùller, 1890 ; in-8' de 111 p. 

Passe en revue, sur la question, la Bible, puis Saadia, Joseph ibn 
Çaddik, Juda Halévi, Abr. ibn Daud, Maïmonide. Très bon ouvrage de 
début, bonne exposition, connaissances sérieuses de la philosophie et de 
la littérature scientifique. 

Gr^etz (H.). Gescbicbte der Juden . . . Acbter Band, dritte verbesserte und 
stark vermebrte Auflage. Leipzig, libr. Oskar Leiner, 1890 ; in-8° de 
507 p. Ce volume va de la fin de la peste noire jusqu'à l'expulsion des 
Juifs d'Espagne. 

Grill (Julius). Zur Kritik der Composition des Bucbes Hiob. Tubingue, 
libr. Fues, 1890, in-4° de 80 p. Joint à la Einladung zur akad. Feier S. 
M. des Kônigs Karl von Wùrttemberg auf den 6. Mârz 1890. 

Gruenwald (M). Ueber den Einfluss der Psalmen auf die Entstebung der 
katbolischen Liturgie, mit sleter Rùcksicbtnabme auf die talmudiscbe- 
midrascbiche Literatur. Francfort s/M., lib. J. Kaufmann, 1890, in-8° de 
36 p. Extrait de la Monalsschrift de A. Weissmann. 

Guedemann (M.). Nàcbstenliebe, ein Beitrag zur Erklârung des Mattbâus 
Evangeliums. Wien. libr. R. Lôwit, 1890, in-8° de 48 p. 

Harkavy (A.). Un fragment be'breu de papyrus en la possession de B. C. 
Goleniscbefï; in-8° de 6 p., plus une planche; en russe. 

Iliowizi (Henri). Jewisb Dreams and Realities conlrasted witb Islamitic 
and Christian claims. Philadelphie, sans imp. ; 1890, in-8° de 279 p. 



BIBLIOGRAPHIE 309 

Ivoy (Paul d'). Les Juifs à travers les âges, grand roman historique inédit, 
illustre par Ad. Valiquet. Paris, P. Boyer (1890) ; in-4°. Publié par li- 
vraisons à 10 cent. lia paru (fin juin 1890) 3 ou 4 livr. 

Jahrbùcher fur jùdische Geschichte und Literatur, herausggb. von D r N. 
Brùll ; X. Jabrgang. Franfort-s-/M. libr. Reilz et Kœhler, 1890 : in 8° de 
181 p. Tout le fascicule est consacré à une étude, qui est très intéres- 
sante, sur les cxiiarques babyloniens sous les Arsacides et les Sassa- 
nides, par Félix Lazarus. 

Jahuda. Bonsenyor. Libro de Paraules e dits de savis e filosofs, Los Pro- 
verbis de Salomo, Lo libre de Cato, ara fets estampar complets per pri- 
mera vegada ab un prolech y documents per en Gabriel Llabrès y Quin- 
tana. Palma de Majorque, impr. Joan Colomar y Salas, 1889 ; in-8° de 
xxiv-158 p. 

Jubelschrift zum siebzigsten Geburtstag des D r Israël Hildesheimer, Rab- 
biner und Rector des Rabbiner-Seminars zu Berlin. Gewidmet von Freun- 
den und Schùlern. Berlin, H. Engel, 18Ô0 ; in-8° de 167 p. de texte alle- 
mand et 111 p. de texte hébreu. La partie hébraïque a pour litre 1Ï3 

rrrab. 

Contient les articles suivants : Die jùdischen Gegner der Heimkehr 
und des Tempelbaues unter Cyrus, par W. Feilchenfeld ; Einiges uber die 
Tekanot dez R. Gercohom b. Jehuda, par F. Rosenthal; Ein eherecht- 
liches Gutachten, par M. Horowitz; Die Constituten der Sammtlichen 
hessiscben Judenschaft im Jabre 1G90, par L. Munk ; Ueber eine Mecbilta 
zu Deuteronomium, par D. Hoirmann; Die Zahlensymbolik des Abraham 
ibu Ezra, par M. Olitzki ; Maimuni's Commentar zum Tractât Abot, par 
M. E. Baneth : Jùdische und jùd.-deutsche Lieder, par L. Lôwenstein; 
Das passive Qal u. seine Parlicipien, par J. Barlh ; Aus schwercn 
Zeiten, par A. Berliner. — La partie hébraïque contient : le texte hé- 
breu des articles de M. Hoffmann, de M. Munk et de M. Berliner ; un 
article sur Keriat-Schema^av M. Lerner ; des notes sur le Talmud de Jé- 
rusalem, par S. Hurwitz ; un homéiie du Rosch, par S. Halberstam ; le 
commentaire de la Mischna de Rosch-Haschana par Maïmonide, texte et 
trad. hébr. par M. Friedlsender. 

Nous nous sommes amusé à vérifier les dates des inscriptions tumu- 
laires publiées par M. Berliner, p. 104-109 des textes hébreux. Elles sont 
presque toutes correctes. Voici cependant quelques observations : n° 2, le 
19 tébet 5471 tombe au samedi, non au dimanche ; n° 3, le 25 tébet 5490 
tombe au samedi; n° 6, le 11 sebat 5497 tombe au dimanche; n° 'i0, le 
12 kislev 5485 tombe au mardi, non au mercredi ; n° 18, le 9 sebat 5480 
tombe au vendredi, non au lundi; lire probablement ï"î au lieu de t2 V 0UT 
la date mensuelle ; n° 19, le 27 ab est la semaine de Reéh, non de Ekeb, 
qui se lit, en 5487, le 22 ab; n° 25, le 8 adar 5488 tombe au mercredi, non 
au mardi ; n° 20, la parascha de Jethro est pour la date de la mort (20 se- 
bat), non celle de l'enterrement; n u 30, le 5 adar II 5491 tombe au di- 
manche ; lire probablement n au lieu de Ti pour la date mensuelle, ce qui 
donne mercredi (non jeudi), mais on a vu que ces petites erreurs d'un jour 
sont fréquentes dans ces inscriptions. 

Kaiin (Salomon). Les écoles juives et la Faculté de médecine de Montpel- 
lier. Montpellier, imp. G. Firmin et Moutanc, 1S90 ; in-8° de 14 p. 

Kàufmann (David). Franz Delitzsch, ein Palmblatt aus Juda auf sein 
frisches Grab. Berlin, libr. de la Jûd. Presse, 1890 ; in-8° de 22 p. 

Klein (Moses). Migdal Zophim (The walch Tower), the Jewish Problem and 
agriculture as its solution. With numerous illustrations. Philadelphie, 



310 REVUE DES ETUDES JUIVES 

chez l'auteur, 1889 ; in-8° de v-88 p., suivi d'un texte hébreu de 21 -j- 6 
p. intitule û^sis blSE. 

Klotz (Moritz). Dor lalirmdische ïractat Ebel Rabbathi oder S'machoth 
nach Handschriften und Parallelstellen bearbeitet, ùbersetzt und mit 
crlautcrnden Anmerkungen versehen ; Heff I. Berlin, impr. Itzkowski, 
1890 ; in-8° de 79 p. Contient le 1 er chapitre du traité. 

Lambert (Mayer). Éléments de grammaire hébraïque. Paris, lib. Durla- 
cher, 1890 ; in-8° de 147-(3) p. 

Lang (John-Marshall). Gideon and the Judges, a study practical and histo- 
rical. Londres, James Nisbet, s. d. (1890); in-8° de xn-201 p. Collection 
The Mon of the Bible. 

Lévi (Victor). Ù^'HNtoïl D^lftîl tDûïl o la aguada de la sota, romance in- 
teresante. [Constantinople], imprimerie du Telegraph, 5649-1889 ; in-8° 
de 64 p. En judéo-espagnol, caractères hébreux ; le titre ci-dessus est 
tout entier en caractères hébreux. 

Lewin (Adolf.), Juden in Freiburg i. B. Trêves, imp. et libr. frères Maas, 
1890; in-8 ù de 110 p. 

Lods (Adolphe). L'Ecclésiaste et la philosophie grecque, thèse pre'sente'e à 
la Faculté de théologie protestante de Paris. Paris, imp. Henri Jouve, 
1890 ; in-8° de 73 p. 

Loeb (Isidore). Le Juif de l'histoire et le Juif de la légende. Paris, libr. 
Léopold Cerf. 1890 ; in- 18 de 54 p. Réimpression des Actes et Confé- 
rences de la Revue des Etudes juives, avec additions. 

Loew (Leopold). Gesammelte Schriften, herausgg, von Immanuel Loew ; 
II. Band. Szegedin, libr. Alexander Bara, 1890 ; in-8° de 479 p., avec un 
portrait de l'auteur en photogravure. 

Les principaux articles contenus dans ce volume sont : L'histoire de la 
cabbale moderne ; Passé et présent des Hassidim ; La mantique du Talmud ; 
L'astrologie chez les Juifs ; Le rabbinat général de Moravie depuis cent 
ans; Aron Chorin ; Michael Sachs; Noah Mannheimer ; S. D. Luzzatto ; 
Salomon Munk. 

Luzzatto (Samuel David). Epistolario italiano francese latino, pubblicato 
da suoi figli. Padoue, impr. des frères Salmin, 1890 ; 2 vol. in-8° de 
xxiv-1072 p. 

Mahler (Eduard). Bibel und Talmud im Dienste der Wissenschaft, Vortrag 
gehalten in der Oesterr.-Isr. Union am 8. Mârz 1890. Séparât Abdruck 
aus n° 10 der Mittheilungen der Oesterr.-Isr. Union ; in-8° de 14 p. 

Margus (Ahron). Hartmann's inductive Philosophie im Chassidismus ; 2, 
Heft, Cracovie, impr. Jos. Fischer, 1890 ; in-8° de p. 41 à 146. 

Maybaum (S.). Jùdische Homiletik nebsL einer Auswahl von Texten und 
Themen. Berlin, libr. Ferd. Dùmmler, 1890 ; in-8° de vm-385 p. 

Messio (A.). Le poème des Psaumes. Amiens, impr, et libr. générales, 
1890; in-4 e de 267 p. 

Contient une traduction très agréable des Psaumes en vers français, 
d'après le texte de la Vulgate, et une étude d'après laquelle tous les 
Psaumes sont placés, chronologiquement, et avec la précision la plus 
étonnante, dans le règne de David. Exemples : Ps. 1, chanté à Sion le 
l 8r elul, à la fête natale du roi, dans la 9 e année du règne; Ps. 2, chanté 



BIBLIOGRAPHIE 311 

au temple, à la première des deux veilles pascales, an 10 ; Ps. 3, seconde 
veille pascale, an 10 ; Ps. 4, lendemain de Pâque, oblation de la gerbe, 
an 10; Ps. 5, au départ pour Gath, après la cérémonie des Trompettes, 
an 10 ; Ps. 6, fête des Expiations, an 10 ; etc. — Pour l'an 11, on a Ps. 9, 
14 nisan ; Ps. 10, lendemain de Pâque ; Ps. 11, octave de Pentecôte; 
Ps. 12, solennité des Trompettes ; Ps. 13, lancement du bouc maudit ; 
Ps. 14, fête de la Dédicace ; Ps. 15, sans doute à l'octave de cette fête. — 
De même, il y a des Psaumes pour les ans 12 et 13; puis, après une la- 
cune de 11 ans, on arrive à l'an 24, avec le Ps. 21 ; chanté à la fête des 
expiations, après la guerre contre Absalon. Il e9t impossible de ne pas être 
touché des sentiments pieux de l'auteur envers ce texte si émouvant des 
Psaumes. Son effort pour les appliquer tous, avec une exactitude si re- 
marquable, à la vie de David, lui a sûrement donné des satisfactions vives 
et parfaitement méritées. Il y a, dans ces identifications charmantes, beau- 
coup de poésie, de joie et de bonheur. 

Mm y Noguera (P. Juan). La creacion segun que se contiene en el pri- 
mer capitule» del Genesis. Madrid, libr. catholique de Gregorio del Amo, 
1890; in-8° de xvm-1074-(l) p. 

Mittheilungen der Oesterreickischen Israelitischen Union ; voir plus haut, 
Eduard Mahler. 

Mlgoch (Melchior). Psalterium seu liber Psalmorum iuxta Vulgatam lati- 
nam et versionem textus originalis hebraici cum notis introductionalibus 
et cum arguments exegeticis quibus harmonia utriusque versionis de- 
monstratur. Olmùtz, libr. Ed. Hôltzel, 1890 ; in-8° de 517-vn p. 

Modona (Leonello). Degli incunaboli e di alcune edizioni ebraiche rare o 
pregevoli nella Bibliotheca délia R. Universilà di Bologna. Brescia, imp. 
F. Apollonio, 1890 ; in-8° de 15 p. Extrait du Bibliofilo, n os 7, 8-9, de 
1890. 

[Montefiore] . Diaries of sir Moses and Lady Montefiore, comprising their 
life and work as recorded in their Diaries from 1812 ten 1883, with the 
addresses and speeches of sir Moses ; bis correspondence with Ministers, 
Ambassadors and Représentatives of public Bodies; personal narration 
of bis Missions in the cause of Humanity, Firmans and edicts of Eastern 
Monarchs ; bis opinions on financial, political, and religious subjects, 
and anecdotes and incidents referring to men of bis time, as related by 
himself, edited by D r . L. Loewe, in two volumes with illustrations. 
Londres, libr. Griffith Farran Okeden et Welscb, 1890, in-8° de xn- 
389 + x-363 p. " 

Morais (Sabato). The Jew in Italy. — Dans Proceedings of the second 

Biennal Convention of the Jewisb Tbeological Seminary Association ; 

New-York, 1890; in-8°. 
Moses (Adolph). Nadab und Abihu oder der Untergang der Sauliden 

und des grôssten Theils des Stammes Benjamin. Berlin, libr. Mayer et 

Mùller, 1890 ; in-8° de 39 p. 

MossÉ (Benjamin). La Révolution française et le rabbinat français, dis- 
cours des rabbins de France prononcés lors de la céle'bration du cente- 
naire et précédés du discours de M. le Président de la République fran- 
çaise. Paris, libr. A. Durlacber, 1890 ; in-8° de 283 p. 

Neubauer (Ad.). The Autorship and the Titles of the Psalms according to 
early Jewish authorities. — Tirage à part des Studia Biblica, Oxford, 
1890, in-8° de 58 p. 



12 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Les principales autorités citées, après les targoumim et les Midraschim, 
sont : Saadia, Salomon b. Ieroham, Iéfct b. Ali, Abrah. ibn. Ezra, David 
Kimbi, Tanbum b. Iosef, Salomon Méiri, de Perpignan. Ce ne sont pas, 
bien entendu, les seuls auteurs utilisés par M. Neubauer. 

Neubauer (Ad.). Notes on thc Jews in Oxford ; in-8° allant de p. 277 
à p. 316; tiré d'un volume intitulé Collectanea, t. II, publié par la 
Société d'histoire d'Oxford; Oxford, 1890. 

Palazuelos (El Vizconde de). Toledo, guia artistica-practica ; version 
francesa de Mr. Charles Docteur; dibujos a pluma de S. Azpiazu ; foto- 
grabados de Laurent ; piano topografico. Tolède, impr. et libr. de Menor 
frères, 1870; in-8° de xx-1195 p. 

Contient, p. 580 et 593,1a description de l'église du Transito et de Sainte- 
Marie-la- Blanche, qui sont d'anciennes synagogues ; p. 593, vue extérieure 
de Sainte-Marie-la-Blanche ; p. 595, inscription latine à l'entrée de cette 
dernière église et rappelant l'histoire du monument jusqu'en 1798; p. 584, 
dessin d'une fenêtre ancienne de l'église du Transito. 

Papus (pseudonyme ?). Le Sepher Jesirah, les 50 portes de l'intelligence, 
les 32 voies de la sagesse. Extrait du n° 7 du Lotus. Tours, imp. É. Ar- 
rault, 1887, in -8° de 20 p., avec une planche hors texte. La couverture 
porte les mots : Publications de l'Isis, branche française de la Société 
française; Papus, les classiques de la Kabbale. Le Sepher Jesirah. .. , 
traduction inédile ; Paris, libr. G. Carre', 1888. 

Philippson (Ludwig). Die Rhetorik und jùdische Homiletik, in Briefen und 
Abhandlungen. Nach dem Tode des Verfassers herausgegeben von 
M. Kayserliug. Leipzig, libr. Grieben, 1890; in-8 c de iv-118 p. 

Der ethische Tractât der Mischnah Pirlie Aboth, d. i. die Sprùche der 
Viiter, ùbersetzt von Samuel Krisleller. Berlin, libr. Speyer et Peters, 
1890; in-8°de vni-87 p. 

[Rapoport]. Das Centenarium S. J. L. Rapoport's, geboren zu Lemberg 
am 1. Juni 1790, gestorben zu Prag am 16. October 1867 ; Festgabe der 
Oesterreichischen Wochenschrift ; redigirt von Prof. D r David Kauf- 
mann ; herausggb. vom Reichstagabgeordneten D r Bloch ; supplément du 
n° 21 de la Oesterr. -Wochenschrift, anne'e 1890, in-4° allant de p. 387 
à p. 418. 

Contient les articles suivants : Pour le centenaire de S. J. L. Rapo- 
port, par David Kaufmann ; la famille Rapoport, par M. Brann ; D'un 
contemporain de R., par Léopold Dukes ; Souvenirs de R., par David 
Rosin ; Election de R. à Prague et Salomon Rosenthal, par Alexandre Bu- 
chler; R. et sa bibliothèque, par Nathan Grùn ; Liste des ouvrages et écrits 
de R., par S.-J. Halberstam. 

Renan (Ernest). Histoire du peuple d'Israël ; tome troisième. Paris, libr. 
Calmann-Lévy, 1891 ; in 8° de vn-527 p. 

Rodoganachi (E.). Monographie du ghetto de Rome, lecture faite à l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres le 11 avril 1890. Amiens, imp. 
Delattre-Lenoel, 1890 ; in-4° de 22 p. 

Au moyen âge le quartier des Juifs de Rome n'a pas été dans le Trans- 
tevère, comme on le suppose généralement, mais sur l'emplacement dont 
Paul IV a fait le ghetto. 

Rodoganachi (E.). Le carnaval à Rome au xv e et au xvi c siècle. Lecture 
faite à la séance publique annuelle de la Société des Études historiques 



BIBLIOGRAPHIE 313 

du 30 avril 1890. Amiens, imp. Delattre-Lenoel, 1890; in-4° do 17 p. 
. Nombreux passages sur les Juifs à Rome. 

Rosenthal (Ludwig A.). Ueber den Zusammenhang der Mischna, ein 
Beitrag zu ihrer Entstehungs-geschichte ; Erster Theil : Dio Saddu- 
zaerkâmpfe und die Mischnasammlungen vor dem Auftreten Hillels. 
Strasbourg, libr. Karl J. Trùbner, 1890 ; in- 8° de 94 p. 

[Saadia]. Versions d'Isaïe de Saadia, par J. Derenbourg; in-8° de 148 p. 

Texte de la version de Saadia, avec avant-propos et notes de M. J. De- 
renbourg. Tirage à part de la Zeitschrift f. d. aktestamentliche Wissen- 
schaft, de Stade, 9 e année 1889, et 10° année 1890. 

Schaible (Karl Heinricb). Die Juden in England vom acbten Jabrbundert 
bis zur Gegenwart, ein kulturhistoriscbes Bild. Garlsrube, impr. et libr. 
G. Braun, 1890, in-8° de ix-133 p. Exposé intéressant. 

Schechter (S.). The Riddles of Solomon in rabbinic Literature ; dans le 
Folk-Lore, vol. 1, n° 3, sept. 1890 ; in-8°, p. 349 à 358. 

Schoenwald (Alfred). Das goldene Buch des Judenthums, Biograpbisches 
Lexicon berùbmter Manner und Frauen in Wort und Bild ; I. Lieferung, 
Wien, chez l'auteur, 1890 ; in-8° de 24 p. plus une planche. 

Schtjerer (Emil). Geschichte des jûdischen Volkes im Zeitalter Jesu 

Christi ; zweite neubearbeitete Auflage ; erster Theil, zweite Hâlfte. 

Leipzig, libr. J. C. Hinrichs, 1890; in-8°, allant de p. 257 à p. 751, 
plus titre, préface et table des matières, vu p. 

Spiegler (Julius S.) Geschichte der Philosophie des Judenthums, nach 
den neuesten Forschungen dargestellt. Leipzig, libr. Wilh. Friedrich, 
[1890]; in-8° de xm-369 p. 

Cet ouvrage est divisé en qualre parties : 1 r0 partie, le monothéisme ; 
2 e partie, l'antiquité (la philosophie grecque, la Septante, Aristobule, Ben 
Sira, Philon, la Cabbale, le Zohar) ; 3 e partie, le moyen âge (le Talmud, 
le9 Caraïtes, Saadia, Hasdaï ibn Schaprut, Salomon ibn Gabirol, Maï- 
monide, etc.) ; 4° partie, les temps modernes (Spinoza, Mendelssohn, 
Salomon Maïmon). Le tout sans aucune critique et sans recherches nou- 
velles. 

Steinitz (Clara). Im Priesterhause ; Original-Erzàhlung. Berlin, S. Gers- 
tmann, 1890; in-8° de 100 p. Dédié à M. le grand-rabbin Zadoc Kahn. 

Steinthal (H.). Zu Bibel und Religionsphilosophie. Vortrâge und 
Abhandlungen. Berlin, impr. et libr. Georg Reimer, 1890; in-8° de 

(2)-237p. 

Stragk (Hermann L.). Hebrâische Grammatik, dritte, neu bearbeitele 
Auflage. Berlin, libr. H. Reuther, 1890; in-8° de xvm-158 + 112p. 
Dans la collection Porta linguarum orienlalium, de Petermann. 

Straus (Oscar S.). Les origines de la forme républicaine du gouverne- 
ment dans les Etats-Unis d'Amérique ; traduit sur la 3 e édition, révisée 
par M me Auguste Couvreur. Paris, libr. Fe'lix Alcan, 1890. Attribue à la 
Bible une grande influence sur la Constitution des Etats-Unis. 

Jùdischer Volks- und Haus-Kalender (frûher Liebermann) fur des Jahr 1891 
(5651), mit einem Jahrbuch fur Belehrung und Unterhaltung, herausgg. 
von M. Brann. Breslau, imp. et libr. Th. Schatzky (1890). 



314 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ce Jahrbuch (33° année) contient : 1. Brann, Das Geschlecht der Jungen 
Raben; zu S.-L. Rapoport 100. Geburtstag ; 2. Brann, Abraham Muhr, ein 
Lebeusbild (Die oberschles. Juden vor 100 Jahren ; Abr. Muhrs Jugend). 

Wkil (I.). La caractéristique d'Israël. Paris, libr. Durlacber, 1890; 
iu-8°de 62 p. 

Weill (Alexandre). Les cinq livres (mosaïstes) de Moïse, traduits textuel- 
lement do l'hébreu avec commentaires et étymologies. Premier livre, 
la Genèse, avec élimination des textes interpolés, preuves à l'appui, de 
la religion miraculée et idolâtrée du second temple, textes qu'Esra et la 
Grande-Synagogue ont frauduleusement mis dans la bouche de Moïse. 
Paris, libr. Sauvailre, imp. A. Reiff, et chez l'auteur, 1890; in-8° de 
xv 1-224 p. 

Weisslovits (Nathan). Prinz und Derwisch, ein indischer Roman enthal- 
tend die Jugendgeschichte Buddha's in hebr. Darstellung aus dem Mit- 
telalter [TÏ5ï"n ^bftïl *p], nebst einer Vergleichung der arabischen 
und griechischen Paralleltexte ; mit einem Anhang von Fritz Hommel. 
Munich, Theod. Ackermann, 1890; in-8° de 1*78 p. 

3. Notes et extraits divers. 

=: Notre cher collègue M. Salomon Reinach a obtenu un premier prix de 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour son catalogue du 
musée de Saint-Germain. Une mention a également été accordée, par la 
même Académie, à M. Ulysse Robert pour son étude sur les Signes 
d'infamie, dont la plus grande partie a paru dans la Revue. — M. le 
D r Kayserling, de Budapest, a été nommé membre correspondant de 
l'Académie royale d'histoire de Madrid. 

= M. Adolphe Neubauer et M. Isidore Loeb ont été nommés membres 
honoraires de l'Académie royale d'histoire, à Madrid. M. Isid. Loeb était 
auparavant membre correspondant de cette Académie. 

= M. le D r Ludwig Geiger a tiré les notes suivantes de divers imprimés 
de sa bibliothèque. — 1. Dans Custine's Zeugenverhôr (Gœttingue, 1794), 
il y a quelques renseignements sur la part prise par les Juifs dans l'adju- 
dication des fournitures militaires à Mayence. — 2. Dans Das Mainzer 
rothe Bucli oder Verzeichniss aller Mitglieder des Jakobiner- clubs in Mainz, 
4193, figurent trois Juifs, Baer, Maas (Nachen) et Seligmann. Maas 
paraît avoir joué un certain rôle dans la révolution à Mayence ; il figure 
comme personnage muet dans : Die Patrioten in Deutschland oder der 
Teufel ist los, eine komisch-tragische Farce aufgefuhrt auf dem Mainzer 
Nationaltheater; Mainz, im %. Jahre der RepubWk (Allgem Ztg. d. Judenth., 
1890, n° 28, p. 2-3 de la couverture). 

= Il existe en Allemagne (à Stuttgart) un naturaliste, du nom de Gustav 
Jaeger, qui a construit toute une théorie sur les odeurs qu'exhalent les 
hommes et qu'il différencie suivant l'âge, le sexe, les races, les émotions 
par lesquelles on passe. Il a exposé ses idées dans un ouvrage intitulé 
Entdeckung der Seele (Découverte de l'âme). M. Jaeger prétend que 
chaque race a son odeur et qu'il lui serait facile, entre autres, de décou- 
vrir à l'odeur un Juif ou même un indo-germain qui aurait du sang juif. 
Il est vrai que M. Jaeger ne paraît avoir fait aucune expérience sur ce 
sujet et qu'il semble en vouloir beaucoup aux Juifs, qui, à ce qu'il pré- 



BIBLIOGRAPHIE 315 

tend, auraient fait obstacle à la propagation de ses the'ories. Nous en par- 
lons ici à cause de ce passage de son livre (l or vol., édit. 1884, p. 246) 
concernant le pape Pie IX. Un certain D r M., qui est le correspondant 
ordinaire de M. Jaeger dans les passages antisëmitiques et qui a là- 
dessus des révélations incroyables (p. 248), prétend qu'en 1847, à Rome, 
quand il baisa la pantoufle de Pie IX, il reconnut le premier à l'odeur 
que le pape e'iait d'origine juive ; le cardinal Consalvi aurait dit depuis 
longtemps (mais sans que M. M. le sût) : e un ebreo ; et enfin le pape 
aurait confirmé le fait en 1861 devant les frères Cahn, de Lyon ^existe- 
t-il des frères Cahn, de Lyon, qui auraient vu Pie IX ou qui se seraient 
fait baptiser?). 

= Notre collaborateur M. Rubens Duval vient de publier le second fasci- 
cule de son Lexicon syriacum auctore Hassano bar Bahlule, col. 349 à 
780; Paris, Impr. Nation., 1890; in-4\ 

: Le rapport annuel fait à la Société asiatique, le 26 juin 1890, par 
M. James Darmesteter, a paru en novembre 1890 ; in-8° de 166 p. Nous 
remercions M. D. de l'attention accordée aux travaux publie's dans cette 
Revue. 

- Article encore inachevé de M. Flaminio Servi, intitulé Dante e gli 
Ebrei, dans l'Instruzione, de Rome, n os du 1 er mars et du 1 er avril 1890, 
p. 228-230 et 250-253. 

= Notes prises dans le Mémoire sur les opérations financières des Tem- 
pliers, par M. Léopold Delisle, Paris, 1889. P. 55 : le 29 sept. 1290, le 
roi ordonna au sénéchal de Carcassonne d'envoyer au Temple de Paris 
les sommes qu'il pourrait tirer de la taille des Juifs (Vaissète, Hist. 
génér. de Languedoc, édit. Molinier, X, col. 250). — P. 125, compte 
ouvert au roi par le Trésor du Temple (voir p. 118), compte de la Chan- 
deleur, année 1290, recette des Juifs, 6580 1. 102 s. 5 d. t. — P. 126 (suite 
du même compte), compte de l'Ascension 1291, recette des Juifs, 8732 1. 
5 s. 10 d. t. — P. 128 (suite), compte de la Chandeleur 1291, recette des 
Juifs, 3,400 1. 17 s. 2 d. t. — P. 128 (suite), recette des Juifs, 5,989 1. 
19 s. 7 d. t. — P. 136, compte de la Chandeleur 1,297 (v. p. 133), opé- 
rations effectuées pour le Roi, n° 20, taille des Juifs d'Auvergne, 
2,500 1. ; répété p. 143, n° 114, sous le titre de Taille des Juifs du bail- 
liage d'Auvergne. — P. 153 (suite), bailliage Gisoreii, Juifs résidant sous 
la reine Marie. — P. 155 (suite), Mutua reddita : Manassero, judeo de 
Gloz, 100 1. t., residua de summa 200 librarum turon. Le magister 
Helya (voir la table des matières) est peut-être un médecin juif. 

- Les Latins, en fondant leurs villes, creusaient une fosse ronde, rnundus, 
dans laquelle ils jetaient une poignée de terre apportée de la métropole. 
Les Grecs avaient des rites pareils. C'était une manière de transporter la 
patrie avec soi. De cette même façon, le général syrien Naaman, guéri 
par Elisée et qui se convertit à la religion hébraïque (II Rois, chap. v), 
emporte dans son pays la charge de deux mulets de terre hébraïque, afin 
de ne pas se séparer de la Palestine, qui devient, par sa conversion, sa 
nouvelle patrie (M.-E. Lefébure, dans Mélusine, v, col. 146-147; numéro 
de nov.-déc. 1890). — Nous ajoutons qu'on racontait de la même façon 
que le roi Iekhonia, exilé en Babylonie, construisit à Nehardea une syna- 
gogue avec de la terre et des pierres emportées et prises du temple de 
Jérusalem ; voir, par exemple, les Consultations Schaaré teschuba, Leipzig, 
1858, n° 71. Cf. lettre Scherira, édit. Neubauer (Jew Chronicles), p. 26. 



310 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

= II. Friederich Delilzsch, dans son Assyrische Grammatili (Berlin, 1889\ 
paragraphe 25, traitant la question de l'origine de l'écriture cunéiforme, 
se range définitivement à l'opinion défendue depuis tant d'années et avec 
une persévérance si remarquable par notre excellent collaborateur M. Jo- 
seph Ilalévy. M. Del., qui avait montre' longtemps une certaine hésita- 
tion à se prononcer, déclare catégoriquement qu'il ne croit plus a l'exis- 
tence du sumérien et qu'il est convaincu maintenant, pour diverses 
raisons qu'il indique, que l'écriture cunéiforme est d'origine sémitique 
et que, dans les textes qui passaient pour bilingues, en a simplement la 
transcription d'un même texte en deux écritures différentes, l'écriture 
hie'ralique ancienne, idéographique, et conserve'e par respect pour la tra- 
dition comme une sorte d'écriture sacrée, et, d'autre part, l'écriture syl- 
labique. 

= Un échantillon de manne du de'sert de la presqu'île arabique a e'Lé 
envoyé récemment à M. Ernest Renan ; lettre intéressante de la personne 
qui a envoyé cet échantillon, dans le Temps du 12 décembre 1890. 

= M. Clermont-Ganneau a fait, le 5 déc. 1890, une communication à 
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres sur deux sceaux du British 
Muséum, de Londres. L'un d'eux porte le nom de Nefisi ou Nefousi, qui 
rappelle les Bené-Nefousim des Livres d'Ezra et de Néhémie. 

= M. S.-J. Halberstam, de Bielitz, nous fait remarquer, avec beaucoup 
de raison, que l'identification du Zerahia Hallévi, du colloque de Tortose 
(voir notre article sur le VIII e vol. de Graetz, Revue, XXI, 153), avec 
R. Ferrer Saladin a déjà été faite par lui dans Hebr. Bibliographie, XII 
(1872), p. 42. Cette petite note de M. Halberstam dans Hebr. Bibl. est. 
d'ailleurs, pleine de faits intéressants. 

= La Oesterreichiche Wochenschrift du 22 avril 1890 publie, d'après la 
Isr. Gemeindezeitung, de Prague, une lettre de Napoléon I er qui se 
trouverait dans l'ouvrage du comte de Ségur intitulé Napoléon et la 
Grande Armée et qui aurait été adressée en mai 1812 à un Juif de 
Kowno nommé Kubloscher. Napoléon lui demande des fournitures pour 
l'armée française, il témoigne de sa sympathie pour les Juifs, s'élève 
contre les lois d'exception qui régissent la situation des Juifs en Prusse, 
et rend hommage à la bravoure des Juifs qui servent sous lui dans 
l'armée française. Nous ne savons si l'authenticité de cette lettre est 
absolument certaine, le style en est un peu ampoulé, mais il arrivait à 
Napoléon d'écrire de cette façon, quand il y trouvait son avantage. 

4. Chronique des Journaux. 

= Journaux nouvellement parus : 

1. Der Africaner Israelit; édité nouvellement à Johannisberg, Afrique du 
sud; en allemand (Jewisch Chronicle du 25 avril 1890, p. 16, col. 1). 

2. L'Anti-Juif, paraissant le jeudi, rédacteur en chef, Eugène de Redon. 
Publié à Alger depuis le 23 janvier 1890 : petit in-4° à 3 col. ; 6 fr. 50 
par an. 

3 Central Anzeiger fur jùdische Litteratur, herausggb. von Rabbiuer 
D r N. Brûll, Frankfurt a. M. Erscheint aile zwei Monate. Abonnement 
fur Deutschland, ganzjàhrig, Mk. 8; I. Jahrgang, Nummer l, Januar- 
Februar 1880 ; in-8°. 



BIBLIOGRAPHIE 317 

4. Egalilatea, apare odata pe septeinana ; journal politique où les questions 
israélites de Roumanie occuperont une certaine place ; publié à Bucha- 
rest, sous la direction de M. Schwarzfeld ; rédacteur en chef, 
E. Schwarzfeld ; in-4° à 3 col. par page ; 11 fr. par an ; le n° 1 de la 
l ro année est date' du 15 avril 1890. 

5. Gut Woch, erscheint jeden Morgen nach Sch'beisse Nacht; — soi- 
disant rédigé à Je'rusalem ; en allemand, par Siegfried Meyer. Le n° que 
nous avons sous les yeux et qui nous a l'air d'être un numéro unique et 
le seul paru ou à paraître, se dit le n° 41 de la 2 e année, daté de Je'ru- 
salem, dimanche, 10 tammuz 5658 (1898) ; imprimé à Berlin, chez 
J. S. Preuss, Jerusalemerstr., n° 21 (ces deux noms de Preuss, et de Je'ru- 
salem, pour l'imprimeur et la rue, sont encore fictifs, peut-être). Le 
format est un in-4° de 8 p. à 4 col. par page; prix, par trimestre, 
3 schckel 50 sus. Tout le numéro est une assez spirituelle plaisanterie. 

6. La Jeunesse israélile, journal franco-he'braïque, organe des inte'rêts 
judaïques en Algérie, au Maroc et en Tunisie, paraissant tous les jeudis; 
directeur-gérant, . Elie Karsenty. — Publié à Oran ; le n° 4 de la 
l re année est du vendredi 23 mai 1890 ; prix, pour 3 mois, 1 fr. 50 ; in-f° 
de 4 pages par numéro, à 3 col. ; le n° 4 contient une page en français, 
3 pages en arabe caractères hébreux raschi. 

7. "nao'WiSTa b^N (titre en turc : Oustad) ; — journal partie en turc, partie 
en judéo-espagnol, publié à Smyrne par Moïse Fresco ; paraît le lundi et 
le jeudi de chaque semaine ; le n° 72 de la l r0 année est date' du 11 ab 
5650 (1890). Le format est iu-f° à 3 col., le tout en caractères hébreux 
raschi ; 3 medjid par an. 

8. Monatsblàtter fur Vergangentheit und Gegenwart des Judenthums, unter 
Mitwirkung bewâhrter Mitarbeiter, herausgegeben von Bernhard Koenigs- 
berger, Berlin. Le premier numéro est un fascicule in-8° de 48 p., paru 
en octobre 1890 ; 2 marcs 25 par an. 

9. Il Risveglio d'Israele, giornale conservatorio dei principi religiosi, esce 
ogni giovedi. — Publie' au Caire par Mosé E. Benrubi ; le n° 1 de la 
l ro année est daté du 7 avril 1890 ; in-4° de 8 p. le numéro, moitié ita- 
lien et moitié arabe en caractères arabes ; 60 piastres par an. 

10. Selbst-Emancipation , Organ der Jùdisch-Nationalen ; Ilerausgeber, 
D r Siegmund Elkan ; Chefredacteur, D r Nathan Birnbaum ; erscheint zu 
Anfang und Mitte jedes Monats ; III. Jahrgang, n° 1, Wien, 1. April 1890 ; 
in-l° de 8 p. à 3 col. le numéro; 4 flor. par an. En re'alilé, l ro année, 
non 3° année ; mais ce journal se considère comme faisant suite au Seru- 
babel, publié à Berlin il y a quelques années. 

11. TINr; ; Journal hébreu paraissant comme supplément du lass, publie' à 
Jérusalem, par A. ben Jehuda; le n° 1 est du vendredi 10 hesvan 5622 
de la destruction du temple (1890); paraît tous les vendredis ; in-f° de 
4 pr. à 3 col. le numéro. Les feuilles portent la mention 7 e année, qui se 
rapporte au ^as, non au supplément. 

Isidore Loeb. 



AUDITIONS ET RECTIFICATIONS 

Tome XX, p. 121, n° 1. Le Orah Rayim est plutôt l'ouvrage de R. Jacob 
beu Aschcr, de même que le Yoré Dêa du n° 37. H. Jacob beu Ascher e'tant 
du xiv° siècle, il n'est pas nécessaire de supposer que Lévi Nomico e'tait 
très vieux quand il rédigea cette liste. Cette liste et son auteur peuvent donc 
être vieillis de quelques dizaines d'anne'es. — P. 122, n° 4. mb^JSIZJn est 
bien la leçon du ras., mais doit être lu mb"WI3!"T- — P. 123, n° 15. pN 
^yyû = awttî pN- Ce sont plutôt les Deraschot de R. Josué Soeib dont il 
est question sous ce numéro. — N° 19. ^"intt est pour Trnw ou TiTntt- — 
P. 124, n° 21. Lévi Nomico, e'tant rabbanite, ne possédait probablement 
pas de rituel caraïte, mais il pouvait appeler ïi&o^ïn celui des Bené Rume- 
nia ou Rumelia, qui est le plus anciennement en usage en Turquie et en 
Grèce ; voir S. D. Luzzatto, Préface au rituel des Bené Rome, et Kerem 
Hémed, IV, 36. — N° 23. La leçon ;-D")02 conviendrait mieux, mais le 
texte porte bien un mem pour la deuxième lettre ; quant à la première, j'ai 
eu tort d'y voir un noun, c'est un kaph. En tout cas, le mot doit signifier 
« reliure d'argent ». — P. 126, n° 46. Il vaut mieux traduire : « livre que 
me donna Stella pour la peine que j'eus lorsqu'elle fut soumise à la tor- 
ture ». — P. 131, n° 20. Il faut lire fiprtfiTn, copie. — P. 132, n° 27. 
M. Perles propose de lire, en un seul mot, ■^"Dltû"''!, de Tivoli. Un Joseph 
de Tivoli est nommé comme témoin de la vente du ms. 2332 de la Bi- 
bliothèque Bodléienne. Mais le mot est divisé et ponctué comme je l'ai 
reproduit, il faut donc renoncer à cette hypothèse et en revenir à la 

mienne. — Leonello Modona. 

« 

Tome XX, p. 124, n° 21. ÏTK^TFI était usité également chez les rabba- 
nites. — P. 125, n° 35. Le nom ©1373 n'est pas arabe, mais exclusivement 
turco-tartare. — P. 128, n° 7. "hqi est peut-être la transcription du grec 
laTpefoi, taxpta. — P. 129 et 130. Honeïn et son fils Yshac n'étaient pas juifs 
mais chrétiens; le miTO"^ 1SD est peut-être de Isaac Israeli, trad. par 
Ibn-Khisdai. — P. 132, n° 26. Ibn-Zohr n'était pas juif. — P. 140. Sur le 
nom ùiû-p ou niD-p, voir Stud. u. Mitth., IV, 392-3 ; Eebr. Bibliogr., V, 
132 ; XX, 95. Au lieu de i^âfc, il faut lire nhâfc = !rpm in3"l72N3 p" 1 "^- —■ 
P. 143. Il faut peut-être corriger îb (de îbïj). — P. 147. L. pT^ et non 
P& et TVaart et non TDJtîl. — A. Harkavy. 

Tome XXI, p. 127, note 1 : TiT\V *\y\ tp3 n'est pas un terme gramma- 
tical ; le commentaire dit seulement que dans Job, III, 3 ùT et nb" 1 ? ne 
sont ni une personne (Epa) ni quelque chose de stable (T7û"1^ "ÛT). — 
P. 132, note, 1. 7, en bas : au lieu de 'plD'^D dans le texte du Commen- 
taire, p. 56, 1. 3, en bas, probablement ■plumas ou 'piD^ûnto comme tra- 
duction de nn" 1 - — P. 139, 1. 4, en bas, au lieu de DJmiDi lis. û^ttl^a ; 
1. 3, eu bas, au lieu de riN. peut-être ^tf; au lieu de ïviïy, peut-être SrflW 1 » 

— P. 140, 1. 6, au lieu de ifiO> peut-être "iftD. — P. 141, 1. 8, en bas, au 
lieu de ïiNir 1 , peut-être ù^tf^-p ; 1. 6, en bas, au lieu de TfiO ^rD, lis. 
TN irDD; 1. 5, en bas, au lieu de TDbbl, lis. VD^bl; 1. 1, en bas, à 
effacer ou à lire [!r!3]lto!S[3]- — P. 142, 1. 1, au lieu de mft*7pï1> lis. 
mpnjn ; l. 4, au lieu de -pn^O, lis. '^ns^O ; 1. 12, au lieu de TaJnttïl. lis. 
■nttJnttri ; note 1, au lieu de vin^Tai, Iis - Wa^Blj faute d'impression. — 
P. 145, 1. 17, au lieu de *piyv\ VOS TIÏTJ, lis. ^331^1 TifiS THIE ; 1. 20, 

au lieu de 15 lin», lis. WiEE ; 1. 24, au lieu de ïTTHîDTi lis. ^p mttT-- 

— N. Porgès. 



Le gérant, Israël Lévi. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND. 

Bâcher (W.). Le Commentaire sur Job de Samuel ben Nissim 

d'Alep 118 

Brann (M.). Additions à l'autobiographie de Lipman Heller.. . . 270 

Epstein (A.)- Le livre des Jubilés, Philon et le Midrasch Tadsché 80 

Graetz (H.). Un point de repère dans l'histoire du roi David. . 241 
Halévy (J.). I. Recherches bibliques : XX. La correspondance 

d'Aménophis IV et la Bible (fin) 43 

XXL L'histoire de Michée • 207 

XXII. Le lit d'Og, roi du Basan 217 

II. Remarque sur un point contesté touchant la persé- 
cution de Nedjran 73 

III. Notes sur quelques textes araméens du Corpus 224 

Loeb (Isidore). La littérature des Pauvres dans la Bible. L Les 

Psaumes (suite et fin) 1 et 1 61 

Perlés (J.). Ahron ben Gerson Aboulrabi 246 

Schreiner (Martin). Le Kitab al-Mouhâdara wa-1-Moudhâkara 

de Moïse b. Ezra et ses sources 98 



NOTES ET MELANGES. 

Bâcher (W.). Une version abrégée de la grammaire de Moïse 

Kimhi 281 

Kaufmann (David). I. Les victimes de la prise d'Ofen, en 1686. 133 

II. Lettre de Tobia Cohen (Moschides) 140 

III. La Synagogue de Mardochée Meisel et Jacob Segré. . . 143 

IV. Léon X et les Juifs de Rome 285 

V. Notes sur l'histoire des Juifs de Venise 289 

VI. L'incendie de Salonique du 4 ab 1545 293 



320 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Porges. Une mischna mal comprise ... 278 

SCHWARZ (Ad.). Môme sujel 280 

CORRESPONDANCE. 
Lettre de M. Michel Moyer ^98 



BIBLIOGRAPHIE. 

Loeb (Isidore). I. Geschichte der Juden, VIII volume, 3 e édi- 
tion, par Grœtz 146 

II. Revue bibliographique 302 

Additions et rectifications 31 8 

Table des matières 31 9 



FIN. 



VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET FILS, RUE DUPLESSIS, 59. 

ZiZl i 



DS 
101 
RA5 
t. 21 



Revue des études juives; 
historia judaica 



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